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je confie votre paquet au bureau des bateaux à vapeur. Donnez-moi des détails de mœurs et n'ayez pas peur de me scandaliser. Ayez bien soin de vous et ne m'oubliez pas.
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l"* novembre au soir, i8(K)u
J'ai reçu votre n® 7, chère amîe. Il parait que le pays et le temps vous plaisent toujours. le crains pour vous le moment où la vue d'un homme en bournous vous semblera chose si ordinaire» que vous n'y ferez plus attention; c'est le cas, je pense, pour la colonie française dont vous me parlez et qui doit être aussi amusante que celle de la première sous-préfecture venue de France.
Porte-t-on beaucoup de crinoline au palais du gouvernement? s'y ennuie-t-on de la même manière qu'à Paris? Il me semble que je prévois votre réponse. Vous ne m'avez donné que des croquis des mœurs algériennes, je voudrais des détails, et très-précis. Je ne conçois pas pourquoi
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veus- n'entreriez pas dans toutes les explications que je vous demande. Il n'y a rien que vous ne paissiez me dire, et, d'ailleurs, vous êtes justement renommée pour l'euphémisme. Vous savez.
dire les choses académiquement. Je comprendrai à demi-mot; seulement, je voudrais des détails; autrement, je ne saurai que ce que tout le monde sait. Je voudrais savoir tout ce que vous avez appris, et je suis sûr que cela vaut la peine d'être dit. Je vous félicite de votre courage si vous apprenez réellement l'arabe; il en faut beaucoup. J'ai mis ime fois le nez dans la grammaire de M. de Sacy, et j'ai reculé épouvanté. Je me rappelle qu'il y a des lettres lunaires et solaires, et des verbes à je ne sais combien de conjugaisons. En outre, c'est une langue sourde qu'on peut parler avec un bâillon. Mon cousin, qui était un des plus savants arabisants et qui avait passé vingt-cinq ans en Egypte, ou à Djeddah, me disait qu'il n'ouvrait jamais un livre sans apprendre quelque mot nouveau, et qu'il y en avait cinq cents pour dire lioriy par exemple. — Je vous ai écrit une grande tartine politique il y a huit jours^ 11 me semble que tout en est encore au môme
point. Jusqu'à présent, ce qui parait concluant, c'est : 1® que l'entrevue de Varsovie a été un fiasco complet; 2» que l'Autriche se sent hors d'état d'attaquer, bien que son ennemi lui fasse assurément assez beau jeu. Tout se complique encore par la situation de l'Orient. Elle est telle, qae notre ambassadeur à Gonstantinople croit que la vieille machine peut craquer de fond en comble au premier jour. Le sultan vend ses cachemires. Une sait s'il pourra s'acheter à dîner le mois prochain. Savez-vous quel a été le premier mot de l'empereur François-Joseph à l'empereur Alexandre: « Je vous apporte ma tête coupable! » C'est la formule que dit un serf lorsqu'il s'approche de son maître et qu'il craint d'être battu. Il a dit cela en bon russe, car il sait toutes les langues. Sa bassesse ne lui a pas trop réussi : Alexandre a été d'une froideur désespérante, et, à son exemple, le prince régent de Prusse a pris des airs. Après le départ de l'empereur Alexandre, l'empereur d'Autriche est resté quatre heures seul à Varsovie, sans qu'aucun grand seigneur russe ou polonais soit venu lui faire la cour. Les vieux Russes triomphent de tout cela, car ils détestent les Autrichiens encore
pins que les Anglais oa Dons. Vous apprendrez notre grande victoire sur ces pauvres Chinois. Quelle drôle de chose que d'aller tuer si loin des gens qui ne nous ont rien fait ! Il est vrai que, les Chinois étant une variété de l'orang-outang, il n'y a que la loi Grammont qui puisse être invoquée en leur faveur. Je me prépare à nos conquêtes en Chine, en lisant un nouveau roman que vient de traduire Stanislas Julien, le Chinois patenté du gouvernement. C'est l'histoire de deux demoiselles, mademoiselle Cân et mademoiselle Ling^ qui ont beaucoup d'esprit, car elles font des vers et des bouts-rimés à tout propos. Elles trouvent deux étudiants qui, de leur côté, écrivent avec la même facilité, et c'est un combat de quatrains à n'en plus finir. Dans tous ces quatrains, il n'est question que d'hirondelles blanches et de lotus bleus. Il est impossible de trouver quelque chose de plus baroque et de plus dépourvu de passion. Évidemment, les gens qui s'amusent à ce genre de littérature sont d'abominables pédants, qui méritent bien d'être conquis et battus par nous autres qui procédons de la belle littérature grecque. Nous avons eu quelques jours d'été, et je crois ce
qu'on appelle Tété de la Saint-Martin, puis voilà le froid venu. Je commence à songer à la Provence, où Ton me promet un hiver des plos beaux, au dire des astrologues du pays. Je voua avertirai bientôt de mon changement de résidence. Depuis trois jours, je ne respire plus. — Vous ne m'avez pas parlé de la cuisine du pays. Que faut-il penser du couscoussou ? Y a-t-il encore dans les bazars des curiosités bien baroques et sont-elles à des prix honnêtes ? J'ai dîné aujourd'hui chez le prince Napoléon. La princesse Glotilde a admiré mes boutons de poignet et m'a demandé l'adresse du joaillier. Je lui ai dit : « Boa d'Alger, n^ 10. » Est-ce bien cela?
Adieu, chère amie.
