‹ Lettres a SophieChapitre 29 sur 31 · DE SOPHIE · texte numérisé non relu

DE SOPHIE

A MIRABEAU

93 décembre. '

GaLrielie-Sopybie a quatre dents. Elle est gai^, asse, et reporte â jnerreiUe.

j6 décembre 177S-

Ah ! mon bon ami^ to me rends la vie avec l'espoir, puisqu'il t'est revenu : sans doute il est bien fondé, dès qu'il a pour base les bontés de M. Lenoir, Je sais aussi que tu ne te flattes pas aisément^ que tn ne vois pas comme moi naître et finir tes espérances dans ia même journée , ainsi j'y ai la plus grande confiance. 0 mon ami ! serait-il donc bien vrai que tn seras libre^ et que ^ nous nous reverrons ? Sois-le, et je jouirai déjà de plu? des trois quarts de ma liberté ; mais je Tai souvent vue si éloignée, que j'ai bien craint que le dégoiu de la vie ne devint le plus fort. Je t'entendais^ dans ta dernière.

lettre^ appeler la mort; je la voyais achever de noussé-

pai er, sans nous être rejoints Gabriel ! elle m'a Lien

fait verser des larmes ! . . . . Tout s'y réunissait : sous prétexte de traduire TihuUe^ tu me disais des choses si tris* tes! j'ai cru que tu avais la certitude que nous ne nom reverrions jamais : plus je rélisais cecahier^ et plus je la retrouvais à chaque ligne. Hélas ! disaîs-je^GabridinV • vait tant dit qu'il ne voudrait point n'avoir pas souffert pour moi I et il se décourage I il ne veut plus supporter la douleur ; l'anéantissement lui paraît aujourd'hui tout ce qu'il peut obtenir de mieux ^ il a donc oublié le jour où^ ne me croyant plus que deux heures à vivre, je loi | criais^ dans les convulsions du désespoir : Quoi; Gabriel ! mouxir^uas te revoir ! Il se ren^t alors. Mon ami n'est pas changé. Qu^l»«acrifices n'a-t-il pasfeitsàFa- i mour! il fera encore celui-ci j pui^ il vivra poux moi | et pour ma fille; je le lui demanderai^ et il ne me re- | fusera pas^ car il ne m'a jamais rien refusé. Je voulais ; donc t'en conjurer aujourd'hui^ conmie unique grâce; mais tu me Faccordes sans cela. Oui, mon ami^ nous nous reverrons 3 je le crois, puisque tu me le dis : que ne croirais-je pas^ quand tu me Tassures? Kous retrouverons le bonheur. Tu t'en souviens certainement, quand je fuyais de chez moi, sans savoir ce que nous deviendrions \ je partais gsument, én disant : S'il nous | faut mourir, ce ne sera qu'après avoir serré mon époux \ dans mes bras et sur mon cœur. Ah ! une heure avec lui, et mourir ensuite ! Aujourd'hui, j'en dirais encore autant ; mais aujourd'hui, il faut que nous vivions ensemble, parce que nous nous devons bien plus de dédommagement ; il le &ut pour notre enfimt, qui nons est si chère. 0 mon ami ! nous n'avons donc plus qu'elle;

car je regardais ton fils comme le mien ! Avec quel plaisir ne lui auiaiâ-je pas servi de mère ? Je vois trop la douleur, quoicpe tu veuilles me la déguiser ; je sais

trop combien tu l'aimais : avec quel attendrissement tu m'en parlais au temps de notre bonheur ! . . . Mais pourquoi t'en parler? tu y penses déjà tant!

Je sais, mon ami, que celui qui fait tant pour nous voudrait faire encore davantage, et que la bonté de son cœur s'étend encore plus que son pouvoir. C'est un bien grand service qu'il me rend que d'avoir été te consoler. Ce n'est à présent qu'en ce qui te regarde que je puis recevoir des bienteats ; il les a étendues jusque sur notre enfant, elle en a reçu anciennement des preuves : c'est sans doute, ç,e, que tu as appris^. etj'esp<àce que s'il y avait quelque •clK>se de nouvèany^on ncBme'Faurait pas cache. Ce serait m'ôter une jrrandc jouissance que

rilijtoiiiyWiH||Tri|iTW jif -^^r*^^ q»^^ j^^Y^ dois.

