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A l'occasion do l'enterrement du prince Jérôme

A UNE INCONNUE. IDl

tandis que les Napolitains sont des enfants de douze ans mal élevés. Nous en verrons de belles probablement cet automne, et ce serait bien le cas d'y aller faire un tour, au lieu d'aller en Afrique. Je vous attends au moment où votre salon sera plein des curiosités du pays, où vous aurez une robe de chambre à ramages et des babouches. Vous regretterez bien les boues de Paris. Au reste, je ne veux pas vous parler encore de votre expédition. Il peut arriver bien des choses qui feront changer vos projets. Vous connaissez les miens. Je resterai au British Muséum jusqu'à la fin de juillet ; puis j'irai passer quelques jours à Bath, puis en Ecosse, où j'attendrai le mois de septembre et une invitation de votre part.

Adieu.

Paris, jeudi, 12 juillet 1860.

Voilà, je croîs, le beau temps tout à fait revenu. Je partirai, selon toute apparence, au commencement de la semaine prochaine. Si l'idée vous veli. 6.

naît d'aller voir lady *** sur le bord de la ïner, dans les premiers jours d'aoftt, j'espère que voos voudriez bien m'en faire part. Je me figure que la campagne anglaise doit être belle en ce mo* ment, et qu'il serait agréable de passer quelques jours chez votre amie à flâner et à regarder la mer, à manger des crevettes et à prendre le thé les fenêtres ouvertes. Je suis toujours un peu malade. Hier surtout, j'étais très-mal à mon aise. J'ai cependant mon nouvel ami pour me tenir compagnie. C'est un hibou que j'élève, et qui a des sentiments. Je le lâche après dtner et il vole par ma chambre, et, faute de petits oiseaux, prend des mouches très-adroitement. Il a une phpîonomie très- drôle et ressemble aux gens remplis de prétentions, par son air et son expression ultragraves. — Nous avons eu un enterrement t»rible. Nous avons été sept quarts d'heure à défiler entre le Palais-Royal et les Invalides, puis la messe, puis une oraison funèbre de l'abbé Cœur, qui a loué les principes de 89, tout en disant que nos soldats étaient prêts à mourir pour défendre le pape. 11 a dit encore que le premier Napoléon n'aimait pas la guerre et qu'on l'a toujours coo-

traint à se défendre. Le plus beau de la cérémonie a été un De profundis chanté dans Ib puits que vous savez et que nous entendions au travers d'un crêpe noir, qui nous séparait du tombeau. Il me semble que, si j*étais musicien, je profiterais de l'effet admirable de ce crêpe sur le son, pour im opéra à grand spectacle. — Il n'y a plus guère de monde à Paris. Le soir, on va aux Champs- Elysées entendre la musique de Musard, les belles dames et les lorettes assez pêle-mêle, et trèsdifficiles à distinguer. On va encore au Cirque, voir les chiens savants qui font monter une boule sur un plan incliné, en sautant dessus. Ce siècle perd toute espèce de goût pour les amusements intellectuels. Avea^^oos lu le livre que je vous ai prêté et vous a-t-il amusé? Y Histoire de madame de la Guette me plaît plus que la Juive de HoUande^ où il y a des choses qui ont dû vous scandaliser. On me demande le titre d'un roman anglais pour un malade qui ne peut lire que cela. Peut-être pourrez vous m'en dire un. Je viens de fabriquer un grand rapport sur la bibliothèque de Paris. C'eist, je crois, ce qui m'a rendu si malade. Je perds mon temps à me mêler de ce qui

ne me regarde pas et on me met sur le dos toutes les affaires des autres. J'ai quelquefois envie de faire un roman avant de mourir; mais tantôt le courage me manque, tantôt, quand je suis en bonne disposition, on me donne des bêtises administratives à an-anger. Je vous écrirai avant mon départ. Adieu

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Londres, British Muséum, 20 Juillet ISGO.

C'est assurément fort aimable à vous de ne paa m' avoir donné signe de vie, ni un mot d'adlea avant mon départ. Je ne vous pardonnerai que la première fois que nous nous verrons. J'ai été retardé par toute sorte d'embarras, et je n'ai pu partir qu'hier matin, par un temps de chien. Pourtant, je me suis conduit assez héroïquement pendant la traversée, et j'ai été presque le seul qui n'ait pas rendu l'âme aux flots agités. J'ai trouvé ici le temps de l'éclipsé à Paris. Il me

