VINGT-QUATRIÈME LETTRE
■20 j mil nm;.
Oui, chère amie, l'on voit en ces lemps-ci des choses niagnifi({ues. l/aulie jour, une dame, une de vos sœuis nia Sœur linfirrnlèie, comme dit Mgr Toucliet\ m'a écrit : « Si vous avez une minute, venez à l'in'tpital, vous y verrez le plus admirable spectacle de dévouement qu'on puisse imaginer. »
Je suis allti.au Grand Palais, et cette dame ma emmené dans une salle où j'ai vu deux hommes étendus sur le même lit ou, plutôt, sur une large table dont, avec un matelas, des couvertures et des tlraps, on avait lait une sorte de lit. Les deux hommes étaient couchés sur le dos, l'un dans un sens, l'autre dans le sens opposé, c'est-à-dire
qu'ils étaient disposés comme les personnages sur les caries à jouer. On me dit qu'il s'agissait d'un essai de grefl'e humaine hétérogène. C est un cas merveilleux, qu'on le considère du point de vue chirurgical ou du point de vue sentimental.
Ces deux hommes sont deux grands blessés jeunes tous deux, vingt-six et vingt-trois ans. Le plus jeune, Rousselot, a été blessé à la jambe, au combat de Morhange, dans les premiers jours de la guerre. Prisonnier en Allemagne, il n'a pas été soigné là-bas avec une grande inieUigence. Rapatrié au mois de septembre de l'année dernièrej il a dû subir une opération pour un raccourcissement de quatorze centimètres ; entre les deux morceaux de son fémur brisé, il manque de la matière osseuse.
L'autre soldat, Tillette, mitrailleur, a été blessé également à la jambe, le 15 avril dernier, au combat du fort de Douaumont. On a dû lui faire immédiatement l'amputation au-dessus du genou ; mais une seconde opération était nécessaire : il fallait encore couper quelques centimètres de fémur, pour que les chairs puissent se refermer.
Ces détails soiil lunrihlcs ; mais jt- sais a ijiii y: m'adresse ; vous en avez vp et entendu bien d autres, et vous allez voir (luellc beauté va sortir de tant d'horreur.
Alors le chiruiyien ^ui a ces deux braves dans son service a dit à Tillelic : « Kcoute, il laut encore t'enlever un morceau de léniur. Veux-tu le donnera ton camarade Kousselot, à qui il en manque, qui en a besoin ? » lil il lui expliqua en (juoi consiste l'opération de la j^relle. Tilletlc connaissait llousselot, parce (jue tous deux sont dans le même hôpital, mais il ne le connaissait pas autrement, enfin il ne le connaissait pas « plus (|ueça». Mais le mitiailleur a compris (ju'il s'a}jjissail de rendre service à un camarade et à la scienee. Il n a |)as hésité, il a dit oui. Le chirurj^icn a lail ro[)érali()ii hardie «1 délicate, et voilà maintenant CCS deux hommes t;teiuhis sur le mùme lit. la cuisse droite de Ûousselot contre la cuisse gauche de Tillelle, réunies dans le même pansement, Irères siamois d'un nouveau genre, mais d un genre sublime, Irères siamois provisoires, jus- (|U à ce ipie le j)hénomene soit acconq)li. Kt c'est
un spectacle émouvant que celui de ces deux hommes, chirurgicalement liés. Ils sont nés aux deux extrémités de la France ; leurs départements sont à l'opposé sur la carte, comme leurs têtes sur ce lit ; l'un a été blessé à Verdun, avril 1916, et c'était sa troisième blessure ; l'autre a été blessé à Morhange, août 19 J 4 ; ils ne sont pas frères d'armes au sens oîi on 1 entendait dans les guerres anciennes ; ils ont combattu loin l'un de l'autre, ni dans le même temps, ni dans le même lieu ; et ce n'est pas dans la chaleur de 1 action, dans la surexcitation du combat que l'un vient au secours de l'autre, mais c'est dans le calme blanc de l'hôpital, avec un altruisme proibnd, confiant, à la fois spontané et raisonné.
Le chirurgien explique tout cela ; il n'insiste pas sur son rôle à lui ; il dit très simplement ce qu'il a fait ; il espère que l'opération réussira ; mais il veut surtout qu'on admire ses collaborateurs : llousselot, enfant énergique, visage pâle et anguleux où s'accroche à tous les angles la volonté de vivre ; Tillette, qui continue à l'hôpital d'être un héros, pratique la plus belle charité, la charité
par laquelle on donne (juclque chose de ^oinièiue.
.Mais les deux lioniint.'s (ju un même pansement aura rendus inséj)arabk's [)our (juclques jours, (juelle amitié devra les unir après, quands ils seront délivrés l'un de l'autre ! Un si grand souvenir entre eux empêchera sans doute le temps d'accomplir son œuvre habituelle d'oubli. Mais ils s'en iront chacun de son côté, chacun dans son pays, aux deux extrémités de la France. Ln jour, [)ar un beau malin d'été, à la campai,'ne, dans un petit chemin à travers champs, j'ai vu sur une pierre blanche, deux insectes bleus, deux libellules, je crois, <jui pensaient à la conservation de leur espèce ; 1 une avait la tète tournée du côté de l'orient, l'autre du c(Mé de l'occident. Puis, soudain, elles s'envolèrent dans les deux mêmes directions (q»|)osées. 'i'oul porte à croire (ju'elles ne se sont jamais revues. Peut-être après cet acte d'amour, amour d'une autre essence, anuuir (|uc précisait il y a deux mille ans un yranil s(»cialislc, Tillette et Rousselol ne se reverront-ils jamais !
l ne ''ranile salle blanche, des dames blanches.
