Votre serviteur soumis
Cannes, 9 mars 18G8.
Chère Présidente,
Je n'osais vous écrire pendant ce temps de carnaval dont nous venons de sortir. Il me semblait que ce serait troubler vos plaisirs que de vous donner des nouvelles d'un pauvre diable qui vit tout juste et qui est toujours souffrant. Vous me faites des
reproches que je ne mérite pas. Si j'avais cru vous faire quelque plaisir, je vous aurais écrit. Vous êtes un beau papillon fait pour le soleil, et moi je deviens de plus en plus étranger à l'air, à la lumière et, je pense, bientôt à la vie.
Vous ne me donnez pas de nouvelles de Rome. Mon journal dit que tout va bien; je m'abstiens de le croire. Comment notre saint-père trouvera-t-il moyen de payer ses dettes? Voilà ce qui m'embarrasse et ce qui doit l'embarrasser bien davantage. li n'y a rien de plus incertain que la charité des fidèles et surtout dans ce siècle de fer.
Comment madame la marquise *** prendelle son nouvel état? Le marquis doit avoir
Tair d'un consul romain le jour de son triomphe au Capitole. Je dis le jour, ce n'est pas le plus beau moment. Votre amie miss Alison va aussi prendre un mari. Je ne l'ai pas vue.
Je ne suis pas allé une seule fois à Nice, et je ne sais rien que par la renommée.
Edouard Fould est venu passer quatre jours avec nous. Celui-là ne paraît pas autrement pressé d'allumer les torches d'hyménée, malgré la morale que je lui fais. Il a tort.
Cette génération finira mal. Elle est entièrement dépourvue d'enthousiasme.
Ma jolie voisine russe est partie pour Paris. Cannes commence à se vider rapidement, bien qu'il soit en cette saison plus beau que jamais. Je ne pense pas que vous
ayez à Rome un plus beau ciel et de plus belles fleurs. Je vous envie d'aller àNaples. C'est, de toutes les villes d'Italie, celle qui m'a laissé le meilleur souvenir. J'espère que le Vésuve vous garde une dernière convulsion pour saluer votre arrivée. N'ai* lez pas trop près du cratère, ou vous attraperez une bronchite comme celle que j'ai gagnée il y a quelques années. Cette atmosphère de soufre est abominable, et, si c'est comme quelques-uns le disent, celle du diable, cela donnerait envie d'aller en paradis, malgré la mauvaise compagnie qu'on est exposé à y rencontrer. N'oubliez pas d'aller voir les catacombes, qui sont très-pittoresques et n'ont rien de triste
comme celles de Rome. Allez aussi à San- Carlino voir jouer admirablement la comédie vulgaire. Je n'ai jamais vu de troupe comparable à celle-là. Il n'y a pas un acteur qui ne soit excellent. Seulement, on attrape des puces dans les loges. Il y avait de mon temps une prima donna admirablement belle, qui aimait beaucoup les huîtres et qui mangeait cinq ou six livres de macaroni à souper.
Viendrez-vous à Paris cette année, madame? ou, de Naples, irez-vous en droite ligne en Podolie? Si je n'étais pas à demi embarqué dans la nacelle de Caron, je saurais bien vous rencontrer quelque part;
mais, dans ma situation moribonde, la
Podolie me paraît un point aussi peu accessible que la lune; et cependant, avant de passer dans un monde meilleur, je serais bien heureux de baiser votre blanche main.
Adieu, chère Présidente ; veuillez agréer l'expression de tous mes respectueux hommages.
Vache padorny pissar.
Montpellier, hôtel Nevet, 17 avril.
Chère Présidente,
J'adresse aujourd'hui à votre neveu la lettre pour M. Patin. Je pense qu'on ne pourrait avoir un examinateur plus bienveillant.
Quant à l'autre affaire, elle est plus difficile, et je ne pourrai y travailler qu'à mon
retour à Paris, c'est-à-dire au commencement du mois prochain. La chose, malheureusement, exige le concours d'au moins deux ministres, sinon trois. Le ministre de rînstruction publique, auquel je m'adresserai, et qui a de la bienveillance pour moi; puis, — et c'est là le hicy — le ministre des Affaires étrangères, que je ne connais pas du tout, mais qui a la réputation d'être très-aimable pour les jolies femmes et sur lequel vous ne pouvez manquer d'exercer une grande inQuence. Il se peut, de plus, qu'il faille encore que M. de Budberg dise son mot. Mais je commencerai par le ministre de l'instruction publique, et je saurai de lui, mieux que je ne le puis ici, ce
qu'il faut faire et ce qu'il faut espérer.
Je suis ici pour mes poumons. On les traite d'une drôle de façon. Votre infortuné secrétaire est enfermé dans une boîte en fer où il y a deux fauteuils. Il s'assied sur l'un avec une chaufferette sous ses pieds, puis une machine à vapeur pompe dans la boite de Tair qui s'y comprime au point de faire tinter les oreilles assez désagréablement.
