Lohis
mais pas beaucoup de jours réellement be:\ux. Je suis ici depuis quinze jours. Le reste du temps, je l'ai passé à Montpellier, où je me suis horriblemeiit ennuyé
Voilà le pauvre Rossini mort. On prétendait qu'il avait beaucoup travaillé, bien qu'il ne voulût rien publier; cela m'a loujours paru très-improb;ible. La considération de l'argent, qui avait une grande importance sur lui, aurait suffi pour qu'il publiât, s'il avait réellement composé quelque chose. C'était un des hommes les plus spirituels que j'aie vu§, et on n'a rien entendu de plus merveilleux que l'air du Barbier de Sêville c\\M\ié par lui. Aucun acteur ne lui était comparable. L'année paraît être mauvaise pour les grands hommes. On dit que Lamartine et Berryer sont très-giavement malades. Adieu, chère amie ; donnez-moi de vos nouvelles "et quittez au plus vite le pays humide que vous habitez. En province, on n'a pas de maison chaude.
Si vous connaissez quelque livre amusant, .faileS''in'en part, je vous prie.
A VyV. INCONNUE. 339
CCGXIII
Cannes, 2 janvier 18G9.
Chère amie, vous n'avez clone pas re';u une lettre que je vous ai adressée le mois passé à P... Je crains qu'elle n'ait été perdue. Je ne prétends pas cependant me justifier tout à fait. Si vous saviez quelle vilaine et monotone vie je mène, vous comprendriez que c'est bien assez de la supporter sans en rendre compte. Le fait est qne je vais mal. Pas le moindre progrès! au contraire, on n'a pas même réussi à pallier les spasmes douloureux que j'éprouve de temps en temps. Nous avons un ciel et une mer magnifiques, et leurs influences, qui autrefois me rendaient la santé, so:U nulles maintenant. Que faut-il faire? je n'en sais rien, mais souvent j'ai grand désir que cela finisse. Votre voyage me paraît très-agréable; mais je n'approuve pas votre retour par le Tyrol dans la saison que vous me dites. Vous aurez beaucoup de neige. Vous perdrez la peau de vos
joues, et VOUS ne verrez rien de bien beau. N'importe par quel autre chemin, vous auriez mieux. Innspruck, ou plutôt Innsbruck, est une j)etite ville très-pittoresque;, mais, pour qui a vu la Suisse, cela ne vaut pas la peine de se déranger, non plus que les statues de bronze de la cathédrale. Je ne vois sur votre route que Trente qui offre de l'intérêt.
Pourquoi n'iriez-vous pas en Sicile voir l'Etna, qui, dit-on, fait des siennes? Vous n'avez pas le mal de mer, et il est probable qu'à Naples on organise des bateaux pour aller voir le spectacle. Dans une huitaine de jours, vous aurez pu voir l'Etna, Palerme et Syracuse.
J'ai recopié l'Ours que vous savez et je l'ai léché avec un certain soin. Beaucoup .de choses sont changées en mieux, je crois. Le titre et les noms changés également. Pour les personnes aussi peu intelligentes que vous, les manières de cet ours resteront fort mystérieuses. Maison ne pourra rien conclure à son désavantage, quelque perspicace qu'on soit. IL y a une infinité de choses qui ïlemeurent inexpliquées. Les médecins me disent que les plantigrades sont plus que d'autres bêtes
en mesure de s'allier à nous; mais naturellement les exemples sont rares, les ours étant peu avantageux
Où est le sel de celte apoplexie de M. de Nieuwerkerke annoncée par tous les journaux et démentie plus tard? Gomme on devient bête! Gela fait des progrès rnpides. Avez-vous eu la curiosité d'aller entendre des discussions dans la salle du Pré-aux-Glercs sur le mariage et l'hérédité? On dit que cela est très-amusant pendant quelques minutes, et, par réflexion, très-elTrayaiU lorsqu'on se représente combien de fous et de chiens enragés courent les rues. On m'écrit qu'il y a des femmes qui font des discours qui ne sont ni les moins furieux, ni les moins bêtes. Ces symptômes me font frémir; on est dans ce pays volontairement aveugle.
Adieu, chère amie; je vous souhaite une bonne année.
CCGXIV
Cannes, 23 février l^GO.
Ne m'en voulez pas, chère amie, si je ne vous *^cris pas. Je n'ai pas de bonnes nouvelles à vous (JKiuer dj. moi, et à quoi bon vous envoyer de mauvais bulletins? Le fait est que je suis toujours très- souffrant, et je m'aperçois quamon mal n'est pas guérissable. J'ai essayé de je ne sais combien de remèdes infaillibles ; j'ai été entre les mains de trois ou quatre très-habiles hommes, pas un seul ne m'a donné le moindre soulagement. Je me trompe, j'ai trouvé à Nice, il y a quelque temps, un homme de beaucoup d'esprit, un peu charlatan, qui m'a donné gratis des pilules qui m'ont débarrassé de certaines suffocations très -pénibles qui arrivaient toutes les nuits. A présent, c'est le matin qu'elles me prennent, mais avec moins de force et elles durent moins longtemps. Quant à la broncnite, qui est le morceau de résistance de ma maladie, elle est au beau fixe.