un chirurgien penché sur deux blessés dont il a soudé les deux fémurs ; la science, l'héroïsme, la reconnaissance, le dévouement, toute la vertu française ; émouvante illustration pour ces paroles que prononçait Pasteur en 1888, à Tinau^uration de ses laboratoires :
« ... Deux lois contraires semblent aujourd iiui « en lutte : une loi de sang et de mort qui, en ima- « ginant chaque jour de nouveaux moyens de (( combat, oblige les peuples à être toujours prêts « pour le champ de bataille, et une loi de paix, a de travail et de salut qui ne songe qu ii délivrer (' l'homme des fléaux qui l'assiègent. L'une ne « cherche que les conquêtes violentes, l'autre que « le soulagement de l'humanité. Celle-ci met une « vie humaine au-dessus de toutes les victoires;. « celle-là sacrifierait des centaines de mille exis- « tences à l'ambition d'un seul... Laquelle de ces « deux lois l'emportera sur l'autre. Dieu seul le « sait ! »
Eh ! bien, 11 y a des hommes qui prétendent le savoir ; ils affirment que c'est la loi de sang et de mort qui l'emportera toujours, jusqu'à la con-
soiiiniation des siècles, juscju'ù la fin île la icne. Il parait que croire au triornpiie de la loi de paix, de travail et de salut, c'est le fait de l'obstination d'un esprit débile, imbécile, au sens étyniologicjue du mot, sans force, l'ourtant je veux bien y croire à ce triomphe, ou, du moins, le souhaiter avec Pasteur, avec vous-même ; c'est èlr»' débile en bonne compagnie. Kt puis, qui sait ? l'union de milliers d'esprits « sans force » [)0urra être la force, dans l'avenir.
En attendant, agréez...
VTNGT-CINOUIEMI. Il lllîl
VINGT-CINoriKMK I.FTTIU-;
Il iiiiiirt v.nti.
('hère amie, il plout, il plfiii ci il n'y a pas moyen de savoir s'il Tant alliibuer cei excès de pluie à l'excès de canonnade. In illustre savani ni .1 ilil (jiie celle .illiihntion n avait rîende d«''SOi"doini*' ; mais un éminent physicien hausse les épaules, lorsqu'on lui pose celle question. Voilà, d'ailleurs, où nous en sommes pour la plupart des questions, (jue ce soit dans l'ordre inctcor<do- }^ique, p(»litique, social ou moral. Sur chaque point, sur chaque sujet, il v a i\<^n\ t'-coles. Filles vont toujours pai- deux, les •■coles, comme Dante et \ ir<;ilc, seuleineni elles ne s'acconleni pas. comme les divins poêles. Il v a deux écoles, s ils aj:;il de prévoir laprès-fTuerre ei les ili;in^ernenls (jue le cala-
clysme aura apportés dans nos mœurs, nos lois ot nos idées. De quoi demain sera-t-il fait, après l;i victoire? c'est la grande préoccupation de ceux (jui veulent échapper à Theure présente, même sielle estavancée, mèmesiellcestcomposée, comme ces jours-ci, de minutes émouvantes. Eh! bien les uns prétendent que rien ne sera changé: d'autres, au contraire, pensent que tout sera bouleversé de fond en comble. Si l'on parle du luxe, desmodes, des gens affirment qu'il y aura un désir fou de jouir, de paraître, de s attifer, de s habiller et de se déshabiller. Une jeune femme me disait l'autre jour : « Ce sera une bombe incroyable ! » Et comme jo la poussais un peu, lui demandant : (( Quoi ? les mœurs du Directoire ... des hoi-reurs ? », elle me répondit gentiment : « Des horreurs ' oui et non. «
D'autres femmes, au contraire, prévoient une vie simple, sévère, envisagent même avec résignation la pauvreté. La vérité c'est qu'il v aura de la fête et de la bombe, mais aussi beaucoup de simplicité. Il y aura deux courants qui luttol'ont l'un contre l'autre, tandis qu'avant la guerre
nu seul ccdiranl lai-^c <;l iaj)i(l(> nous inlrainail i Ou sait où !
Si Ton parle du théâtre, tel dlieitcur vous dira : « Après la guerre, on aura un grand besoin de vivre et de s'amuser. Le public voudra des pièces légères, gaies, bouHonnes ; des pièces qui comineii«-eronttard, afin (pie les gens aient le temps de bien dîner, et (|ui finiront de bonrie heure, afin qu'ils puissent joyeusement souper. — Vous parlez apparemment des gens chics .' — Mais il y aura toujours des gens chics, n'en doutez pas. En ce moment même, en pleine guerre, dans mon petit théâtre, je ne peux pas les avoir avant neuf heures. Tenez, hier soir, à dix heures moins un quart, on m'a téléphoné d'un restaurant pour miretenir une loge. »
Ce directeur a raison : il y aura toujours des gens chics ; ils ne seront pas tojis les mêmes (pi'avant la guerre, parce qu'ils y aura les nouveaux riches et, par conséquent, les nouveaux pauvres. Mais les nouveaux riches copieront à merveille les mo-urs des anciens : ils arriveront en lelard au ihfàtre à qiiehpie lieiitc que 1 «m
commence ; ils ne désireront pas réfléchir et l'ombre d'une idée les épouvantera. Ces nouveaux riches n'auront pas tous le goût des plaisirs délicats : il V en aura parmi eux qui se seront enrichis brusquement à vendre aux poilus le camembert et le pinard le double et même le triple de ce que ces marchandises leur auront coûté. Ne vous attendez pas que ces habiles commerçants deviennent du jour au lendemain des amateurs éclairés : leurs petits-fils, peut-être . La « médicisation», comme toute chose, demandera du temps. Mais un autre directeur me dit: «Je lève le rideau à sept heures et demie, tout le monde est là. Je leur donne cinq actes, un spectacle copieux comme dans l'ancien temps; ils sont enchantés. Ils aiment le classique, le romantique, le moderne, la tragédie, le drame, la comédie gaie, la comédie émouvante ; ils aiment tous les genres, sauf le genre ennuyeux; ils aiment le théâtre. J'ai abaissé le prix de mes places, donc j'ai élevé le niveau du théâtre, car j'ai un public plus vibrant, plus compréhensif, plus connaisseur. N'y a-t-il pas là de bonnes indications pour le théâtre d'après guerre ? »
( )iii et iHin. coiiiiiH' (lisait la jcum- IciiinK* aux lunicurs. Kii ce (jui conct'i'iie le théâtre, coiiime fil l)ien tl'auties choses, il v aura deux coiiranLs qui ne nièleroril pas leurs eaux.
