‹ Lettres a SophieChapitre 1 sur 31 · ÉCRITES · texte numérisé non relu

ÉCRITES

A SOPHIE RUFFEI

£T A QU£LQU£S AVÏMS PMSONSifES.

DU DOMiQN DE YimEMmS,

9mANT LB8 AJUNÉKS 1777 ^ 177^, 1779 BT fi7Sp.

hETTUE J^Cyi. ■

Chère et tendre amaute^ r/issure-toi sur la santé de UmjQabriel : il est trop vrai <}a'eUe jst^est pas bonne ; «aïs orage passant «fec U» {jaraiiâ^ dbri««fa»ii^eû^ la première fois qu'elles oal attaqué ma poitrine j depuis quinze jourS; et surtout depuis huit, je suis dans w éûkt d'opprASston anqs^ é'^t joim de la fièvre et quelques crachemeas de sang;, qui pouvaient le rendre inquiéjlaiit^ si, au lieu d'empirer, cela n'allât pas imeux; mais je coffre moisê aujour^'lmi ; ë, tdfiea et plut hier- cette explosion m'a soulagée j et si je n'ai pa6 doimif c'est T^et naturel que ta lettre, et ausfij i^aotres bien nuNoia agréables e$, précieuses ont dû pro- ' daire.Tu as éprouvé quelquefois, m'as-tu dit, d'ctrang^es bouieversemens^ lorsque tu jo^uiss^is au miiie^ ëefiafûétodeet^ela'iiotjalear. Leeombgtde^'àfflQor,

de la volupté, du plaisir et du chagrin , t'agitait avec la dernière violence. Eh bien I je ressens des effets à peu près pareils lorsque je pense en mime temps à toi et à cette femme qui forme avec ma Sophie un contraste si frappant. Il ne pouvait pas Fêtre plus qu'hier^ puisque ta lettre et la sienne me sont parvenues sous la même enveloppe. Le bon ange^ qui devient tous les jours plus aimable par ses attendons et sa sensibilité, a voulu m'adoucir l'amertume de l'une par le charme de l'auire. Il voulait mieux, et c'est presque malgré lui que j'ai reçu celle-là. U l'avait renvoyée à Dupont, ainsi que celle de mon oncle, et une autre que Dupont m'avait destinée^ en date du 6 juillet, et dont voici le contenu : « Mon cher comte, je suis infiniment inquiet de votre position 3 je ne serais nullement surpris que nos belles lettres nVussent pas beaucoup avancé les af&ires; et si les réponses ne sont pas aussi satisfaisantes que nous l'aurions désiré, je crains que votre tête ardente ne vous fiisse tout gâter par quelque emportement hors de propos. (Dupont se délecte infiaiment à se former une étrange idée de ma tête. M'as-tu donc connu un homme si emporté? dis-moi la vérité, tu me la dois. J'ai l'élocution ardente, rimagination sensible, le cœur et les sens bouillans auprès de Sophie; mais je ne me crois pas un homme emporté.) Tâchons d'être calmes. Les lettres, dans l'esprit ou elles étaient, si elles ont peu servi, ne peuvent avoir nui; au contraire, tout rempart battu en brèche est long-temps ébranlé avant que la brèche s'ouvre. (U est en vérité des brèches que je né battrai point avec quelque espèce de canon que ce soit.) Votre respectable père est ulcéré ^ nuds je suis convaincu

DU DONJOK DE TINCENIIBS. 5

qu'il n'est pas sans tendresse pour vous. Votre oncle est fier; il a Técorce dure (cela n'est pas vrai> per-^ sonne an monde n'est plus sensible que mon onde. Dupont^ comme tous les roturiers du monde, n'aime pas la iiauteur^ et il a raison^ elle ne convient à personne^ encore moins à un homme de nom. C'est saint Christophe qui se lève sur la pointe des pieds pour paraître grand. Mais mon oncle n'est pas haut, il n'est que noble et fier. Il est vrai que l'habitude de» grandes places, le monseigneur ^ lexcellencCy la représentation éternelle dont il a été surchargé toute sa vie, lui ont donné de celte gfravîté que les yeux super* ficiels pourraient prendre pour de la morgue; mais^ Dupont n'est pas fait pour voir ainsi), mais il a le cœnr infiniment noble et tendre, peut-être facile.

» Je connais beaucoup moins votre femme (on peut dire aussi d'elle qu'elle a le cœur facile, mais non pas l'écorce dure, je la garantis très-molle); mais nulle femme n'est sans émodon pour l'homme qui lui a donné des plaisirs, pourvu qu'elle en puisse espérer, avec quelque confiance, au moins de bons procédés- (Toutes ces généralités-là sont sujettes à de grandes, exceptions; ce sont mes élémens, et je continuerai de marcher d'après eux, soit que le chemin paraisse doux ou rude, long ou court; le point est de le faire et \ d'arriver, et si la route n'est pas aisée, mode anùno,} ] Je voudrais que vous n'écrivissiez nca sans me l'avoir j communiqué. Ce n'est pas ici la célérité qui importe, ( mais la sûreté et le succès* Je connais mieux le terrain i et les hommes que vousj je suis plus vieux et plus | froid. Jaious avons oublié un point important (cela est | vrai^ et m important, qu'il pourra tout &ire manquer), P

6 X£TTil£S £Oai7£S

c'est (l'écrire à votre beair-père ; mais pour le faite à fïésenl d'une mamère convenable^ il faudrait savakr ce <pe sa filk rom wmt tépanàù. fécm à kl. Bcm^ cher y je le prie de ne pas envoyer vos lettres, si elleâ M soat paé la doneetit même. (M. Btmcber est lephiflr prudent des^ Yioméaesf et en mêtne temps Iv pkis aetif pour ce qu'il aime. Il parait prendre autant d'intérêt éi de pf écaationé datts mon aâiaâre?^ que si j'étais scm frère chéri.) N'ayez^ mon cher comte, ni faiblesse (en suis-je bien sûupçoânable?)y dî découragement (n'ayez* pas peiTT, Sophie est a» botit), nî violeîicec Palieiioef (vertu des ânes)^ modération (j'en ai fait preuve plus fpjBS' de vioieB®e)y seaâkëité (je ne creis pas \& mtennè tfibrie)y longaniifnté. Vous savez ks tovs d'opérar stn^ reau qui tombe goutte à goutte : vous n'aitnez pa» eette inàrehe^ ài moi Brâ plns*^ moi» j'aime les marehes par ljs5i|aeiles dnr réussit^ et irém déveis hi les at^ niée encore plus que moi. Je vous embrasse avec tea«-^ dressé, a

L'intention de cette lettre est trcs-honnête, et l'idée de récrire est celle d'un ami. Le bon ange lai renvoya avec cellesr dé Provénee^ dont voici les coptes. GomnSé nnfa réponse à celle de Dupont qui leur est relative est très'hnpoi^tantey je vais la copier en entier. Pour ceUe de nmébiïtie de Mirabeau^ jt croi» que tti neâie demanderas pas tù3L réponse, quand tu l'auras lue; la voici : a ïeLYCfm, monsieur, que je n^ai pas e» là force dô votrs^ ifrsiriifire dtr triste événemei^t qVii m'sc abîmée de douleur j j'ai jugé de l'effet qu'il ferait sur vousy ^tout dails votre situatbn, et j'ai laissé à M. votre père }t éditt de vous informer de notre malheur cc^ mnn. Pour moi^ rien ne saurait farmer la plaie qu'a

DU DÔJjT/OK DE YINCEMNES. *f->

léffF â été stugmeniée psrf Fhabitade que j'avais cout'

YOtré lyosition; moié vous m'avez malbeuFeasemeizli ïÊàÊe éàiot le ca9 âer ne wmvc&à faite ctnflo cmmmnMF sif^ t effilé j 6ÈI fii€F oitanvt dans vôtre inémorre imprimé d une mamère iacfaeifôe jpoiur moi. Je suis donc ccmtrâblî6y mtméotf à me borner à désûrer qoe M. vàtra^ pèÉe fesse ce que vous souhaitez d© liii ; et, quoique je lie paisse pas coopérer à votre bonheur^ je serai efaar-' méé da yen» savob henreiix. Jfe me flatte, qnè votiwme rendez la jnéïîce d'en être pèrstradé, aîn* que des sentiine»s que je vous ai voués, x» Ce billet est àgûé Adrignane de Mirabe€$u, £^ Tërité^ die mefait de l'hônrïenr de g^arder mon nom, mais je f assure que sa lettre m'a fait peu de mal, car ]e m'y attendais,* et je Fai lue mis élaotîatf. Birai-je tout? j epremd une sâtisfàclion secrète en voyant à combien de titrer j'ai droit de mépriser cette âmé vile et gaDgrenae^ et cKOfibiM âiottî je seeaî éiapctogé 4e!to«to:eiip>lièii ms^ vers elle, lors même qu'elle céderait à des sollicitations étrangères^ ou à ia crainte^ ou àu re^eei humain, ce qa'eHem fers pas.* La ktife de mm onde est ^ré^

sèment ce qa'elle devait étre^ et n est du tout poiné déeoarageanfte ^ il ne ponvait pas éeiire autrem^t.-: « Je ne puis, M. le comte, vous mcprmer méa^itmf* nement, en recevant la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire.le 3i du mots passé. £Uô mep^- ^nak dans le temps oà il pihSt. à xatiSamè yoire àemt . de me dfffanrer par le plus odieux y le plus calomnîè«»i etle^ Biâtt^iibeiée/ qa'eUe vient (de c^iaadrd àam

8 I^ETTEES ÉCRITES

le puUîc. (Voilà une grande horreur.. Jamak homme

ne mérita mieux de sa famille que mon oncle. Il a iait . cent fois plus pour eUe qu'il ne lui devait^ et madame . de G. a en part h ses bontés. Qu'espère-t-elle donc en rendant partie contre elle un des hommes les plus resr pectables qu'il y ait en France, et le plus généralement . reconnu pour tel?) J'aî pu apaiser autrefois votre père. L'honneur ne lui défendait pas alors de vous, rendre ses bontés. Pour peu que tous sachiez appré-. cier les choses, demandes^-vous à vous-même s'il lui est possible de vous pardonner. ( Phrase formulaire et. purement d'état.) L'indulgence que j'ai eue autrefois et que vous réclamez aujourd'hui, a causé votre perte, les chagrins les plus vifs à votre respectable et mal-, heureux père, qu'un mémoire odieux, eût-il été fait contre le dernier des hommes, a dénigré dans toute l'Europe, et a Jàit le malheur d'une pawre jeune femme qui méritait un sort plus heureux, (Ce que je souUgne est la seule chose que je trouve de trop dans ' cette lettre.) Quand même je serais bien persuadé que vos gémissemens et vos larmes porteraient sur vos fautes et non sur la punition, demandez-vous à vous* même quand est-ce qu'elles auront efiacé un mémoire répandu contre votre père, et vous sentirez que je dms me borner, comme je fab et comme je ferai, à le laisser agir comme son propre sentiment le lui inspirera, et à me taire. » .

