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5o IWTUS éCIUTBS
de grave sar la coascience. Si un homme avait âât. contre yous un livre i&ûtulé l'Hypocrisie ilimasquée, qu'eimez-TOiis fait? Vous vous seriez coupé la gorge, avec cet homnie-là. Un tel livre est un cartel à mo£\.. A qui l'aTez-TOua donné? A un homme^ à un gentil*
homme à votre père I 11 vous fait grâce eu vous croj aut fou. C'est de vous Topiaion la plus avantageuse qu'il puisse avoir; c'est la seule qui puisse laisser une petite porte entr'ouverte pour vous dans son cœur^ et je me garderai bien de la fermer. Je dirai avec lui que vous êtes porté à la folie, que vous avez^été fou, parce que je ne veux ni dire ni croire que vous ayez été dé-^ jxxfi et dénaturé. Mais j'«jioiiiteirai que voua éles susrr. ceptible de revenir à la raison ; que vous avez un grand fonds de sensibilité et d'honneur, qu'il y a encore à espérer de vous ; que j'en juge par vosletires; et que je répondrais que vous voulez expier vos fautes et les couvrir d'une vie désormais honorable. -
» Je dirai cela, parce «{u'effe^ivemait je le crois.» Mais je ne tenterai seulement pas de vous justifier^ farce qu'il y a eu dans votre conduite^ au miKeu de Beaucoup de fautes «xcmsables, quoique réelles, deux ^lits injustifiables.
I) Je vous ai parlé du premier : u'aitm^vous poiBfl encore pensé au second? N'est-ce donc rien, à votre avis, que d'avoir abusé de votre asceudai»! pour enlever à une fenune aussi sensible^ et d'un cairaclàfe aussi noble que voire Sophie, la paix, Tétat; la fortune et l'honneur? Pour cela tout seul vous auriez bien mérité la prison que vous éprouvez, et la punition est de mesure. Il fallait jouir de son amour, c'était un bienfait du ciel -y mais il ne ^lait pas la compromettre,
DU DOl^Olf m VilîCBNNES. 5x
encore moins rimraoler. C'est un crime devant Dieu et devant les homoiâ$.« Je ne deviendrai point amou" nu d'elle :j6 ne la connais pas; et si je la connai9saisy et si même je l'aimais , je me ferais un scrupule de troubler le seul bien qui puisse encore l'attacher à la vie^ la passion a laquelle elle a tout sacrifié, Elle n'a plus que cette passion pour consolation ; elle n'a qu'elle pour Gicnse : il faut donc la respecter et n'y donner auconeattdbile ; c'est l'asile de son honneur.
» Mais vous^ mon cher comte, il faut vous blâmer, y0us maltiaiter, y^us gronder avec amertume. He^ gardée donc 4fue tous ceux qui ont été liés ayec vous^ que vous avez aimés ou qui vous ont aimé, n'en ont été pajrés (fie par des mallieurs. Il iaut être brave pour se jeter encore dans le danger que vous avez étendu sur tout ce qui vous était cher ^ et je ne voudrais pas n^ondre de ce qui m'amvera pour l'avoir tenté ; xnaîs j'ai eu et j'ai bonne iotentîbii. Je lâefae d'être prudent, et je ne suis ni superstitieux ni timide.
» Yons.deinaades ce que. votre père appelle un fûut, C'est ee que j'appelle un fou moi-même : c'est»-à<'4ire un homme qui, sans être méchant, fait des méchaucelés^ parce qu'il n'y a pas assez de suite dans ea logique pour prévoir toute l'ét9ndite de l'événement, on qu'il n'a pas assez de raison pour se can tenir quand les pasdans régare»t« Cet homme peut^ avecbeaiscoap 4'e8^ prit, et le fond d'un cœur honnête, faire foute xson» de maux à lui et aux autres. Du pèrie dur le hajirait^ uu ami fiorâd et sage Fabaiidonnefait; mais ua père tendre le plaint, et un ami zélé chaiclie â le aecourir. Ni l'un ni l'autre ne sauraient l'approuver, et ils ne peuv<^
esonm eon cow qu'aux dépens de sa itéte. Je ne la
5l LETTRES ÉCRITES
crois point du tout d'une folie incurable j mais je vois qu'eUeaeulaûèvre chaude^et par malhearimvîlain accès.
» A£ea> mon pauvre cher comte. Voilà une rude bordée que je vous tir e^ «mais que je vous devais^ ce qui m'afflige est que je ne suis pas certain de pouvoir en aller adoucir l'effet demain, en me jetant dans vos bras. » — Voici à peu près ce que j'ai répondu à . celte lettre, que j'app^erais fort insolente de la part de tout autre que d'un ami, et qui a d'autant moins de nom venant de Dupont^ qu'il n'y a ni vérité^ ni esprit^ ni raison. Je dis que voici à -peu près ma réponse, parce que^ comme M. de Rougemon t, selon sa louable coutume de ne me donner que le plus tard qu'il peut tout ce qu'on lui envoie pour moi, et de ne me le laisser que le ,moius qu'il peut, ne me ût passer cette lettre qu'un quart d'heure avant de partir pour Paris, je dressai surle-champ la réponse, et je n'en ai g;ardé de copie que de mémoire. La voici : « Je n'ai qu un moment, mon cher Dupont, pour répondre à votre lettre du 7, que je reçois à riiistantce matin 1 1 . Cette réponse sera nette et succincte. Vous avez tort, vivement tort, et de plus évidemment tort, un seul point excepté.
» La conduite de mon père envers moi n'est point sévérité; c'est un attentat contre la nature, la justice et les Ids. Gela est-il clair? Voussentez-vous la force de prouver le contraire? Je vous réponds, moi, que vous * ne l'avez pas.
» Le prétendu moyen d'assurer ma tête est barbare et fou y car on ne dit pas à un homme : Tu t'es fait mal en dansant, je te coupe les jambes pour que tu ne te fasses plus mal.
D Le projet de me rendre toute espèce d'exist nce
nu DOmJOU DE VINCENNES. 53
n'existe pas^ et vons lè savez bien : un homme capable
de me refuser le nécessaire et le vêtement sur mon bien^ et de dire^ quand ou lui déclare que six mois de plus de prison peuvent me donner la pierre^ qu'on le trompe^ sans vouloir s'assurer si on le trompe en effets un tel homme n'est pas capable d'un tel projet. » Quand mon père a-t-41 été injus^? Depuis que j'existe.