Je ne puis pasVtetcaibher, rmc^ft^'aQiimt^ que je suiis borribleincnt inquiète de ma Gabrielle-Sophie • je n'en

ai eu auQune nouvelle: depuis .ifè^^^^^g^^^^P^* ^ une lettre pressante, et .certatncméii^J'^nvàuiMtfbieil^

tôt 3 mais tu ne le sauras pas^ toi. Ce retard a quelque

cliose,.4!^traordinaire : j'avais tant dit que le seul

moyen de ne pas me&ire naître d'intolérables inqniétih

des,était dene me rien laisser ignorer 1 II peut cependant

y avoir une autre raisoiig^ffle la^jgialadie.dift^lii^ipfent, qui

en retarde des nouvéHes^ biais^cmwwitke pas mettre^

tout au pis, quand on est accoutumé à être si malheu-

ujiL? Mon amji^jesuis convaincue des avantages dei'in^ ,

culation,jen'ai pas là-dessusle mjOiadbeâ&Hte ; dis-mdl

seulement ce qui reguide le traitement. Je ne savais pas

que tu fusi^es dWis xpi'il iaUûLvi;^QC4ili^At^âQ£aiUSi^

feunefif ; a ta meFayais proposé lorsqa'Alld n'avait <}n'Tin .mois^ je t'aurais représenté alors son extrême délica* tesse : je aiua bien^^e que tu lui accdtdes, p(#lè fortifier, jusqu'à ce que ses dents soient venues, alors ta ordonneras, surtout si lu es libre, et que tu y puisses veiliertoi-méme, car je f avoue quej'auraiftuné extrême répugnance à lui faire faire cette opération, sans que i'un de nous y £at, d'autant plus que^ les persooiies q^MÎm prenfienè-somy étant absolntnent opposées, je craindrais que Ton me trompât. L'inoculatioi^.^ trèsavaotageuse quand elle est Jbien faite i ma& j'iMerau i peine m'en rapporter à moi-même : attends donc, cher Amour, que iu puisses 5 si ce que tu me dis se réalise, tu le feras, ami bien cher. Tu sais quel prix je t'ai pei^ mis de la payer, cette liberté qui me tient tant à cœur: je m le demanderai^pQinfv^'eiLplication, p^,d^pro« mwe ; je suis sure de tes motifs, cela md sttÉli. Ha» toi, si je pouvais te gronder, je le ferais, de ce que lu as pu une fois me soupçonner d'être àPontariier, et de m'avoir écrit malgré cela, et encore une lettré tenèé. 0 ami ! le jour où Sophie sera vile, elle ne veut plus que tn-Mmes^: Tu n'y es pas, au siifet des piégea tendus et évités: ceux dont tu parles ne sont pas dangereux. * V i • Ji^"^'

: r ^es uftémoires, que tu trouveli ^^ééSref^ n'ont pas été

trouvés tels par ceux qui les connaissent. Moi, je bc suis pas si dédaig:iieuse, et m'eu accommode fort bien: ne te âehe pas, je les garderai ; ce qui était de M> Gcoo*

ber de Gz oubental est déchiré, et ne m'a pas occasioné de regret. •

' Je n'ai dut tout point entendti parler d'aucun eafim-

tement d'esprit du philosophe; mais ce qui doit un

à, MIRABEAU. /laS

^ peu consoler ses lecteurs, c'est la peine que Ton voit ^^^^'i qa'il s'est donnée à le composer* U devrait faire imprimer quelque jour ses lettres, Càr c'est surtout dans le

J?î,2î sijrle épistolaire qu'il brille.

