‹ Lettres a SophieChapitre 27 sur 31 · A M. BOUCHER · texte numérisé non relu

A M. BOUCHER

Au- d^^^ dcte de ma vie^ monsieur^ je m'empresse de vous réitérer les assurances de ma tendre gratitude pour lei» services que j'|ii reçi|s de vous dans un, temps où j'avais un si grand besoin de secours et de coiuolajtions. Cet hommage est bien stérile, je le sens: mais .peut-être sa sincérité vous , touchera-t-elle; vous ne la suspecterez pas, puisque les honmies ne pourront pins rien pour moi lorsque vous lirez ceci. Il m'eût été doux de vous prouver par les &its ce qui^ j'ose le dire, était facile adeviner, à savoir qu'un cœur capable d'amour, tel que celui que vous m'avez connu^ ne l'est pas d'au vice aussi bas que l'ingratitude. Vous avez été, pour moi et pour celle qui lu'est bien plus chère que moi-

DIT BOVJOn DE. VINCBimES. 4^3

mémey l'organe des bienfaits de M. Lenoir : vos attendoos^ Tos complaisances ont été sans nombre, et Vous

ne fûtes jamais refroidi par mes importunités. Si mes TOUX pour vous pouvaient quelque chose, vous seriez bien récompensé de tonte cette bonté; Mais, hélas! je suis réduit depuis long-temps, et probablement jusqu'au dernier moment de ma vie, à demander à ceux pour qui je ne puis rien. Ah! permettez, monsieur, que je remette entre vos mains les intérêts de ma tendre amie, dont vous connaissez les malheurs et les vertus, et ceux de sa fiUe, qui ne sera que trop punie de mes fautes, quelques efforts que l'on fasst en sa fiiveur. M. Lenoir, borné par le temps, surdkrgé d'Occupations, a besoin qu'on lui remette sons les yeux les objets auxquels il daigne s'intéresser. J'attends de vous cet important et dernier service, et puisse le ëœur le plus sensible que j'aie jamais connu m'acquittef" envers vous autant que le permettront les hasards et la fortune !

Je vous ai fait passer le signalement exact de mes papiers, dont j'ai ôté les lettres contenues dans le paquet que je vous adresse, parce qu'elles sont si impor^ tantes, et que ma vue est menacée depuis si longtemps, que je n'ai pas cru devoir les exposer à aucuns Ijiasards. J'espère que dans cette cotorte notice vous n'avez rien uouvc de déraisonnable. ■'■

Quant au premier paquet, aucun mouvement de vanité ne me porte à voidoir défiOser dans les mains de mon amie une copie de mon ouvrage. Je n'ai eu d'autre vue en récrivant que d'être utile* Méditez la partie qui vous intéresse, en égard à votre place, et croyez un homme d'honneur qui vous atteste la vérité.

4)1^4 léPTTaES ÉGRITKS

et jure à son ^^nier moment qu'il ne Ta point eiuigé^ rée> pi même dévoilée, tout entière. Quant à la première partie de ce livre, elle est trop au-dessous de ce beau sujet et même de mes idées ; mais elle coniient ce que nul autre n'osera ou ne pourra dire. Gonuoe c'est ce que j'ai écrit de moiDs imparfait, il est juste que ma Sophie en jouisse^ je suis caution qu'elle n'en abusera pas. : obtenez donc, je vous en supplie, que mon manuscrit lui soit remis.

J'aurais livré le second paquet au feu^ aussi bien ^ I presque tous mes autres papiers, si je n'avais cm qu'on pouvait^ sans conséquence, laisser à ma triste Sophie la consolation de presser contre son cœur ce qui reste de moi : ces informes ébauches ne sont bonnes qu'à j cet us^i^. Le troisième paquet ne contient que les monumens de nor «muq^ Qélas ! <ies dialogues ne fissent-ils qu'ouvrir un passage à ses. larmes, ils lui seraient précieux. Le cinquième paquet ne reo^Bime rien que d'imprimé.

Vous sentez, monsieur, combien la lettre ci-jointe, où je dis le dernier adieu i ma tendre mère^ oi\ je loi rappeUe ce qu'elle a daigné me promettre îpour ma fillci où je confie mo^ honneuç au ^en^ en la suppliant de se d^^ec de quelques dettes qu'^sçurémeat mon père ne paierait pas ; vous sentez, dis-je, combien celte lettre m'intéresse, avec quelles instances je vous cou- | jure d'obtenie qu'ielle soit remise.

J'ai cru devoir à mon père de lui demander, en mes derniers instans, ie pardon de me,s fautes^ el; de l'assur rer de l'oubli de ses rigueurs^ de t&cher d'émouvoir ses entrailles en faveur de ma fille, qui cependant est | 809 pour, ne la priver d'aucune des ressour*

DU OOKJON DE MJUCENmS.

ces- pomïAéSj puisque je ne lui Imae d'autre héritajje que lâ pitié. Je la recommande aussi à mon frère.

Vous trûuv€Srez enSsx dans ce paquet^ outre mes derniers remercîmens à mon bienfaiteur, mes adieux à ma Sophie. Qu'on daigne ne pas les lui refuser : peut-être^ tout en mettant le comble à sa douleur^ 8ouIageront*ils son coeur oppressé. Au moins je rde^ yerai son courage : je lui montrerai ses devoirs ; je ferai parler Fhonnénr^ la nature et l'amour pour la sauver du désespoir. Je supplie que les présens que je tiens d'elle lui soient fidèlement remis. Son portrait, qui, si long- temps, a adouci mon infortune et donné le change à mon amour, est destiné à ma fille. Je char|>e ma Sophie d'en faire mettre un autre et le mien à cote sur ma boite ; et je vous conjure, monsieur, avec toute la tendresse que m'ont inspirée vos f^oeédés, et Vat^ deur de la reconnaissance la plus sincère, d'accepter cette légère marque de souvenir d'un couple infortuné, sur rattachement duquel vous avez des droits trèssacrés .

Quant à mes livres qui m'appartiennent uniquement^ que j'ai acquis aux dépens de mes plus urgens besoins, sur lesquels personne au monde n'a le moindre droit, veuillez en tirer tout ce qui vous conviendra, en réser-* vaut le Tasse in-quarto pour mon bien&iteur; et ce que vous ne voudrez pas retournera, si l'on veut le permettre, à ma Sophie, qui cherchera avidement mes notes éparses sur quelques-uns de ces volumes.

Je finis, monsieur, ces prières, les dernières que je vous adresserai jamais. Elles sont pures comme mes motife et mon cœur, et les tendres sentimens d'attachemeut, d'estime et de gratitude que je vous ai jurés.

4l6 LETTRES ÉCRITES OU DOX^JON DE VmCENNES.

Puissent rem et les iràvced être comblés de tom la

bonheurs !

Ce sont les derniers et très - sincères yœtvt de votre ami.

HoirORA-CÀBRIEL-RiQirBTT,

Comte de MIRABKAU fils.

Fia DES LETTRES DE MIRABEAU.

LETTRES

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