» Un peu plus ou un peu moins d'intensité dans Varrit du tribunal domestique j peut et doit être inspecté et contesté par la société, son chef, les magistrats et les lois. Au resie^ le tribunal domestique n'existe pas dans nos constitutions modernes; et il y serait, vu la dépravation de nos mœurs, une horrible inquisition. D'ailleurs^ il n'a jamais été composé d'une seule personne : lisez Gravina ; et mon père devrait frémir en pensant qu'il me donne lui seul une mort civile^ tandis qu'il £aut sept juges pour prononcer sur le sort d'un de ses laquais.
» Je vous ai cité Ragny, Sades et Montboissier, non pour me mettre en parallèle avec eux (ce qui est de votre part une idée fort étrange), mais pour vous &ire sentii* que mon père devrait frissonner à l'idée que de tels scélérats sont infiniment moins punis par le ministère, que moi qui ne le suis que par lui. Au reste, je nie que qui que ce soit ait le droit de vie et de mort ' sur un autre homme. Quoi qu'il en soit, le despo- < tisme qui épargne du sang^ est infiniment moins odieux ji que celui qui attente sur les libertés. | » L'excès de mes dettes usuraires n'est pas tel que | vous le dîtes. Je ne serais jamais tombé dans cet excès | si mon père n'avait pa» eu la duceté^ que je ne veu?: '
pas qualifier, àê rêfaser à M. de Marignane sa sîg^nature (laquelle ne lui coûtait pas un sou) pour arranger tù.^ af&ir^, et s'il ne m'eût pas marié ridicnlement.
Je n'ai point fait de livre intitulé Hypocrisie démasquée; mais j'ai eu tort d'écrire, j'en suis convenu, je m'en repens. Ceqne je vous ai dit dimanche doit rendre ce tort au moins excusable; cependant je suis coupable à cet égard, mais on peut être coupable sans cesser d'être intéressant. Il est assez bizarre que j'intéresse les étrangers^ et non pas mon père. S'il ne peut pas me pardonner, il me doit rigoureuse équité. S'il me doit rigoureuse équité, il doit m'abandonncr à l'inspection des juges lé(^aux. Un père ne peut jamais soustraire ton fils a la sévérité des lois que pour le traiter mieux. Je vous demande s'il me traite mieux. Un homme, quand il se sent ulcéré contre un autre homme, ne fût-il pas sôn père, ne doit pas se porter pour son juge, en eût-il le droit. Répondez à cela.
» Si mon père me fait grâce en me croyant /bu, il doit du moins étudier ses devoirs envers un fou, et ces devoirs ne sont pas de me tuer j or il me tue en tout sens.
» Si vous ne pouvez excuser ma conduite passée qu'en disant que Je suis fou ou dépravé et dénaturé, fie vous mêlez plus de mes affaires ; car je vous avertis que je ne suis pas fou, et vous ne devez pas vous intéresser à un homme dépravé et dénaturé,
» Je veux réparer mes fautes, mais je ne veux pas être outragé. Je ne veux pas non plus exposer un homme que j'aime et qui se croit en péril en tentant de me sauper, je ne veux pas, dis-je, l'exposer à ce danger.
DU DONJOM DE VINCBNNES. 55
» Quant à madame de Monnier^ je vous ai déjà dit ' que voas n'aviez pas le àxoà de me juger à cet égard ; qu'elle eecde pouvait dire si j'avais eu tort envers elle^ ou exercé un acte de générosité sublime -, mais je vais vous mettre à l'aise. Si les imfs passés repandssaient^ et ^e ma fiaison avec elle recommençât^ je tâcherais que les circonstances ne fussent pas les mêmes; mais si elles étaient les mémes^ je referais ce que j'û fait : je m'en honore, au lieu de m'en repentir.
M iNon^ mon cher Dupont^ il ne fsmt pas gronder amèmnent ï'mlbrinne, il £àut la respecter; il bnt savoir qu'elle est susceptible et fière, et la ménager. U £mt surtout ne point juger un homme que Ton n'ait assez de données pour cela. Je suis digne d'entendre la vérité ; mais vous n'êtes pas de bonne foi avec moi , vous n'êtes pas même généreux. Vous m'avez vu et entendu avec le parti pris de me donner tort jen tout. Vous avez repoussé tout ce qui pouvait vous détourner de ce dessein. Si c'est en vous occupant de mes affiôres que vous contractez ces préventions^ j'aime beaucoup mieux que vous ne vous en mêliez pas ; car* je préfère plus d'amitié et moins de services^ et je ne veux ceux-KH que de qui m'estime. Votre lettre m'afflige; elle vous affligerait vous-même si vous ia relisiez. £Ue est dure^ outrageante, de mauvaise foi^ mal raisonnée ; et^ ce qui est pis, insidieusement raisonnée; voilà ce que je pense, ce que je sens. SI votre opinion à vous est sérieuse et inamuable^ j'en serai plus mallieureux^ mais je ne vous en aimerai pas moins. )i
Voilà, ma Sophie, ma réponse, que le bon ange, ne ni en déplaisé^y a trouvée très-forle y et qui l'est en e£fet> lojûs qui du nunns est honnête et bien
raisonnée.Tu vois cpie je n'ai attaqué que ce qui en valait la peine ^ que je n'ai voulu ni persister^ ni relever les inconséquences, les absurdités, les duretés et impropriétés d'expressions. Je n'ai pas même voulu le remercier de la peine qu'il prend de m'assorer qu'il ne sera point amoureux de toi, et ne te rendra point amoureuse de lui. J'ai seulement été au fait, à l'abor* dage ; et il a bien senti que, malgré sa bordée, je l'avais coulé à fond. Veux-tu voir comme il l'a senti, et en même temps observer sa politique? Il est venu hier dîner chez M. de Rougemont, ce à quoi il avait répugnance. Il est arrivé à une heure, et a commencé par m'envoyer la lettre suivante, qu'il s^est bien gardé de Jaire passer parla police; car c'est une espèce de rétractation amphibologique de celle du 7^ puisqu'il ne réplique pas à un mot de ma réponse. Juges-en, et que le bon ange, qui n'a point vu celle-ci, y iasse attention (i4 août). J'y ajouterai des parenthèses^ parce que, conmie il s'avoue à peu près battu, je n'ai pas voulu insister et répondre à ceci.