^^]f Mon ami, j'aurai du courage unt que je t'en saurai^ unes mais cpiand je le vois éteint chez toi^ comraeniTenx<^u

que le mien puisse se soutenir ? Quelque abattue que je » jKi t'aie paru, je nelesnis.paa autant devant tout le monde, ^i»^ et il est des gens qui voudraient que j'en eusse moins t m j'ai évité de parler de toi depuis que tu me l'as recom'- !|S mandé, d'autant phtô que oda ne servait qu'à renotn k vder sans cesse l'aig^reur ; mais pour de l'hunnliatioD^ m non, je ne me trouve point humiliée ^ mon amour et 'à mon amant fmt au contraire toute ma g^cîre : quioon^ If que sacrifie tout, sacrifierait tmlle fois plus^ croyant

n'avoir rien fait. Oui, je le dis comme l'Héloise de J.-J* i BouBMim "(mîlds jq4?«ijiis diii et écril avant de la lire)^ [ j'aime mieux que tout l'univers saché ma pasrion qué

de t'en voir douter uu instant : nos peines ont centu^ i plé nos liens et notre amour. Oh 1 qu'ils seront heureux

et courts, les jours que nous passerons ensemble! Si ^ notre grande sensibilité nous fedt plus sentir nos maux, f dleredouUe aussi notrecmirâge^etiapfttmaittycomme

nous le devons, les dbiarmes d'une réunion. Nous sobh i mes les plus malheureux des étres^ nous serons les plus n fortunés; tuais notre aornur n'avait pas b cs ei iid'éppegve» i J'ai &it tout ce ^»e j'ai pu pour me sauvcpr de la sait

1 gnée, parce que tu ne me paraissais pas l'approuver ; î cependant mon médecin parle si gravâmest de cela

(apparemment pour se fiBÛre honneur de cètte enre), } qu'il fallut y consentir. Je le his hier ; je suis au petitlait à la fleur d'orange, régime au milieu duquel on me

4^4 LETTAES D£ 60£HI£ ,

promet une médecine^ et quand tii devAûs encore

m'dppd&cdouiileUe, quoique je iiesachepas trop pour* quoi.tu .me donnes cette épithète^ je né pourrais pas

- encore m'empêcher de dire que tout cela n'est pas fort amusant. J'ai.ëté souffrante depuis ma dernière lettre j j'ai eu plusieurs fois de la fièvre^ mais oèHeaeî rn^tba grand bien^ et beaucoup plus que tous ces remèdes ne m'en feront. U n'est pas fort étonnant que je^maigruse un peu^ je rengraisserdMàSsàbi'inais je ne dors' pas parfaitement^ et je ne serai pas tranquille que je n aie eu des; nouvelles de notre en&nt. Mais tu me deznâ&dei bien des détails sur ma santé ; tu ne m'avais j)as dit un mot de la tienne dans la précédente lettre^ et dans celleci tu m'apprends que tu es malade^ que tu ras prendnf un vomitif : tu as d'excellentes façons de me ramener j ne m'en parle phn^flLlegèrement^ je t'en prie. Je vois qu'il n'y a que madame Saint-Mathieu qm^n'ajamiisea le crédit de te faire faire aucun remède : tu m'en as bien dit tes raisons^ une fois^ et je n'ai pals |fli'jies4ioiir ver mauvaises. Ne faut-il pas toujours qné'Mt^âsg à ton avisi'Oui^ je me promènerai quand tumeledis^ d'autant plus que le petit-lait interrompra unqpi^ti'l» courses du ioiatin. Quand j'aurais choisi tes heures, je ne. les aurais pas prises diifércntes : je sui.s hiefl'aise qufonJeS'.aitidoublées, car c'estbien malsain d^èl^M renfermé." Je sais que tu n'as pas peur du froid^, et je ne le crains pas assez non plus pour être retenue ; d'ailleurs^ j'ai un endroit couvert. Gommât te châirffes^*^ je crains que tu n'aies un poêle, car je sais qu'ils te font grand mal. Je ne m'aviserai pas de te dire qu'on n'écrit pas // spazio, mais h, car mon maître auraitmfop feâfttt jeu pour prendre sa revanche. J'ai attaché dans le i^-

' A MIRABEAU. - 4^5

hier la feuille, que tu m'a$ envoyée après 3 j'ai copié le tout/et te le rends : tu y reconnaîtras mon ëlemelle

