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Visite de Tempereor et de Timpératrice

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petite aflaire dans une ville comme celle que je viens de quitter. En outre, comme il fallait loger huit personnes, j'ai dû quitter ma chambre ainsi que le fils de la maison, et aller à l'auberge. Aa milieu de tout cet auguste tracas, il m'eût été impossible de trouver du papier et une plume dans la maison. Je suis parti le 13 pour aller coucher à Bordeaux et je suis arrivé ici hier au soir, sans autre encombre que d'avoir perdu mes clefs, ce qui, parmi les petites misères, est .une des plus considérables. Il me reste l'espoir de les retrouver ou celui de trouver des serruriers. Quant à mon voyage en Espagne, je suis aux ordres d'un de mes amis qui part avec moi. C'est un membre des Gortès, et son établissement s'ouvre le 1" octobre; très-probablement nous partirons le 26 : je ne sais pas son dernier mot. Nous prendrons le train de Marseille pour aller par mer à Alicante. . .

Ce petit voyage aux Pyrénées m'a fait du bien. J'ai pris un bain à Ragnères, qui m'a remis pendant deux jours dans un calme de nerfs extraordinaire et que, depuis vingt ans, je ne connaissais plus. Le médecin que j'ai trouvé là est un de mes

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anciens amis, qui m'a fort engagé à passer une saison d'eaux Tannée prochaîne. Il me garantit que j'en sortirai réparé à neuf. J'en doute un peu, mais cela vaut la peine d'essayer.

Leurs Majestés étaient en très-bonne santé et très-belle humeur à Saint-Sauveur; j'ai admiré les natifs, qui avaient le bon goût de ne pas les suivre et de leur laisser la plus complète liberté. L'empereur a acheté là un chien un peu plus gros qu'un âne, de l'ancienne race pyrénéenne. C'est une très-belle bête qui grimpe sur les rochers comme un chamois. Il y avait bien longtemps que je n'avais pratiqué les provinciaux. A Tarbes, ils sont d'une espèce assez tolérable et d'une corpplaisance extriaordinaire. Cependant, je ne conçois pas comment on peut rester avec eux pendant un mois. J'ai mangé beaucoup d'ortolans et de cailles en pâté, ce qui vaut peut-être mieux. Vous ne me parlez jamais de votre santé. Je suppose^ qu'elle est excellente. Adieu

Je ne partirai pas sans vous donner de mes nouvelles.

CGV

Paris, 20 septembre 1899.

Il y a certaîneiïient un mauvais génie qui se môle (Je nos affaires. Je crains de partir sans vous avoir vue. J'avais résolu de quitter Paris le SO, pour être à Bayonne le 1*'. Il se trouve qu'aux diligences et à la malle-poste de Madrid, toutes les places sont prises jusqu'au 16 octobre. Il faut donc se résoudre à prendre la voie de mer, c'est- <à-dii'e à partir par les paquebots de Marseille à Alîcante. S'il ne survient pas quelque nouvelle anicroche, je serai le 28 au soir à Marseille (mon jour de naissance, par parenthèse), et, le 29, je me mets en route. Bien que vous m'ayez fait cruellement enrager cet été par vos si et vos non, je vous assure que je suis bien triste de ne pas vous dire adieu. Après avoir été si longtemps sans vous voir, recommencer un autre bail d'absence presque aussi long! Qui sait si, lorsque je reviendrai, vous serez aussi à Paris? Je pars avec toute

sorte d'idées noires ; je souhaite que vous en ayez de couleur de rose.

Ma petite course à Tarbes m'a fait du bien. Je suppose que l'air des environs de Madrid achèvera ma guérison. Comme il m*arrive toujours quand je vais faire un voyage, j'ai des velléités de travailler que je n'aurais pas sans doute si je restais ici. J'emporte du papier pour Madrid. — Pensez le 29 de ce mois à moi, qui, selon toute apparence, serai bien malade, tandis que vous conférerez avec votre couturière sur vos robes d'automne. Le golfe de Lyon est toujours abominable, et probablement il sera pire par ce temps d'équinoxe, qui a été créé pour mon malheur. Le bon côté, c'est que, arrivé à Alicante, on trouve un chemin de fer et qu'en un jour on est à Madrid, au lieu d'en passer trois à être cahoté dans les plus mauvaises voitures par les plus dures ornières qu'on puisse imaginer. Il est probable que, pendant mon absence, j'aurai des commissions à vous donilQr* Au reste, nous avons du temps pour en parler, et je n'aime pas à faire des projets à long terme, surtout avec vous, qui les faites manquer quelquefois, comme vous savez. Vous allez trouver