« Quoique je doive vous voir demain, mon cher comte, il faut répondre par écrit à votre lettre du 11. Les conversations .divaguent trop ; et lorsque je ne suis pas content de vous, la situation où je vous vois m'ôte la force de vous le dire de bouche. (De sorte qu'il faut avoir moins de sensibilité et de pitié en écrivant qu'en parlant, parce que les écrits sont censés le irait de la réflexion, parce qu ils restent, parce que le ton et la physionomie n'y sont pas pour les adoucir, etc.) Cependant si je peux et croîs vous rendre quelques services, celui de la vérité courageuse n'est pas le moindre dont vous ayez besoin. (De la dureté
ou DOMioN me TmcENNES. S7
au courage il y a iniiniment loiu^ et de la vérité a sa lettre du 7^ infiniment plus loin.)
1) Lnez-moi avec calme^ ou calmez-yous avant de me voir. (Cet homme me croit une ûèvre chaude condnudle.)
» Je n'ai nulle intention de vous offenser, bien au contraire. (Non, mais bien celle de iaire des manifestes que vous puissiez toujours^ en cas de liesoin, citer à mon père.) Je sais combien toute faute doit obtenir indulg^ence^ et combien toute infortune est respectable. Dans tous les cas^ je Tondrais adoucir votre sort par mon amitié; mais elle doit être franche et non flatteuse. (Il s^àgit de prouver que la sienne est Iranche, et il ne prouve pas trop bien cela.) Je sais qu'on peut être coupable et interessaut^ et ccbl pour cela que je n'ai pas cessée et que je ne cesse ni ne cesserai de m'intéreflser à vous^ malgiré la prière que vous m'en faites^ et quoique je sois bien loin^ et vous-même aussi, de vous croire exempt de délit. (Je voudrais bien savoir qui diable Test.) Mais il est certain que, comme votre pèrC; je vous croirais beaucoup plus coupable et beaucoup moins intéressant^ si je ne pensais pas que vous avez été entndné par unr mouvement que vous nommerez comme il vous plaira^ mais qui n'était pas celui de la raison. (Ainsi tout homme qui a un mouvement qui n'est pas cdui de la raison, est un Jbu. Il me reste à demander où sont les sages. Ce n'est pas celui qui couche, quand il peut, avec une jolie femme, qui boit un peu trop de bon vin^ qui travaille, étudie avec excès j qui va se faire tuer pour un peu de fumée^ etc.^ etc.; car toutes ces actions, et les trois quarts et demi des actions humaines ne sont' pas des moupe^
58 UTTUS ÉCUTBS
mens de la raison,) Vous me contestez le titre de votre ouvrage (c'est qu'en ^t il est trè&différeot); peu importe que je l'aie cité exactement : il sufiSt que k mot et l'accusation d'hypocrisie y soient^ pour vous avoir mis dans un état de guerre absolue avec tout homme. (Et tu vas voir quelle est la conclusion.) Et dites^moi comment s'app^Ua la guerre, et la guerre odieuse à ce point avec un père? (Et dis - moi comment s'appelle l'action d'un père qui dit à tout Pariâ que son fils a couché avec sa femme, et qui le dit sans le croire? Qui de nous deux a commencé la guerre Comment la finir? Avec la plus profonde humiliation (tt ce ûas> jdle ne finira point); avec le repentir le plus vrai, avec l'abandon absolu de toute défense. (Il n'y a qu'un lâche qui renonce à toute défense sûr les points où il est convaincu n'avoir pas tort. Je ne défends pas les autres.) C'est en présentant le sein qu'on combat contre de tels adversaires. (C'est là une phrascj et vmli tout ; car ce n'est pas l'épée à la main que nous nous battons.)
» Tant que vous me fere% des manifestes, je jugerai que vous n'êtes pas mûr^ que vous chercherez à en
d'autres dans l'occasion (bien conclu^ car ce qu'on dit i un ami particulier, on le crie au public) ; et qu'avec votre prétention de n'avoir jamais tort^ ou presque point (qui de nous deux la décèle cette prétention?), vous gâteras toutes nos affaires, rebrouiUerez les vôtres, et ferez honte à la garantie et aux soins de votre ami. (INe dirait-on pas qu'il a déjà assiégé des villes pour moi?)
n Non^ votre père n'a pas toujours été injuste j 11 a quelquefois été dur (le quelquefois est modeste), et il
' DU DONJON DE VINCENNES. Sq
est très-Ttaî que vous lui en ares donné si;^. Soyésdp
sang-froid^ mettez-votos à sa place, et dites-moi si j'ai tort. (Je lui ai répondu à ceci que je ne voudrais pour mille trônes et mille vies avoir soUicité une lettre de cachet^ paicc que j'ctais convaincu que c'était un crime de lèse-nation^ c'est-à-dire le plus atroce des crimes.— Mais noiis n'avons point de Constitution. ^.£t parère que nous nWons point de constituliou, parce que nous sommes esclaves, iaut-il violer la loi naturelle?) Quant à la dureté, ce peut être une erreur de Fesprit, et non pas un défaut du cœur. Il vous a plusieurs fois aussi témoigné de Testime (pardieul je le déûe de n'en pas avoir pour moi; Festime est un sentiment involontaire) et de la confiance ( quand j'ai pu lui être utile. Le beau mérite !)j et ce dont il vous avait chargé en Limousin et en Provence en est la preuve. (J'en suis bien récompensé ! ) Il n'est pas injuste dans le moment actuel. (Tu vois qu'il ne se défend plus que pour le moment. De là à sa phrase quanda-t-il été injuste? il y a loin; mais remarque et pèse ce qui suit.) Quoi ! s'il n'eût pas été votre père, il aurait été en droit de disposer de votre vie, en se coupant la g^org^e avec vous (d'abord celui qui se coupe la gorge avec moi ne dispose pas de mavie; il partagée au moins le danger), et il n'aurait gfuère pu honorablement s'en dispenser; il est votre père^ conséquemment bien plus offensé que ne serait un étranger; et il n'aura pas le droit de vou$ || tenir en prison ! Jugez vous-même ! (Voilà un inoon«> cevable raisonnement. S'il n'était pas mon père, il devrait se couper la gorge avec moi : il est mon père> il doit me tuer par-derrière, me tuer des années en^ tières, au lieu de me tuer un instant, me garotter
pieds^ maîiis^ bouche^ etc.^ pour me tuer plus commodément ! C'est puissamment raisonné^ et je l'en
ai rire lui-même... Vive la logique de ces mesoeurs, qui prétendent que je n'en ai point !... Appuyez, monsieur de la logique.)