A propos «le ihràtre, celle jeune «Méve tlii (Jonservaloirc à htjpielle v(»us vous intéressiez n'a ohierni aucune récompense. (Test un pensa laute : elle concourait en conié-dic ; elle avait choisi une scène vive et Ic^éic : si elle avait choisi une scène déchirante, elle auiait eu plus de chances d'être rernar(juée, dislinj^iiéc. Kilt* est jeune, elle r«'viendra de son erreur.
Mais, l'aulre joui-, à ces conotuis de tragédie et de comédie, on pouvait remanpier «pie bien des choses étaient chan{Tées. Ah! qm* nous étions loin de ces concours d'avant la ^'uerre où l'cui m* trouvait [las de salh-s assez \ astes pour c(»nl»'iiir tous vo{\\ (pii n'avaient aucun droit, auc-une rais(tn d'assister à ces solennités, et dont le nombre, vous vous en rendez compte, est illimité. Vous rappelez-vous, car vous en étiez toujours, chère amie, vous rappelez-v<»us ces chamhn'-es de r(>pfra-(!omi(]u«^ et de l'Odc^on, celte lemperalure
(le journées révolutionnaires, celle almosplière surchauffée et toute chargée de passions ? Alors qu'on donnait moins d'éclat dans les lycées aux distributions de prix, à cause qu'elles sont des leçons d'inégalité, alors qu'on supprimait les concours généraux, pour la même raison, n'était-il pas étrange que l'on proposât aux seuls élèves comédiens des occasions de surémulation et de surpublicité ? Il est vrai que déjà deux années avant la guerre on était revenu à la petite salle modérée de l'ancien Conservatoire ; mais c'était encore une salle de spectacle, avec tout ce qu'un tel lieu comporte d'inutile et de profane. Mais, aujourd'hui, tout se passe dans une petite salle carrée.
Le jury, au premier rang, n'est pas distrait paila vue des belles invitées, car il leur tourne le dgs simplement. Le public, d'ailleurs, est peu nombreux ; il est sage, calme, raisonnable ; il ne manifeste plus, ni dans un sens, ni dans l'autre. C'esl quelque chose entre le huis clos et la cohue : c'est la soirée de contrat dans une famille modeste, mais honnête. Crovez-moi, chère amie, il ne faut
j)us désfspcier ilc lu i c|;cin'iali«)ii (L%mi jtfU[)le qui. (lu joui- au Iciulcniain, a su ainsi réduire le calx»liuagc en Heur à sa [)lus décente expression.
Aussi C|u'esl-il arrivé-? Hicn. Je veux dire que nulle IMièdrc. nulle H(»sine ne sYsl évanouie. Il n'y a eu ni alta(|iir. m (•oiilr<'-alla(|iii' df nerls. Kl ^)uis, toutes tes jeunes filles ont vu autour d'elles tant de demis, tle soullranees et de misères! Knire leurs classes et leurs éludes, elles trouvent le temps de jouer pour les blessés, dajis les ambulances, et pour les o-uvres dans les matinées d»reconnaissance ; elles trouvent le temps de travailler, de tricoter, découdre poui' les nialheuieux. Tout cela leur a fait un cœur plus vaillant, une àme plus lière. Klles sont des so'urs. des amies, des marraines. Aussi, aueiine ne Ncrsa.dii ni()in-> devant le publie, ces louclianles larmes de tleconvenue, ou bien ces pallietiipies larmes (pii montent soudain à de jeunes yeux, lors<(u'ils entrevoient, dans une niimile ({(Hiioiii ense, luiis les eil'orts peidus, et la carrière edinpiomise ou lu isee.
(!hose sin;!nliére. ee>|;irnies les dieu\ v(udaientils <lon(«|ii elles liissrnl xersécs? .ce lui lin pauvre
enfaul, mi jeune homme, qui, celle année, les versa ! El, dans la salle, derrière nous, un autre enfant qui était amputé d'une jambe, disait entre haut et bas : « Ce n'est rien que ça, mon garçon, lu en verras bien d'autres. » Ainsi, on retrouve la guerre partout, même dans les concours du Conservatoire. Elle enveloppe et pénètre tout. Agréez, chère madame amie, etc.
MNGT-slMi.Mi, Li;UM|-:
viNGT-sixiKMi: i.i;i rin:
hS juillet 1916.
Oui, je su[jj)t)st' bit'ii, clièrt* aiiiie, i|uc là-Las, dans votre hôpital breton, le I \ juillet s'écoula tout semblable aux autres jours. A Paris, ce ne furent (jue quelques heures, mais sublimes, reliiîieuses : il v eut communion. Nous avez dû lire les journaux. Le sim|)ie récit de ce tjui s'est passé, le très simple récit sans c(»mmentaires, sans littérature, fait monter les larmes aux yeux.