J'y reste deux heures, regrettant fort que vous ne soyez pas sur l'autre fauteuil. Cependant, le temps passe assez vite sinon d'une manière amusante, et je m'endors assez souvent. Je m'en trouve assez bien jusqu'à présent. On m'en a rapporté des effets merveilleux, et je compte pousser
l'expérience jusqu'au bout. Guy Patin disait qu'en fait de découvertes médicales, il fallait se hâter de les prendre pendant qu'elles guérissaient.
Mille remercîments de la jolie photographie que vous m'avez envoyée. Cette aigrette me plaît, mais j'aurais mieux aimé une robe moins janséniste. Je suppose que vous avez passé un carnaval fort gai à Rome. Le mien a été des plus tristes. Avant de quitter Gannés je suis allé faire visite à madame Gavini. J'y ai trouvé miss Alison, qui vient d'hériter de six ou sept mille livres sterling de rente, et qui va épouser, comme je crois vous l'avoir dit déjà, un M. Grégory, peu jeune, membre du Parlement. Elle m'a dît
qu'à Nice elle avait passé l'hiver à déjeuner en ville, puis luncher, avec bal à la suite du lunch, dîner, bal, souper et quelques visites ou parties de campagne dans les entr'actes. Cela m'a paru lui avoir fait beaucoup de bien.
Adieu, chère Présidente ; je vous souhaite tout le bonheur possible sur cette terre.
Veuillez faire mes compliments au Vésuve,
Montpellier, 16 mai 18G8.
Chère Présidente,
Je ne sais si cette lettre arrivera à \ienne pour votre passage. La vôtre a fait bien des voyages pour me trouver ici, où je suis depuis un mois entre les pattes de la Faculté.
Votre lettre m'a appris cette horrible his-
toire. Je ne lis jamais les articles crimes dans les journaux; et, d'ailleurs, comment soupçonner que cette pauvre dame était votre parente ? A-t-on pu découvrir les assassins ?
Je me trouve assez bien de mon séjour à Montpellier. J'y ai pris des bains d'air corn* primé qui m'ont à peu près remis les poumons en ordre, autant du moins qu'on peut restaurer'une vieille machine. Je vais partir pour Paris, où je compte vivre tout à fait en ours. Si à la fin de la session je me trouvais assez vaillant, j'irais passer quelques jours en Angleterre auprès d'un de mes amis malade. Voilà où finissent mes projets. Au delà de Vienne, vous ne me
dîtes rien des vôtres. Je suppose, d'après
* le commencement de votre itinéraire, que
vous allez en Pologne. Quand comptez-vous revenir?
Je n'ai pas e\i de nouvelles de l'examen de votre neveu, à qui j'avais envoyé une lettre pour son président. J'espère que le résultat a été heureux. Où. est madame la marquise ***? où doit-elle demeurer à Paris? Je vous demande cela, parce que j'espère avoir de temps en temps de vos nouvelles, et je compte faire une exception à ma retraite pour m'en procurer; car ma chère présidente aura tant de coquetteries autour d'elle qu'elle ne pensera peutêtre pas à son secrétaire.
On m'écrit de merveilleuses choses de toutes les fêtes qui ont eu lieu, de la grande révolution accomplie par madame de Pourtalès pour le raccourcissement des robes, de l'opposition tentée par tous Ifes vilains pieds, et de leur confusion finale. Je pense que votre couturière vous a déjà renseignée à ce sujet beaucoup mieux que je ne saurais le faire, et que vous êtes franchement du parti de la révolution. Je regrette seulement de ne pas vous voir avec une mode qui doit vous aller très-bien.
Connaissez-vous la princesse de Mingrélie dont j'apprends le mariage? Je suis brouillé toujours avec les noms propres, et, d'ailleurs, ces noms caucasiques ne sont
pas des plus aisés à retenir; mais sa mère n'a-t-elle pas été enlevée par Schamyl et gardée quelque temps prisonnière? J'ai lu autrefois une relation de l'aventure, en russe, qui était des plus dramatiques.
Schamyl, d'ailleurs, avait eu de très-bonnes manières avec elle, d'où j'avais conclu qu'elle n'était plus de la première jeunesse.
Adieu, chère Présidente; je vous souhaite un heureux voyage et un prompt retour. A mon arrivée à Paris, j'entreprendrai auprès du ministre de l'instruction publique la négociation que vous savez.
Veuillez agréer tous les souhaits et les respectueux hommages de votre secrétaire.
Rappelez-moi au souvenir du comte Pazzi.
Paris, 27 août*
Madame,
Votre lettre me fait grand plaisir. Je vous croyais perdue à jamais pour votre infortuné secrétaire. Je vois que vous avez passé votre temps de la façon la plus agréable. Vous ne me dites pas si vous vous êtes bien trouvée des bains de Luxeuil;
mais vos continuelles pérégrinations me font supposer que vous y avez fait bonne provision de forces pour les travaux de l'automne et de l'hiver. En vérité, la force est la chose la plus nécessaire à une jolie femme par le temps qui court. Heureusement qu'il y a pour elle des grâces d'état comme pour les souverains qui se délassent d'un voyage par trente degrés de chaleur, en passant une revue de six heures, et de la revue par un bal et une harangue de maire. J'ai souvent désiré d'être une jolie femme pendant quelques jours, mais jamais d'être roi.
