‹ Lettres à une antre inconnueChapitre 19 sur 29 · XL AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XL AVANT-PROPOS

l'élévation sans rhétorique, une impartialité tellement grande, que parfois elle vous embarrasse et vous trouble, comme un ricanement de faune qui jaillirait tout à coup du bocage voisin pendant votre lecture. Vous admirez les rares dons et vous vous demandez en même temps comment, de tous ces beaux fragments pleins de promesses, une œuvre importante ne s'est pas dégagée. A cet érudit de tant de style et d'art, à ce grand essayiste que manquaitil pour devenir un historien? Ce qui lui manque, c'est le souffle, la vue d'ensemble, et c'est surtout de croire à quelque chose, fût-ce à l'esprit humain. Railler Michelet,

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plaisir facile ; mieux eût valu se procurer une étincelle de la flamme qui débordait de son cœur et de son cerveau; la Conjiiration de Catilina^ Y Histoire de Pierre le Cruel ne sont que des monographies où Fauteur semble avoir pour unique but de mettre en lumière ses documents; c'est correct, discret jusqu'à la sécheresse; ni peinture de mœurs, ni portraits, rien de caractéristique. Vous pensez au Charles XII de Voltaire, et ne comprenez guère ce que cela peut avoir de piquant et de drôle de se proposer aujourd'hui un pareil idéal. Mais

la faiblesse humaine est ainsi faite, chacun ■ de nous connaît son point sensible : en

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morale, on maxime ses vices; en littérature, on systématise ses défauts. Si vous voulez toucher du doigt un exemple flagrant de cette stérilité native d'inspiration, lisez, dans la Chronique de 157 2 ^ le moment où Charles IX entre en scène et voyez avec quel air de parti pris Fauteur évite de mettre au jeu et fausse compagnie à ses lecteurs.

« Son portrait, attendez ! ma foi, vous feriez mieux d'aller voir son buste au musée d'Angoulême : il est dans la seconde»

salle, n° 98 ^ » Nous venons de dire que c'était une manière commode de s'en tirer ; est-ce la bonne ? Walter Scott ne le pensait

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