» £h bien I ce droit de vengeance que vous lui avez donné, il ne l'exerce pas par vengeance. Il a de la pitié; mais il vous a vu faire des folies ; il craint que vous n'en lassiez encore (et tu vois bien que celte crainte est un très-légitime arrêt de mort) : il n'en veut pas répondre; il ne veut pas prendre sur lui (eh! de par tous les diables, n'en prend-il pas assez? c'est donc du saht de tout le monde, excepté du mien, qu'3 (Rembarrasse) ; et cependant il ne demande pas mieux que de vous voir dans le cas de le faire changer d'opinion. (Bien entendu qu'il hurle contre tous ceux qui veulent le mettre dans ce cas, et qu'il prétend que notamment M. Lenoir n'y travaille que pour lui nuire, et non par intérêt pour moi. ) Et je suis sûr qu'il désire secrètement que votre fenune se mette à la brèche et lui ôte les armes des mains. (Voilà en effet une vaillante héroïne, et c'est une chose fort méritoire que d'invoquer le secours de qui ne veut pas le prêter.)
» Et voilà l'homme contre lequel, tout en me disant que vous v^ous repentez, et que vous Taimez, vous m'écrivez avec violence! (Tu remarqueras que ma lettre n'était que chaude et tendre, et j'en atteste le bon ange, qui Ta lue.) En vérité, mon cher comte, cda m'alarme. Songez donc que si vous sortez d'ici, et que j'aie le bonheur dy contribuer, je réponds de vous à tout le monde. Une seule lettre comme celle que vous m'écrivez, que vous vous permettriez vis-à-vis
DIT nonson m vikcennes. -fit
d'un ami moins discret et moins circonspect que moi^ qui poorrait la rapporter à votre père, à votre onde,
au public, déshonorerait ma gaiantie, et me forcerait à devenir votre ennemi. Qui me répondra que vous ne l'écrirez pas, tant que je vous verrai le coBur plein du sentiment amer que vous y répandez? (Ne vois-tu pas qu'il est très-clair que, quand mon procès sera gagné, je m'amuserai à écrire des plaidoyers? c'est une occupation si douce î )
» Je suis venu, dites-vous, avec & projet pris de vous donner tort; et c'est à moi que vous dites cela!
» Un homme d'honneur et de sens ne vient point avec un projet pris de condamner ni d'absoudre. Je suis venu vous sachant des torts très-graves, et dési^ rant vous mettre à portée de les faire oublier. Je suis venu appelé par vous, ayant pour vous de l'at* tachement, sachant que vous m'aviez aimé dans votre jeunesse, connaissant, à travers vos passions bouillantes, queVous aviez un grand fonds d'honneur, espérant de lui et de vous, comptant que votre amitié donnerait du poids à mes conseils, supporterait les remontrances de la mienne, et m'aiderait à vous tirer delà.
» Quel intérêt ai-je à tout cela, que le vôtre et celui de procurer, si je puis, par votre propre moyen, quel* ques jours doux à votre vieux père, pour prix de quelques instructions qu'il a données à ma jeunesse, et de beaucoup de sermons qui n'étaient pas trop tendres (le tout partx que kt dureté n'est qu'une erreur de son esprà)^ mais qui m'ont prouvé qu'il me voulait du bien, et m'ont appris à pâtir, et en partie à penser?
0$ . Z2TTftBS. ÉCRITES.
» Du xe&iid, j'ai des fatigues et des aiKaire^ {^us qi^Q je a'^fois. porter; j'en ai qui me 6oat pçiHKMmdiesi j'en ai dans lesquelles je dois service à mes aiï^s leS;
chers; j'en ai pour les princes qui m'ont protégé; ilOdi ^tt royaume, et qui ont droit à mon tiavail qu^nd^
ils le demandent; j'en ai pour mon devoir diiccl cL le service du roi^ el de tout par-dessus les jeux y et, avec edsi, je viens tous voir toutes les senuûnesy et vous avez une grande partie de mon temps, de tête et ^ mon cœur. J'ai donc bien envie de voios voir malheureux, et d'ajouter à vos pdinesl j'ai là de rfi4ies projets contre vous !
