L AVANT-PROPOS
et ne voit pas que tout ce qui sort d'une main d'artiste s'adresse, en effet, à la publicité et que ces pages familières, en dépit de leur caractère privé, n'auront vraiment accompli leur destinée que si, tôt ou tard, elles finissent par tomber aux mains de ce « quelqu'un » qui a plus d'esprit que Voltaire et qui s'appelle tout le monde,
Mérimée possédait à part lui une faculté qui, au besoin, vous mettrait fort à l'aise dans la publication de sa coiTespondance. Il surveillait beaucoup son attitude et ses mouvements. Écrivant, parlant, il s'observait, s'écoutait, se gouvernait, et, si tenté que l'on fût de commettre des indiscrétions, il
AVANT-PROPOS. li
serait difTicile d'y réussir vîs-à-vîs d'un tempérament à ce point sobre, contenu et n'ayant guère que des élans voulus et des épanchements prémédités. En ce sens, Mérimée serait le plus littéraire des épistoliers ; son cœur, on peut le dire, consent d'avance à s'effacer, et laisse à l'esprit toute sa clarté, toute son indépendance.
Ces Lettres à une autre Inconnue vont nous le livrer tel que nous le connaissons : mondain, galant, affectueux avec l'inévitable pointe de persiflage, ironique sans amertume envers la souffrance et patientant avec la mort, en s'intéressant à ces mille riens dont le souci caractérise l'homme à bonnes