Quant à madame l''oulc, qui se trouvait tout entière sur le passage des troupes, vous pensez si elle «'tait cmue, transpoitci-, enchantée, chavirée, ravie, boiijcv erséf. (Jue! spectacle aussi ! Ah ! comme elle acclamait les l*!«'«>ssais, les Russes, les lîelges. les Senej,'alais vermssés, les pclils \miii-
mites ! tt cela ne l'empêchait pas de s'émerveiller et de s'amuser comme une folle au passage d'un petit tambour-major qui faisait avec sa canne mille facéties, calembours, coq-à-l'âne et autres contrepetteries.
Poilus, tommies, sldis, tous avaient ses sourires et ses baisers; à tous elle jetait des fleurs. Tous ces hommes de différentes nations et de différentes couleurs, elle savait bien que ce n'était pas pour un sanglant caprice de conquête qu'ils étaient réunis, elle savait bien que ce n'était pas pour une guerre de magnificence qu'ils combattaient avec un courage magnifique ; mais elle disait, en les voyant passer : « Voici les défenseurs du droit, de la justice et de la liberté. » Que la grande victoire descendit un jour, et peut-être bientôt, sur ces drapeaux, madame Foule n'en doutait pas un seul instant ; elle n'en a jamais douté. C'est que madame Foule a plus que de l'optimisme, c'est un mot trop bourgeois pour son grand état d'âme populaire : elle a l'espérance et la foi ; elle a aussi la charité. Ces trois vertus théologales sont aussi les trois vertus nationales.
(^iieKjU iiti me di.sail : " J avais rit- imite che/ <l«*s griis, [)our voir passer les soldats ; mais j'ai prclt'i-*" me mêler ii madame l'oiile. » Comme je le oompreiuls ! Kt, ces jours-là, comme mms aimons madame Foule poui- sou bon co-iir. sa hoiiiie luimciir, sa profonde et lai"<;e scusibilit<' ! (iomme elle nous repose de notre autre amie madame Dumonde !
Vous entendez bien cpii j'entends par madame Dumonde : elle esl d'ailleurs nombreuse et diverse et toujours charmante. (Test voire belle eousine (Jotiido, présidente de celte œuvre des Désœuvrées dont le dossier en reconnaissance «l'utilité pnbli(pie est au Conseil d'Iùat. (^esl cette autre ilanie ipie vous connaissez bien, <pn esl renseignée à tort et à travers, <pii coiinail trop <1 hommes |>olili(pies. et «pu vous annonce, par exemple, tpie h's Viij^lais ne son^'enl pas à laire rolVensive avant le printemps de lîMT, ilans le moment iiiêiDe <pie. leur canonnade coinmeacc. Parlois, tiimullueusemeni palrit>te, c'est une cornélienne (pii abat di;s noix. D'autres lois, son état d'àme peut presenier celle iiii.iiiee indésirable (|ui
est la nuance opli-pessimistc, c'est-à-dire un optimisme avec des restrictions, des réticences. Alors, elle vous dit des choses comme celles-ci : « Cela va trrrais bien, mais quel dommage que nous n'ayons pas, etc., etc. » On bien encore : « Il laul aller jusqu'au bout et on iia : mais quelles hécatombes ! » Et elle étale tous les maux de la guerre. Paroles inutiles. Hélas ! nous le savons bien que la moindre attaque ou contre-attaque coûte trop de vies humaines. Mais avons-nous voulu cette guerre épouvantable? Pouvons-nous brusquement la terminer? N'est-ce pas la civilisation, l'idéal, el l'existence même de notice pavs qui sont en jeu ?
Ou bien madame Dumonde songe à l'aprèsguerre et prévoit les impôts à payer. Vous connaissez la phrase : « Certainement, nous serons victorieux ; mais songez à tous ces milliards qu'il laudra amortir, rembourser, m Evidemment ; mais soyons d'abord victorieux, le reste n'est rien et plaies d'argent ne sont point mortelles.
C'est certainement l'avis d'une jeune femme dont j'ai fait la connaissance l'autre jour, à l'exposition de la Cité reconstituée. Voici comment.
J avais \isi le (j III" l(jiirs- Il lies (le ers maisons l)oii iiiar- <'hé et atissi la jolie niaisoii de tienle-ciiuj iiiilK' lianes, vcmliit' plus do tit.Mili.'-niuj («us ci (|iii est une merveille, (.'c serait même à souhaiter d'avoir sa demeure hrùli-c, pour ])ien vile élèvera la place une aussi plaisante habitation ! FU il y a encore des rendez-vous de «hass»' pour persoimes éprouvées par la j^'ueire et ijiii sont de v«''rital)li's bijoux et le dernier mol du conlorl m«)derne. Kniin jflais viMiii m'asseoir dans iiin' petite chambre d'un*' petite maison «mi bois créosote, é'clairée par une petite (cnùlre et (pn me rappela soudain iiti cha- Icl-auberge dans les montagnes du Dauphiné, auprès de la cascade de rOursière. Kn fermant les yeux, je voyais dun e(Mé une grande pente couverte de noirs sapins et de l'autre cCtlr un pré'cipicc an lond dii(|iirl iiinlail cl grondait un tttrrenl. .1 en dais la dr mes n-Mexions. loisipi'utie jeune leinme et un sergent enlrèitMit dans la salle à côte. I^e |<MMi<' lioiniiM' avait la Mifdaillc militaiie, la croix de gueire... et une jambe de l)ois. Ils s'iniormèreni du j)ii\ de la petit»* maison au[)rès de la demoiselle «pu i-lail là pour donner t«ius ren-
seignements . « C'est tout à fait ce qu'il nous faut, disait la jeune femme en battant des mains. Ici sera notre chambre, là ton cabinet, à côté la salle à manger. » Elle disposait des meubles par la pensée. Elle rêvait tout haut. Elle expliquait à la demoiselle : « Nous avons un terrain bien planté d'arbres fruitiers, au bord d'une jolie rivière. Nous installerons la maison à mi-côte ; nous aurons des poules, des lapins, un grand potager qui nous donnera des légumes. — Ah ! Michel, nous serons très heureux là-dedans. Je sens que j'aimerai cette vie-là. A Paris, avec ce que nous avons, ce serait la misère. Et puis tu auras tes livres. On ne s'ennuie jamais avec des livres ». Elle aurait pu ajouter : et quand on s'aime. Elle regardait le sergent avec une expression de tendresse infinie. Puis ils partirent et, sur la porte, je l'entendis qui disait : « La Maison du berger. »