» Alon envie, mon ami, et mon pro}et,.0ont 4e va^ vôûr rérigné;, touché, attendri, renonçant à toute ju»tiâfication ou récrindijoiation, dont vous, vous êtes ôté le droit, si voïiB riviez» abjurant tout espdt de .^Uvisîon cL de guerre^ criant merci et rien autre chose au père que .vou$ avez oilensé, afin que je puisse vqus donner TgfOVK tel m sâreté 4ie conscience, et vous sauver par là*, » Quant a ce que je puis avoir de danger personnel , îe^vous en parlerai une autre fois^ mais, puisque je ne Gisains |m de vous aâliger^ je crains encore moins de l'être moi-même. Ma prudence est ferme et ma timidité, fort agofflrie. On ne me prendrai pas au défaut de la . ^mirasse, oar je suis «out nu. Adieu, mon cher comte ; j'aittendrai que vous ayez lu ma lettre pour vous dire iatonjour ; et en ai^ndant je présenterai mon reipect i madauie de Ruffei, ce qui est très -propre à faire prenne patience. Au ton de votre dernière, je n'ose plus eMrer chee vous sans votre aveu. »>
Tu vois que la fm de celte lettre est d'un ion beaucoup plus convenable et plus amical. Cela ne m'a pas
empécbé de lui parler avec beaucoup de vigueur ^ur la première. <il s'est peu défeada^ «I m'a £iit presq«^
remords par sa douceur ; mais, avant que ce remords me reti&t^ je lui ai dit à peu près tout gg que j'avais . dam Fâmeu liotrê «onversatiaD a, comme tu mm inen^ roulé sur les mêmes sujets : je me suis plaint amèreméat de son écorce, et je lui ai dit que la cour Tavait msti parvenir kî* Ei^ii^. car tout ceci devient trop long, après beaucoup de dits et de contredits et d'amitiés^ nous a^ous Sm eos^mibtle une lettre pour M. de Mai^nane, doat tu trouvent» la copie à la fin de <$ette lettre^ qui est un tissu de copies ; je l'ai envoyée à mon père avec des phrases nobles et tendres, et toujours dans le mime sens. Je me kâte de répondre à ta lettre. — Je ne t'ai assurément point dit que je voulusse écrire à madame de Mirabeau^ c'est de Dupont que je par*^ Us. Un'j a qu'un eas^ où jepuisi^ lui adreisser encore des lettres^ c'est celui où elle m'avouerait que c'est son yàce qui a dicte sa lettre^ et où elle me prierait de- la secoédor avipràv de Int^ ne témoignant qu'elle est prête à faire son devoir sans lui^ mais qu'il lui paraît plus agréable pouy notis deux de 1& faire d'ac« C0cd «?e0 htt« Gomme il fsanâlaml abrs qa'eUe a on sentiment honnête, et qu'ainsi l'on pourrait attendre ^idque chose de son cc^r en l'encourageant ^ conune en&nje n'aurais en ceeiàlivre|Nmiher quedelafeiUessey inconvénient de son caractère qïui m'est très-connu Je me préteràîfrCâlIantment.ftladàQidertewt'*»^^ Dupont 7 serait tièe^propre, si nm» avions quelque hiebr à eet égards mais il lui faudrait quelque preuve pour y enmre^ Mais tu eroîs éaoù que les lettres de ProfCDoe anrirent en vingt-quatrehenves? Comniiiit t^sih
ni que inôii oncle ait répondu à ma seconde!^ Songe que, coumer par courrier^ il&at trois semaines d'Aix à Paris, et que, de toute autre ville de la province, il faut beaucoup plus. D'ailleurs la miâlleure réponse cpie mon oncle puisse &ire, c'est d'écrire à. mon père ; elp s'il prend ce parti^ ce ne sera qu'en suite de ce détour que j'aurai sa lettre. — Je ne crois point que tu puisses tirer parti de ton accommodement avec ma- «dame de Kuffei et de ses terreurs, jusqu'à ce qu'elle sache qu'il est réellement question de ma liberté. Je persiste à dire comme Dupont, que tu ne peux décemment signer que pour nous deux -y mais fais sentir à ta mère que c^esc minns pour mri, qui n'en aipas besoin^ puisque le crédit de mon père vaut mieux que ta signature^ et qu'elle ne me tirera point d'ici malgré lui^ que .pour toi-même, qui te déshonorerais dans l'esprit de tous les honnêtes gens, si tu déser tais ma cause, au point de me laisser sous les liens d'un arrêt en t'en affranchissant ; que voilà l'unique raison pour laquelle tu insistes sur l'anéantissement de la procédure^ parce que tu sais trésrbien cpi'mi acconunodénent particn-* lier avec M. de Monnier n'est que son pardon pour toi, et non son désistement pour moi^ que tu as con« sulté ce point ; que tu en es certaine ; q ne ton opinion à cet égard n'est donc point un entêtement de passion, mais un procédé d'honneur ^ et que tu oses en appeler au cœur et i l'esprit de ta mère, en la suppliant d'oublier un moment que cette affaire la touche. — Quant à ta fille^ dis tout simplement que tu n'as rien à te re^ procher dans la rigidité du procédé et du droit, puisque tu ne lui as donné que ton nom^ et que tu ne pouvais le lui reCoser sans la voler ; que d'ailleurs tu ne
TMpas que la lâche cupidité avec laquelle les Valdhaon te poursuivent, et l'atroce brutalité de M. de MoDoier^ qui ea veut à la fois à ton i>ien^ â ton hoji>* neur, à ton existence civile et â ta liberté, tandis qu'il sait bien que, dans le droit, tu ne fus jamais sa femme, le soient autre chose que des raisons de se servir contre eux des armes que t'a données le sort pour les eflrajer, et recouvrer une partie de ce qu'ils te volent. La preuve qu'il a blhx te pousser à bout pour te réduire Id, c'est qu'assurément tu pouvais feire un* enfant à Pontarlier comme à Amsterdam, et que tu ne l'as pas voulu, quoique, tu aies vécu - cinq mois avec moi dans cette ville... Au reste^ tout le tapagpe et le pathos que fa mère te fait à cet égard/ n'est que pour colorer Je repi:oche qu'elle te disait dans les précédentes^ en termes trés-dairs et très-^cprès, de n'avoir pas donné à M. de Monnier, chez lui, un enfant de ma façon. Il faut convenir que cette dévote-là a une morale versa- .tile. — C'est bien dcHomege que tu n'aies pas épousé .Dupont; vous auriez fait à vous deux des enfansbien logiciens.^. Ma iiUe est très-jolie... donc elle me res* semble... Qu'en dites-vous^ bon ange ? appujez, mes- . sieurs de la logique... Mais, que je t'apprenne à tirer un argument en forme. Il y faut trois membres. Je suis laid comme Vnloain; tu es jolie cômmeVénus : donc je suis cocu, et ma fille qui est jolie ne peut pas
être de moi Crois-tu que cette logique vaille
la tienne?... Fâche-toi^ si tu venx^ je suis loin, et je n'j gagnerai seulement pas une morsure. Puisque nous,en soïximes â cette petite pisseuse, finissons siu: son compte. J'ai dit au bon ange qu'à lie convenait en aucun sens^ pour son éducation et sa sûreté, qu'elle
vï, S
66 lëttucs écrites
fiUlwfCàt trob asft àm tm village. EUe en auxa danx au mois da jaavier^ et c'^sl alors que je te propose de la retirer. £^ cooséqueiice^ écxis à M. Leooir (c'est l'avis du hou as^)» et que ta lama toule snr ces datut