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d*un départ. Votre lettre, qui m'avait précédé à Madrid, par excès de zèle de la part de mes amis, s'est perdue quelques jours et il n'a pas été facile de la faire revenir à bon port. Ici, j'ai trouvé tout fort changé. Les dames que j'avais laissées minces comme des fuseaux sont devenues des éléphants, car le climat de Madrid est des pluà en* graissants. Attendez-vous à me revoir augmenté d'un tiers. Cependant, je ne mange guère et je ne vais pas très-bien; il fait très- froid, pluie de temps en temps, rarement du soleil, je passe presque toutes les journées à Carabanchel. Le soir, nous allons à l'Opéra, qui est tout ce qu'il y a de plus pitoyable. Je suis venu ce matin à Madrid pour assister à une séance académique et je retourne demain à la campagne. Il me semble que les mœurs ont changé notablement, et que la politique et le régime parlementaire ont singulièrement altéré le pittoresque de la vieille Espagne. En ce moment, on ne parle que de guerre. Il s'agit de venger Thonneur national, et c'est un enthousiasme général qui rappelle les croisades. On s'est imaginé que les Anglais voient avec déplaisir l'expédition d'Afrique et même

qu'ils la veulent empêcher. Cela redouble Fardeor guerrière. Les militaires veulent faire le siège de Gibraltar, après avoir pris Tanger. Cela n'empêche pas qu'on ne spécule beaucoup à la Bourse et que l'amour de l'argent n'ait fait des progrès immenses depuis mon dernier voyage. C'est encore une importation française très-malheureuse pourxe payS'Ci. J'ai assisté lundi 'à un combat de taureaux, qui m'a fort peu amusé. J'ai eu le malheur de connaître trop tôt la beauté parfaite, et, après avoir vu Montés, je ne puis plus regarder ses successeurs dégénérés. Les bêtes ont dégénéré comme les hommes. Les taureaux sont devenus des bœufs, et le spectacle ressemble un peu trop à un abattoir. J'y ai mené mon domestique, qui a eu toutes les émotions d'un débutant, et qui a été deux jours sans pouvoir manger de viande. Ce que j'ai revu 'avec le môme plaisir qu'autrefois , c'est le musée. En revoyant chaque tableau connu, il me semblait retrouver un ancien amil Ceux-là, du moins, ne changent pas. Je vais aller la semaine prochaine faire une excursion dans la Manche, pour visiter un vieux château de l'impératrice. De là,

j'irsd à Tolède pour y chercher de vieux livres

dans une vente qu'on m'annonce, et je serai de

retour à Madrid pour la fin du mois. Je cherche à

combiner le moyen de revenir à Paris vers le

16 novembre.

Adieu.

Cannes, 3 Janvier 1860*

Je VOUS la souhaite bonne et heureuse. Je voud ois que vous eussiez le temps que j'ai. Je vous écris toutes mes fenêtres ouvertes et cependant, le vent est du nord, assez fort pour donner à la mer de petites vagues très-drôles. Je vous remercie des livres. Il paraît qu'ils ont plu, car j'ai reçu une lettre de compliments d'Olga. Je suppose que, selon mes intentions, vous l'avez favorisée. Le choix pour l'année prochaine sera embarrassant, car vous avez dû épuiser la littérature morale. Je vous écris dans une situation fort peu commode. n y a trois jours, en dessinant au bord de la mer, yai attrapé un lumbago, qui m'est venu comme une bombe, sans dire gare. Je suis tout de tra-