Voici ce que j'ai répondu à cette lettre, de l'avis de M. Dupont : ce Mon très-cher oncle, je ne reçois qu'aujourd'hui, lâ juillet, la lettre dont vous m'avez ho- . noré, en date du lo juin. Je suis trop de votre sang pour qu'aucune punition ni aucun malheur m'arra-

DU DE TXNGBinfES. 9

chent des gémissemens ou des larmes ; je n'en puis donner.qu'à mes fautes^ et je sais combien je leur en dois. Fosseot-elles infrnetnensès, je ne les regrMeràis pas. Je sais qu'elles ne peuvent eifacer le délit de mes mémoires .imprimés* Il faudrait poar cela une longue vie passée dans la pratique des vertus^ que tout homme se doit, et qu'un homme de votre nom se doit encore plos. C'est ce sentiment qui me fait désirer de ne pas couLt le reste de mes jours dans un esclav:î{j;c oii les bonnes résolutions même paraissent douteuses^ et sont nécessairement inactives. Si je pouvais excuser mes torts, je n'en demanderais pas le pardon; mais le pardon est l'acte le plus noble qu un homme puisse exercer envers un autre homme, et voilà pourquoi je ne désespère pas encore de l'obtenir de mon père et de vous. » Mais ce qui te paraîtra vraiment aussi étrange qu'à moi, c'est la lettre que Dupont m'écrit en me ren-voyant tout cela. La voici : lis-la attentivement; tu approuveras ma. réponse. .

z4juiUet.

tf Dans ma juste inquiétude sur ce qui vous concerne, mon cher comte, je vous ai écrit le 6 de ce mois.

M. Boucher me renvoie ma lettre, qu'il pense que je > .

peux vouloir changer^ en raison de celles qui sont ar- \ rivées de Provence, et qu'il a la bonté de me &ire passer. Je vous renvoie le tout. Je ne change rien, mais | j'ajoute à course de plume que je ne suis, pas trop sur- \ prisdesréponses.Yous verrez par ma lettre précédente | que je m y attendais à moitié, que je ne suis réelle- • !j ment d'avis pour elles.de nous rebuter^ ni de changer i de plan. Il ne peut y en avoir un autre qui soit ni hon, 1

m noble. Persévérons donc. Le roi de Prusse à Kolbi a été sept fois a la charge, et a été battn. iNoas y avoué été sept fois à Lawfcldt^ et nous avons été vainqueurs. Mais quand on n'a pas commencé sans réflexion^ on ne doit se temt pour vaineii qu'à la mort. Hélas ! mon cher comte^ oserai-]e vous dire que je ne trouve pas qae Totre oncle ni votre femme aiént tort? îi'alles^ vous pas sauter aux iines? Yotrs ne le devez pas, mon ami 5 car je n'ai point envie de vous affliger, mais de vous servir de toutes mes forces ; et la vérité, mémief triste, même dure, n'est pas un des moindres services que je puisse vous rendre. Vous avez fait cent £auttô. Est-il biei» juste qa'àr far- |ireiflière démao-clie tonc kr monde, tous ceux que vous avez offensés soient à vos jordres et à vos pieds? Vous voyez ^ au reste ^ que totis pensent, comme moi, que la plu^ grave de cés ikmtd sont vos mémoires et autres pamphlets imprimés^ • C^est ceUdà que vous ne pouvez pas Vous pardcnmer à vous-même, qu'aucune circonstance ne peut excu^ ser, sur laquelle vous ne pouvez réclamer l'indulgence^ mais dont il faut obtenir le pardon par le rependr et par les larmesi

n Quelques torts que vous ayez pu croire on savoir s msiéame de Miral^Hûf^ i\ê sùûi secrclt^ ; elle est %U droit de les nier. Sa iïégaiion vaudrait votre assertion^ quand vous setm; en mresnre avec elle^ et votis avefr mis les'afyparences eonirer vôtis^ an poîaf qtré lè pfoMtô sera tonjours porté à croire que vous récriminez. Elle

T&të àùkc en éton de ser tenir ipùat offensée de* vos torts, qufî sont trc^pnbfics*. Elle a rko^nêteté de nti pas parler de celui qai p^ut choquer personnellendféni

unefeinDi^y et tm^femntt fveven^e. £H^ne sepfâûié

que de h diffamation qui doit offenser loat être senàÀe à FhooiiCDr. Qtt'avea-veiis à dkç? Convieavil à m hommè d'i»)iiriép une femme? CoBvienuit â uH homme d'iujurier sa fcrnnie^ le méritât-elle ? et de l'in-» jrtrfeF eh puhRc par de» éori^ iorj^rimés^ oà die n'a- VsHi ^ feipe? Je ne me tappelle pas les termes. S'ils sont fà\]iMcs, il faut ks pallier^ s'ils ne le sont pas^ il htQt passer oonîdamnatioii. Dass tous ks cas, il hiàn invoquer la ^énéroshé • et pour les âmes nobles et généreusesy il y a mille manières de le ùise, qui ellesmême» Bé ûianqfileiic pas de noblesse^ et s<M loia de

ravilissernent.

» Quant à la lettre de votre oncle, elle est parfâitéïnent telle que je la présumais. Il £iat lui répondre. (Ici se trouve la substance de ma réponse.)

}) U est plus dif&cile d'écrire à votre beau-père^ j& péiix moins ybos ^ider là«âessus^ eepiS&àaxkt il iftOt le faire. Vous le connaissez mieux que moij la seiïte domiée qae j'aie sur lui est qu'il a dit que si vos pair^ rens vons rendaient la liberté, il vous ferait â l'iBstatti séparer de corps d'avec sa fille^ d'après le motif de diii^ation. Cela vous fait sentir combien il est imjpoptant dé reconquérir k fille même; afin qoe ce soit pav elle que vous ajcz la liberté. Je suis convaincu^ et que votre pèfè ne la lui rej^seraii pafsy et qu'il vernit avee vm sorte de plaisir qu'eKe k kii deiolandât^ Il y a dane 5on cœur un grand fonds d'intérêt et de tendresse pour vous; mails il ne prendra jtfmai^ sur loi de yous^ n^ttrîe en liberté, éî sa belle^fille ne le demande pas. Il craindra qu'on ne le rende responsable des folies ânares que votis poiËrriez fairé, el ^fueteeibliee j^astfses ]mé>nt appréhender. Il arriye ioi dans cpk^lquesj^urs

I!l I£TTRES ÉCRITES

je le verrai et lui parlerai de vous avec intérêt. Il sait que je vous aime; mais il ne faudrait pas qu'il sût à quoi mon amitié pour vous m'engage ^ je perdrais tout moyen de vous servir.

» Pensez 9 mon cher comte ^ ayez un inaltérable courage, mais un courage doux et patient : celui-là seul domine à la longue les hommes et les choses. Ecrivez encore ; mais ne faites rien partir sans me l'avoir montré. Je vous verrai avant la ûn du mois : je compte partir d'ici le 25. £n cas pressant, vous pouvez m'é* crire jusqu'au 22 5 je trouverai votre lettre à Nemours, à mon passage. » (Suivent quelques discussions littéraires en réponse à mes observations sur un de ses ouvrages, dont tu n'as que faire.) Voici ma réponse : je la copie à peu près de mémoire ; mais le fonds.des choses et presque toutes les expressions sont les mêmes, et plutôt plus faibles que plus fortes. Tu vois pourquoi je lui ai écrit d'abord, et pourquoi je me suis hâté ; c'est qu'il me presse pour le terme, et que je voulais te l'envoyer.

f( Si vous avez' cru^ mon cher Dupont, que je pusse répondre à madame de Mirabeau par de nouvelles supplications, en vérité c'est pour moi une humiliation cruelle, quoique je ne l'aie pas méritée. Sa lettre est là* che, fausse, vile, perfide, en un mot digne d'elle. Je ne sais pas prier deux foisunefemme que je méprise comme Fétre le plus abject; et vous pouvez vous épargner à cet égard les prédications j je n'écrirai point.

» Quant à la lettre de mon oncle, elle est précisément, à deux mots près, ce qu elle devait être. Je lui écris donc, et j'en joins ici la copie conforme à ce que vous voulez bien me dicter. •

DU DONJOir DE TWCENNES. |3

» Hâiateoaat.je répoads à vos lettres ; touus.deax flODt géaéreiises et tendres, et je voos en remercie. Toutes deux sout pleines d'esprit et de feuj il n'y a pas tout-à-âiit autant de vérité dans la dernièrej^ et je vais le prouver,

>; D'abord je conçois très^-bien qu'on charge sept fois et qu'on est battu. On l'est sans humiliation alors ^ on avait mérité de vaincre; mais prier, supplier, ramper, ce n'est pas se battre, et je ne sais que me battre. — Je me trompe ; je sais aimer. J'aime mon père, malgré ses procédés bien durs, et cela seul doit vous prouver que mes torts envers kû ont été. des saillies fooigueuses et non des torts du cœnr^ car on ne pardonne pas à qui l'on a ofFensé bien volontairement, et dans le dessein de recommencer. J aime et révère mon oncle. Je donnerais ma vie^ sans hésiter, pour mon père ; je la donnerais avec joie et en courant pour mon oncle. Je ferai, sans exception aucune, tout ce que vous voudrez pour ces deux hommes^là. Avançons . .

» Ma Jèmme n'a point de torts l Certes cette phrase est étrange ; et vous me permettrez bien de croire que vous lui conseillerez donc d'avoir tort. Ainsi, donc me déshonorer dans la bete d'acception que Ton donne à ce mot, et, ce qui est plus sérieux, me donner im eniknt qui n'était pa:s à moi, et dont une &usse couche l'a délivrée, reconnaître mon pardon par d'infâmes calomnies, déserter ma cause, qui. lui était confiée, dé« { chirer moi et mes amis, me refuser des nouvdles .de mon fils, machiner ma ruine, la proposer, il y a dixsept ou dix-huit mois> et aujourd'hui la consommer^ ce ne sont pas des tortsi... Mon ami, je ne crois pas à un Dieu rémunérateur ; mais je crois à un Dieu. Je j ure, |

«4 UKiTREs. àotmw

éL.kkfBMéècetàMAiifsêai^, «pi^ êsês 4s%i instant^ 4}ue je ne dis pas an mot ici <pii m «isk 9*^31. le i^enjwce ,à l'estime et 4 1 ^mour de tout ce ^ui m'e^ ct^f 0i Vcn peut priNivier que f exagève^ieii. ^o?^ lie madame de Mirabeau sont secrets, parce q«e j^ai eu la i^éu^ofiité de 1^ teuir secrelfi; j^ea les preuves éerifcs jIm m. a^éa, et eUe nefigsore pas ; ^vtMli fM)iMv guof mpiurr^ au doiijpn de Viflcennes, si elle ie peut; ear son âme ne pçut pas deviner Ja «uenae i n'ozit rie^ de commun. J'ai ^it un mémxÂve et non des mi^ moires, Dans jce mémoixe pour ma mèce^ car je n'ai jaflMS ^màOi plaidor, voici la seule phrase qm regai^e madame delMir^bêau^ €fest ici que je peindrais y etc. £t JToilà donc cç qui autorise cette £smiae à ne pas r4par^ segfamgB^ dfaataat fdus poignantes pour aine âme honçête^ qu^dles sont plus secrèteS; et à ne pas se prêterâ la démarche tpui k la ibis la pluf prodeate et k plus «eblc;, qui lui conserve toue «es aviintages^ qui lui en donne une infinité d'autres^ qui me ferme à jamais ia hùv^àï% sur le passée si j'ét»s eapaUe de vouloir Tou- ^vjr; qui me lie les bras, si je pouvais^ jamais acquérir des forces^ et être capable d'en abuser.