J'ai vécu (très-mal) depuis deux mois, absolument comme un chat malade qui ne
sort pas de son grenier, en sorte que je ne sais rien du tout de ce qui se passe dans le monde ; d'ailleurs, il n'y a plus de monde à Paris en ce moment, et la langue française est la plus rare qu'on entende parler dans les rues.
Il paraît qu'il y a grand empressement pour aller à Biarritz. Le duc et la duchesse de Mouchy partent ces jours-ci. Il y a si longtemps que je n'ai vu madame la marquise ***, que je n'ose aller m'informer si elle est encore à Paris. Sur l'entrevue de Salzbourg, les journaux vous en diront tout ce qu'on en sait, c'est-à-dire très-peu de chose. Presque tout le monde croit à la guerre pour l'année prochaine. Je persiste
à n'y pas croire, par une très-mauvaise raison peut-être ; c'est que, personne n'ayant à y gagner et tout le monde ayant beaucoup à y perdre, il me paraît improbable qu'on fasse cette grande folie. Cependant, on dit que les Russes, si on ne leur abandonne pas rOrient, veulent se dédommager en prenant la Gallicie. A quoi on répond que M. de Beust, qui est homme à expédients et qui se retourne avec facilité, fera quelque grande démonstration en faveur de jla Pologne et allumera un incendie de tous ^ les diables. Voilà la plus fine fleur de la politique qui se fait entre les cinq ou six Parisiens trop malades pour sortir de leur ville natale.
Je pense que je resterai ici jusqu'au moment d'aller prendre mes quartiers d'hiver à Cannes. On m'a gracieusement invité à Biarritz, mais j'ai dû refuser, n'étant pas assez sûr de moi pour m'exposer à tomber tout à fait malade; en outre, dans ma disposition actuelle d'esprit et de corps, la vie de Biarritz ne me convient guère. J'y serais très-ennuyeux et probablement trèsennuyé, l'un n'allant guère sans l'autre.
Présentement, par la grande chaleur que nous avons, je me trouve assez tolérablement, mais gare le retour des mauvais temps !
Adieu, chère Présidente ; veuillez agréer l'expression .de tous les tendres et respectueux hommages de votre secrétaire.
Hôtel Nevet, Montpellier, 17 octobre 1868.
Madame,
Je suis ici depuis une quinzaine de jours fort souffreteux et encore plus triste. Je prends des bains d'air comprimé qui m'ont fait grand bien le printemps passé; mais, en venant ici, j'ai attrapé un rhumç abominable, et je passe ma vie à tousser et, par
ICO LETTRES
suite, à étouffer. Cette occupation, surtout la nuit, est une des plus ennuyeuses qui se puissent imaginer. Je soupire après le moment où je pourrai aller à Cannes; trèsprobablement je n'y serai pas mieux, mais au moins je verrai une belle mer et de belles montagnes. Montpellier est la plus vilaine ville et la plus ennuyeuse que j'aie vue.
Vous calomniez, j'en suis sûr, les respectables employés de l'administration des postes pour excuser votre paresse. Les lettres ne se perdent pas, mais les belles dames n'ont pas le temps d'écrire, à moins qu'il ne s'agisse de faire tourner des têtes et déchirer des cœurs. Or, vous savez que vous avez produit déjà ces deux phéno-
mènes chez moi, et vous jugez avec raison que ce n'est pas la peine de refaire une expérience qui a déjà si bien réussi. J'apprends avec beaucoup de regret que vous passez l'hiver à Dresde. Après Berlin, de toutes les villes d'Allemagne, c'est celle qui m'a laissé le plus maussade souvenir. Cela me fait l'efTet d'un Versailles germanique.
Je me souviens pourtant avec plaisir du Musée et de la promenade de Briihl, où j'ai vu des soldats expliquant leur tendre amour à des cuisinières. J'espère que l'usage s'en est conservé.
A propos d'amour, on dit que madame la marquise *** prolonge la lune de miel bien au delà des limites admises par la civilisa-
tion. Si je suis bien informé, elle resterait à Biarritz cet hiver à jouir du vent et des vagues et de la solitude. Ce n'est pas vous qui seriez aussi poétique I
Vous aurez peut-être vu par les journaux que la duchesse Golonna est tombée en Espagne au milieu d'une insurrection, et qu'elle s'est mise à panser les blessés des progressistes sur le champ de bataille près de Cordoue. Le peuple souverain lui a donné un grand ruban rouge avec la date en or, 28 septembre. On me dit qu'elle est fort enthousiasmée de toutes les belles choses qui se disent et se font à Madrid.