points-ci ; I® S'il est possible que tu l'aies à Gien, sbas ua autre nom^ formule, prétexte, et toujours par lettre de cachet. EUa, serait là déUeieosemaat et économie quement; mais je t'avoue que je ne m'en flatte pas. af^ Si cela ne s^ peut, nomme le couvent où tu désires qa'dle «oit» Sulr ce sujets j'avais une proposhion à te faire, et la voici. Ton hospitalière n'est rien moins ^tt'un merveilleux sujet ; mais, comme la grande tache de soa éciisson^ à ee qu'il me paraît, c'est les mosnrs, et qu'elle ne pourra donner de sitôt aucun exemple dangereux à une anCwt de àm ans ; comme le recotvyrement de ma liberté parait probable, au moins avant xm «iècle^ comme elle semble avoir besoin de nous, compter sur utoas, et nous aimer assez; comme aile restera probablement à Saint-Mandé, et que j'ai là, }^ le voisinage du bon ange ^ les soins de Fonld- Uan, qui teiUara i la santé de notre tso&M; comme on n'y prend que cent écus , ce qui s'accommode assez avec notre bourse i comme eniiu je ne sais du tout point oà la mettre jusqu'à ee que je sois libre, je peur saisà la mettrejusque là à Saint-Mandé. Voilà mon projet très-vagaci très^ubordonné à tes idées, à tes désirs^ déxâde, et n'en'parlons plus qu'une fois; mais prenons un parti, et dis-moi ce que tu écriras à M. Lenoir ; je rappnimi> mais seul<wn^t auprès de lui ; car tu s^ bien que je ne puis pas m'avouer publiquement le père de cet enfant, au lieu que tu dois t'a vouer sa mère* Je ne puis ençore te. parler de l'inoculatioD, car le
hm-Bag^ m m'ea n pas idit m mot^ cepenimi cela M fNretoe ac m'in^iète» Parie-lni-en^ et prie-le d'ar-^ xêûgGT que la nourrice puisse être avec elle; cela e^ juste atiflifpei laaia^ïela.aera çher. Crois^tu fae madama de RujBTei paiera cela ? — Dupont ne m'a point vu ^e 4e coupa de téte mais c'est un ton de philosophe qpe de parler ,de ma téte^ et ce ton lui plait. -^Moîje le conçois txèAien que je n'aie ponit pensé à écrire .à M. de, Marignane,, C'était si à contre-co&iir ^e jfémiwB^ qae ^sestunen^nt je n'étais pas empressé de devkeri 3^ M. de Marignane a en la dureté^ sur mapremière lettre, écrite d'ici^ d'obtienir un ordre pour je n'écrivisse pas. Qrois-tu qjae ce procédé .me dietAt des ai^nce» enram lui? ^ Je te renvoie k lettre de DMpont^ elle est honnête^^et il j a long-temps que • je sais qae le h^u eexe adomcit son st^la et son ansté» rité» Mon amie^ la justification que tu daignes faire de imoi^ au sujet de ce prétendu précipice où je t'ai immoUeytsuT lBB grands mots ne coûtent rien pour ar^rondir une période; celte jttstîficatk>n^ dis-je^ est charffi^ntCjt et je voudrais que tu l'eusses écrite avec cette n0fefé au phibsoplie OupoaL. Je me rappelle nue phrase plus touchante que tu m'écrivais un jour â ce sujet : Un homme nous-donne un magnifique palais; s*m prendm-i^n à àa, sitmy est mé du ton^ nem^U est certainj mon adorable »nie^ qu'il est fort injuste de censurer notre conduite respectivcj, quand m ne peut pas apprécier notri» passion; car celui qpii ne sait pc»nt quel maître et quelle excuse est ïamofsuCf ne peu^ juger aucune de nos déoitardies^ aucun de nos aentimens^ aucune de nos, pensées; nous (^lopsune autre langue; nous babitçns ui^ autre univers, 0 amie;
68 ' LETTRES ÉCaiTES
iftinie de môH ooeat ! combien il est yvà «]M hm faiB-
laas hochets ne leur donneront jamais la moindre partie 'de notre bonheur! Esprit^ philosophie, succès, gloire, renommée, qu'étes^vons aupr^ d'un bum de Sophie? qu'êtes-vous auprès d'un de ses regards? Et que me sont la postérité, la rumeur publique, la fortune elle temps, quand je lis dans sesyeux son amour, et que ses mélodieux aceens enchantent mon âme eni* trée de délices? O jouissance I jouissance !••• que de vies je donnerais pour toi 1 Mais ce qui te précède, et surtout ce qui te suit, cette douce langueur, ce tendre épanchemeiit de deux cœurs qui se pénètrent, cette inaltérable confiance, cette union des âmes, qui seule {Produit et prolonge la volupté ! ... oh 1 c'est là le bonheur, c'est là le bonheur suprême, él c^est là ce ifàû je retrouverai toujours auprès de Sophie! ' • .
Hais, mon amie, cet homme, qui n'avait aucune' es^ pèce de droits sur toi, eût été un in Ame assassin é'il l'eût tuée : car on ne met pas la vie d'un autre dans la balance avec son amour^propre. L'idée de mettre à profit ma victoire était odieuse et vile. Il est vraiment ' infâme d'oser dire a son infortunée victime (car c'est le dire que'de le tenter) : a Jusqu'ici vous n'êtes pas ma femme, parce que ma débilité s j est opposée j je crois qu'un autre a franchi et diminué ces obstacles, livrez-votis àmes lâches désirs, et je pardonne tout. » Un homme qui aurait l'ombre du sens, je ne dis pas de la délicatesse, sentirait qu'à moins que celle qu'il attaque ainsi ne iïït mm vile que lui, il ne peut que se rendre à ses jeux un objet d'exécration et d'horreur ; :mais ce qm surpasse tout cela, c'est d'avoir, après un aveu si humiliant de sa lascive impuissance et du désir
ou DCmJON DE yitlCBNNES. 6q
e&éné de v e ag eance qui Fa tcmjoars conâomé ; Q'esl, dis-je^ d'avoir Fatrocité de ponrsaiyre.daiis lestribu^
naux celle qui n a de crime envers lui que de n'avoir jamais voulu le tromper. Comment n'as-tu jamais dit cela â ta mère, qui enfin a de Fesprit^ et même de la tendresse pour toi, mais malheureusement peu de bouuQ hi, parce que son amour-propre se trouve aux prises avec toi? «Quoi! cet homme qui savait par mon aveu que j'avais un amant adoré, maître de mon cœur ei de ,ma personne^ cet homme youlait pxoûter de cet instant où les plairirs d'an autre pouvaient, croyait-il; fecililer ses hideuses caresses, pour assouvir son implacable vengeance , et, parce que je n'ai pas voulu me prêter à ses odieux et inutiles efforts, auxquels lui-même avait renoncé depuis des années; parce que je n'ai pas voulu me partager entre deux hommes ; parce que je ne l'ai jamais trompé"^ parce que je lui ai dit : Je ne suis pas votre femine , si vous entriez dans mon lit aujourd'hui que j ai un époux de mon choix, c'est allers que je serais criminelle ; il me traîne devant les tribunaux,; il veut me couvrir d'opprobre, me charger de fers éternels ! et l'on veut que je demande pardon à cet homme, qu'au fond je n'ai point offensé, à qui je ne pourrais pardonner pour mol-même, et qui a osé faire monter sur un échaiaud la représeotar* tioii de mon amant !••• » Que ceux qui ont une âme. te jugent, et qu'ils te condamnent, s'ils peuvent.