il il est un a^tre ai^^oire îm]^aié sons «non nom par ma mère^ qui n'est point de moi, que j'ai dcsavoué^ oà Ton a imprimé^ pour pièces justificatives^ mq& ietiBes â il* de Malesherbes^ eUes eont respeetoeuses pour mon père. On y lit cet alinéa relatif à madame de Mirabeau i Jcife me rappelleyMi,y et ailleurs i Mon beau* fsètw est trompé.yom remarquerez que j'adressais ceci ^ ministre^ dans le temps que madame de Mirabqau JBaed^iBonçaicàtotjatFarisetâM.4eMal^^ comme ^n ipari atroce^ et après qu^elle on'eàt refiisé dé me

HP» Im iMisâémmtp m'émvUrBUe jalom, ii^ se mlkr

/ie Jolies aÉtaires. Cependant j'atteste ïhouamr que je jq/ç ïjm/i§ f^^ imprimé. u'êsif, pas >qu'il y ait ua seul fi^ mil^ 1^ fh§»ias»cù féàté ; «ais un ho»* jttiê^e homi^ peut taire les vérités qui ne soni utiles Âfi^'p, l^. Qertes il $èt> i^^tQ ff^e cieUe qui a josé dire â Û. (i§ MiM^efhw que je lui aurais dsmné la virole (iiftr Êime fausseté)^ que je l'avais battue (mensonge atroce,

1^ f^eul »ç>ufQM ^i^fié» i^'elljs mM him saéàté', car çn ^fiiHtpasèi aon inari q^iç ff^ière^ ^ $murswA pijitaim i .ÇAÔft, j^e Hie me pa^ ^oiwxe ni n'excusje ^ <^<>W)> Ql'^ j'^"^^^ pour /elle jles ffOGpdé» le^ ploa j^dig^nes (so|t mPBM'^ il Tj^nCOÎl^ ide ]|L d0.itrra0 da fiir .et de deiix gj^tfes), ij ^t hmrre^ dis-je, que c^tte

npiis? J'ai cpi^tre madame de iiif9bwa 4^ pnewes ^(fisj^n^s pour faire enfermer jceûjt femmes. C'est moi ^ spjs U^fmi ^ c'iSflt Aiguise pjaûa ! €^eH moi q^i ai offensé, et c'est moi qui dois me jeter à ms P^4§,'"! ^9^p ff^P^ affli, eu yjérité, non; je n'en fer» «fP* «te jpm iipliiiir lOPViir, »i w je ne pui^ pas ag^ 4e san^-froid contrée loette yoix înjt^iisure qui/jevons U Ûi^^i^ ïmf^^ piiJ^9 fi^i^ fi^ hm^. sp^ puissances 1$ U vçDûvmé^f ^ sfivie, fism Qop9pt^ Ifis wm, rem^ piO^te sur tous Jles suffrages. Aette voix me dit que j'ai fy^ feules, j en suis beaucoup tr.op .punij jju/5 j«

iiaie^x continuer de l'être^ que de voir tomber mes iàw^ p^u: Qfitim ]kih99 n»e kài^miU pins

^) //î finjs ,à çe §jLyejt^ jc/^ yq^is je n« ni'ac=»

l6 LHl^RES éCRITfiS

coutume pas à entendre répeter à mon ami cpie j'ai pu me tromper, sur des Êiits dont je loi ai dit que j'avais la preuve. J'ajoute que vous êtes bien bon de louer Vhofméteté que cette /envne^ et cette femme pfwén-cale, a de ne pus parler de ce qui peut la choquer personnellement. £h! mon ami! la science des dédommagemens, compensations^ supplémens, complémenS;, etc., lui esi connue^ et je vous jure qu'elle n'en jest plus aux élémens.

» Somme toute^ je ne Virgurierai points mais je ne lui écrirai plus. Si je lui écrivais^ ce serait pour Itii dire : (c Madame^ je ne sais dans quel cas je vous ai m&e; mab je sais que vous m'avez précipité dans l'a-bime : i° par votre conduite et vos procédés j ^ par voire refiis de mWracher au danger lorsque, me sentant beaucoup trop amoureux pour ma raison et pour nies forces^ j'invoquai votre secours, votre honneur, votre devoir, vos sermens. Personne iie sait cda que vous et moi; mais nous le savons tous deux. J'ai écrit telle et telle chose de vous. L'une, et c'est la plus forte, a été publiée à mon insu, malgré moi^ et je puis le prouver j elle n'avait été écrite que sur votre refus par «crit adressé à moi, de me justifier auprès de M. de Haleskerbes : Fautre n'a rien de di&mant; et^ si j'eusse voulu vous diffamer, vous n'ignorez pas que je suis maître d'écrits plus propres à ce but. Je n'en ai point fait, je n'en ferai point usage; mais vous avez,^ sans doute, quelques moti& plus honnêtes à alléguer du refus de me servir, que ces phrases amphibologiques avant lesquelles vous aviez hautement et publiquement déserté ma cause. Vos souhaits pour que mon père exauce mes vœusc ne yous coûtent pas grand'chose^ puisque

je vous ai dit qa'il nWcordera lien qu'à votre prière. Croyez-moi^ ne vous donnez pas la peine de chercher des motifs à votre haiae^ ils sont écrits eu gros caraotères dans rbistoire da cœur hamain : Qui a offensé ne pardonne pas. Je suis fâché, madame^ que vous refusiez à yous-mêoie une action jbeUe^ noble> prudente^ sûre, et que le public croirait même Onéreuse. Au reste^ vous avez peut-être raison ^ car ou je mourrai à Vincennes, ou je n'jr mourrai pas. Si j'jr meurs^ tout est dit. Si je meurs pas, vous me connaissez assez pour savoir que je ne me vengerais pas quand je le pourrais. Je vous en répète vobmîersrassuranee^ et je souhaite^ de bonne foi, que vos remordis ne vous fiissent pas phs de mal que moi. » Voilà ce que je puis écrire et ce que je signerai hardiment Mirabeau^ â plus juste titre qu'elle n'a signé son iidfâme billet, mad. de Mirabeau.

)) Si M. de Marignane m'attaquait, moi libre, pour j^t de diffamation relativement à sa fille, je nierais, aussi long-temps que je pourrais, d'être Fauteur des mémoires; si je ne le pouvais plus, je serais obligé de produire ses lettres, et il est un peu dair qu'il et qu'elle ne gagneraient pas leur procès. Ces lettres ne parlent guère «que du fruit de ses amours, de sa haine pour » moi, de ses transports pour un autre, de «on ancien » amour pour un autre, etc., etc. » Et vous voyez bien que je dois me mettre aux pieds de cette femme-là;. • £lle s'est deux fois jetée aux miens..... je ne l'y ai pas sonflerte : j'en suis bien payé !

i) Quant à écrire à son père, ma foi je ne sais pas écrire à un homme de cire.

» Mon ami , j'écrivais un jour à M. Lenoir ou à M. Boucher : Un jeune impartiale, au pouvoir de ses ennemis, VI. 2

l8 UTTEES ÉCIUTES

esl condamné i on ouvrage semle; S prend son élan

en disant : Non^ je ne serai pas esclave ; et il se brise la tête contre un mur. Je suis loin d'être Spartiate^ je suis né gentilhomme dans un pays esclare ; c'est-àr^dire que je suis né l'esclave des esclaves ^ mais je sais^ tout cmune un Spartiate, qu'il y a des chemins éternellement et infailliblement ouverts à la liberté. Le comble du malheur pour moi est qUe j'ai une amante que j'idcdâtre et qui ne me survivra pas, et une fille d'elle^ pour qui je ne puis rien tant que je ne suis pas libre, et qu'ainsi me voilà lié par des chaînes qu'on ne brise que dans un accès de désespoir ; el le désespoir est au-dessous d'un homme de cœur. Je ne suis pas encore dégradé jusque là.

i^Ie vous iais tous mes remereimens, mon ami, et, quelle que soit la fin de tout ceci, qui me parait à moi totalement manqué, je n'en serai pas moins autant votre obligé que votre ami, que je suis de tout mon cœur.»

Ma tendre amie, voilà ma lettre, dont tu me diras

naïvement ton opinion. J'ajoute dans un post-scriptum, dont je ne me rjqppelle pas les expressions, que s'il veut me frire une lettre noÛe pour M. de Marignane, je l'écrirai^ qu'il est haut et honnête autant que peut l'être un homme très^-frUde; que si je le voysis une demi-heure^ il prêdierutpour moi sa fille; que, quand elle eut rompu son mariage avec Lavalette, favori du père, il déclara d'humeur que je ne serais jamais son bean-*fils^ et que ce fut cependant par lui que je gagnai et ramenai toute sa famille. Au reste, ma chère Sophie, je ne veux pas te donner mefllenre 0|nnion de tout ceci que je ne l'ai moi-même. Cela me parait lout au

moins fort en Faîr. Je fëpargnerai aussi de tristes réflexions^ que tu ne feras que trop toute seule. Je verrai Dupont à la fin du mois^ et tu sauras aussitôt alors . tout ce qu'il pourra y aToir de nomeaxx. Je yais obtenir du bon ang;e que ceci te passe sur-le-champ^ si ce n'est à raison des bonnes nouvelles^ du moins a raison de ton inquiétude. Il me pardt^ par ta lettre d'aujourd'hui^ que tu te doutais, à peu près, de ce que ferait madame de Mirabeau. J'y vais répoudre enân^ à cette lettre charmante, et hisser là tontes ces espèces. Mais je commence par te dire que j'ai été attristé de se la Toir que de quatre pages. Je me nielle mi temps on, recevant quatorze lettres contre dÔE-sept que tu envoyais, tu criais contre le petit nombre de mes pages^ dont chacune pourtant contenait quatre des tiennes. Tu detrais être plus juste aajonrdlitt}, ma Sophie, et avouer qu'il n'y a nulle comparaison entre la quantité de ce que je t'écris et de ce que tu m'iécris* l! est vrai qu'il n'y en a pas non plus pour le prix, et qu'il est tout à mon avantage \ mais tu n'es pas capable de t'apercevoir de cela ; et quand tu lé verrais, ta serais bien aise que ton ami eut plus de plaisir que toij^ quand c'^st Sophie qui le lui donne.

LETTRE XCYII.

A LA MËM£.

3o juillet 1779.