vers depuis ce momenti bien que je me frotte de toutes les herbes de la Sdnt-Jean. Le soleil étant mon grand remède, je m'y rôtis toute la journée. Nous avons ici le baron de Bunsen, avec ses deux filles, l'une et l'autre montées sur des pieds de grue et des chevilles qui ressemblent à la massue d'Hercule, mais il y en a une qui chante trèsbien. Il est assez homme d'esprit et il sait les nouvelles, dont vous me tenez trop à court. Il m'a appris la déconfiture du congrès, qui ne m'a guère étonné. J'ai lu la brochure de l'abbé ***, qui m'a paru encore plus maladroite que violente. Il montre tellement le bout de l'oreille, qu'il doit passer pour un enfant terrible à Rome, où ce n'est ni le bon sens ni la finesse qui manquent. Là, les prêtres savent intriguer. Les nôtres ont les instincts tapageurs de la nation, et font tout hors de propos. Sa manière de se retirer dans les catacombes m'a fait bien rire et les airs de martyr qu'il prend à propos d'argent qu'on lui offre ; vous verrez qu'il finira par en demander.

Voici une assez belle histoire de ce pays-ci. Un fermier des environs de Grasse est trouvé mort dans un ravin où il était tombé, ou bien avait été

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jeté la nuit. Un autre fermier vient voir un de mes amis, et lui dît qu'il avait tué cet homme* « Gomment? et pourquoi? — C'est qu'il avait jeté un sort sur mes moutons. Alors, je me suis adressé à mon berger, qui m'a donné trois aiguilles que j'ai fait bouillir dans un petit pot et j'ai prononcé sur le pot des paroles qu'il m'a apprises. La même nuit que j'ai mis le pot sur le feu, l'homme est mort. » Ne vous étonnez pas qu'on ait brûlé mes livres à Grasse, sur la place de l'Église.

Je vais, mardi prochain, passer quelques jours dans ce pays, malgré ses mœurs. On m'y promet des monuments de toute sorte et des montagnes fort belles. Je vous en rapporterai de la cassie, si vous appréciez toujours ce parfumlà. Adieu, chère amie; je suis rompu pour vous avoir écrit trois pages. C'est que je ne pose que sur on coude et que tous les mouvements me répondent dans le dos. Adieu encore. Je vous remercie de nouveau des livres. ...••«

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Cannes, 22 janyier ISGO.

]*ai trouvé votre lettre en revenant de la campagne, ou plutôt du village où je suis allé passer huit jours tout près des neiges étemelles. Bien que sur un plateau très-élevé, je n'ai pas souffert du froid. J'ai vu de très-belles choses en fait de rochers, de cascades et de précipices : une grande caverne avec un lac souterrain dont on ne connaît pas l'étendue et qu'on peut supposer habité par tous les gnomes et les diables des Alpes; une autre grande caverne, longue de trois kilomètres, où l'on m'a tiré un feu d'artifice. Enfin, j'ai passé ma semaine dans l'admiration de la pure nature. J'en ai rapporté ici des douleurs horribles et je suis, depuis deux jours, sur le flanc sans dormir ni manger. Je vois décidément que la machine se détraque et qu'elle ne vaut plus rien du tout. J'espère qu'il n'en est plus de même pour vous et que vous n'avez pas eu de nouvelles atteintes de votre fièvre.

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Gomme vous n'en parlez pas, je vous crois tout à fait quitte de ce mal. J'essaye de prendre mon parti de mes souffrances, et j'y réussis assez bien dans le jour ; mais, la nuit, je perds patience et j^enrage.

Vous ne m'avez pas dit quels ont été vos débours pour ces livres moraux que vous avez envoyés à mesdemoiselles de Lagrené. J'aime à croire que vous êtes restée dans la limite de sagesse que vous observez dans toutes les négociations. Probablement, j'aurai bientôt à contracter avec vous une autre dette.

On m'a prêté le pamphlet de mon confrère Villemain, qui m'a paru d'une platitude extraordinaire. Quand on a essayé de faire un livre contre les jésuites, quand on s'est vanté de défendre la liberté de conscience contre l'omnipotence de l'Église, il est drôle de vemr chanter la palinodie et d'employer de si pauvres arguments. Je crois que tout le monde est devenu fou, excepté l'empereur, qui ressemble aux bergers du moyen âge qui font danser les loups avec ime flûte magique. On m'écrit très-sérieusement de Paris que l'Académie française , voltairienne il y a quelques années, II. ^-

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reac nomoier Tabbé Lacordaire, comme protesta lioc cour-: :a violence que sobitlepape. Au fond la cï^y^ n:'esî :bn égale. Tant qu'on ne m'oblige pas d'a.lrr en:er. ire leure sermons, on peut nomme à 1 Aco.i-.[:LiI:5 tous les membres du sacré collège Adieu.