élourderie;j'aî versé de l'encre dessus^ tu le verras avec plaisir^ parce que je Tai beaucoup tenu ; puisqu'ils ne me restent pas^ écrisJes plus fin^ et- n^y mets pas tant

de marge. Tu auras la première fois ta seconde brochure^ qnejc ne crois pas pouvoir copier aujourd'hui : ne m'envoie point de le lecteur y mfttra le titre; je l'ai. Je m'entoure de tout ce qui me vient de toi; cela me Élit un rempai t que Ton ne peut franchir. J'ai aussi une certaine calèche tachée de ton sang; elle m'est^ par là^ devenue bien précieuse. Mille et mille remercimens de tes cheveux ; je m'eu ferai aussi une bague^ il J a même de quoi en faire douze : je suis honteuse de ne te pas envoyer la tienne,, car cela ne vaut pas la peine de se lalre tant attendre. Mon ouvrier m'a fiait dire qu'il était malade; il «ait bien qbe-jej^tf^^QX pas aller voir si cela est vrai : je te demande pardon^ mon amour^, et je te promets que j'y enverrai tous , les jours, il fiaira^ ou je le rendrai malade d'impatience.

Il m'est impossible de faire faire le cachet dont tu me parles^ par plusieurs raisons que je ne puis te dire; il serait charmant^ et cela me £lche beaucoup, dautant plus que le mien s'est trouvé perdu. J'en ai recommandé , un. tout simple^ qne je ne sais même pas s'il pourra être exécuté; je' crains qu'il ne soit dans le gouL des petits ramonneurs qu'on nous avait faits.

Tu avais bien à &ire d'aller lire, pour la première

fois, l'Écriture sainte ou les cinquante passages qui en sont tirés ; ce n'est pas là ordinairement où nous prenons nos oracles. Ce défenseur des femmes e^l d'une

4^6 LETTRÉS Dfe SOPHIE

éloquence séduisante; il n'y a rien de si convaincant que de tek argnmens. Je ne crois pas, quoi qne ta

en puisses dire, qu'il y ait beaucoup de femmes qiri me désapprouvent au fond de leur cœur de t'avoir trouvé aimable; et nous en connaissons qui n'eussent pas mieux demandé que la permission de te le dire; mais tu ne ifen soucies pas plus que moi.

• Ce pauvre Fbînsinet ! c'est encore un de néêtSÉêéï de Dijon^ non pas dans le goût de Grébillon ou Rameau^ mais dans celui des académiciens; il a fixé «t demeure au Fort-l'Évêque^ dont il a fait sa maison de plaisance ; je le croyais nojré^ c'est bien à peu près h même chose. Je suis fort en colère de ce qu'on me vole les vers que tu m'as faits ; on trouve sans cesse de ces gens-là. il y a quelque temps qu'une femme m'en récita de fort joHI^lfQitMu^ amant lui avait fiiits^ dN^U elle; cependant je me souvenais de les avoir lus, sans pouvoir dire où : huit jours après^ nous les trouvâ-^ nies dans une épitre de Sapko à Phaon, que nous lisions ensemble : Sounens-toi de ce jour si cher à « ma tendresse*

J'ai lu Ém9e 3 j'ai fait beaucoup de notes^ et j'ai recommandé tout ce qui en peut convenir à notre enfanx pôur le présent^ et tout ce qu'une nouxfice ea pent faire. Il y a 'd'excellentes choses dans ce livre-là; mais ;1 faut trouver bien dur de n'être pas à même de pouvoir Fexécuter soi^ème, et personne ne prendra autant de fatigue pour les enfans d'un autre. Jen'ai encore eu que les deux premiers tomes^ et je me fâchais de ce qu'il ne parlait pas des filles; mais on me promet qu'il s'en occupe dans les deux autres volumes. Jusqu'à présent il ne regarde les femmes que couune de grmis