Ces simples mots murmurés par cette jeune femme élargissaient soudain le débat. Cette cité reconstituée devenait aussitôt symbolique. N'étaitce pas déjà significatif qu'elle s'élevât en plein Paris, au vingtième siècle, dans ce paysage de pierre
(jue lormciit, uulour de la place de la (ioiicorde, tant de beaux tnomiineiils ? Je reiiiaiijuai alors i[iic, j)armi les visiteiii's, <|ucl(jiics vieux couples, petits ii'titiers sans doute inquiets de l'avenir, mais surtout de jeunes couples re|;aidaient les maisons d<' ixtis avec un intf'rêl sentimental. \'A comme un j^ros homme «lisait : u Oui. mais ça doit flamber c(Mume des allumettes w, j'eus envie de lui citer ce passaj^e du j«»urnal du capitaine Cornet qui passa trois ans chez les Senoussisles, les Ouaddaïens et les Kirdis. et ('-crivait un 9 février 1907 :
« Un incendie a détruit les cuisines en paille des tirailleurs, [)eu s'en est fallu que le village tout cntiei' ne llambàl. Les j)erles ne sont pas grosses. Dans quehpies jours tout sera reconstruit. Voilà bien l'avantage de ces viHaj^es de paille sur iu»s cites de boiset de pierre. » Mais (uii.
Kn rentratit chez. nu>i, j'ai pris dans la bibliollu'{|ue les poésies il' Allretl de \'ignv, et j'ai relu 1(1 Maison (lu /irriter. I,e poète dit :i Mva :
La «tislanci- cl le temps sont \aiiiciis. I^i s«-ii'nce Tnicc autour de la terre un clieiiiin triste et druit.
Le Monde est rétréci par noire expérience Et réqiiateur n'est plus qu'un anneau trop étroit. Plus de hasard. Chacun fjrlissera sur sa ligne Immobile au seul rang que le départ assigne. Plongé dans im calcul silencieux et froid.
Jamais la Rêverie amoureuse et paisible
N'y verra sans horreur son pied blanc attaché.
Les poètes sont des prophètes. L'humanité, dans sa course et dans sa courbe, a sans doute dépassé « le point de science » au-dessus duquel elle ne saurait être heureuse. Ne faut-il pas qu'elle revienne à la nature, à la terre nourrice et éducatrice ? Peut-être, au lendemain de la grande guerre, dans la verdure, vont se cacher, nombreuses, les Maisons du berger.
Je sais que c'est aussi ce que vous souhaitez.
Agréez, chère amie, etc.
Vl\T.T-Si:i>JlL.MK M-TTIU
ih
VIXf.T-SF-ITIKMK lj:irKK
iojuill.'l lui 6.
Chero aiiiif, saiiii .M«.idai(l cioii rire un pacifiste ; son nom. d ;n'llours, n'a lien de «^uerrier et je ne sais |)i)ui'(|uoi l'on iiima<,Mne point un général (jui sappc-lleiail M. -dard. Alors, il a envoyé de la pluie j)endanJ <(uarante jours pour mouiller la poudre des cotnbaiiants, sans laire Je di-part entre ceux qui ont voulu cette guerre et ceux qui ont dû raccepirr, entre ceux qui ont altacjué et c«îux «pii se délendcni. Puis le soleil sVsi tniMitri- ces jours-ci. Dans le sensible Vexin, le paysage avait les couleurs Iramlies et les conloius nets du bel et.;. On était plein d'e.sperance. Puis le ciel s'est à nouveau voilé. I^ campagne est lourde, trisie : on entend à chaque .seconde les
coups sourds des gros canons : c'est la bataille de la Somme. Les fruits ne mûrissent pas, l'or des blés est tout pâle : on dirait que la nature veut ajouter ses maux à ceux de la guerre et qu'elle refuse ses bienfaits aux hommes, pour les punir d'être aussi méchants.
Il paraît que la nature des femmes de la région de Stettin ne les incite pas à refuser leurs bienfaits aux prisonniers de guerre, et le général commandant de cette région les menace même de peines pouvant allerjusqu'à un an de prison, dans le cas où elles ne seraient pas inhumaines pour les Français. Et cela me rappelle un mot de l'abbé Wetterlc. C'était Fan dernier, à un déjeuner auquel nous avait conviés la presse franco-américaine. Dans les premiers mois de 1915, on parlait encore beaucoup des atrocités allemandes ; on en parle moins, on a tort... c'est ainsi que l'oubli vient, et le sujet est loin d'être épuisé. Quelqu'un dit : « Quand nous irons en Allemagne, il faudra leur rendre tout ça. — \ pensez-vous !' dit un autre ; les Français sont incapables d'égorger des enfants, de supplicier des vieillards, de violer des jeunes
filles tlevaiitleurs parents attachés sur des chaises, pour que ceiix-«'i soient spectateurs clans cette abomination. » Alors M. l'abbé Wetterlé observa : '( Si nous allions en Allenia<^ne, ce seiaifnt nos soldats ([uc l'on violerait. »
J'ai eu l'occasion, il y a (piehpics ni(»i>. de causer avec un jeune homme, grand bless*' ipii revenait d'Allema^Mie ci (jue son père, un de mes vieux amis, avait emmené se i-elaire au soleil de notre C!ôle d'Azur. Il avait été blessé, dès les |)remiers jouis de la ^'iienc, à Bapaumc : neiT sciatique sectionné au-dessus du ^enou par une balle de mitrailleuse, une balle dans le Iront : enfin, comme il disait lui-même, il avait oU- fort amoché. Kmmené |iiis(»nnier en Allemagne, il avait lait deux h»'»pitaux : bien opéré, assez bien .soigné, mais mal iioiin-i. « Les iidirmières, disait-il, sont très militaires, et il allures très masculines ; mais elles llirtenl vohuitiers avec nos hommes. » Il est joli garçon ; il avait eu une sorte de petit roman avec une dame du Hanovre. Les infirmières là-bas ont toutes un petit block-notes pendu à leur ceinture, comme les é-piciers, pour écrire leurs notes
de service, ('est sur les reuillels de ce block que la tendre Hanovrienne éciivait ses billets doux.