Cannes^ 4 fémer 1860.

Tous me jetez dans de grandes perplexités » sujet de la Sainte-Eulalie, à laquelle je ne pensai plus. Etî effet, c'est le 11 ou le 12. J'accepte ave beaucoup de reconnaissance l'offre aimable qa TOUS me faites ; mais je ne comprends pas grand' chose à ces affaires byzantines, et je crains qu'î ne s'agisse de quelque brimborion beaucoup tro] moderne pour ma cousine. Il ne faut pas oublie qu'elle ne sort guère et qu'elle s'habille en personne de son âge, qpii est extrêmement respeo table. Peut-être voulez- vous parler de boucles oi d'agrafes d'argent niellé comme il en vient du Cau case et d'ailleurs. Enfin, vous avez carte blancb

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avec les instructions suivantes: !• que la chose ne soit pas trop voyante, pas trop moderne, pas trop colifichet; 2<* qu'elle ne coûte pas beaucoup plus de cent francs et qu'elle ait l'air de valoir davantage; 3*" enfin, que cela ne vous donne pas trop de tracas. Je suis sûr que vous vous acquitterez de cette commission avec votre ponctualité et votre discrétion ordinaires, et je vous en remercie d'avance de tout cœur. Gela me fait penser à une chose, c'est que je ne vous ai jamais souhaité votrt fête. Quand arrive -t- elle? et d'abord, quel nom avez-vous î II me semble que vous avez un nom luthérien ou hérétique. Maïs votre patron est-il l'évangéliste ou le baptiste? et quand lui souhaite-t-on sa fête? Vous devinez que je veux vous faire une surprise , ce qui est bien difficile.

Je suis en ce moment bien souffrant sur mon canapé. Quand je suis assis, il me semble qu'on me brûle le côté avec un fer chaud. Le docteur Maure me dit de me frotter avec du baume tranquille, mais cela ne me tranquillise pas du tout.

J'attends deux de mes amis qui viennent passer nue semaine avec moi, et je meurs de peur que

le temps ne se gâte. Il fait en ce moment un soldl admirable, mais cette année est exceptionnelle et Ton ne peut compter sur rien. Hier, il faisait un vent qui semblait venir de Sibérie, tant il était glacé. Je trouve comme vous que la politique est bien amusante. Les colères de certaines gens me donnent de la joie au cœur. Adieu ; le mois prochain, je vous reverrai. Je suis, en attendant, malade, mélancolique , ennuyé. Je perds la vue et je ne puis plus dessiner, quand même ma santé le permettrait. C'est une triste chose que de vieillir I Adieu.

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Cannes, 21 fé?rier 1860.

Deux de mes amis sont venus me rendre visite, et mes devoirs de cicérone, qui m'ont entraîné dans de longues excursions, ne m'ont pas laissé le temps de vous répondre immédiatement. D'ailleurs, je n'ai reçu qu'avant-hier seulement une lettre de ma cousine au sujet des agrafes byzantines. Je vous envoie son opinion textuelle. Elle

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trouve que c'est charmant, trop charmant pour elle et beaucoup trop jeune. Cependant, comme correctif à ce que cet arrêt a de trop sévère, elle ajoute qu'elle vient de se commander une robe exprès pour les porter < Si vous n'êtes pas satisfaite de votre succès, c'est que vous êtes diiBcile. Je suis toujours à peu près de même, c'està-dire assez souffrant. D'un côté, un rhume; de Tautre, une douleur au cœur, variété rhumatismale très-incommode et très-étrange, car cela ne m'empêche pas de marcher et je ne souffre que lorsque je suis assis. Voilà ce que c'est que de dessiner au bord de la mer après le coucher du soleil. Le temps que nous avons n'est pas magnifique. Le soleil ne nous manque pas; mais le fond de l'air est froid, et les matinées et les soirées sont quelquefois très-désagréables à cause du vent qui nous arrive des Alpes. Jamais je ne les avais vues avec tant de neige, de la base au sommet. Ce matin, a est tombé de la neige sur la montagne de TEstérel, et même quelques flocons sur la place devant mes fenêtres. C'est un scandale inouï à Cannes et dont les anciens n'avaient point mémoire. La seule consolation que j'aie, c'est de penser que