Pour moi, de loin, elles me paraissent bien bêtes. Je crains que cela ne finisse par une
guerre civile pire que celle qui a fini en 1840. Le duc de Montpensier, qui avait fort poussé à la révolution, et même dépensé quelque argent à cet effet, s'en trouve assez mal récompensé. Au train dont vont les affaires, je ne serais pas surpris que le peuple souverain lui confisquât sa belle terre des bords du Guadalquivir; ce qui lui ferait peut-être encore plus de peine que si on lui confisquait l'infante son auguste épouse. Adieu, madame, pour un an ou deux, ou pour jusqu'au jour où nous nous retrouverons dans la vallée de Josaphat. J'ajourne jusqu'à ce moment bien des questions que j'aurais à vous adresser. Dites-moi cependant, quand vous trouverez des facteurs
fidèles, ce que vous comptez faire après Dresde. Je suis un ami fort désintéressé, mais j'aime cependant à savoir ce que deviennent les belles, quelque volages qu'elles soient. Donnez-moi aussi des nouvelles de mesdemoiselles vos filles. Il y a quelques mois, vous me parliez d'un mariage possible. Frémissez-vous à l'idée d'être grand'mère?
Adieu encore, madame ; veuillez me rappeler au souvenir du comte Pazzi, et agréer l'expression de tous mes respectueux bom-> mages.
Cannes, 27 novembre 1868.
Madame,
Mille remercîments pour vos excellentes allumettes. Mais vivrai-je assez longtemps pour en voir la fin ? Vous m'en avez envoyé une si grande quantité, et je suis si patraque que j'ai peur d'en laisser à mes héritiers. ^
J'espère que les beaux yeux de mademoiselle votre fille sont revenus dans leur état ordinaire, qui est de faire mourir la moitié du genre humain.
Malheureusement, mon ami de Saulcy est en ce moment à Jérusalem ou quelque part aux environs de la mer Morte. Je ne pense pas qu'il revienne en Europe avant l'année prochaine. Il est mort tant de gens à l'Académie des inscriptions, qu'à présent je n'y ai presque plus de contemporains, et c'est à peine si je connais la figure de la moitié de mes confrères. J'ai écrit à ceux sur qui je puis avoir un peu de crédit.
11 paraît que l'impératrice ne revient pas
aussi vite qu'on l'avait annoncé d'abord, et, maintenant qu'il est impossible qu'elle assiste à la séance impériale du 29, je ne vois pas de raison qui puisse l'obliger à se hâter. J'ai vu aujoui cVhui une lettre d'Egypte. Tout s'est passé aussi bien que possible ; je parle du canal et non du mariage de M. de Lesseps, dont on ne donnait pas de nouvelles.
Adieu, madame ; veuillez me rappeler au souvenir de mari et de fille et agréer l'expression de tous mes respectueux hommages.
Cannes, vendi'edi 7 décembre 18Ô8.
Chère Présidente,
Votre secrétaire aura l'honneur de vous présenter ses très -humbles hommages, mardi, tempo permetendolo y et si vous n'avez pas mieux à faire. Dans ce cas, il serait charitable à vous de lui écrii;^, pour lui dire quand il pourra
dJL
J'ai des nouvelles de Compiègne, où Ton travaille beaucoup, à ce qu'on m'assure.
Mon rhume ne va pas trop bien, mais il faut en prendre son parti.
Adieu, chère et aimable Présidente; veuillez agréer l'expression de tous mes respectueux hommages.
Chère Présidente,
J'ai été malade, je le suis encore, et, de plus, garde-malade ; voilà pourquoi il y a si longtemps que je ne vous ai écrit.
Mademoiselle Lagden, que vous avez vue quand vous êtes venue à Cannes, est assez gravement malade et me donne beaucoup
d'inquiétude. C'est une fièvre muqueuse qui dure depuis déjà plusieurs jours et me préoccupe bien tristement. Les médecins me donnent pourtant beaucoup d'espoir, mais je suis, par tempérament, je crois, porté à voir les choses en noir.
On me dit ici que madame la marquise *** est grosse* Je Tespère et le désire. Il parait que la lune de miel se prolonge indéfiniment, car elle n'est pas encore revenue à Paris.
N'y viendrez-vous pas, vous, pour le baptême? Tous les maîtres d'hôtel de ce paysci sont dans la désolation ; les Anglais ont fait défaut I La plupart des hôtels sont vides et les deux tiers des villas sont à louer.
D'abord il y a eu une épidémie de petite
vérole, que les cancans de nos voisins ont fort exagérée, puis on a bouleversé les rues de la ville, sous prétexte de les nettoyer et d'y faire des égouts collecteurs comme à Paris, Il en est résulté une difliculté grande pour circuler, et les aubergistes accusent le maire d'avoir éloigné les étrangers avec ses travaux intempestifs. C'est la grande maladie de ce temps-ci, de vouloir tout améliorer, tout changer.' 11 n'y a pas un maire que les lauriers de M. Haussmann n'empêchent de dormir, et qui ne veuille faire quelque égout collecteur. Mais le grand changement arrivé à Cannes, c'est de l'eau.
Nous en avons k présent d'excellente, tandis que jadis nous ne pouvior
ISO LETTRES
Je ne suis pas allé une seule fois à Nice.