Que tu es heurease que ce bonange ne soit pas de ton sex.e I <}uel rival il serait pour toi ! Je lui demandai hier ta lettre; il merenvoie aujourd'hui (pour le i**" août) y cette charmante lettre, si triste, si tendre, si courte, mais si charmante et si digne de ïiiicompa^ rable Sophie; c'est ainâ qu'il te nomme. Ah! oui, tu Tes, tu Tes en amour, en générosité, en vertus ; si d'autres en sont capables^ toi seule as subi des épreuves qui te placent à une distance infinie de celles qui ne font que sentir le courage d j résister. Comme je commence ceci le 3o juillet, et que je ne le Unirai et ne renverrai que le lundi 2 août, pour les raisons que tu trouveras plus bas, je débute par te transmettre la lettre que je reçois à Finstant de Dupont, à l'instant^ dis-je, et depuis ta lettre reçue. Vois quelle est Tinfatigable attention de ce bon ange, surchargé d'ouvrage, et cependant toujours occupé de ses amis. — ce J'ai reçu vos lettres, mon cher comte, et approuve entièrement les deux à M. votre père et à M. votre oncle. Je ne peux rien vous dire sur ce que vous me mandez : il me faut un mot d'explication sur deux phrases, et je vous le demanderai dimanche. Je n'ai pu vous renvoyer vos lettres par la poste, dles ne seraient pas

DU DONJON DK VliNCEJVrsES. al

plas tôt arrivées moi. J'ai parlé sérieuéemeut de TOUS avec votre père^ et sais satisfait de la situation de

son cœur et de son opiaioa à votre égard. Mais je ne vois point qae nous en soyons beaucoup plus avancés^ parce que le peu de confiance qu'il a dans votre téte le butte â penser qu'il n'y a que votre femme qui puisse risquer de vous demander. Il me parait qu'il serait bien aise qu'elle le fit. Je ne suis donc pas désespéré^ mais je suis inquiet de la longueur des choses à faire, de leurs difficultés^ de l'embarras de la position. Si* madame de Mirabeau n'était qu'à trente lieues, je l'îrais voir ; mais mon temps, et mes afËûres ne me permettent pas un aussi long voyage que celui de Provence : j'en suis très-affligé. Mes lettres, si j'en écrivais, ne mèneraient pas au quart d'effet d'un mot de conversation. Enfin, mon ami, je dis, non liquet (cela n'est pas clair) 5 mais je ne me décourage pas. II ne faut jamais se décourager. Vous direz que j'en parle bien à mon aise; point : quand on sait ses amis dans la soufitance,' et qu'on ne voit pas nettement comment les en tirer, on n'es! pas mieux qu'eux. J'ai ici deux intérêts : le vôtre et celui de votre &milie, à laquelle je me da» comme affilié. Ce qu'il y a d'agréable, est qu'on ne peut rien faire de bien pour un de ces intéréts4à, qui ne soit aussi pour l'autre. Adieu, mon cher comte, n Le reste est une excuse de dincr chez M. de Rougemont, où il ne veut pas aller. Maintenant, obère amante, en attendant que je puisse te rendre compte de ce qu'il me dira, et des démarches que nous déciderons, je vais répondre à ta lettre. — Tu es trop prompte, ô ma&nfan, à espérer, et trop prompte aussi à t aÛliger. Avec un courage de héros, tu es quelquc-

2 a LETTRES ÉCRITES

fois une vraie femme pour les sensations du moment. Elles n'influent jamais sur tes principes, et peu sur tes opinions, parce que ton sens très-profond et très-droit, et ton esprit fort élevé, étendent bientôt ta vue j mais elles te font du chagrin, de la douleur, du mal. Madame de Mirabeau est une femme sans honneur et sans âme ; mais elle est aussi sans caractère, d'où il suit qu'il n'y a ni trop à compter sur elle, ni trop à en désespérer. Elle ne manque pas de sens, et l'on peut se foire entendre à elle en touchant légèrement, mais à battemens redoublés, la corde délicate de l'intérêt de son cher moi : tu comprends que je dis le moi d'elle. Je ne connais personne au monde de plus égoïste. D'ailleurs il est très-probable que son père, piqué de mon silence, a encouragé ses passions dominantes, qui sont la crainte, la méfiance et la paresse. Sa lettre est dictée par ces trois maîtres-là. Elle craint mes reproches, elle se méfie de mes procédés, d'après ses offenses accumulées ; elle redoute la peine, l'embarras que lui font entrevoir mes désirs, si elle voulait s'y rendre. Enfin elle s'accommode fort bien de la vie indépendante : cela est fort aisé à croire. Je ne doute pas un instant que si Dupont la voyait, il ne l'amenât à notre but; et je doute bien moins qu'il ne disposât du père, qui a réellement de l'honneur et de la droiture. J'ajoute que si j'étais Dupont et qu'il fût moi, j'irais en Provence et bientôt. Il dit qu'il ne le peut pas, et je le crois, puisqu'il le dit. Il me fait entendre qu'il ne peut pas écrire, et je ne crois pas cela de même. Ce qui est bien sûr, c'est que je n'écrirai que dans le sens et même la forme du modèle de lettre que tu as vu. Nulle autre démarche ne me convient : paice

Diqitized by (

DU DOKJON DE VUfCENNES. ^3

que je sm offensé et malheureux; 2" parce que je suis homme et mari ; 3^ parce qu'il d'jt a point du tout a compter sur la générosité de cette^éfttnre; qne je ne suis nullement dans le cas d'y recourir^ car justice n'estpas générosité^ et <pi'elle prendrait mes instances pour des supplications, ce qui la rendrait et plus fière et moins maniable. Je te supplie donc de ne rien exiger de moi à cet égard^ qui ne nous paraisse à tous deux convenable. Mon honnear est le tien, et l'infortune est plus aisée à supporter que l'ignominie. Je suis bien aise que tu sois contente de la lettre que Dupont t'a écnte. Il m'a paru penser sur toi comme feront usm^ les honnêtes gens qui te connaîtront un peu ; et il t'a sûrement connue, d'après un témoignage bien ta.YO^ saUe, ou plutôt bien juste, celui du bon ange* Une femme aussi tendre , aussi fidèle , aussi constante que toi, sera toujours l'objet de l'intérêt, de l'estime, du respect des cœurs sensibles et vertneux, parce qa'ib sentent bien qu^me telle passion, et tellement éprou- Tée, ne germa jamais dans une âme commune; et qu'une fiemme qu'aucun malheur ne décourage et ne détourne de sa route, est un être rare et digne de l'hommage de tous les gem bien nés» On m'envoie ca» chetées les lettres de Dupont comme à toi; et j'en al grondé aujourd'hui le bon ange pour la seconde fois.

le rapporteur né de mon affiiire, et inspecteur de ma conduite, il est trop mon ami pour que j'aie des secrets pour lui, et je n'en ai poinft, même à ton égard, que je ne pusse lui avou^, non pas par éeriC) il est vrai. Mais les hommes dignes de toute confiance sont toujocffs ceux qui en mta^pûui le La fiaessé

LfiTTAES éC&iXES

et la méfiance sont presque toujours le signalement d'un esprit court et .d'un cœur faux. Je dis presque^ parce qu'il peut exister quelque exception, quoique je n'en aie point trouvé. Pour revenir au bon ange, tu sens bien qu'il ne dit pas tout dans sa^place^ mais rien n'est plus franc que tout ce qu'il dit. — Non, Dupont ne croit point sérieusement que je n.'aie d'autre parti, à prendre que celui-là; mais il voudrait que je :1e crusse : i© parée qu'il pense que j'en serais plus porté à me prêter à toutes les négociations et à tout ce qu'on pourrait demander, en quoi il se trompe, car je dois plus à mon honneur qu'à ma liberté j 'i^ parce qu'il tremble pour de nouveaux^procès qui achèveraient la réputation de mon père, et abreuveraient sa vieillesse d'amertume ; 3^ parce que, comme il l'avoue ingénument, il a ici deux intérêts, celui de ma famille et le mien. L'un lui est au moins aussi cher que l'autre, et il ne rend qu'un demi-service à ma famille, s'il me tire , d'ici sans me . raccommoder avec cette femme, parce qu'il voit mon nom tomber, et la moitié, ou presque, de ma fortune. dissipée. De tous ces calculslà, il n'y en a pas un que je lui pusse reprocher; mais aussi il n'en est que très-peu que je puisse personnellement adopter. On ne me permettra pas plus de coup de fjosai que le reste, parce qu'on me. veut ici^ et non pas dehors. Assurément Saint-Mauris n"a pas donné • une belle idée de moi au ministre actuel de la guerre; et comme je crois que la protectrice que je pourrais réclamer (ce qui n'est cependant nullement mon avis pour mille et mille raisons plus fortes les unes, que les autres), comme je crois, dis-je, qu'elleest la sienne, je n'ai rien à es;pérer de ce coté. Saint<Paul, qui pourrait

ou DOKJOBT DE VJNCENNBS. 25

et voudrait m'être utile, ne fera que ce que voudra mon père. Viaménil £aàt cas de moi comme o£Bdier, mais il est ami de nion père. Montboissier me demanderait peut-être bien comme parent, auquel il â'est toajonrs intéressé; mais je crois, et je me tiens même sÛTy gud mon père le récuserait et refuserait comme son ennemi personnel. On a eu la politique de ne me mettre jamais qu'à la suite des corps où j'ai servi ; ç'a été d'abord par avarice, puis pour m'ôter tout soutien. J'ai demandé l'Amérique, et je la demanderais bien encore. C'est de tous les partis (hors' la continuité de détention) celui qui, m'éloignant de la France, accommoderait le mieux mes ennemis^ mais on ne m'a point écouté. M. Lenoir, lorsque je lui en parlai, me répondit : «Mais je ne vois pas pourquoi vous^ne demanderiez pas mieux que cela, vous n'êtes point fiiit pour aller en Amérique. Vous êtes malheureux depuis votre énonce, vous avez montré jusqu'ici le plus grand courage, vous manquera-t-il an terme? » Non^ il ne ine manquera pas, mais ma santé et surtout ma vue s'en vont ; cependant il faut laisser démêler cette iîisée^ ^t ne point indi^oser mon père par une contre-*marche. Quand tout sera manqué, je me retournerai. Le bras de notre bienfaiteur ne me manquera point; notre bon ange veille pour nous; ma mère remue. Patientons, ma mie bonne, patientons.