VOUS êtes dans le Nord bien plas mal. Les journaux me font frissonner avec leurs 10 degrés an* dessous de zéro, les trois pieds de neige à Lyon et à Valence, etc. Cependant, il va falloir quitter num oasis pour aller greloter à Paris. Je pense me mettre en route la semaine prochaine ; comme je dois m' arrêter pour voir des monuments, je ne serai pas rendu à Paris pour la séance impériale, qui sans doute perdra beaucoup de son intérêt par mon absence. J'arriverai, selon toute apparence» vers le 3 ou le & mars, et j'espère vous trouver en bonne santé. Je vous reverrai avec bien de la joie, vous pouvez vous y attendre. Écrivez-moi à Marseille, poste restante. Il est probable que j'irai passer un ou deux jours à Nice, pour me faire une opinion sur l'annexion, et je reviendrai pour faire mes paquets. Vous ne m'avez pas envoyé votre mémoire, qui est, je le crains, des plus formidables ; quel que soit le métal des agrafes, il paraît qu'elles sont considérables. J'espère pourtant rapporter de quoi m' acquitter sans être obligé de vendre mes livres. A propos, n'avez- vous pas k moi le Voyage en Asie de M. de Gobineau? On l'a cherché inutilement chez moi l'autre jour. Si

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VOUS l'avez, gardez-le. Je suis allé avant-hier mener mes amis au pont de Gardonne ; c'est un pont naturel entre des rochers à la pointe de l'EstéreL On entre par une petite porte dans une grotte d'où l'on sort par une autre ouverture à la liante mer. Ce jour-là, la mer avait le diable au corps, et la grotte avait l'air d'une chaudière bouillante. Les matelots n'ont pas osé s'y risquer, et nous n'avons pu que tournoyer autour du goufire. C'était admirablement beau de couleur et de mouv^aent. Adieu; portez-vous bien, ne sortez pas trop le soir.

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Paris, dimanche soir, 12 mars 18C0.

Je trouve que votre air de Paris est bien louid et j'ai toujours la migraine. Je n'ai encore vu personne «t je n'ose sortir le soir. Il me semble que ce doit être bien extraordinaire de faire des visites à dix heures du soir.

Point de nouvelles du livre de mon ami M. de

Gobineau ; décidément, il doit vous rester sur la conscience. Indiquez-moi quelque roman à lire. J'en éprouve un grand besoin. Pendant que j'étais à Cannes, j'ai lu un roman de Bulwer : Whai wiU he do ivith it? qui m'a paru sénile au dernier point. Il y a pourtant quelques jolies scènes et un très-bon sermon. Quant au héros et à l'héroïne, ils d(^ passent tout ce que l'usage permet dans le genre niais. Un livre qui m'a beaucoup plus amusé, c'est l'ouvrage de M. de Bunsen sui l'origine du christianisme et sur toiit^ pour parler plus exactement. Mais cela s'appelle Chrisiianity und Mankind; cela n'a que sept volumes de sepi à huit cents pages. M. de Bunsen se dit trèschrétien et il traite le \ieux et le Nouveau Testament par-dessous la jambe ,

J'ai appris aujourd'hui qu'il y a eu, dans ui des derniers bals masqués, une femme qui a ei le courage de paraître en costume de 1806 sani crinoline, et que cela a produit un très-granc effet.

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Paris, 4 avril 1860.

Nous avons eu hier la première idée de retour du printemps. Gela m'a fait grand bien et je me suis senti renaître. Il me semblait que je sentais Tair de Cannes. Aujourd'hui, il fait gris et sombre. J'aurais grand besoin de vous pour prendre la vie en patience. Je trouve qu'elle devient tous les jours plus ennuyeuse. Le monde est par trop bête. Ce qui est plus inouï que tout, c'est l'ignorance générale dans ce siècle de lumières, comme il s'appelle modestement lui-même. Il n'y a plus personne qui sache un mot d'histoire.