Au fond^ le sUence de mademoiselle Oouay est pçii. inquiétant, puisque le bon ange daigne nous .donner des nouvelles de notre enfant; mais voici dans quel, sens ii iaut voir clair à cela. Ta mère croit ,qu^ tu n]aS; des nouvelles de t«l $lle qne par la ppuay^...çfMf^i.p^l
70 LUTTEES ÉCRITES
de ta fille ! ct^ si tu ne rédaiieÀ'iHsiiit^oit^ cette tolérable tyrapuie^ que peut-elle pen&er d'uue patience iîi^M^i^db«is loft €fa»ctàre ni dans ^bMeonii^i^lq devinera la vérité; c'est que lu en as d'ailleurs. Il me semble que-to devrais voir la fin de ce farouche silence^ -^ie ne o^ins poini Montjlaucon $ mais ce D'est dd tout point le motif que tu allègues qui me rassure j car enfin le m peut te mettre à Montfaucon par lettre de eadkef 9 tout coinme à Oien. Supplie donc toujoum pour être dans un couvent.
Allons^ aUous^ de la manière dont tu combines el Mélanges les actes de contrition, j^WvàsèftSÉÊÉ^digne liUe et nièce de dévotes, et je ne désespérej;ais de rien ({âà&d je te verrais te donner à Dieu et à tous ke saints, du paratKs, s'entend. Je conçois, ma Sophie, que les act^ d'amour de Dieu doivent paraître un peu 86^H[]ti«iâ on en a connu d'antres; cependant je t'ait^ tends à soixante ans. ^
Madame de Ruffei elle-même n'a nul drpit de t'^* pécher d^écrire à lif. Lenoir, et elle n'aurait pas^Finsoléflice de le demander à aucun miinstre, parce que tous se tiiôi^eràient d'elle ; or tu dois sentir qa^ ee n'est plus Jf tÎBfft-cînq ans qu'on se laisse dire ? Sî vous écrivez là, jë vous donnerai le fouet. On déclare aux béguines que Fôii entend écrire aux gens en place^ nonobsiaait: toutes défenses "à ce contraires, parce que Ton v&àM'k^^jpM près une vendeuse d'herbes, et qu'une vendeuse d-herbés d ce diroit c«nttiihe citoyemie et sujeUf étt fbi. Si ctaèli ont Paèd*<^ êé verrouiller, on jettr'wn paquet " par les fenêtres, adressé à l'officier municipal ou au jngé du Kdi^ Oik ott lé soiHnifi de &àre passée Findusi'
ou DONJON DE VINCENNES. , 7!
à tel oalel honwe en placer les bég^dineii^ ét \wt
moine sultan, et même les mères fanatiques ont sur lei dpigts* Te.souviens4-tu da jour où madame de Ru£fei fil demander à M. Lenoîr de la maréchaussée {vour FcIém corter à Pontarlier? Eh bien! il la refusa, en disant muvement que si elle était foUe^ lui n'était pas Jbu, Crois-tu que, si ses accès la reprenaient^ tin ministrë Ja ménageât davantage ? Tu sais les douces lettres que lui écrivait M. de Malesberbes.
Lorsque le MarviQe eut la bètilse ridicule de te man* der que tout ce que tu lui enverrais passerait^ il fallait lui demander clair et net s'il prétendait quelque droit sur tes paquets à M. Lenoir et au ndnisiré \ que tii tic; pouvais pas croire qu'un homme en place, tel que lui, voulut nier les droits des préposés du roi ; et qu'un homme aussi éclairé et aussi honnête préten<ttt d'autrei^ droits sur toi que ceux d'ami de ta mère. Cela res^ semble comme deux gouttes d'eau au Rougemont^ quiy après in'aVoir dit et répété cent fols qu'il afaît cent ïet* très du minisire pour empêcher tous ses prisonniers d'écrire cacheté, finit par ramper le jour oii je m'y obstinai,' et j'ai depuis vérifié qtie^ comme cela est né» cessaire, décent et juste, tout prisonnier a droit de cacheter ce qt^'il adresse a M' Lenoir. Voilà cependant ce qu'aucun ne sait, ce qu'aucun, ott presque aucun, ne fait^ et la diabolique tyrannie qu'il exerce. 11 a osé me dire une ibis qu'étant l* homme du roi^ il devait étr€enUer9 àece qm se passait entre un prisonnier et qui que ce fût. Je ne sais comment M. Lenoir trou-»verait cette prétention ; si elle est juste^ M. de Kou (semant se trouve son inspeetenr. H. Lenoir avait daigné, lejour m^me où je fus conduit ici, ordonner que j'écri-
yÎAse tant que je voudrais. Je fas trois semaines sans
papier et sans livres, sans chemise à changer, sans peigne, sans qa'on me fit paraître un homme pom*me raser^ car sa politique est de cacher les prisonniers aussi long-temps qu'il peut à Fonteiliau; et tu remarqueras que, piendant ces trois semaines-là, ou plutôt pendant la première de ces trois, j'eus la fièvre et crachai le sang Mais^ grâce au bon ange, il a mis de
Peau dans son vin, et il a bien fait; car, sûr de la prev bité de M. Boucher et de M. Lenoir^ j'étais résolu de le poursuivre à feu et à sang^ et J'avais beau jeu. — C^est beaucoup trop parler de Kenneval, et la rëpanhtion que Lu daignes me faire à cet égard excède infiniment l'offense, puisqu'il n'y en a point eu. J'avoue que le ton de ta lettre à cet égard tn'avait choqué f cependant il était assez simple que tu n'y eusses pas attaché une grande importance, puisque tu n'avais point deviné que cette indécence m'affectait. Il est cer- ' tain que c'en est une en tous lieux^ à plus forte raison au couvent. Au reste, ne fais pas l'honneur à cet écolier de croire qu'il m'ait inquiété un instant. Le ton de ta dernière lettre sur ce sujet était amer et aigre ; j^en pris de l'humeur, et je répliquai trop vivement. Je t'en demande pardon, quoique bien sûr que tu l'as déjà oublié; mais c'est à cause de cela même que je dœs m'étre plus sévère. Je suis si suboi^donné à tes moindres désirs, ton cœur m'est un bien si précieux, et la jalousie est une maladie toujours si voisine de moi, que j'ai peu de sang-firoid dans toutes les. occasions où, rassurée par la conscience de tes intentions, tu semblés trouver que j'aie tort de ne iny pas confier aveuglément; mais, outre que la jalousie n'est jamais en .