Je sais que M. Lenoir me croyait un diable; on le lui a tant dit I il n'en croit plus rien : assurément nous en avons la preuve. Je suis prodigieusement impatient dans les petites contrariétés, et fort maître de moi , dans les grandes. J'aime à te voir nie rendre cette jus*

a6 LETTRE^ ÉCRITES

tice^ parce que ma comoleAce confirme ton témoignage.. Je ne crois pas avoir frappé deux fois dans ma vie à tort, et en général j'ai trop Je respect pour moi-même^ et pour la qualité d'homme^ pour être battant. La vivacité de mon éloGlition me fut croire emporté à ceux qui ne me connaissent pas. Je le suis beaucoup à rintérieur; mais, comme tu diS| moi seid en sonfiGre. Le vrai est que madame de Mirabeaa et compagnie ont trouvé qu il était fort commode de me donner cette réputation^ et il fànl qu'ils y aient étrangement réussi, pour qu'on ait pu me soupçonner de te battre... Te battre, bon Dieu! toi dont un regard me bruit et m'aitmidsitl toi qui ne me donnes jamais un baiser sans me plonger dans tons les délires de l'amour l toi dont une larme déchire mon cœur..*..! Te battre I mais comment peut-on croire qu'un homme qui n'est ni sans bravoure, ni sans générosité, balte une feDune ! Cet attentat du sexe fort sur. le sexe fuble m'a toujours ins^nré la colère la plus profonde. Je n'ai jamais vu insulter une femme, même inconnue, sans la défendre ou la venger. Cependant madame de Mi^ rabeau a reçu un soufflet de moi ; lu sais le pourquoi : il me fallait ou la chasser de chez moi ou me mettre dans mon tort à mon tour; et mon premier mouve^ ment, qui n'est jamais méchant, nie porta à ceci plutôt qu'à un éclat ignominieux et irréparable. Cette femme m'a dit une fois : <c Je sais bien que vous finirez par me faire enfermer. . . — Non, lui répondis-je d'un ton calme, je vous tuera» plutôt... » Je ne doute pas qu'elle n'ait trouvé ce mot atroce ; pour moi, je le soutiens honnête et naturel. Je savais bien ^e Ton avait dit ^ue je te

DOHJrOH BE VUfCENNES. ^7

iaitais^mais je ne me doutais pas que Ton. prétendit que nous nous battions; ah 1 poi^ nous kioas battûnu^ et fort souveiit; et de toutes nos forces.

Ton idée £ur le mémoire d'Amsterdam m'est venue dans riostant; Jamais il ne fat public; mais nue fois le parti pris de passer condamnation à cet égard, je n ai dû disputer aucun détail. S'il n'a pas été publié> ce n'est pas ma fiiute; ainsi le prétexte est mauvais pour eux, mais Texcuse ne vaut rien pour moi.

Sans doute, je ne demanderais pas mieux qu'une sé« paralion â Tamiable entre madame de Mirabeau et moi 5 mais je ne la souffrirai jamais par arrêt j et de pluSjL il me iaut cacher ce sentiment dont on se doute Inen, et à mon père et à Dupont^ parce que l'un des plus grands motifs de celui-ci, et le plus grand, peutêtre l'unique^ de celui-là pour me tir^ d'ici^ c'est l'espoir de cette réunion et de ses suites; or il filut premièremeni sortir. JYe parle donc Jamais de cela à Dupont, et en général consulte avec moi ce que tu liai écriras, — Je te supplie de ne point re^parder tout, cbek comme manqué, et moi pour une éternité au Donjon. Ceci n'est rien moins que probable, et l'autre Bei'«8t pas. Le mal est que Dupont s'obstine à me croire la meilleure santé du monde, coomie si la stature décidait de quelque chose à cet égaird; comme si deux ans de prison ne pouvaient pas avoir alt^é ma constitution d'Hercule, et m'en avoir laissé l'air j comme sije|)OU-' vais rendre visible un mal qui, de Tavèu de tous les oculistes, ne se voit point, et manifester le nuage, maintenant toujours présent, qui obscurcit ma vue. Il est certain que j'ai besoin que tout se bâte» et que sont va lentemeiit^ à cela près, xieu n'est dcbespéré^--* Tu

aS LETTRES ÉCRITES

te défends bien sérieusement sur les lettres^ et beaucoup plus sérieusement que je ne f avais attaquée. Tu dois conveuir qu'autrefois les courtes lettres étaient ton pécbé mignon ; je sais et me souviens avec reconnaissance que lu t'en es corri(;ee ; mais cependant^ depuis ta conversion^ j'en ai fréquemment reçu de deux pagpes et demie, trois, trois et demie, et tout cda est trop court, beaucoup trop court pour mon cœur. Quoique le bon ange nous serve avec toute la complaisance possible aujourd'hui, il est certain que nous nous écrivons trop rarement pour nous écrire des billets ; et tu compteras comme tu voudras, mais je t'adresse dix fois autant que tu m^envoies ; cependant je suis aveugle. Tu as eu dans ta vie des lettres de moi de , neuf ou dix pages, tellement minutées, que quarante des tiennes ne llendiaient pas ce qu'il y a dedans^ quand as-tu fût paroli ? — Mais surtout ne va pas croire que je te gronde, ni que je t'aie voulu gronder ; car je n'en ai, ni n'en ai eu envie. — Eh bien ! mon amie, ce que tu dis de M. de Ren.. est clair; ce que tu en avais dit ne l'était pas. Je suis tranquille et te remercie. • — Le bon ange a tort. U me manda : » Je me refuse aux détails pour en laisser le plaisir à votre amie, qui a reçu une longue lettre à ce sujet. » Demande-lui ce que c'est que cette lettre. Ma tendre Sophie^ je t'adore pour la charmante idée de m'envoyer ta fille ; mais je suis obligé de convenir avec notre ami que c'est une tentative inutile, périlleuse et chère. Le secret de la maison ne le permet points et cela serait su au dehors. Querelle des Ruffei, clameurs de mon père, etc., etc. Si M. de Rougemont était un homme à procédés, on aurait pu essayer de la iqêner diez lui, et de m'y conduire la nuit, ce qui

DV DOKJON DE VINCBNWBS. 29

serait fort mé ; mais tu comprends bim que le bon aDg^e ne proposera pas cela^ l'antre est et n'est qu'on

caporal qui suit bien durement et brutalement sa consigne. Nous sommes d'ailleurs^ moi, très^lroidement avec lui; lui^ très-polidqaement avec moi. Ta yois qu'il n'y a point de moyens d'arranger cela. Le bon ange a la bonté d'en soupirer. Que ne puis-je, dit-il^ vous Vemoyer dans une lettre! En revanche, voici une prière plus raisonnable que je lui ai faite ; c'est, après s'être informé si la petite tète encore et peut se passer du téton , de raisonner avec son chirurgien, quels moyens, quel argent, et combien de temps il fendrait pour inoculer ce cher en£int. On la garderait pendant ce temps; puis on la rendrait à sa nourrice^ jusqu'à ce que sa destination nouvelle fût décidée. Je lui demande une réponse naïve à cet égard, et je su» siir qu'il fera ce qu'il pourra. Pour tes deux louis, je prie M. Boucher de surseoir à l'envoi ^ et voici pourquoi. J'avais, il y a quelque temps, demandé des livres. La recherche en a été un peu longue. Dans l'intervalle, j'ai appris ce que me coûterait quelque chose que j'ai assez légèrement entrepris sans m'en enquérir; ce prix, quoique très^rabattu, grâce aux soins du bon ange, me ruine; et lui, plus fou que moi, malgré mes instances pour ne rien m'envoyer, n'a pas voulu me priver des livres que j'avais désires^ de soitc que je crains qu'il ne soit en avance; et tu veux bien qu'il airéte mon compte avant de t'envoyer ces deux louis; s'il n'a point de marge, ce que je crois^ je ne t'enverrai d'argent qu'en septembre; s'il en a, je t'enverrai ce qui me restera. Quant à la destination de ta fille, il faut que ie la consulte avec notre aii^i. Je deinande**

rai, i^s'fl est absohunent impossible de k mettre dand

ton couvent^ en la faisant nièce d'une religieuse; 2^ quelle espèce d'autorité peut avoir madame de Ruffei à eet égard , et 3** comment on poinrait Téluder.Tu décides trop vite qu'il ne faut point la donner, du moins en attendant, à ton hospitalière; je l'aime mieux là un ou deux ans, que dans un village; et la Remy ne la prendrait pas que je ne fusse Ubre. Ta sainte ne retourne pointé Pr., et demande Gien^ arrangement dont je ne suis pas aussi éloigné que toi, pour des raisons que je te dirai quand il en sera temps. Pour Age la Douay, c'est une horreur contre laquefle j'invoquerai l'autorité. C'est une bégueule de dire qu'elle ne peut pas l'écrire ; personne ne Fén a empêchée ni ne l'en empêche. — Ce n'est que par momens que ta mère tourne les yeux j mais ces momens sont fréquens. Son grand secret est une bourde. M. de La Cor. . n'a pas plus de crédit que d'esprit^ et il a de tout cela fort peu. Ta mère ne veut point que Ton finisse, cela est clair. Le prétexte qu'elle prend est bien mauvais et l»en lourd, puisqu'elle t'a juré, crié et recrié qu'elle ne désirait point que tu retournasses à Pontarlier. Il est vrai qu'elle est un peu sujette^ pour une dévote, à faire de &ux sermens, et que j'ai toujoms cru que c'était son plan unique. Il est digne d'eux tous, car il est bien vil et bien fou ; mais en ce genre on aurait tort de les taxer d'inconséquence. Tu ne dois jamais aHer à Hontargis. En pardi cas, on déclare à M. Lenoir et au ministre le pourquoi, et on déclare de plus qu'à tout prix on n'ira pas j que s'il faut fuir, on fuira j que s'il feut mourir, on mourra; qu'il est bien barbare de pousser à un coup de désespoir une femme qui ne

DU DONJON DE VINCENNES. 3l

demande qu'obscarité et trubqinllité^ parce que des

fous furieux^ des fanatiques enragés, veulent qu elle le soit à leur manière^ et non pas à la sienne^ ou plutôt parce qa'ib veulent pouvoir dieter un testament. Certainement le ministère entend de pareilles raisons. D'un autre côté on écht à sa mère, qui^ au fond^ a quelques sentimens maternels, qu'on se portera à un coup « de désespoir le jour où il faudra coucher à Mon tarais, et l'on av^tit ses amis. Mais je crois^ j'espère^ je me tieng sàr que nous nous battons sur une supposition Élusse.

Je ne sais pas si madame de Ruffei a assez d'esprit pour trouver madame de Yence fort béte, mais je sais

que moi, qui enfin n'ai jamais trop passé pour tel, ai été ceùi fois étonné de l'esprit^ du sens et des lumières de cette béte. Tu peux le lui dire, et lui demander s'il fkut aussi que tu me prennes pour un sot, et les Ruffei seuls an mondie pour des gens d'esprit^ de vertu^ de courage, ehasteté, probité^ qualité, etc., etc. Je sais que madame de Ruffei ne parle jamais de moi qu'en m'appelant ce scélérat, ce misérable, et autres gentillesses de cette espèce. Si elles pouvaient m'offenser, je lui di-* rais que les scélérats sont ceux qui méditent, tentent et conseillent iies assassinats, et elle m'entendrait $ que les misérables sont les pères qui veulent séduire leurs filles, et les frères qui tentent d'en jouir malgré elles. Je ne connais point dans ma famMe de ces titres de ndblesse; qu'elle cherche s'il ne s'en trouverait pas quelques-uns dans sa maison.