« !Se lui jetons pas la pierre pour avoir été sensible », dit le père du jeune homme; et, me prenant à part, il me dit : « Je ne vous ai jamais raconté ce qui m'était arrivé autrefois avec une dame allemande .^ — JNon, mais vous allez me le raconter. — N'en doutez pas ; vous qui écrivez, cela peut vous intéresser. C'était en 1889; vous savez que, cette année-là, les rapports entre la France et l'Allemagne commencèrent à se détendre. Guillaume II venait de monter sur le trône : il apparaissait tout blanc, non pas comme un cuirassier, mais comme Lohengrin ; on lui prêtait des vues à la fois larges, profondes et élevées; la formalité des posseports était supprimée pour se rendre en Alsace-Lorraine ; déjà, à la faveur de l'Exposition et de bien d'autres choses, la grande infiltration commençait et les Allemands venaient nombreux à Paris.
Je fréquentais alors, j'étais jeune, vingt ans ! chez un personnage fort connu, une sorte d'aventurier, qui recevait avec Tout-Paris un monde
assez niùlc de inék'cjues el cl aubaiiis. Lu jour, je vis débar(juer c-lu-z cet homme une haroiin»* allemande : (•'«•lali une l<'niin<- d'une trentaine d'anm-cs. blonde, grasse, blanelie, avec des yeux bleus asso/ beaux el viairnent d une grand»- doueeur. Poui' la eomniodil»' du discours, je 1 a|>|>el- Icrai (ierinania, bien (ju elle n'eût rien d'une \\ alkyi'ii^. Je lui lus présenté ; je la reneoniral deux ou trois ("ois chez l'aventurier ijui. un beau soir, me laconlia. sous prétexte ([ue j'étais peintre et que (jeiniania m<»urait d envie de connaître Montmartie et d'v vivre toute une soirée, comme un modèle avec lUi rapm Nous dinànies donc à riicléme : nous allâmes enleuilre chanter AriMide Ih'uand, puis, sui- le ilésir tormel ib- (.iermania (|ui \oulait voit- une installation d'artiste, je I emmenai dans une chandjre assez vaste pour me servir d'atelier ou. si V(uis préférez, dans un atelier assez petit pour me servir de chambre. N<»us voilà ilonc tous les deux seuls dans cetu- pièce, a onze heures du soir! Il laul \ous dire <pi a cette éj)0(pie je traversais un grantl chagrin <l amour. J avais [)our amie une nioiliste «pii |)ar l'élé-
^ance, le charme, la grâce, l'allure, le chic, le je ne sais quoi, le « viens ici », comme disent nos ;imis les Russes, était bien la Parisienne la plus séduisante que l'on puisse imaginer. J'adorais cette enfant; mais elle me trompait : je m'en étais aperçu à mille détails dont le moindre était que je l'avais surprise entre les bras de mon meilleur ami. J'avais été obligé de rompre, « puis- ([u'ils m'avaient vu », comme dit l'autre; mais j'en souffrais ! Alors j'étais bien triste auprès de cette étrangère ; je ne pouvais détacher mes regards du portrait de ma maîtresse... jamais elle ne m'avait paru aussi jolie. Germania me reprocha mon silence. En vain j'essayais d'être aimable et, même, je me souviens que, pour m'encouragnr, je me répétais le refrain d'une chanson que j'avais entendue au café-concert, chantée par J*aula Brebion :
.l'ai dix-huit ans, je suis Français,
J'ai du cœur comme un autre, en somme,
llien n'y faisait. Je me trouvais stupide, ridicule; je comprenais bien que je trahissais la vieille ga-
laulcric Iraiiçaiso. Je .seiilais (jti il lallall st)ilii- de celte situation, coûte qucooiïti', lorsque je m'aperçus (l'une chose horrible. Mais comment vous dire cela .' Je ne voudrais pas «-ompromeitre une lemmc... f)ien «piil y ait loiil à l'heure »i-ente ans de <'ela... et puis, en soninx', p- in* vous l:i nnininc pas. — Mon Dieu! (pi alh-z-vous m'apprendir .'
— Knfin, lùl-cc instincl. <'alcul, hasard ou r«''niiiiiscence, ( icnnania, <pi! (dnIlal•^sait adtnii ahlenienl /lolre lilt(''rature, se coniporla à peu pr«'s commr M"'*' I>evasseur dans la (\)/ifi'.s.sio/i, vous savez hicn, celte M"" j.i'vasseur (|ui. se trouvant seule avec l'enlant du sicdc, malade «onun»' moi triiri malheureux amour, el le erovant limidr et respectueux, ap|)uie son pied assez haut sur le chambranle de la eliemmée, de sorlcipie, sa i«d»e ayant glissé, sa jamlx' se trouve t'Utiéremenl «lécouverte... \'ous \ovez cela d'ici. — Je vois, el alors? — Al«)rs, je constatai tpie (lermauia avait la punbe assez lorte et des bas blancs cl noirs, à damier, mon ami. à damier! — (Jue lites-vous ?