DU DONJOif DE VIWCENNES. 'JS
moi méËsokoe, et qu'elle est le plus sauvent un sentiment inyolontaire, je tiens de si pi ès^ ou plutôt si indissolublement à ton honneur; que le coup-d'œil de ta conduite dans le public ne saurait m'étre indifférent^ surtout ^and je suis loin de toi. Tu as été si lâchement et si indignement déchirée qu'assurément tu dois redouter les langues officieuses. Je ne doute pas que madame de Villeneuve ne se soit trouvée fort piquée de tes injonctions relatives à son neveu; mais je doute encore moins que tu ne t'en moques.
£h bien I si tu n'aimes pas que j'écrive 33 pages en cet instant^ aiuie-moi donc bien peu j car depuis cinq jours je n'ai pas quitté la plume que bien avant dans la nuit. Mes yeux et ma poitrine n'jr sufBsént pas tropj mais patience. — Moi; j'aurais porté ton deuil en Suisse!.., J'aurais cru que Sophie ne me soupçonnait pas de pouvoir le porter nulle part. — Oui^ madanie, ouij Maria Angela est un très-joli nom^ et quand j'étais jaloux de quelqu'un (ce qui ne m'an ivait pas bien souvent^ car j'étais fort tiède)^ elle lui disait des injures^ ou le souffletait^ ou me proposait gravement^ en brave Italienne^ de le poignarder. Moi^ pauvre Français, je la poignardais de mon mieux pour prix de cet amour un peu corse 5 mais cela ne me touchait pas infiniment; et cela m'aurait eûrajé^ si par nature je pouvais l'éure ainsi. Je ne te la donne pas pour modèle^ et il faut bien que je m'en abstienne ^ car si tu poignardais tous ceux dont je suis jaloiix^ nou^ ne serions bientôt plus que nous deux sur la t^e.
Je te renvoie la lettre de Dupont j garde-la, aussi bien que tout ce que l'on l'écrit d'essentiel sur toi ou sur moi^ et alors conseriee yne copie de tes réponses.
74 LÏTTBES ÉCRITES
Songe à éerire loat de mite à M. L^ieîr^ dès qtm c'est Favls du bon ange, ce que tu veux pour ta fîUe. Subordonne, comme de raison et de droit;, ta lettre à QdtH*oi ; et fm^]e une feis parler elair sur Tarticie àe
l'inoculation;, que je lui ai proposé, corumc un sot, de Ifliire faire à Paris, tandis que cela est défendu, et sur la possibilité ou impossibilité de doniter la fille à Gieiî. Si tu la mettais à Saint-Maur, il faudrait écrire à M. de Monboorg^ grand^vieaire du diocèse de Sens^ et M. Lenoir, qui le eûomdt, ne dédaignetait pent^trs pas de lui en parler. Si tu ne la veux pas là, vois donc où tu veux la mettre; car je ne la veux pas^ passé te nuns àe fanvier, à k BaAre« Je ne 1^ veux pas, ^s-je, pour mille et mille raisons. Je ne sais du tout point si Dupont voudrait l'emmener à Gien^ et je ne le croii pas. Cette démarche serait beaucoup trop publique et remarquée. Tu as mal réfléchi à cet égard. Madenfoiseffie Diot et la nourrice seraient tout oe qu'il te
faudrait pour ce petit voyagC;, lequel se ferait en deux jours par le coche d'eau ^ mais, encore une Ibis^ je ne m'en flatte pas.
Il faut finir, ma tendre amie, il faut finir 3 car je tue le bon ange, et je me tue. Or tu ne laisses qu'a toi le droit de me tuer. Ahl mauvaise I ecia t'est fort aisé, et tout aussi aisé de me rendre la vie. Je ne connais point de Thessaiienne plus habile dans cette sorte de métamorphose. Adien, chère fanfaoi; adieu, la bien*' aimée de Gabriel. Chaque jour tu m'enchaines par de nouveaux liens de rieconnaissance et d'amour. Ah l il JT a long -temps que j'en suis tellement chargé que je ne puis plus t'écbapper. Mais augmente ce doux fardeau 3 augmente cette macqmttable defte^ et crois qu'il m'est
DU DOJHWn DE VINCBNNES. 75
doux à$prtmt qnè je mm dan» Pimputsattice d» k
pajer. Adieu^ mon épouse et raon amante... Tu me im iuieiiiau¥ake querelle, et tu le sais bien. — Jamais m reços nn «eu! baiser de l'ayide, de l'insatiable Gabriel; et tu ne crois pas que deux ans de veuva^'je, d'un cruel veuvage, l'aient rendu moins tendre et mou» ardeot. DiMUoi si ta fille a déjà bien de Tespriu