J'ai vu un instant ici notre préfet, qui m'a demandé de vos nouvelles. Mademoiselle Âlison est à Nice, non mariée. Elle est à présent une riche héritière, et ce qui fait bien la critique des hommes, elle reste fille. Edouard Fould est ici, pas trop bien rétabli de sa grande maladie. J'espère cependant que notre climat lui fera du bien, et pourtant, cette année, le soleil de Cannes dément sa réputation. Nous n'avons pas de froid, mais des jours sombres et dignes de Paris. Je pense que vous êtes au milieu des neiges ; mais vous vous y trouvez comme le poisson dans l'eau. Heureuses natures sep* tentrionales 1
Adieu, madame ; je vous souhaite une bonne année et me recommande à vos prières pour que celle-ci ne finisse pas pour moi aussi mal qu'elle commence.
Veuillez agréer les vœux et les respectueux hommages de votre secrétaire.
Cannes, !«' avril 1869.
Chère Présidente,
Veuillez, je vous prie, ne pas chercher un autre secrétaire. Votre vieux serviteur n'est pas encore mort et serait désolé d'être remplacé auprès de vous. J'ai été fort ma- -•lade le mois passé, et je ne suis pas ^leore'* parfaitement rétabli \ pourtant je <
à sortir et j'ai fait aujourd'hui, pour la première fois, une centaine de pas sur la plage. J'attends avec impatience que les forces me reviennent pour aller à Paris ; et on me promet que je serai en état de faire le voyage avant la fin de ce mois. Ainsi soit-ill Nous avons eu ici le plus vilain hiver qui se puisse imaginer. Presque toujours un ciel gris et morne, souvent de la pluie et absence complète de soleil. II y avait peu de monde à Cannes. Pas beaucoup à Nice, à ce qu'on m'a. dit, mais beaucoup de lorettes attirées par le voisinage de Monaco, où Ton va maintenant en un quart d'heure. Beaucoup de cancans sur le duc de Rivoli et la princesse de Senvocov, sur
miss Alison et le préfet.. Tout cela ne vaut pas la peine d'être raconté. Nous avons maintenant de l'eau, et bonne à boire et à cuire les légumes. Nous avons un égout collecteur, qui a empesté la ville pendant trois mois et ne l'a pas du tout lavée. On nous a fait un quai magnifique le long de la plage, mais la mer l'a emporté aussitôt qu'il a été terminé. Enfin, nous possédons deux journaux dont les rédacteurs s'injurient dans le style le plus provençal, et qui, de temps en temps, quittent la plume pour se donner des coups de canne. Vous voyez que nous avons fait de grands progrès en civilisation, et que nous tendons à devenir grande ville.
Vous me réjouissez fort en m' annonçant votre voyage à Paris.
Merci pour votre photographie. J'en ai une que j'aime mieux. Je trouve que vous avez Fair triste et de mauvaise humeur; je ne vous ai jamais vue avec cette mine-là, et j'ai eu de la peine à vous reconnaître.
J'espère qu'il n'y a pas de motif pour ce grand sérieux.
Je me demande ce que vous faites à Dresde. Cette ville m'a plu beaucoup, tout
en me laissant Tidée d'une vieille réputation déchue. On voit qu'elle a pu étçe amusante autrefois ; qu'il y a eu une société de gens d'esprit et de goût; mais les habitants que j'y ai vus m'ont semblé plus lourds et plus
ennuyeux qu'il n'est permis, même à des Allemands.
Adieii, chère présidente ; veuillez agréer tous les vœux et les hommages de votre humble secrétaire.
Rappelez-moi au souvenir du comte P*** et de mesdemoiselles vos filles.
Chère Présidente,
M. le comte *'* veut bien se charger de mes complimeats au sujet du mariage de mademoiselle votre tille. Je ne m'habitue pas à l'idée que mon aimable présidente soit menacée d'ôtre grand'mère d'ici à un an. Ce sont de ces coups de la Providence
auxquels il faut se résigner; mais, pour être grand'mère, vous n'en serez pas moins, et à jamais, la digne présidente des cours d'amour, et vous me paraîtrez toujours la jeune comtesse Lise traînant tous les cœurs après soi.
Monsieur votre beau-frère vous dira en quel état il m'a trouvé. Très-bien, s'il m'avait vu il y a deux mois, assez mal au fond, car je suis bien loin d'être soulagé de mes tristes maux. Je suis toujours fort souffreteux et obligé de vivre comme un ermite.
Je ne sors plus le soir, je ne vais plus dans le monde, je suis devenu tout à fait philosophe. Vous savez que j'avais quelques dispositions à Voursericy et ce n'est pas le
A UNE AUTRE INCONNUE iOl
monde que je regrette. Notre belle souveraine m'avait offert de me mener voir Touverture du canal de Suez. J'ai eu le courage de refuser; mais il eût été par trop indiscret d'accepter et de lui donner l'ennui d'un malade et l'embarras peut-être d'un mort, car, de temps à autre, il me vient des velléités de quitter cette terre de misères. Je ne sais ce que je vais faire cette année; peut-être m'enverra-t-on à quelques bains en Allemagne, et je serais bien heureux si je pouvais, sur ma route, trouver l'occasion de vous baiser la main et de me faire présenter au jeune couple amoureux. Ce sont des projets, et je n'ose plus en faire.