mi^ enfans, et cela n'est ni flatteur ni galant. Il y a bien oi ||. des choses sur lesqneUes il me fait changer d'avis^ entre mujç autres sur la méthode de faire apprendre des fables aux de^ enfans. Comme il arrange ce pauvre corbeau I Je vois g/i bien souvent que je suis fort ignorante : je n'ai qu'une science, ami tendre^ c'est de te^bien aimer, et c'est celle qu'il t'importe le plus que j'aie : je n'ai pas été long^temps à l'acquérir, celle-là ; tu es un si bon miuitre ! J.-J. Rousseau a un charmant style; j'y ai trouvé l,{ une ressemblance irappante avec celui d& quelqu'un ^ de notre connaissance. La Nivardièrd airait raison, j'aiuie tout-à-fait les discours qu'il fait de temps à ^ , autre à ses lecteurs : cet homme-là n'était pas fait, non ^, plus que toi, pour avoir afEsure à ce fripon de libraire, ^ Michel Rey. J'ai aussi hi son Héloïse, malgré la grande ^ défense de me laisser des romans, car on ne j^ut appa^ , tmiM^M COimm^ qu'on voit que les ^ héroïnes de roman l'ont été. Cependant celui-là m'ap- ,i partient ; à peine m'en souvenais-je, et il faut aimer ^ pour le bien goûter. Se vois qu'ik ont eu quelquefois les mêmes idées que nous, et leur en sais bon gré : les ^ amans ne sont aimables qu'autant qu'ils ressemblent ^ ati mien. Cette Julie est une étrange fille, de sacrifier

^ toujours tout à cet homuie qu'elle adore ! comme si

^ l'amitié et l'amour n'étaient pas les nœuds qui impo-

^ sent le plus de devoirs, etles plus inviolables, puisqu'ils

j sont volontaires. Aimer l'un, épouser l'autre J'ai

^ &iilli brûler le livre, lorsqu'elle lui mande qui de son mari et de lui elle choisirait?.... Us faisaient aussi leut

j journal ; je t'ai fait bien long-temps le mien, mais il y

^ en a plus des trois quarts de perdu, et ma vie est si

4^8 ' LETXAES DE SOPHIE

imifonne. que je n'ai qne peà de choses à y marquer ; mais quand mon cœur est si plein qu'il faut absolument qu'il déborde^ j'écris : je te donnerai quelque jour tout cela ; tu y verras ma conduile et mes pensées. Mais ce n'est pas du cœur de ton amie que Gahntl est inquiet^ il ne soupçonnera pas sa Sophie : ce serait faire injure à tous deux. : ' ^

. Ton bon ange t'a donné une bien bonne pensée, et je l'en remercie^ c'est cependant plus pour tes jreox ' ^^^jp^u^ profit que j'y ai fait^ car si je pouvais conajpter les . lignes et ' les -mots , comme cela.t'aniTe quelquefois^ je suis bien sûre que j'en' trouverais plus dans râ.yan t-dernière . que. dans ceU^e-ci -, .mais je ne yenx pas te chicaner/car tu irais aussi comptéry etce serait moi qui me trouverais avoir tort de n'en avoir pas tant écrit ipe-4aij^e serais grondée, aûsi.il vaut mieux ne rien dire. Tu ne veux, donc «pas que ta fiUe ait le même maître d'écriture que moi? cependant je sois une écoUère qui devrais Ijoi a.voir fait sa réputaûoa -, aussi mVt'il montré pendant trois ans : et n'est cependant pas,pour me vanter qjiG je, te le dis, mais que veiix^tu? je suis trop vieille pour apprendre, et tant bien que mal, tu me lis et me devines ; j'y gagne souvent. Tu. sais que je me suis félicitée çielquefois d'ayoir si mal écrit ce que je t'adressais^ que d'autres n'ont pas pu le déchifrer. Oh ! quand j'apprenais, si je m'étais doutée que j'aurais un joip: un atui, je me serais bieaplus appliquée 5 mais.je ne savais pas afois ce que c'était qu'un ami.

.j. Adieu, mon cher et bon ampur^ iu vois que je suis plusiçd^e ; je partage tes espérani^es, çoj^itS) tes

A MIRAJIEAU. 4^9

plaiâirfi.... tes chagrins^ et surtout ta tendresse : ohl oai^ tous les mouyemens de ton cœur. Adieu^ cher enfant; je t'embrasse bien fort.

^ Sophie-Gabeiei..