Vous aurez lu le discours de Dupin , qui m'a fort amusé

Je n'ai jamais pu retrouver Gobineau et je sais bien pourquoi ; vous aussi. Je me suis donné mes étrennes à moi-même, il y a deux jours, chez Poi-

tiers. J'ai acheté quelques très- beaux livres vieux et d'autres modernes très-bien reliés. Avez-vous lu les Mémoires de Hollande attribués à madame de la Fayette? Gela m'a fort amusé. Je vous le» prêterai sur dépôt, à votre retour. Cela est relié par Bauzonnet. — Je me suis fait faire un domino vénitien noir avec une baretta en dentelle ou qadque chose d'approchant, comme le dessin que j'ai fait à Venise et que je vous ai montré. Depuis mon retour, en cette malencontreuse saison, je prends un intérêt extraordinaire au temps

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Samedi 14 avril 1860*

J'ai mené depuis Pâques une vie fort dissipée : je suis allé deux fois au bal et j'ai dîné en ville tous les jours. Ce bal, où je devais étrenner ce domine avec une baretta vénitienne, est remis au 2&, parce qu'on juge en ce moment en Espagne

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les complices ^i'Ortega, parmi lesquels il y a deux parents de Timpératrice. S'ils sont fusillés, ce qui est fort dans les façons de faire du pays, je crois que le bal sera entièrement abandonné, et j'en serai pour mon domino. J'ai beaucoup vu Ortega, qui est, par parenthèse, un charmant garçon, la coqueluche des belles dames de Madrid. J'ai trèsgrand peur qu'il ne s'en tire pas. Cependant, on dit qtf il y a toujours du remède quand il s'agît de jolis garçons

Mardi soir, 1" mai 1860.

Le bal de l'hôtel d'Albe était splendide. Les costumes étaient très-beaux ; beaucoup de femmes très-jolies et le siècle montrant de l'audace. !• On était décolleté d'une façon outrageuse par en haut et par en bas aussi. À cette occasion, Jad vu un assez grand nombre de pieds charmants et beaucoup de jarretières dans la valse»

2^ La crinoline est en décadence. Croyez que, dans deux ans, les robes seront courtes et que celles qui ont des avantages naturels se distingueront de celles qui n'en ont que d'artificiels. Il y avût des Anglaises incroyables. La fille de lord ***, qw est charmante, était en nymphe dryade, ou quelque chose de mythologique, avec une robe qui aurait laissé toute la gorge à découvert si on n'y eût reihédié par un maillot. Gela m'a semblé presque aussi vif que le décoU étage de la maman, dont on pénétrait tout l'estomac d'un coup d'œil. Le ballet des Eléments se composait de seize femmes, toutes assez jolies, en courts jupons et couvertes de diamants. Les Naïades étaient poudrées avec de l'argent qui, tombant sur leurs épaules, ressemblait à des gouttes d'eau. Les Salamandres étaient poudrées d'or. Il y avait une mademoiselle Errazu merveilleusement belle. La princesse Mathilde était en Nubienne, peinte en couleur bistre très-foncé, beaucoup trop exacte de costume. Au milieu du bal, un domino a embrassé madame de S. . . , qui a poussé les hauts cris. La salle à manger avec une galerie autour , les domestiques en costume de pages du xvi* siècle, et de la lumière

électrique, ressemblait au festin de Balthazar dans le tableau de Martin. L'empereur avait beau changer de domino, on le reconnaissait d'une lieue. L'impératrice avait un boumous blanc et un loup noir qui ne la déguisait nullement. Beaucoup de dominos, et, en général, fort bêtes. Le duc de *** se promenait en arbre, vraiment assez bien imité. Je trouve qu'après l'histoire de sa femme, c'est un déguisement un peu trop remarquable. Si vous ne savez pas l'histoire, la voici en deux mots t sa femme, qui est une demoiselle *** (dont, par parenthèse, la mère devait être ma marraine, à ce qu'on m'a dit), est allée chez Bapst, et a acheté une parure de soixante mille francs, en disant qu'elle la renverrait le lendemain si elle ne lui convenait pas. Elle n'a rien renvoyé, ni argent ni parure. Bapst a redemandé ses diamants : on lui a répondu qu'ils étaient partis pour le Portugal, et, en fm de compte, on les a retrouvés au MDnt-de-Piété, d'où la duchesse de *** les a retirés pour quinze mille francs. Gela fait l'éloge du temps et des femmes! Autre scandale. Au bal de M. d'Aligre, une femme a été pincée black and blue par un mari , non moins ombragé de pana-