Il £uit Uen que j'en ûsse maintenant des remèdes^ mal^é tonte ma belle répugnance. Je me vois forcé de rairaichir celte poitrine^ qui me fait sentir autant de

32 XETTlIBS ÉCRITES

chaleur que si je n'étais pas le plus flegmaticjue des hommes* Mais le malheur est que mon diable d'estomac

ne veut point s accoutumer aux émulsions. C'est une chose embarrassante que d'avoir affaire à ces deux ennemis.. Ton amoureux, M. Dorat^ a fait une épitre à son estomac ^ car il est sujet à se distinguer par ses titres^ ce cher homme : et il a raison .de le quereller, car c'est un importun compagnon quand il sert mal j mais il faut se résoudre à ces petites tribulations, quand on veut absolument avoir cinq maîtresses. Hélas I je n'en ai et n'en aurai qu'une, et je ne Vai même pas. C'est donc bien gratuitement et bien injustement que je subis le sort du petit-mdtre Dorât;- et cependant je ne chante point mes malheurs ; je n'adresse point la liste de mes indigestions à tout l'univers \ mais les grands honmies savent, au moyen des graveurs, intéresser tout l'univers même à leur chaise percée. — Mais je ne vois pas trop que le marquis eût de grandes raisons de s'intéresser aux talens prolifiques de ion sang • car, malgré tes douze fausses couches par an, il n'a ni su ni pu en tirer un grand parti. Il aurait un peu mieux fsdt de prendre garde à la prophétie du président de Cœur-de-Roi, qui; en très-habile et très-véridique astronome, prétendait que ton mariage était écrit au ciel an signe du Capricorne.

Non, je ne crois point que tout ceci ne finira qu'après

mon père ; mais je suis sûr que cela finira alors. Hélas ! cet homme assombrit bien sa vieillesse, et je doute que les tourmens dont il a chargé mk jeunesse puissent l'en dédommager, quelque haineux que puisse être son cœur. — Il me semble que tu n'es point du tout dans les prindpes d'un certain Guillaume de Balaun^ ancien

troubadour^ qd, voulant rompre avec sa dam'e, lui

adressait ainsi œue învitatioji en vers : « Si nos sermcns, lui dit-il^ s'opposent à un divorce nécessaire^ adressons^nous à un prêtre ; vous me donnerez votre absolution, vous recevrez la mienne, et nous pourrons ainsi loyalement former de nouvelles amours. » On peut liien ici dire avec La Fontaine :

rr;i Oa ne s'atteadait guère

A Yoir im prêtre ea eette afifaire.

Mais tu n'es pas si dévote^ et je t'avoue que^ quoique je connusse i peu près ta professbn de foi, cet aveu naïf et énergique fait sous les yeux d'un tiers, m'a singulièrement touché. Ah! ma Sophie, il y a long-temps que je t'ai appelée ma ditfinitél Je t'ai donné l'exemple^ et, quoique l'on prétende qu'une femme ne peut être sage qu'autant qu'elle a de la religion^ moi^ qui suis le plus jaloux des hommes, j'aime mieux ma maitresse amie que dévote. Veux- tu un autre exemple de la bienséance et des chastes principes de ce hou vieux temps, dont on nous vante les mœuis? Guillaume de Saint-Didier aimait la marquise de Polignac ^ comme il était d'un esprit agréable^ la marquise de Aoussillon se plaisait à causer avec lui^ et ils se virent si souvent, que la dame de Poh'gnac en conçut de la jalousie. Or^ voici Texpédient qu'elle imagina pour se venger de Gnilhnme, qu'elle croyait infidèle : elle prend avec elle uu ami^ va iaire un pélermage à Saint^Antoine de Viennois^ passe chez Guillaume qu'elle savait être absent, et, pour se venger authentiquement d'une pré^ tendue infidélité^ couche avec son chevalier dans la

34 ZiETTHBS tiCUnS

çhambre dans le propre Ut de Boa amant. Cette aven'* tare se paona publiquement; et madame de Pol%nac

a^âit un mari I Et riiistoire ne dit point qu'il 9 en foraaaUsa!.*. Ahl ma Sophie^ jure-moi de ne jamais te venger ainsi^ mais par un coup de poignard. Balaun subit une autre vengeance plus plaisante. Sa maitressei s'étant brouillée avee lui, ne voulut jamais se TBccamt moder que sous la condition expresse qu'il se ferait arracher l'ongle du petit doigt, et qv^il le lui apporte* rait avec une chansoà amoaieosek Balaun se fit arra^ cher l'ongle par un chirurgien^ sans donner presque auctln signe de douleur; il composa la chansan, ap*" ' porta son ongle à la dame^ qui fondit en larmes d'at^ \ tendrissement; il chanta sa chanson, qu'on trouva charmante, et ils s'aiinirait tons deux plus tendiement qvut

jamais, Yeux-tu voir une déclaration de ce temps-là? lUjmooid Joiirdan, vicomte de Saint^AntonjTi trouba*^ ioiiir^ ayant perdm sa dame, vivait depuis longtemps dans la solitude et la tristesse, quand Élise de Montfort, fiUe du vicoBBi» de Turenne, et femme de Guillaume de<}0vdon, éra»e eans doute d'une noble pitié, l'en** voya,prjiçr de sortir de sa mélancolie, et lui écrivit ce biÛet t «Je voue ofite mon amour et mon oofjDi^eâ dé* ^ dommagement des chagrins que vous avez eus. Je M vcius. conjure de me venir voir» Si vous ne vous ren*- » des pas i ma prière, j'irai moi-mème von» chercher* 9 U faut convenir que cela est franc et naïf, et que ces dames étaîeni bien aussi indulgentes que. les. nâtres pour la fragilité de la chair humaine. Au reste, un troubadour se plaint a de ce que les feounes se mettent » tant de blanc et de rouge smr le visage^ que jamais p on n^en vit plus aux ex^oêo dont les ofirandies 9ont

DU PQjNJON DB yUiCEmKS. $^

# aoeompagnées. » Ta ton qm les rases de la coquejtlerâ ^nt «a France d'une haute anii^uité»

Jamais, janifûs de p&maupe; tête ras^ 4>a nue.

bbn ange a la bonté d'être inquiet de mes cheveux. IJi

jure avoir tout envoyé, et fixement il dit vrai ; cepeu- .

dant j'im ai reuiU <ânq très-grosses tresses à Fooielhao^

outre celles que lu as reçues. Ne tracasse plu^> pour

cela mon pauvre ami. Ah ! que non, que je ne suis pas

chaude. Dupont déraisonne avec sa réhabiliUttiom»

Je traiterai cela avec lui. Sois bien sûre que c'est la le

moindre de i)m .embarras^ tu ^s^iiraif biien dû m'e^f

yojer sa lettre. Ne compte en rien surle Maoï^Ie. Uain*

tenant que tu le connais et que tu as vu de ses œuvres,

je puis te dire qu'il est loin d'éti e estimé ^ mais iuji

laisse prendre aucun ton relativement aux instractiotts

(kus le couvent. Les premières étaient fort odiei^ses.

FaisJes lui r^etir^r tpptTÀ^u M., de JM^rville n'a pr^r

sèment sur toi que les droits que veut lui donner U

mère. Mais^ à la rigueur, ta mère elle-même en a trè$- i

peu, TU que tu es sgus la ni^in du roi. .Ci^t u^e.^<jUi7 '

cible insolence au MarviDe et consorts^ que d avoir

osé demander que tes lettres à M. Lenoir lui fussenf

nemises h lui. Marville. Lenpir leat inspectiemr né deç pisonniers <f£tat, et un père temporel n'est absolu»

ment rien/ron ftiqui^f de moine méril^ait Bicétr^^ Çii I

H* de J^vi|le uiiie^.i^éprimande du loinist^. . Aizis^ |

doncon pourrait te vexer là autant qu'il voudrait; san^ f

jue X\k pussçs avoir le mpindre recours au mipistfe.jf l

puisse les lettres ndéme adressées à celui-ci 4^ai^ I

tomber entre les mains de M. le père temporel. Celu I

.68.1 Ipu^ Ji^y a qu'un père icmjpçrel pour les laïques B

en- fjrancç^ . c'est le roi et m pr^o»és. J>isrVfk6k q/xd est r

36 XiETTKBS ÉCRITES

le sot propos de cette religieuse. Cependant ne romps point en visière au Marville^ mais £sds-lui sentir que tu n'es point nn en&nt, et que tu connais tes droits. C'est moi qui te dis qu'il n^eùt pas osé soustraire une lettre à M. Itenoir. ~Ta me mettrais presque en colère avec les jérémiades mal fondées et fort injustes. Voyons si je le suis autant que tu le prétends. Voici la phrase k laquelle je répondais : « Je crois t'ayoir assuré que le petit garçon ne reviendrait pas (tu ne l'avais point assuré^ puisque je demandais cette assurance) . J'ai pris tous les moyens pour cela (tu pouvais te donner la peine de dire quels étaient ces moyens), et en tout cas ce ne sera pas ma faute (membre de phrase très-cho-quant, au moins à mon avis, qui, je crois, doit être le décisif en ce cas) , mais je compte que c'est fini. » {Je compte : ne yoilà*t-il pas une assurance bien énergique?) Suit un tas de platitudes pour me faire entendre qu'il est impossible que tu exiges qu'il n'entre plus dans la maison, comme si je t'avais parlé d'autre chose que de toi et de ta chambre. Voilà la réponse laconique et amphibologique que tu faisais à nn alinéa très-vigoureux, où j'exigeais formellement ta parole d'honneur de ne pas revoir cet homme, et où je relevais tonte l'indécence de la conduite de l'abbesse. Je te demande si c'est là une chose tout entière, une pro^ messe de ne plus reifoir : je compte*. . ce ne sera pas ta faute. , . Jolie manière de promettre ! . . . En vérité, je n'ai ni envie ni sujet de {gronder ; mais, puisqu'il faut s'expliquer nettement, je dis qu'il est de la plus haute indécence dans toute position, mais surtout dans la tienne, de recevoir, dans un couvent, un homme dans sa chambre; et surtout nn homme en tète-à*tête«

D0 BONJOK DE VINCEN1(£S. 37

Veuille ou ne veuille pas me donner raison à cet ég^ard, je crois et croirai^ dis et dirai que j'ai le droit exclusif de décider et d'exiger en ce genre. Si tu ne le peases pas, déclare-le. Je saurai ce que je devrai répondre... Mais je te répète que je suis tranquille sur ce morveux. Je n'aime pas seulement le ton léger que tu avais pris sur ce sujet, et encore moins le ion plaintif que tu prends aujourd'hui. Il n'est rien de léger de ce qui blesse le cœur de son ami ; il faut avoir raison et demie, et en être bien sûr, pour s'en plaindre.