Marseille, 17 novembre 1800»
Chère amie, j'arrive à Marseille et je vois que dans une heure il part un vaisseau pour Alger. Je vais lui confier le paquet que je vous destinot Je
A uns IITCOKKOe. fS
ii*ai que le temps de yoos dire bonjour. Je suis ^enrhumé d'une manière horrible. Dans qndques joors, je serai à Cannes, le Tais ùâie une TÎsile AUX environs. Écrivei-nHM i Cannes si tous Skxa *reça le petit paquet. Je sois trop pressé pour toos -dire des nouvelles. Le voyage de Timpératrioe ^ 'fidt beaucoup jaser, et personne n'y comprend rien. On est plutôt à la psdx. Elle est très^ robable, jusqu'à ce qu'on sache quel est le plus fort de .Garibaldi <m de Cavour.
Adieu.
MandUe, 18 nofembre 1860.
Malheureusement, il était trop tard! On met sur l'affiche que les bateaux partent à quatre heures, et c'est à midi. Mardi prochain, mon petit paquet partira sans faute. Je pense que ma lettre partira par le même paquebot. Et maintenant que cette grande affaire est terminée, je reprends mes questions : Êtes-vous allée voir les bains maures? Quelles femmes avez-vous vues à ces bains? Je suis porté à croire que l'habitude de
i. Bn tcosse.
vivre les jambes croisées doit leur faire des genoux horribles. Si vous n'approuvez pas leurs façons de toilette, je suppose que vous adopterez le kohl pour les yeux. Outre que cela est très-joli, on dit encore que l'usage en est excellent pour se préserver des ophthalmies, très-ordinaires et trèsdangereuses pour nos yeux européens dans les climats chauds. Je vous accorde donc mon autorisation sur cet article.
Je suis fâché de la mort de la pauvre lady M***, qui était une bonne femme, malgré ses opinions sur les hommes et sur les choses. Est-il vrai qu'elle ait écrit un livre, un voyage ou un roman? je ne sais plus lequel, mais on m'en a dit du bien en Angleterre. Mon ami de Glenquoich, M. EUice, va être mon voisin cet hiver. 11 vient d'acheter en Ecosse, pour cent vingt mille livres sterling, une terre à côté de la sienne, ou plutôt des lacs, des rochers et des bruyères de plusieurs lieues en long et en large. Je ne me représente guère ce que cela peut rapporter, sinon des grouses et des cerfs dans la saison. 11 me semble que, si j'avais trois millions à mettre en terre, je préférerais les employer au Midi qu'au Nord.
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remporte avec moi une nouvelle édition des œavres de Pooschkine, et j'ai promis de faire un article sar loi. Je me sois mis à lire ses poésies lyriques et j'y tronve des choses magnifiques, tout à fait selon mon cœm*, c'est-à-dire grecques par la yérité et la simplicité. Il y en a quelquesunes très-vives que je voudrais traduire pourtant, parce qu'en ce genre, de même qu'en bien d'autres, il me parait très-supérieur pour la précision et la netteté. Quelque chose dans le genre de l'ode de Sappbo, Aé^uxE {LÈv â aùji^ti^ me rappelle que je vous écns la nmt dans une chambre d'auberge, et je pense à toute sorte d'histoires du bon temps, etc. De toutes les petites misères de ce temps-ci, la pire pour moi, c'est l'insomnie. Toutes les idées sont noires et on se prend en grippe soi-même.
Adieu, chère amie; tâchez de vous bien porter et de dormir. Vous avez encore plus beau temps que nous et plus joyeuse compagnie. Mangezvous des bananes à Alger? C'est le meilleur fruit du monde, à mon avis, mais je voudrais en manger avec vous. Sur cette idée-là, chère amie, je vous souhaite le bonsoir. Je serai à Cannes vers le 25 de ce mois.
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Cannes, 13 décembre 1860.
Vous écrivez avec une concision toute lacédémonienne, et, de plus, vous avez un papier qai sans doute ne se fabrique qu'exprès pour vous. Pourtant, vous avez beaucoup de choses intéressantes à me conter. Vous vivez parmi les barbares, où il y a toujours à observer, et vous pouvez voir mieux que personne, à cause de la crinoline que vous portez, et qui est un passe-port trèsutile. Malgré cela, vous ne m'avez appris qu'une particularité, que je soupçonnais déjà, et encore, vous ne m'avez pas dit ce que vous en pensiez, et si vous trouviez que cela fût digne d'être imité. Vous avez dû voir dans les bazars une grande quantité de brimborions, et vous auriez pu les examiner et me rendre compte de ce qui aurait dû me convenir. Enfin, vous ne vous acquittez pas du tout de votre rôle de voyageuse. 'Pour moi, je vis dans mon trou et je n'ai rien à vous
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mander, si ce n'est que nous ayons eu un temps cte chien au commencement de ce mois. La Siagne, qui est un petit ruisseau entre la montagne de ffistérel et Cannes, a débordé et couvert la plaine, ce qui lui donne un aspect des plus curieux et des plus pittoresques. La mer, de son côté, poussée par un vent du sud, venait battre en bas de mon balcon, et ma maison a été changée en ile pendant une nuit. Tous ces désastres ont été effacés par un jour de soleiL J'ai chaud et je me porte assez bien, mais je dors mal et j'ai tout à fait perdu l'habitude de manger; pourtant, je fais plus <l' exercice qu'à Paris.
Le remue-ménage politique du commencement de ce mois m'a un peu agité, quelque désintéte$Bé que je sois dans la question. Vous savez «combien j'étais lié avec la principale victime *. Je ce -sais rien encore de positif au sujet des motifs de sa disgrâte. Il est évident seulement qu'il y a une belle dame dans l'affaire, laquelle tenait beaucoup, je crois, à occuper son appartement, et qui y travaillait depuis longtemps déjà. Il a