ches que H. de ***, mais plus féroce. La femme a crié et s* est évanouie; tableau général I On n'a pas jeté le jaloux par la fenôtre, ce qui eût été la seule chose sensée à faire. Adieu.

Samedi 12 mai 1860.

Je vous félicite d'avoir du beau temps et da soleil. Ici, il pleut toujours. Quand il ne pleut pas, la chaleur est humide. Il y a de l'orage dans l'air^ et les gens nerveux comme moi .sont à lem jôse comme des cordes de violon dans le feu. Pour comblé de maux, je suis obligé de rester ainsi jusqu'à la fin de la saison, qui ne paraît pas près de finir. Vous voilà bien instruite de mes projets; je voudrais l'être des vôtres, que je ne soupçonne même pas. 11 y a eu ces jours passés une petite histoire amusante : M. Boitelle, préfet de police, qui doit être l'homme le mieux informé de Paris, a appris, par le rapport d'agents fidèles, que le

ministre d'Ëtat, M. Fonid, était allé coucher dans la maison qu'il a fait bâtir dans le faubourg Saint- Honoré. De très-grand matin, il est allé le voir, lui a serré la main avec effusion, et lui a exprimé toute la part qu'il prenait à ce qui venait d'arriver. M. Fould a cru qu'il s'a^ssait d'un fils à lui, qui fait des sottises en Angleterre. Le quiproquo a duré quelque temps, jusqu'à ce que le préfet de police lui ait demandé le nom de son successeur. M. Fould a répondu qu'il était allé pendre la crémaillère dans sa nouvelle maison, et qu'il avait trouvé commode de ne pas se déranger pour aller coucher au ministère. — Les carlistes sont ici dans le désespoir de la platitude de Montemolin. Il n'est pas douteux qu'il n'ait attendu la fusillade d'Ortega pour faire sa renonciation, attendu qu'il éprouvait le phénomène de la peur. Il eût été plus noble de se dépêcher pour qu'il n'y eût personne de fusillé. Il reste à Londres un frère qui n*a pas abdiqué et qui a des enfants ; il s'appelle *** et est marié à une fille du duc de ***. Il a escroqué les diamants de sa femme, et avec le produit entretient une femme de chambre d'icelle. Cela prouve un homme de goût. — Il paraît que

tM LETTRES

Lamoricière est déjà un peu ennuyé de tous les tracas qu'il rencontre en terre papale. Le cardinal Antonelli disait, il y a peu de temps, à xm ministre étranger, qu'il n'avait jamais rencontré un homme plus distingué que Lamoricière : a Je lui ai parlé de la situation et il y a trouvé tout de suite cinq ou six remèdes; et il parle si bien, que» dans une heure de temps, il m'a donné quatre avis différents sur la même question, touâ si bien motivés, que je n'ai que l'embarras du choix. • Ici, on est extrêmement préoccupé de l'expédition de Garibaldi, et l'on craint qu'il n'en résulte une complication générale. Je crois que M. de Gavour ne serait peut-être pas très-fâché qu'il se fît casser les reins en Sicile; mais, s'il réussit, il deviendra dix fois plus dangereux. Vous serai probablement étonnée quand vous saurez que je travaille et que j'écris comme dans mon bon temps. Quand je vous verrai, je vous raconterîd par quelle singulière circonstance j'ai secoué mon antique paresse. Ce serait trop long de vous écrire tout cela, mais il ne s'agit pas d'œuvres à votre usage. Lisez le livre de Granier de Cassagnac sur les Girondins. Il y a les pièces les plts

curieuses, et les plus horribles descriptions des massacres et des bêtises révolutionnaires, tout cela écrit avec beaucoup de passion et de verve.