Je te prie de quitter ton habitude hollandaise^ de " boire tant de thé : on me Ta absolument défendu; c'est

mauvais pour mes nens^ et par conséquent aussi pour f les tiens^ déjà trop attaqués par tant de secousses.

Je présume que M. de Marignane et sa fille baisseront le ton^ cet événement-ci est fait pour cela. Ah I puisse-t-il causer un bien ! pourvu qu'ils ne s'en retour* nent pas du côté de l'être honnête et sensible ! ils en sont bien capables ^ mais je ne crois pas qu'ils osent.

» ^^i^Mi^fc^fc •^^^ ^i^^^ •^i^k •^^fc %^fc^b ^^(^'•^^^^

A M- LEJSOIR.

VcnaUleft» le a6 mars 1777*

La fîiitiille de madame de Bfomiîer, qui s'est sauvée avec le

comte de Mirabeau, s'est adressée à vous, monsieur, pour faire arrêter cette fugitive; et madame de Rulfev, sa inère^ vient de ' me mander que vous pourriez m'indiquer sa retraite. Dès que je la saurai , je yoas ferai passer les ^ttrés nécessaires pour mettre fa per sonne cha rgiée de découvrir madame de HooDÎer • en état de la réclameF3tr'«oiQ. de Sa Majesté.

J'ai rhonneur d'être très-parfaitement, mousieur, votre trè»humble et très-obéissant serviteur.

De YE&GEXirES.

AU MÊME

Versailles, le 19 avril 1777.

J'ai rhonnenr de tous envoyer, m6nsieur, ainsi que vous le demandez, un ordre'du Roi, en forme réquisiloriale , pour faciliter la recherche en Hollande de la personne de madame de Monnier par l'oflicier de police que vous vous proposez de charger de cette commission, et qui se flatte de pouvoir y réussir. En cas de découverte, je pense que cet ofiicier doit commencer par s'adresser à M. ie duc de la Yauguyon, et concerter avec cet ambassadeur les démarches à faire auprès du gouvernement hol» lâudais pour parvenir à s*as8iirer de la personne de madame de

PIÈCES JUSTIFICATIVES. 43 ï

Monnier. Ce premier point rempli , il y aurait encore d'antres mesures k prendre pour obtenir la liberté de l^extradition* Haisi à cet égard, il n'y aura point de nouvelles démarches à fdre

jusqu'à ce que, d'après Içs éclaircisscmens que l'ambassadeur du Roi m'enverra, je puisse recevoir les ordres de Sa Majesté, et les lui faire passer. Je vous prie de diriger sur ces principes votre instruction particulière à i'offîcier de police que vous chargerez de l'ordre d*joint, après 7 avoir rempli son nom, laissé en blanc. Je crois qu'il conviendra de lui délivrer aussi un pas» seport séparé pour sortir du royaume , et pour son retour en f i ance. Je joins ici une lettre qu'il présentera à AI. le duc de la Vauguyon j je m*y renferme à prier cet ambassadeur d'aider de ses conseils celui qui la lui remettra, et de diriger sa conduite dans la commission qui lui est confiée, suivant Tordre du Roi, dont il est porteur, et l'instruction particulière qui y est relative.

J'ai l'honneur d'être avec un parfait attachement, monsieur votre très -humble et très-obéissant serviteur.

AU MÊME

Amsterdam, le sS mn 1777.

UxnrsnnEy

J'ai lluMmeur devons iaiormer que l'estradilM a été accov» déa, et qu'en conséquence je partirai avec madame de Monnier

et M. de Mirabeau fils, accompagné d'un ofEcier de justice du pays , qui me sortira des terres de Hollande , après-demain du courant, pour me rendre à mes différentes destiuanoas,

Mais« monsienr, peraettes-moi d'avoir rhonneur de vous faire une représentation qui me paraît trèH'Wte «t lràft<4u^ oesiaire..