Tu crois bien que je donnerai denudn à Duponi l'explicadon de cette phrase amphibologique; elle an* rait tenu un volume. — Il me semble^ tout comme à toi, qu'il n'a point écrit à madame de Vence, et je m'en éclaircirai demain. Maintenant je vais suspendre ceci, pour ne pas fatiguer le bon ange d'un volume. Je vais copier ta lettre, des pièces fugitives pour t'envoyer. Demain, sitôt la visite de Dupont finie, je t'en rendrai compte. Je finirai ma lettre; je l'enverrai lundi de grand matin i M. Boudbier, si le Rougemont veut faire une fois ce qu'on lui demande, et je supplierai notre cher et bon ange de te la dépécher mardi, afin que tu voies mercredi que tu t'es trop hâtée de t'in« quiéter et de désespérer. Puis ce ne sera plus qu'après k mi'juiliet que le bon ange t'expédiera un nouvel envoi, à moins d'nne nouvelle intéressante, car nous le harassons. — Comme il faut une fois mettre ta mère au pied du mur, £ais*lui ce petit raisonnement : Yous dites toujours que l'on ne se prête à rien, parce que je déclare ne pas vouloir retourner chez M. de Marignane. A qui l'aije déclaré? à vous, à M. de Marignane? Mais appreneahmot nettement, je yom en sup«

38 ' unug tcKpn»

plie^ et sans amphibologie^ ^el moyeu j'aurais de fetôarDei: chez cet homme> quand je le vouârais. Me l'a-l-îl proposé ? On dirait^ à vous entendre, que c'est lui que j'ai refusé 1 I^on, ce sont des projets vagues et tendeur» de pièges que j'ai reçus comme je le devais. Que ferais-je donc? Irais-je me faire fermer sa porte et afifrpnter le refuge de Besançon ? Est-ce là ce que tous me conseillez? Eh ! ma mère ! je ne suis plus un enfant à la bavette ^ des phrases ne m'en imposent point. Vous n'avez pas encore proposé un seul accom<« modement raisonnable. Et pourquoi? c'est que vous frémissez à l'idée que je devienne libre dans aucun temps de émi yié^ Cependant tous devriez penser que la nature m'a destinée au malheur de vous voir mourir snront moi. Eh I que deviendrais-je après vous^ si rien, n'ectt fiai^ si mes parens- et les Taldfaaon peuvent à l'envi me vexer? Quand vous voudrez que je croie sérieusement que TOUS voulez un arrangement, vous commencerez^ et avant tout^ par demander l'abolilion de la procédure^ puis ma dot^ et rien de pkis; car tout le reste n'est qu'ironie^ et pent4tre barbarie^ quoique assurément vous ne le croyiez pas, puisque vous me garottez et me laissez sous les liens d'uaarrél kdhmanty tandis que je pourrais/ de l'avis de tous les gens de loi^ plaider et gagner mon procès. Non^ on ne le veut pas^ et l'on a la cruelle dérision de me dire qù Voû n'assure pas ma liberté après le marquis, pour ne point m'obliger au couvent pendant sa vie. Kk! quftnd ai*j& demandé autre chose que cet asile jusqu'à sa mort? Je veux le couvent, je serai au couvent, je n'^ sortirai que de force. Jamais^ je le crois du moios^ les dons en place ne dmmenienr kmr sanction à une

tdle viûlance; et s'ils le faisaient^ le désespoir sait jbriser toute» le» obainos. Oh i quand laîftiera-t-cm ebeoure ^ tranquille celle qui M^yieut que cela, dont le /Daïdcière est flexible et doux^ et qu'on a déjà poussée anat partis les plus eacirèiim par daseiitétanoî^ iBoyens bien déraisonnables?' Songe à ne rien signer dont Fanéautissement de la prooédure et ta liberté après le marqiûf ne soient la base*

J'ai reçu ce matin un billet'de Dnpont, qui snè dite « Je nkù $im pas pariaitement sûr^ mou cher comte^ de vous Yoir déinàiaj ^ je ne saurai que cè âpirii j'ett

ai ou non la possibilité (c'est d'hier saimedi 3i qu'à m'éqrit); ainj»i^ ai à onae heures vous n'avez vu perfoane» ce aera que je n'ai pas été le aoalue* Çe qui m'afflige, c'est que cela peut me renvoyer à la hui'^ taioa; luaifi si j'ai un instant plus lat^ j'en profiterais Les meiUeurai et les plue belles dames ib»igMttde(e'est toi) sont toujours im peu indiscrètes. Adieu et aimez* moi. 1) U est midi;, et il ne viendra point. Je^ vais If transcanre ce que je lui écris, t'^onfer quatre mots et finir. Aussitôt que je Taurai vu, tu auras encore de mes nouvelles, si le boa ange veut bien* ~ Votre billet m'a fittt do J9a)> mon cher Duponé; Féspoir dé vous embrasser m'avait rajeuni, même en m'ôtant le som-f meil, e& j'aimerais mieux n'axois pas compté que de djifOmptep. iD'ailleorS; tout ceci tnâne^beaueôup. Si nous écrivons à M. de Marignane, il est plus que temps, et je w^.fi^im, nm sans vous ; en outve, j/ai 4aiiUe choses à vous d^ff' Veuea donc vitSi et:àon |i^f. pquriuiiin^

4o UTTAES ÉCIUTBS

stant. En aliendant, je vous trouve plaidant de taxer Sophie d'indiscrétion^ parce qu'elle m'a dit qu'elle TOUS avait ëcrit.Vous n'êtes pas assez vienx^ mon ami, pour que ma maîtresse vous écrive sans me le dire. D'ailleurs^ nous sommes les deux moitiés d'une même âme y et nous ne nous taisons jamais que ce qu'il ne nous est pa^ permis de nous dire : Sophie est la plus discrète de tontes les femmes, et très-peu d'hommes le sont autant qu'elle. £lle l'est beaucoup trop en cette occasion^ car elle devait m'envoyer la copie de sa lettre et de votre réponse. Elle ne me dit pas même la substance ni de Tune ni de l'autre. Je vais, pour vous donner tout de suite l'explication d'un des points sur lesquels j'ai deviné que vous en désiriez, vous transcrire un iragment de la grande lettre que j'avais envoyée pour mon père. H ne contient que vérité. « Voici l'époque de la plus grande faute que j'aie faite en ma vie, et qui probablement a iixé mon destin dans un océan d'infortunes. Il fiiut l'avouer tout entière. Je ne prétends point l'affaiblir, je veux seulement en développer la cause et les motifs. Avant de la commettre, je me livrai le plus terrible combat. Personne n'a su la démarche que je fis alors. Décidé à me déchirer le sein pour en arracher le trait qui le perçait^ j'écrivis à votre belle-fille une lettre forte, pressante^ embrasée, étîncelante de toute l'éloquence du moment et de la chose, pour l'engager à s'associer à mon sort, comme les lois divines et humaines le lui ordonnaient. Je lui offris de nous retirer en Suisse, ott nous vivrions de notre modique revenu, et même sans secours, s'il fiillait, parce que mon travail me donnerait les moyens d'y suppléer, une fois que j'y serais connu. Si elle eiit consenti^ j'at-

testô rhonneur que j'aurais rompu tous mes liens, eoBsé-je dû en mourir de douleur. J'aurais onblië tout, excepté les engagemens qui m'unissaient à madame de Mirabeau; j'aurais travaiQé avec ardeur pour ses be^ soins et ma subsistance. Je me serais yn sans ëtonnement Je stipendié d'un libraire. Jamais l'amour de la liberté et Tamitié conjugale n'eussent remporté une plus belle victoire^ et cette victoire était possible. Peut-être ma passion n'était pas parvenue au dernier degré du délire, et du moins je n'étais point encore encbainé par les plus sacrés des liens, ceux d'une înac-* quittable reconnaissance. Mais cette proposition était trop élevée pour celle à qui je l'adressais. J'avais tort de chercher des fruits sur un arbre qui ne portait que des fleurs. Je reçus quelques lignes glacées où l'on m'insinuait avec douceur que fêtais fou,.* O contraste trop frappant^ vous m'avez perdu ! D'un côté^ tant de courage, de dévoûment et d'amour ! de l'au-trel... Je me livrai à ma tendresse par impuissance de m'y dérober. Mon amie, vraiment desespérée, était capable de tout en ce moment, excepté de me quitter. • • F^nune unique entre toutes I elle s'imputait tous mes maux, tandis que j'ourdissais tous les siens... Ah! qu'une telle ivresse est touchante et contagieuse ! Je conservai ma raison mieux qu'elle, et cependant j'en conservai bien peu; déchiré par ses larmes et par mes regrets, bouillant d'amour et d'indignation, obligé de choisir entre les plus grands maux, je préférai ceux qui m'offraient des compensations ; les illusions se jetèrent en foùle au-devant de moi i ma passion m'égara ; et, poinr obéir à l'amour, j'outrageai l'âmour. Je ine décidai à me cacher à Pontarlier, pour rester auprès

4i LErrKBS ÉCRITES

^madame de MoDnier^ sans songes, ou sans m'arréter auxdaiigeff9.aiixquel3 je l'expoaaià... Mon père^ voilà mou crime, voila mon crime unique; tout le reste fut iùtoé, iixt de devoir. J'eusse été ua prodige de lâcheté^ un monstre* d'ingralitude, si je ne Feuase pas faitt vous jugerez bientôt > mai3 ce crime était celui de ramour, etc. »

J'en étais là, ma tendre amie, et il était une heure, lorsque Dupont a paru. Il ne pouvait rester qu'un instant; et il revient d'aujourd'hui en huit. Dans cet instant, il m'a paru décidé au voyage de Provence, s'il était nécessaire (mais pour le moment il lui est in> possible) } il va aussi méditer ûne lettre pouc madame de Mirabeau, et une pour mon oncle qu'il veut faire marcher de front. U est si convûnou que mon père désire ma sortie d'ici, mais seulement par la voie de madame de Mirabeau, qu'il lui montrera ces lettres. Je désire qu'il y en joigne une pour M. de Marignane, et je crois que je l'y engagerai; car il ne m'a opposé que des objections de convenance. U m'apportera di* manche b profet d'une lettre pour lui. Il donne la tort à mon père pour l'exécution en effigie, et est d'àvia que si tu te trouves des joints d'accommodement pomr notre afisure, tu les saisisses, parce que cfest tonjours un fardeau de moins à soulever. Il pense^ comme nous, qu'il n'est point décent que tu sépares ton afiaire (le la mienne ; qu'il l'est encore moins que tu retournes chez le marquis, Qt que tu nô dois demander que l'abolition db. la proc^durè, ta éot, ton cm&nt et ta lif berlé après lui. Il prétend que mon père lui a parlé pendant trois heures de moi avec tendresse, mais finis^ sant' toujoura par dire que s'il né me ccojmt pas fou.

il ne me pardonnerait jamais... Voilà qui .est conséqueot. Il s'opiniâtre toujours à dire que ceci devient long;, mais ne manquera point. Il m'a fort engagée à ne point serrer la mesure pour finir autrement, ce qui ne serait pmot honorable pour moi^ et empoisonne* rait la vieillesse de mon père. Assurément je suis loin de ie Youloir^ mais cepeudaut je me dois à moi-même ma liberté, s'il se refuse à me la donner. Enfin^ il ns^a appris une chose que je ne puis te dire, qui m'étonne infiniment^ au moins d'un côté^ et qui doit te rassurer et te tranqnflliser. Si cela est^ comme je ne puk ea douter, je suis loin d'être proscrit par les dieux de la terre... Mais pourquoi me laisser m'aveugler ici? Sii« remeot ib cnnent que le délabrement de ma santé est jeu joué, et ils se trompent bien. — Voilà, ma mie bonne^ la relation très-succincte d'une conversation fort précipitée; mais comme je compte qu'il y aura quelque chose de plus décisif dimanche 8, je ne m'appesantis points d'autant que yoilà un paquet énonne i lire pour le bon ang^e, qu'il font ménager en raisoct de sa complaisance et de la reconnaissance que nous lui devons^ c'est^-é^dire infiniment*

Adieu^ mon tendre et unique amour, âdieti ceBe qu'entre toutes les femmes j adore et révère. JD^e me &is plus de mauvaises querelles^ et orois qne lorsque je t'ai attristée de quelque chosCj ce n'est jamais humeur, mais chagrin. Quoi que ce soit qui m'ombrage^ et quelque iutile q»e te paraisse cet objet, parce que tu le vois de près, entre dans beaucoup de détails j c'est le moyen de soulager mon cœur à l'instant, parce qae j'ai toute confiance dans ta tendresse et ton bon-» Jièteté. Adteo^: mon épouse et ma vie ; je suce tes lèvres

de roses^ et te douue mou ume^ mais seulement pour

J'avais signé mon nom de famille par mégarde; mais

je ne veux porter que celui de ton époux.