— (iclte viu- me lui iusu[)porlable. J apervus. comme dans un éclair tioir. ^'haussée de soie
noire, la spiriluelle jambe de ma maîtresse... et je détournai la tête. Germania, qui avait rabaissé sa robe, me pria de la reconduire chez elle. Je nel'ai plus jamais revue; mais, depuis, je nourris le remords d'avoir donné au désir allemand une fausse idée de la puissance française. »
Je répondis à mon vieil ami : « 11 ne laut pas nourrir ce remords, il ne faut même pas le loger. Votre aventure est doublement siiiniticative. Le désir ou, plutôt, la convoitise allemande, à la veille même de la grande guerre, se trompait encore sur la puissance française : le cœur a des raisons que la kullur ignore. Et puis j'aime assez que la réalité d'une baronne allemande n'ait pas pu vaincre l'évocation, le souvenir d'une modiste parisienne. Cette jambe assez forte dans un bas à carreaux blancs et noirs, c'est encore un symbole : c'est le poteau-lVontière entre la finesse française et l'épaisseur boche. Germania, certes, a dû vous en vouloir de votre distraction, mais soyez persuadé qu'elle en a surtout voulu aux Parisiennes. Cette guerre, qu'a préparée et décidée l'Allemagne, c'est aussi, il ne faut pas l'oublier, une guerre contre la grâce. »
Je ne m Cxciisi' pas, chcir aniic. (!<■ nous avoii (onlc colle histoire, en aj)|)arence léj^ère. Klaiil la vertu luèrue, \<>us rlt's la même iiululi^ence, el je vous |)rie (\ ai;reei\ etc.
viNGr-iiuiTiKAU. Li:rn{i:
VINCT-IIl ITIKMi: LKTTHi:
/" noni i;n6.
(ihrn- ainic, j acct-plL- uvcc un j^raïul piui.sir volre aimable iiivilalinii à venir passer qm-Ujues jours auprès de vous. Je reverrai doue les Sept iles, parluis pareilles à des îles de rêve, mauves et roses, par certaines aubes ou certains crépuscules. Je reverrai le soleil se coucher en incendie, en gloire, derrière .Noire-Danie de la Clarté. Et puis, le premier jour (jue vous aurez C(u>g«'', nous irons à Trcguiei-, car nous avons un renseif^nemenl à doiuier à Uenaii.
Dans la priMace des Feuilles dv la clives, !•' philosophe, s'adressant aux jeunes gens, leur dit : « Que de choses vt>us saurez dans quarante ou « cinquante ans (pie jr nr saurai jamais! (^)ue de
« problèmes vous verrez résolus! Quel sera le « développement du germe intérieur de l'empe- « reur Guillaume II? (Il venait de monter sur le « trône). Qu'adviendra-t-il du conflit des nationa- « lités européennes ? »
Et, comme ces vieux Arabes du Liban qui, par testament, désiraient être avertis dans leur tombeau quand les Français seraient maîtres du pays, Renan pense qu'il y a telle nouvelle qui, glissée furtivement à son oreille, dans son tombeau, pourrait le faire tressaillir au point de le ressusciter !
Mais il faut bien des formalités pour soulever la pierre d'un tombeau et, même sur le vu de ce passage des Feuilles détachées, l'administration nous refuserait l'autorisation. Donc, si vous voulez, nous irons à Tréguier où, sur une petite place, au milieu des arbres, à côté de la cathédrale, s'élève la statue de cet homme illustre. Et nous lui dirons simplement :
« Maître, nous venons répondre à vos préoccupations quant au développement du germe intérieur de Guillaume II. Nous en savons déjà assez
ixtiii \(Uis rfiiSL'ij^MH'i- »'t nous |)t)ii\oii> \»»ii> dm- (|ne jamais <^erinc iiiU-iicMir cr«"m|)er«Mir ne s est (l<'vclop|)<' d'une lai-oii aussi lâcheuse pour I liuiiiuitilé. 0 maître, nous allons vous Jain- de la [x'ine ; \niis avez aiim- I \ll<Mua^Mf ; \ ous ave/ adniire une ^Maride «''[XKiuf tic la laoi' allemande où tle (orles qualités léveleicnl tout a <ou|) une lorme inconnue de l'aristoeralie liiiniaiiie ! une époque où la philosophie était la poursuile de la vérité dans tous les oiilics, où rinfini était compris, embrassé, réalisé dans toute la vie, oii res|)iil allemand ressemblait à .lellKNiill qui. Nt'Ioii la belle expression de .l(d), «< lait la paix sur les liaiileurs ». (Juclle irislesse pour vous, (juelle désolation, si vous pouvie/. \ oii r \ lleina"iie I !' I 'i - 1 1 1 1 '>, eellr MleiiiaL'iie qui a pnq>aie, orj^anise, voulu et décide la guerre la plus horrible qui ait ensan<;lanté l'hiurope !