Je n'ai pas pu encore présenter mes
hommages à madame votre sœur. .On me dit qu'on ne la voit que le soir, et je suis enfermé chez moi aussitôt après le soleil couché.
Comme il faut bien faire quelque chose, j'écrivaille un peu. Je fais en ce moment, pour le Journal des Savants^ une histoire de la princesse Tarakanof ; et, pendant que j'étais à Cannes, j'ai fait deux petites nouvelles aussi morales . que celle dont vous avez eu l'étrenne à Nice il y a deux ou troia ans. Peut-être, un jour, serez-vous assez désœuvrée pour en écouter la lecture et me donner une tasse de thé pour ma peine.
Adieu, chère présidente, veuillez agréer l'expression de tous les respectueux hom-
mages de votre très- humble secrétaire.
Je viens d'envoyer cette lettre à monsieur votre beau-frère. Il est parti un jour plus tôt qu'il ne m'avait dit. Je vous expédie donc ma prose par la poste et vous prie de nouveau de croire à tous mes sentiments bien dévoués.
Samedi, 6 novembre 18C0.
Madame,
Soyez la bienvenue dans le département des Alpes-Maritimes, Je suis vivant et trèsvivant en apprenant votre arrivée; mais je ne puis plus compter sur un bon jour. Si la Providence me donne des forces et du soleil, je compte aller mercredi à Nice
. r-^'^Hiiii
Cannes, 18 novembre.
Madame,
Il y a deux jours que je veux vous remercier des bonnes choses que vous nous avez envoyées; mais j'étais si malade que j*ai remis à vous écrire, afin de pouvoir vous mettre en post-scriptum que j'étais mort. Aujourd'hui, cependant je respire un
peu, et j'en profite pour vous dire combien nous avons été reconnaissants de votre aimable souvenir. Vos petits gâteaux salés sont délicieux, et c'est la seule chose que je puisse manger quand je suis très-souffrant.
. J'ai eu hier de vos nouvelles par un arrivant de Nice qui m'a aussi donné des détails sur les désastres de la préfecture, et la promptitude de madame Gavini à réinstaller sa cuisine. Je voudrais bien être en état d'aller lui demander une bouilleà-baisse, mais, hélas! je n'ose sortir de mon trou.
Adieu, madame; veuillez me rappeler au souvenir de M. le comte Pazzi et
me recommander aux aimables professeurs (ou professeuses) de Juconde. Agréez r expression de tous mes respectueux hommages.
Cannes, 3 décembre 1800.
Chère et aimable Présidente,
Je suis charmé de vous savoir hors de vos neiges, de vos loups et de vos traîneaux.
Nous avons un bien triste temps à vous offrir. Votre infortuné secrétaire est en proie à un rhume affreux, et depuis deux jours étouffe comme un poisson hors de l'eau. Dès
qu'il pourra sortir de son trou, il aura Thonneur de se mettre à vos pieds. Si vous êtes d'humeur patiente et clémente, il vous lira une petite drôlerie qu'il a faite pour la dame de Biarritz. Biais il est bien entendu que c'est pour vous toute seule. Je ne vous donne pas la chose pour trop morale par la forme. Pourvu qu'elle le soit par le fond, c'est l'important.
Pouvez-vous me dire quelque chose des chaises de Chiavari ; on me donne une commission à cet effet. Ce sont des chaises très-légères, qui se font auprès de Gènes.
Une femme, en se tournant dans un salon, en balaye une demi-douzaine de sai queue.
Adieu, madame; je pleure et j'étouffe
tellement en vous écrivant, que je me sauve dans ma bergère au coin de mon feu.
Veuillez agréer, chère présidente, l'expression de tous les tendres et respectueux hommages de votre secrétaire.
Cannes, 15 décembre.
Chère et aimable Présidente.
Vous me faites un grand nombre de questions, mais je suis trop malade aujourd'hui pour répondre à toutes. Le fait est que je suis très-souffrant et découragé d'être si mal par un si beau temps. Mais ne parlons pas de ces sottes misères de santé.
La chose la plus importante, je vous Faî dit, c'est au sujet de votre coiffure. Vous avez toute permission de ma part de porter des robes et des chapeaux comme la mode les fait ; mais vous auriez grand tort de gâter la tête que le bon Dieu vous a donnée.
Elle est assez grosse de malices et de coquetterie sans que vous l'augmentiez en imitant avec vos chevèuit ùh^ boûïiet de Basilikyr.
J'ai fort admiré la voix et le brio de Madame de Blumsberg, et je ne la trouve pas si triste que vous dites. Elle a des yeux comme des étincelles. J'ai trouvé aussi Madame Potocka bien mieux que je ne m'y attendais. Si vous trouvez occasion
de lui dire mon admiration , vous m'obligerez de lui en faire part.