Dupont n'a point du tout insisté pour que j'écrivisse à madame de Mirabeau.

Dupont m'a paru amoureux de toi ; mais il dit que tu es une indiscrète d'aller publiant tes &iveuis^ et que tu ne devais pas me dire que tu lui avais écrit. Il m'a reproché assez vivement d'avoir perdu une si excellente femme. Je lui ai répondu que tu étais la seule en droit et en état de m'absoudre et de me condamner. Il sera bon que tu t'expliques avec lui sur cela j mais ne lui écris rien que nous ne l'ayons consulté ensemble^ et pour cause : je crois ta mère plus de sa connaissance que nous ne pensons, au moins par mon père* Cepen-* dant regarde-le à tout jamais conune incapable d'abuser de tes lettres, et en général de tout ce qui serait le moins du monde malhonnête.

n n'a point écrit à madame de Vence, parce qu'elle est absolument brouillée avec madame de Mirabeau. Je le croîs ; cela est plus que naturel.

L'histoire de mes cheveux parait devenir singulière. Le bon ange me dit aujourd'hui qu'il est sûr d'avoir reçu les huit tresses^ de les avoir envoyées, et que c'est là ce qui l'inquiète, dès que tu ne les as pas reçues, parce qu'il ignore s'il n'y a pas joint quelques lettres ou billets.Voîs àéclaircir si tout t'est remis fidèlement, et sois très-ferme sur cela. Tu peux l'être e/i toute sûreté. Je te dis de tâcher d'avoir ton hospitalière ;

DU DÛKJON D£ VINCENKES. J^S

m'^tends-tu? Cela ne t'engage à rien^ et nous donne

des moyens de dépayser lâ petite* — L'intérêt^ Tami- TiÉ de HADEMOiSELiiE ibouAT doiveot être de belles choses ! et les grands mois en sont assurément : que ne disais-tu aussi ses bontés ? — Ma santé serait jbonne^ fii tu me laissais dormir ; mais tu me brûles encore plus^ s'il est possible, de loin que de pres^ parce qu'alors tu éteins de temps à autre le feu^ et qu'ici tu ne jGeus que le souffler. ^Vous êtes plaisantes, vous antres femmes ! Vous nous dites toutes : « Je veux bien que vous soyez «jaloux^ c'est une marque d'amour; mais ne le sojrez » que quand vous ayez sujet de l'être... » Or, à votre avis, nous n'avons jamais sujet de l'être ; donc^ etc., etc. Adieu, Sotte Maiue-Tuéiièse.

Sophie-Gabriel, veux-tu un bach di cohmba?

Je voulais joindre ici la copie d'une lettre forte et chaleureuse que je viens d'écrire â Dupont i mais, mon amie, voici la trente-troisième page que j'écris depuis hier matin, et je n'ai pas voulu manquer de t'euvoj^er kpouifoirde rharmonie, qui n'est pas sans quelque mérite.

J'ai dit naïvement à Dupont que mon projet était d'être très-sage, deux occasions exceptées, l'une desquelles était purement de la faute de mon père, qui pouvait aussi parer l'autre, c'est-à-dire que l'auteur de l'exécution en effigie devait mourir sous le bâton, ou toi avoir le plus favorable arrangement; et que si l'on voulait que je me tinsse en repos, iljyiait que Ton t'y laifls&t au couvent. Il a topé.

* LETTRE XGYIII.

A LA MÊMIL

iGjiiiUet 1779»

Le bon ange me fit passer hier ta lettre, chère et tendre amie ; ta lettre tout dimable comme toi^ et qui n'â à la Tenté que 8b: pages à lignes bien ouvertes ; mais enfin ce n'est plus quatre, et si c'est peu pour moij c'est tout au moins beaucoup pour ce pauvre ange que j'écrase d'écritures^ qui prend sur ses nuits pour me répondre et expédier mes affaires^ et qui joint à tout Feuphantement de l'amitié tous les procédés de la bienfaisance. Il me sert continuellement/ et toujours avec les mêmes attentions et le même zèle ; mais je dotite que ceux sur qui j'ai bien plus de droits le s&condeat avec autant de zèle et de bonne foi : aui:si ce bon et sage ami me ménage- t-ii d'autres ressources. Il me demande la patience d'un saint. Se ne suis ni ne veux être un saint ; car, comme je le lui dis^ c'est un sot métier; mais j^ai la patience du courage, et c'est quelque chose. Je commence d'ailleurs à voir assez clair à mes affaires pour sentir que, quand je serais sujet à ce défaut, ce ne serait pas le moment de se décourager. Je le dois la relation de deux visites de Dupont; l'une du 8 et l'autre d'hier. Celle du 8 ne fut que d'un instant, et il s'y accoutume. Il m'avait écrit la veille 3 et, par une méprise du suisse de M. Lenoir,

fla kure ne me parvint cpie h mardi. Le dimancfaa il Bie dit qu'il ne Venait ifae parce qu'il m'avait tirop

grondé la veille, et je l'envoyai là où cela pourrait lui jbire plus de plaisir^ Tassura^t que je n'ayais point sa iMfdy et que s'il m'avait groudé^ je pourrais très-? bien le mordre : je lui ai tenu parole comme tu le verras bientôt. Il ne comptait que me Mfei imt visite ise jottT^à, et si biep qu'une visite^ qu'il lie ku^apportait pas même un projet' de lettre pour M. de Marignane. Je lui dis que puisque nouaéticHM ea accès de irancbise^ j'allais lui eu donner l'exemple. Je «ne plaignis Û^ 'êm peu de bonne fol, de Fécorce politique qui enveloppait son amiti^ du parti qu'il semblait avoir pris de me donner tort en tout, même dans les choses où j'avâis le plus évidemment raison. J'ajoutai que ce n'était pas • là la condoite que Ton devait tenir avec un Jiomui^ qui avait de rhonueur et ne manquait pas de lufnifp^s^ Il fui doux comme un mouton^ et i] l'est touj^ms eu pai^ast. Il se retrancha sur les écrits cpnitre 9109 père^ parce que c'est eu effet la seule prise sÀ'teuse que j'aie donnée. Je n'j pus plus tenir^ et je lui articulai le plus horrible des ^efs d@ mou pm oùutxe ma mètie ^ contre moi : il le nia de manière à le conâruier^ ^t même à le rendre plus coupable; car il convint que mon père 9'avait jamais cru à cette a^euse imputoticn^ dput il n'est peut-être pas Fauteur, mais qu il a contribué à répandre^ et débitée chez tous ses Jiige^* ^-^^uren^eQt tous les honnêtes ^ens £rénurai|t'4'hfHseur en oMU^rdant cette accusation infâme, et n'y croiront pas ; mais celui qui, ne laa:oy^t;pas|dus qu'eujic^ Ta pep^ndâifiit accréditée pour obtenir un arrêt AvoiaUe, esC.W homme.... que je ne veux pas qualilier, mais, auquel

il reste bien peu de droits de se plaindre de mon mé^ moire^ qui paraîtra très^odéré à qtiiconqae saura cpie je récrivis avec ce ver rongeur dans le sein. Tu crois bien que la cause de Dupont ne devint pas belle^ et il faiblit beaucoup; il en revint à ses j^^énéralités ordinaires : que je ne pouvais sortir avec honneur que de l'aveu démon père; que jele lui avais promis^ etc.^etc.^ et, en vérité, il est assez inutile de me rappeler ce que j'âi promis« Bret^ nous nous quittâmes trè&-bons amis^ et avec la gahé que nous avons toujours ensemble. Ne croirais-tu pas que d'après les nouvelles instructions qu'il venait derecevoir^lesquelles lui fusaient voir mon Ame à nu , et lui démontraient que ce qui hii parais-- • sait le plus grave dans ma conduite était^ sinon justifiable , du moins très-excusable, il irait retirer à la police une leLUe qu'il trouvait lui-même très et trop dure avant nos explications, et qu'il savait que je n'avais pas reçue? Oh que non ! cette lettre dans le &it ne m'était pas destinée 5 elle Tétait à M. Lenoir, que Dupont croit toujours lui tendre des pièges (soit dit entre nous trois le bon ange); et si j'étais capable de répondre tout simplement à mes amis par un mot piquant, je lui aurais écrit : a Je renvoie à M« Lenoir la » lettre qui m'est parvenue de votre part, car je vois D clairement que vous vous êtes trompé d'adresse. » Voici, mon ainie, cette missive que je reçus pour me refaire à mon troisième accès de fièvre^ car, en suite d'une indigestion ou fonte de bile, comme il te plaira l'appeler, qui me mena £x-septfoi5 danti la matinée au dimanche, j'ai eu quatre accès de fièvre dont je n'ai plus nul ressentiment; ùnsi dis4ui bonjour sans la quereller (7 août). « Vous avez plus d'un tort, mon

ou DONJON DE VINCENNES. 49

cher comle^ en m'écrivant de grandes lettres. Le pre* mier est de m'y dire des choses qai ne sont pas i

diie j le second est de me faire perdre^ pour j répondre^ un temps que je n'ai poiat et que j'aimerais mieux employer â vous éire udle^ autant du moins que je

le pu/s.

n Je suis très-mécontent de tout ce que vous me dites dans votre dernière, au sujet de votre père. Il a

pu être sévère^ et ce n'est pas aujourd'hui que la captivité même où il vous tient est un moyen d'assurer votre tête, et de se réserver la feiculté de vous rendre toute espèce d'existence dans un temps plus favorable. Mais quand a-t-îl été injuste? Toutes ses sévérités n'ont-elies pas été motivées chacune en particulier par des fautes^ des étourderies très-fortes^ de rinconduite, des crâneries de votre part? Quel est le père qui n'a pas le droit de punir son fils, quand son fils ùàt des sottises? et qui est-ce qui a le droit de contester sur un peu plus ou un peu moins d'intensité dans l'^ét du tribunid domestique? Gomment se peut-il que vous m'ayez été citer Ragny^ Sades et Montboissier? Et vous vous mettez en parallèle avec ces momtsta^lkl Fi donc! Sans doute on a en un tort avec eux; c'est de les avoir soustraits à la sévérité des lois^ et réduits à une ^erre de peines privées. Il leur £^ait l'écha-* faïudetlarotto^ autant du moins que ces supplices sont ordonnés par les lois du pays^ et appliqués à de moins enminels.

» Et ne peut-on donc pas être coupable saàs être

assassin ou parricide? Je laisse les minuties^ qui cependant méritaient punition^ et Texcès des dettes usnraires^ qui méritajit interdiction. Je viens à ce que vous aves

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