‹ Lettres à sa nièce CarolineChapitre 76 sur 160 · CLXXXIII · texte numérisé non relu

CLXXXIII

Paris, mercredi, 6 iieures, 19 juin 1872.

Ma chérie.

Un mot seulement. Je viens de rentrer à Paris et de lire ta lettre de samedi, qui m'a fait bien plaisir. La remise de la première du jeune Catulle a dérangé tout mon programme, et je suis parti pour Saint-Gratien samedi soir. Actuellement, tel que tu me vois (ou ne me vois pas), je suis furieux, car je viens de recevoir une

lettre de Glaye me demandant si je veux le payer. Ainsi, Lévy m'a lait la farce de ne pas lui parler du billet que j^ai signé avec Philippe! Tu ne peux pas t'imaginer à quel point les histoires d'éditeurs m'exaspèrent! J'en ai un tremblement. Je finirai par flanquer des gifles au sieur Lévy. Paris, d'ailleurs, me dégoûte énormément, et je prévois le temps où je n'y remettrai plus les pieds.

Je partirai pour Vendôme samedi, et je serai à Croisset mardi, ou peut-être lundi soir. Franchement, il n'y a plus que dans le pauvre Croisset que je me plaise, surtout quand j'y possède ma fameuse nièce !

Continue à t'occuper, mon cher loulou.

Croisset, dimanche, 4-heures, 23 juin 1872.

Mon pauvre Garo,

Mme Winter a dû, hier au soir, te donner de mes nouvelles? Tu sais donc que je n'ai pas été à Vendôme. Vendredi soir, j'ai été pris d'un accès de misanthropie furieuse : Paris m'assommait et la vue de mes semblables me faisait mal au cœur. Aussi me suis-je hâté de regagner ma solitude. C'est encore là que je me trouve le mieux. J'avais su indirectement quels devaient être mes compagnons de voyage, et Tidée de subir leur compagnie m'a fait renoncer à cette petite fête de famille.

Je vais, tout à l'heure, aller à Rouen, pour avoir des nouvelles du fils de Mme Brainne, qui est très dange-

reusement malade. La pauvre femme est partie de Paris en toute hâte, et depuis plusieurs jours ne s'est pas couchée. Cela vient, à ce qu'il parait, de la bêtise de M. le Proviseur du Collège de Rouen.

Les trois jours que j'ai passés à Saint-Gratien ont été assez doux; mais le reste du temps je me suis embêté à crever! La vue de mon pauvre vieux ^Théo n'a pas contribué, il est vrai, à m 'égayer. Et puis, je deviens tout à faitbedolle! J'ai des attendrissements et des colères de vieillard. Croirais-tu que pendant la messe de mariage du petit Schlesinger* je me suis mis à pleurer comme un idiot!...

Pour la première fois de ma vie, j'ai été dans les coulisses de.rOpéra!!! où Victor Massé (le maître de chant des chœurs) m'attendait. J ai répondu qu'on ferait de Salammbô ce qu'on voudrait et que je ne pouvais reprendre ma parole. L'éditeur Lachaud est venu chez moi pour faire une affaire. Je l'ai envoyé promener.

T'ai-je dit que j'avais encore eu des ennuis avec Lévy pour le volume de Bouilhet? Je me suis xeiigé en passant brutalement près de Galman-Lévy, sans lui rendre son salut.

... C'était dans le foyer de la Comédie Française, jeudi dernier, le jour de la première de Catulle Mendès. Sa petite pièce a réussi.

Mlle Favart m'a sauté au cou devant tout le monde, en me parlant de la mort de ma mère d'une façon très tendre et très convenable. Elle m'a encore proposé de venir à Piouen donner une représentation pour le monument de Bouilhet.

1. M. Maurice Schlesinger, fils de l'éditeur et de Mme Schlesinger à laqueUe sont adressées plusieurs lettres publiées dans la correspondance générale.

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