Je reçois des nouvelles de Compiègne.
On y est très-sage et très-digne.
De Paris, oii m'écrit que la grande préoccupation n'est ni au Mexique ni à Rome, c'est la nouvelle loi sur le service militaire qui met tout le monde en émoi. Les cocodès, qui ne sont pas chevaleresques, ne paraissent pas montrer beaucoup de goût pour les fusils à aiguille.
Adieu, madame; je regagne mon canapé et je n'ai plus la force de vous écrire. Pour répondre cependant à une de vos questions, je vous dirai qu'il faut que je vous aime beaucoup pour vous dire la vérité sur votre
coiffure. J'aurais encore des observations à vous faire sur les bas rayés ; les raies horizontales ont des inconvénients, mais cela mériterait une dissertation spéciale.
Adieu, madame; pardonnez au décousu de ma lettre, et veuillez agréer l'expression de tous mes respectueux hommages.
Cannes, 28 décembre 1869.
Chère Présidente,
Ou vous étiez de bien mauvaise humeur le jour où vous avez posé pour votre photographie, ou le photographe a été gagné par vos rivales. Vous avez un air féroce que, Dieu merci, je ne vous connais pas. Je vous remercie cependant beaucoup d'avoir songé
à moi, mais je vous demanderai la permission de changer mon exemplaire pour un autre d'expression moins farouche.
Je suis horriblement souffrant depuis le froid, et je partage la désolation des habitants du pays qui voient leurs jardins tranformés en épînards cuits. Tous nos orangers sont rôtis; on craint pour les oliviers, et, quant aux belles plantes des jardins, il n'en reste plus que les racines. Les Parisiens qui venaient ici pour avoir chaud, nous reprochent de les avoir indignement trompés. Je vois que vous passez le temps doucement et gaiement. Je vous en félicite.
Ici, nous avons bien de la peine à vivre, et, quant à moi^ si cela dure, je pense que je
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subirai le sort des orangers. Si ma santé et si le temps me le permettaient, j'irais vous présenter mes hommages à Nice, et vous demander des nouvelles du monde ; mais, hélas ! quand pourrai-je ? Je ne veux pas cependant que vous vous dérangiez pour voir un malade très-morose et grognon comme je suis. En cas de mort prochaîne, je vous préviendrais ; mais, en ce moment, je me sens trop misanthrope et trop insupportable, et je reste blotti dans mon trou.
J'ai eu des nouvelles par des revenants d'Egypte. Beaucoup de fatigue, beaucoup de mouvement; tout a réussi. à merveille, bien que contre toute probabilité ; les fêtes ont été très- brillantes; les souverains
et souveraines ont fait très-bonne contenance, bien que Tune sût l'élection de M. Rochefort, l'autre l'insurrection de la Dalmatie, le Pacha, la note menaçante de la Porte. Tout d'ailleurs s'est arrangé pour l'empereur et le khédive. Espérons que les choses tourneront moins mal pour nous qu'on ne le prévoit.
Agréez, chère présidente, tous mes vœux pour l'année prochaine. Veuillez me rappeler au souvenir du comte et de mademoiselle votre fille, et recevoir l'expression de tous mes respectueux hommages.
Cannes, dioiancbe 1870.
Chère Présidente,
Je commence à me lever, mais je suis toujours bien faible. Je ne puis pas dormir, et je tousse toujours, malgré le beau temps que nous avons.
J*ai appris avec bien du plaisir que la blessure du comte Zamoïski n'aura pas de
suites graves. Je crois l'avoir vu chez son oncle à Paris, il y a quelques années. "
Je suis bien inquiet. Je trouve que les affaires ne vont pas bien et je crains que, dimanche prochain, elles n'aillent plus mal.
Que dit M. Gavini? Si vous saviez quelque nouvelle, il serait charitable à vous de m'en faire part. Ici, nous avons des assemblées populaires qui font beaucoup de bruit. On y tient les discours les plus incendiaires, et on crie impunément : a Vive la République ! » Ce qu'il y a de plus triste, c'est qu'un certain nombre de gens riches du pays excitent cette canaille, qui leur fait peur et qu'ils espèrent se rendre favorable en affectant les opinions socialistes.
Où allez-vous en quittant Nice? Je ne sais pas encore quand je pourrai me rendre à Paris.
Adieu, chère Présidente; veuillez me rappeler au souvenir du comte Pazzi et de M. et Madame Gavini.
Agréez l'expression de tous les respectueux hommages de votre secrétaire.
XLIY
Cannes, 9 février 1870.
Chère Présidente,
Je me réjouis fort que les choses se soient passées sans plus d'accident» J'espère qu'il en est de même pour les affaires encore plus graves de Paris. s ^
Au temps affreux que nous avons, vous pouvez deviner en quel état je suis. Voilà
dix jours que je n'ai mis le nez à la fenêtre. Je suis toujours aussi patraque et aussi dolent que possible.