0 Dans le temps (jue vous écriviez cette prclace des 1-riiil/f.s ili'liichi-cs, les imaj^inations les [>lus diverses s'exeiçaienl sur la iialiire du Kaiser, et comme il etail un lrajj;itpic à ti ansl^trinations «>n ne connaissait que les coniiipies d.ms ce genre-là , on piuivail \(iii en lui I empereur de la paix, nial-
lu
gré ses discours et ses gestes contradictoires. « Les nombreuses gens qui ne doutaient pas que Guillaume II voulût faire le bonheur de l'humanité n'avaient jamais songé à rapprocher ces deux mots : HohenzoUern humain : aussitôt ils en auraient vu toute l'ironie et toute la grimace : c'est quelque chose comme tigre végétarien. Ainsi, parfois, il est bon en mathématiques de mettre à côté l'un de l'autre deux termes éloignés dans une équation : ils prennent soudain un rapport singulier. Mais, dès 1H88, les humoristes avaient pensé que le jour où Guillaume II tomberait sur nous, ce serait, comme on dit, à bras raccourci. Les humoristes avaient raison. Et quand l'Empereur eut pris sa décision, on connut tout de suite le fond de son cœur : mensonge, hypocrisie, bluff, insolence, cruauté, rien n'y manquait. Dès les premiers jours de la guerre, les horreurs, les atrocités, les crimes, les procédés d'intimidation dontles Allemands accompagnaient la violation de la Belgique et la ruée sur Paris bouleversèrent toutes les idées des philosophes et des savants qui avaient admiré l'Allemagne. On se mit aussi-
lAl à rechci'chcr dans la pliilosuplili: el thiris la scicnc(j allemandes les raisons sulfisanles et les racines irahianles el pivcilanles dr celle barbarie savante. On conclul à un orgueil dr-niesuré et à une cupidité incommensurable. Kn cllet. celle guerre de conc|uèlc el d'hégcmonie esl bien la gueire du venlre allemand, de la goinirerie allemande.
« (Jnic vil bien aux premières lieures. Ce fui inie vague de sang, de sadisme, de stupre, de soûlerie cl de sealobtgic <|ni ddi-rlu sui- 1;» Belgique et sur le nord de la l'iaiice. \u.\ cris de Paris, Kapoul! el de : Champagne, i-lianipagnc ! \ la déclaration de guerre, loul ce [)euple allemand, soldats el civils, hommes el lemmcs, tous firent des grognements et des renillemenls joyeux, grognements d'animaux aux<piels on ouvre la porte tie la pcH'cheric cl (pii gal»HMMil \ersla Irullière, la glandéc ou les eaux grasses.
« Kl, dans un inanilcste lameux. tpialrc-\ uigtireize intellectuels alleniaïKls approuvèrent.
« Après deux ans de guerre, chaque jour app<»rte encore un nou\eau criilu- allemand. A|Més
l'assassinai de iniss Edith Cavell, cesL l'assassinai du capitaine Fryatt. Il y a trois semaines, un de leurs aviateurs jetait des bombes sur la ville de Saint-Pol. (rélail le jour de la première communion ; les rues étaient pleines de petites filles blanches cpii se rendaient aux vêpres. Quel objectif pour un junker aviateur ! Une de ces enfants eut le bras emporté. Gott mit uns !
« Si le degré de civilisation d'un peuple se mesure à la façon dont il traite des ennemis désarmés, des soldats à sa merci, jugeons leur kultur à la façon haineuse, lâche, ignoble dont ils traitent nos prisonniers. Enfin, par leurs forfaits à Lille, il Tourcoing, à Roubaix, ils ont encore progressé dans l'abjection. Imaginez ce que dut être dans la nuit cette opération hideuse : les cris et les larmes de ces pauvres gens qu'on arrachait les uns des autres, la jeune fille séparée de la mère, la sœur du frère, le petit-fils de l'aïeule ; et les lourdes plaisanteries et les gros rires des soudards, car chez l'Allemand la cruauté s'assaisonne volontiers d'ironie.
« Voilà, maître, ce qu'a amené le développe-
mcnl (lu germe iiilcricur «le I riiipiMeiir (iiiillaiiMic II. dépendant, en des discours (|iii loiis «•ununencenl par : (.aniarailes, et dans lesquels il semble en ellel « laire camarade m et lever les hras devani ses soldats (pil le juj^enint hientùl, ijui le jnj;ent déjà peul-ètrr. le Kaiser chante lu palinodie, aKirme (jne le peuple allemand, ce peu[)le [)aisil)le, ce peuple ijui tlcsir»- le plus la paix dans le momie, ce pr-iiple Nerliieiiv ri dtiux est la viclimc d une combinaison de pa\s «pu com- |)lolaient la dcslructicni de 1" Ml«inaj;n<-. On croit ii^ver! Mais il est écrit cpic d<- celte yuerre rllrovable (pii devait le laiie l'empeieur du monde, par le développement de son germe intérieur (Guillaume II soilira l'empeieur de I immonde.
(i Nous eciivie/., maître. >'\i IS'i.') : « .l'ai du- >■ die 1 MIemagne et j'ai cni t-nlrer dans un
leniplr. 'l'iuil ce (pie j v ai lrou\e est pur. ■ ele\c. moi al. beau i-l linicjiant. () mnii amc! u oui, (■ rsl un liéstir. c est la coiilinualion <le « Jesus-(!iiiisl. Leur morale mr Iransporte. Oh ! w (|u'ilssunt doux et loris! Je crois i|ue le Christ » nous viendra de là. »
« Oui, c'est de là qu'il nous viendra, mais ce n'est pas de la façon que vous pensiez. Il fallait peut-être que Guillaume II déchaînât cette guerre horrible, pour inspirer au monde une définitive horreur de la guerre. Lne telle guerre avance sans doute l'ère de bonheur et de paix que les hommes de bonne volonté espèrent depuis des siècles. Après ce tremblement de civilisation, ces hommes-là pourront prêcher, par toute la terre, la douceur et la Fraternité entre les hommes, avec l'espoir d'être entendus. »
Voilà, chère amie, ce que nous dirons à Renan. Il l'eût mieux dit, mais qu'importe.
\ bientôt, et veuillez agréer, etc.
vciir.M; I) iMPiiiMiJi
i'\i'. i'Ikhm i i'.kkks. \ mxc.on.
l'oi i; i.\ sociKi i; LUI i;i; miik
DK I 11 wci;