J'ai reçu il y a trois jours la visite de M. Feydeau, qui est un fort beau garçon, mais qui m'a semblé d'une vanité par trop naïve. Il va en Espagne pour y faire le complément de ce que Cervantes et Lesage ont ébauché ! II a encore une trentaine de romans à faire, dont il mettra la scène dans trente pays différents; c'est pourquoi il voyage.

Adieu; je pense sans cesse à vous, malgré tous vos défauts. ..••.•••.•••.

CGXVI

Château de Fontainebleau, 12 juin 1860.

Pourquoi ne m'avez -vous pas écrit? Vous auriez dû le faire pour beaucoup de raisons. On m'a retenu ici pour cette semaine. J'espère bien vous retrouver à Paris, car vous aurez sans doute prolongé votre villégiature si le temps II. «

VOUS a aussi maltraitée que nous. Cependant, nous avons fait quelques jolies promenades dans les bols, entre deux ondées; tout est d'un vert d'épinards uniforme, et, quand il n'y a pas de soleil, c'est médiocre. Il y a des rochers et des bruyères qui auraient leur mérite si l'on s'y promenait en téte-à-téte, en causant de toute sorte de choses omme nous savons faire; mais nous allons en longue file de chars à bancs où l'on n'est pas toujours très-bien appareillé pour l'amusesèment réciproque. Il n'y a pas, d'ailleurs, de république où l'on soit plus libre, ni de châtelain et de châtelaine plus aimables pour leurs hôtes. Avec tout cela, les journées ont vingt- quatre heures, dont on passe au moins quatre en pantalon collant, ce qui semble un peu dur dans ce Jtemps de mollesse et de mauvaises habitudes.

Je me suis enrhumé horriblement les premiers jours de mon arrivée. Au reste, comme à brebis tondue Dieu mesure le vent , je n'ai plus eu mes douleurs dès que je me suis mis à tousser.

Je n'admets pas un instant que vous ne m'attendiez pas. 11 serait absurde d'aller à la mer avant que le temps se fût mis au beau et sur-

tout au chaud. Engagez vos amis à la patience; j'en ai beaucoup aussi, et, entre autres, celle de redire cent fois la même chose à une personne qui ne veut guère entendre. Adieu. . . • . .

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Paris, dimanche soir, 2 Juillet 1860.

J'ai reçu votre lettre ce matin, La mer agitée que . vous dites diminue un peu mes regrets de rester à Paris. Cependant, il est impossible que ce temps de chien dure toujours, malgré les taches du soleil que m'apprend mon journal.

Notre session se prolonge indéfiniment, ce dont j'enrage. Je cherche des moyens d'échapper, mais cela est fort diflicile, vu ma grandeur qui m'attache au rivage. Gela ne veut pas dire que je ne sois toujours prêt à faire cinquante lieues pour aller dîner avec vous si l'on m'en priait et si l'on voulait bien m* attendre ; c'est une insinuation fort humble que je prends la liberté de vous^

adresser. En partant a tôt, vous perdrez xm hm beau spectacle, celui de me voir passer in fiocchi et en gants noirs dans la rue de Rivoli au miliea des populations admiratrices^. Je ne sais combien de vacances cette pompe fera dans ngs rangs, mais je crains fort qu'elle ne tourne qu'au profik^ des croque-morts. Il est venu avant-hier trente mille personnes jeter de l'eau bénite, et davantage aujourd'hui. Gela montre bien la badauderie de cette magnanime nation! Elle est toujours plus béte qu'on ne le croit, et c'est beaucoup dire.

Les orléanistes prétendent que M. Brénier a été assommé par un mari peu débonnaire; ce qui me paraît peu probable, vu l'énorme ventre qu'il a. Le plus croyable, c'est que les lazzaroni ont cru venger ainsi leur roi violenté. Les libéi*aux oût assassfné, en représailles, les commissaires de police, ce qui a fait beaucoup de bien à M. Brénier. Les Italiens du Nord n'ont point la vivacité de sentiments des Napolitains. Ils ont du sens oommun et de la logique, comme disait Stendhal,

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