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faut toujours quelque temps à Londres pour m'habituer à la singulière lumière qu'il y fait. II semble qu'elle passe au travers d'une gaze brune. Cette lumière et les fenêtre sans rideaux me tracasseront encore quelques jours. En revanche, je me suis régalé de toute sorte de bonnes choses, et j'ai dîné et déjeuné comme un ogre, ce qui ne m'était pas arrivé depuis assez longtemps. Mon seul regret est de n'avoir pas ici ma chouette, qui joue sur mon tapis le soir, comme le chatfque vous connaissiez autrefois. Je vous assure que c'est une très-jolie bête, et qui a de l'esprit plus qu'elle n'est grosse, car elle ne l'est pas plus que mon poing. Il m'importe très-particulièrement de savoir d'une manière très-exacte, avant la fin de ce mois de juillet, à quelle époque vous vous proposez de venir à Paris, le temps que vous y passerez et quand vous prétendez aller à Alger. C'est en conséquence de vos plans que je ferai les miens. Je n'ai pas besoin de vous dire que vous êtes le grand motif déterminant pour moi, de quitter les Hîghlands plus tôt, ou même de n'y pas aller du tout. Ne songez pas et surtout ne faites pas semblant de croire que ce serait un sa-

criiîce. Je retiendrais demain A vons me disiez que TOUS êtes à Paris. Sachez pour votre gonreme que je suis ici jusqu'au 30.

Adieu; je suis vraiment de bien mauvaise humeur contre vous.

Mercredi soir, 9 août 1860. 9, South Parade Bath.

Je VOUS ai acheté un voile bleu avant de quitter Londres. Je voulais vous écrire; mais mon ministre m'avait accablé de commissions, et c'eût été de la charité de votre part que de venir m'aider à m'en acquitter. J'ai choisi des robes» des chapeaux et des rubans, tout cela le plus fantastique que j'ai pu. Je crains que les chiens de France ne courent après les infortunées qui porteront ces belles choses de mon choix; je suis fâché de vous voir si opposée à une excursion en Angleterre, pendant que j'y suis. Cela ne vow plaît pas. Vous sentez bien qu'il n'y a pas de bruyères et de montagnes que je ne quitte avec

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eiùpressemeot pour vous voir avant votre départ. Qu'il nous reste au moins un souvenir heureux en nous quittant pour si longtemps .,..«•

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J'ai mené depuis huit jours une vie à rendre poussif un cheval pur sang, le jom: en courses» shopping and visiting; le soir dînant en ville chea les aristos, où je trouvais toujours les mêmes plats et presque les mêmes visages. Je ne me rappelais guère les noms de mes hôtes, et, quand ils ont des cravates blanches et des habits noirs, je trouve que tous les Anglais se ressemblent. Nous sommes ici fort détestés et encore plus craints. Bien n'est plus drôle que la peur que Ton a de nous et qu'on ne prend pas la peine de dissimuler. Les volontaires sont encore plus bêtes que la garde nationale ne l'était chez nous en 1830, parce qu'on apporte à tout dans ce pays-ci un air sérieux qu'on n'a pas ailleurs. Je connais un fort galant homme de soixante-seize ans, qui fait l'exercice tous les jours en culotte de zouave. Le ministère est très-faible et ne sait ce qu'il veut, l'opposition ne le sait pas davantage. Mais grands et petits sont d'accord pour croire que nous avons

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envie de tout annexer. En môme temps, il n*y a personne qui ne sente qu'une guerre sei*ait impossible tant qu'il ne sera pas question d'annexer les trois royaumes. Je n'ai pas été très-content de la lettre de l'empereur à M. de Persigny. Il me semble que mieux aurait valu ne rien dire du tout, ou leur dire seulement ce que je leur répète tous les soirs, c'est qu'ils sont bien bêtes. Je vous conseille de me répondre au plus yite, car je suis fort mélancolique et j'ai besoin de consolations. Je retourne à Londres lundi prochain. Écrivez-moi : 18, Arlington street^ chez M. EUice. Je n'y resterai pas longtemps et j'irai tout de suite je croîs à Glenquoich, avec lui. — Cette ville-ci est très-jolie. Il n'y a pas trop de fumée et on voit partout des collines couvertes d'herbes et d'arbres. 11 n'y fait pas trop froid. J'y suis chez des amis gens d'esprit, et il y a des bains qui me font du bien. Adieu

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8 août 1860. Londres, 18, Arlinglon street.

Je reçois votre lettre au moment de paitir pour Glenquoich. Je n'ai pas besoin de vous dire qu'elle ne me fait nul plaisir. Mais je ne vous ferai cependant pas de reproches. Pour le moment, je ne suis préoccupé que d'une chose, c'est de chercher comment je pourrai vous dire adieu. De votre côté, tâchez de faire aussi quelque chose afin de gagner un peu de temps. Je ne désespère pas qu'en nous y mettant tous les deux nous ne parvenions à nous retrouver et à passer quelques heures ensemble. Plus je réfléchis à votre expédition d'Algérie, plus elle me parait folle. Il est évident que les affaires d'Orient, compliquées comme elles le sont , et devant se compliquer encore davantage à tout instant, pourront obliger votre frère à partir sur un signe du télégraphe, et vous demeurerez fort empêchée de votre personne au milieu de vos Arabes. Il me parait

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