Je m'intéresse fort à cette pauvre princesse de Monaco. Mais aussi pourquoi la fille d'un duc de Hamilton épouse-t-elle une espèce de croupier ? Il me semble que les princes devraient soigner davantage leur conduite dans un temps où ils ont déjà tant d'embarras. J'entends parler de toute sorte de fêtes qu'on prépare ici, jusqu'à un bal costumé. Dédaignez- vous d'y venir?
Adieu, chère présidente ; je finis ma lettre en hâte pour qu'elle puisse partir ce soir^ Veuillez me rappeler au souvenir de H. le comte X., et agréez l'expression de tous
mes respectueux hommages. Si vous voyez Mademoiselle A..., veuillez lui dire que je prends part à son état ; mais je crois que vous êtes brouillées ? Èst-il vrai que votre préfet soit malade? mais comment peut-on se bien porter dans un climat affreux comme celui-ci ?
Samedi matia.
Chère Présidente,
Je vous ai écrit deux fois hier. II me semble que vous avez tort de ne pas aller au bal. II faudrait discuter là-dessus, mais je ne puis sortir ni demain, ni probablement mardi. Enfin, si vous restez encore quinze
jours, j'espère vous revoir. Mais pourquoi n'allez- vous pas au bal ?
Adieu, chère présidente; le plus humble des secrétaires vous envoie sa bénédiction.
Cannes, dimanche.
Chère Présidente,
S'il fait beau temps demain, j'espère aller vous présenter mes hommages. Je vais déjeuner, avec le docteur Maure, chex M. Gavini, et, aussitôt après, j'irai voir si vous êtes chez vous.
VeuUlez agréer, chère présidente, Texpression de tous mes respectueux hommages.
Cannes, 6 mars*
Chère Présidente,
Je suis encore malade et je souffre beaucoup. Vous saurez, dimanche soir ou lundi matin, bien des choses parle préfet; qu'il serait aimable à vous de m'en faire part !
Adieu, madame; veuillez me rappeler au
souvenir de M. et Madame Gavini et surtout à celui du comte Pazzi.
Votre très-dolent secrétaire.
Cannes, K) mars 1870.
Chère Présidente,
Je viens de recevoir les pilules. Je vois que je dois 15 fr. 50 c. à la comtesse Potocka, plus le port, Aurez-vous la bonté d'acquitter ma dette, et de mettre à ses pieds mes respectueux hommages et mes remercîments ?
J'espère, si le temps se remet un peu, que je pourrai aller vous rembourser un de ces jours, et regagner à Monaco mes frais d'apothicaire.
Vous m'avez dit d'écrire à M. Worms ; voici une lettre que je soumets à votre approbation. Si elle vous parait convenable,
veuillez l'envoyer. Je suppose que le docteur Worms est à Nice.
Je suis toujours très-patraque, un peu moins mal pourtant depuis quelques jours, mais si faible que j'ai toutes les peines du monde à faire quelques pas hors de chei moi.
Je ne sais rien du tout des grandes querelles dont vous me parlez. Nous avions
hier dans notre port le duc de Harailton et son yacht à vapeur. De plus, un curé est tombé dans noti'e chemin de fer du haut de la tranchée de Cannes, c'est-àdire d'une quarantaine de pieds, et ne s'est pas tué, ce qui est dû à l'intervention de Y Imaracolata. Voilà nos grandes nouvelles.
M, Gavini a dû vous en rapporter de Paris de plus intéressantes. Je sais que l'impératrice a été très- souffrante d'une bronchite, mais qu'elle est à présent beaucoup mieux. Je lui ai écrit, mais je n'ai pas encore eu de ses nouvelles.
Miss Lagden et M. Ewer me chargent de les rappeler à votre bon souvenir.
Veuillez agréer, chère présidente, tous mes remercîments et l'expression de mes tendres et respectueux hommages.
Samedi, 23 arril 1870.
Chère Présidente,
Mademoiselle Lagden a une si grande horreur pour écrire en français, qu'elle me charge de répondre à l'aimable lettre que vous lui avez adressée. Je suis toujours dans mon lit, mais un peu mieux. Je tousse moins, et mon médecin est content
et me promet que sous peu de jours je pourrai me lever. Voilà mon bulletin.
Qui est ce pauvre comte Zamoyski dont vous nous parlez ? Est-ce un neveu dit comte Zamoyski que j'ai connu? Je parle d'un aimable homme qui avait six pieds de haut, et qui, je crois, était parent des Czartoryski. Il y a ici un docteur Mac Kinnon, chirurgien militaire qui, à Sébas* topol, a extrait bien des balles. On dit qu'il est fort habile. Si Nélaton ne pouvait venir, peut-être serait-il utile.
Veuillez, chère présidente, me mettre aux pieds de notre duchesse Golonna, si vous
la rencontrez. Je ne peux vous en. écrire plus long. C'est un travail terrible que
d'écrire dans un lit où on meurt de chaud, Adieu, chère présidente; veuillez agréer l'expression de tous mes respectueux hommages.