Madame la marquise de Monnier est fiUe de condition 4Vtt

président d'un parlement, femme d*un premier président d'one cour souveraine, de la chambre des comptes de D^le, appartenant par conséquent à bien des personnes en place; et c'est une tache que d'avoir été à iSainte-Pélagie. L'élourderiedes'en aller avec un jeune homme est bien mal; mais elle n'est criminelle que parce qu'elle a éclaté, et que Ton rit de voir iné jeuiae femme de vingt -deux ans faire une infidélité à aDmiri de soixante-dix : tout son crime ne consiste que de ce qu'elle s'est mal conduite.

Mais, monsieur, ce vieux M. de Monnier est aveugle e£ presque imbécile, et il est amoureux de sa femme : qui peut nous assurer qu'elle ne rentre pas avec lui? £lle est grosse de trois mois : cet enfent à naitre peut jouer un grand rôle. Wmm Rôugemont^ s'il n'est pas reconnu en naissant , il vondn se faire reconnaître. M. de Monnier trouvera peut-être déplacé qoeFoD mette sa femme à Sainte-Pélagie, lieu où l'on ne met que les filles , lieu qui la déshonore.

Ënfin, monsîeurpj9*flà;eatJ>as lui qui a demandé cet ordre, et sa femme lui appartient. lïe serait-il pas plus à sa place qu'elle allât dans un couvent honnête, te! que Conflans, ou tel aatie qu'on voudrait, même avec un oràre du Roi?

J*ai fait des représentations à madame de Ruffey, sa mère^ sans entrer dans ces détails^ et je crois ^ monsieur, que vous les approuverez. II résulte donc que je ne oonduii^ai pas madame de Monnier à $ainte»Pélagie, sans avoir eu de vous, monsienr, de nouveaux ordres; et, comme je dois passer par Chauny en Picardie, et m'y arrêt» vingt- quatre heures, afin de la feîreïeposer, je vous prie, monsieur, de m'y faire donner vos ordres chez M. de Mati^ny^ lieutenant-général de police ii Chauny, et si je n'en recevais pas , ou qu'ils n'eussent pas le temps d'y arriver, après avoir attendu un jour déplus, je partirai pour Paris, et j'irai, avant de conduire cette dame à sa destination, voos demander, monsieur, ce que vous m'ordonnes. Mais je nedoaie pas que madame de Ruffey ne soit présentement à Paris. Je l'avais engagée à faire le voyage r d'ailleurs elle est grosse ; recevrait-on dans un couvent une femme en cet état? Il est vrai qu'il n*j paraît pas encore.

Uadame de Monnier a demandé aux magistrats de cette ville, sous l'autorité de qui elle est actuellement , la permission d'écrire à plusieurs ministres ; et ils l'ont accordée. Mais madame de Riiffey n'approuverait pas d'être ainsi lympanisée. Je me suis emparé de ces lettres, et j'ai l'honneur de vous les envoyer cijoîntesi afiO| monsieury que tous paissiez ordonner ce qu'il vous plaira à cet égard.

Db B&UGlIlÉftBS.

AU MÊME

Amsterdam I le afl mai '777*

J'ai procuré, monsieur, à M. de Brugnières tous les moyens d'exécuter la commission dont il a été chargé. Je dois à sa cou* duite dans ce pays-ci les témoignages les plus avanlageuy , et je les lui lende avec plaisir* . —

J'ignore, monsieur, jusqu'à quel point le comte de Mirabeau peut mériter qu'on s'intéresse à son sort, et je ne me hasarderai pas à vous faire aucune recommandation en sa faveur; mais je ne puis m'empécher d'exciter votre sensibilité sur la situation fâcheuse de madame de Monnier. Celle jeune femme, séduite et entraînée par une passion violente, me paraît sentir tous ses torls. Elle se voue avec résignation au couvent; mais elle se désespérerait de se trouver à Sainte-Pélagie. Je suis persuadé , monsieur, que vous voudrez bien faire tout ce qui dépendra de vous pour la soustraire au malheur qui semble l'attendre. Je vous adresse toutes les lettres qu'elle a écrites à sa famille et aux ministres du Roi, et dont vous voudrez bien faire l'usage que vous croirez convenable. Recevez, monsieur, l'assurance des senti mens inviolables avec lesquels j'ai l'honneur d'être votre trèshumble et trèsH>béissant serviteur.

Le duc DE LA Vaugdyon.

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