‹ Lettres à une inconnueChapitre 14 sur 37 · CCI HT · texte numérisé non relu

CCI HT

:.«ii.

Je ne perds pas un moment pour tcmis dire que

je viens de receroir rolre lettre du 13 de ce mois.

Je vois que tous tous plaigne de n'avoir pas

reçu de lettres et je n'r comprends rien« II j a

dans tout cela un mj^tère que je ne m'eiplique

pas. Je TOUS félicite de Totre heureuse traTersée.

La mienne n'a pas été aussi bonne pour aTOÎr été

moins longue, je suppose, mais cela ne s'applique

qu'aux lettres de Marseille ; je suppose que tout le

monde a perdu la tête lors du passage de l'empe-

reur, et que tous les services ont été suspendus.

Du négociant de Marseille, à qui j'avais écri; pour II. "î-

118 LETTBES

on enToi très-jMCsaé, ai*a r^KHida hier qa'il n'aTait pas ea le tmipB, à caoae des fêtes. U pantt qoe personne n'était [dos à son affaire. Noos avons, depa's quelques joors, un très-beau temps. Probablement j'en aorais profité pour aller dire adieu à la campagne, mais j'ai eu chez moi mon ami Panizzi. Je l'ai emballé hier pour Turin, où U ne restera que quelques jours. Il doit rerenir à la fi"" de la semaine. Je suis mieux portant depuis mon voyage en Ecosse. Seulement, je dors fort mal. Je TOUS envie le spectacle que vous allez avoir: la partie arabe, qui doit avoir un certain caractère d'éîrangeté; vous m'en ferez une description détaillée, j'espère. Adieu, chère amie. Veuillez m'écrire aussitôt que vous aurez reçu ma lettre. Dites-moi ce que vous pensez de ces lettres perdues ou retardées, et donnez-moi vos ordres pour le petit paquet que j'ai à vous envoyer. Je me suis abstenu de chercher moi-même un moyen, persuadé que vous en trouverez un. Adieu; prenez bien soin de vous ..•«••....

Paris, 7 octobre 1860.

Gbère amie, vos lettres m'arriveot enfiû et me rassurent sur le sort des miennes. Vous avez rai* son d'accuser les Marseillais d'avoir perdu la tète à roccasion du passage de l'empereur. Ils avaient même perdu deux petits barils de vin d'Espagne qu'on m'envoyait et qui sont restés à l'entrepôt, je ne sais combien de temps* Le négociant marseillais qui devait les recevoir m'écrit très-naïvesfiient qu'il était trop occupé des fêtes pour penser à mon vin, et qu'il n'a pu le réclamer qu'après s'être un peu reposé. — Je comprends fort bien Téblouissement et l'intérêt que doit avoir pour vous la première vue de la vie orientale. Vous dites très-bien que vous trouvez à chaque pas des choses bouffonnes et d'autres admirables. Il y a en effet toujours quelque chose de bouffon dans les Orientaux, comme dans certaines bêtes étranges «t pompeuses que nous voyions autrefois au Jar-

din des Plantes. Decamps a fort bien saisi cette apparence bouffonne, mais il n'a pas rendu le côté très-grand et très-beau. Je vous remercie beaucoup de vos descriptions; seulement, je les trouve un peu incomplètes. Vous avez eu le rare privilège de voir des femmes musulmanes et vous ne me dites pas ce que je voudrais savoir. Font-elles en Algérie, comme en Turquie, une grande exhibition de leurs appas? Je me souviens avoir vu la gorge de la mère du sultan actuel, oomme je vous ai vu le visage. Je voudrais encore savoir quel était le caractère des danses que vous avez vu danser, et s'il était modeste, et, s'il ne l'était pas, dites-moi pourquoi. Si vous m'indiquez une occasion pour le paquet que je vous destine, je vous Texpédiercai tout de suite ; si vous n'en avez pas, en passant à Marseille, je le remettrai au premier paquebot en partance. Je voudrais bien que vous me trouvassiez quelque objet à ma convenance. Vous savez ce qui ferait mon affaire, je m'en rapporte à votre divination. Je suis allé passer quelques jours en Saintonge et ne suis revenu qu'hier. Le temps a été constamment détestable, et j'ai rapporté une extinction de voix

et un rhume affireox^ J'ai troaré là des gens profondément déconfits, plearant Urates les lannes de leurs yenx snr les malheurs du saint-père et du général Lamoricière. Le général Changamier fait, à ce qu'on dit, un rédt de la campagne de son collègue, où, après lui xfoir donné les pins grands éloges,' il montre qu'il n'a fait que des bêtises énormes. A mon ayis, le seul des héros martyrs dont on ne peut rire, c'est Pimodan, qui est mwt comme un braye soldat. Ceux qui crient aux martyrs parce qu'ils ont été pris sont des farceurs sur lesquels je ne m'apitoie guère. Le temps présent est, d'ailleurs, parfaitement comique, et il fait bon lire son journal pour apprendre chaque matin quelque catastrophe, lire les notes de Cayour ou les encycliques. Tai yu qu'on ayait fusillé Walker en Amérique, ce qui m'a surpris, car son cas est celui de Garibaldi, que nous admirons tous. Ayezyous trouyé mon portrait ressemblant ? En yoici un meilleur ou du moins d'une expression un peu moins sinistre. Je youdrais yous donner des non* yelles de Paris, mais il n'y a encore personne. Je vous enyie d'être au soleil! Si yous ayez quelque commission ^ me donner, je suis encore à Paris

pour un mois et plus. Yoas neme dites rien de la cuisine du pays. Y ft-t^il quelque chose de bon? Si oui, emportez la recette. Adieu, chère amie*

GGXXVl

Paris, 16 octobre 1860.

Chère amie , j'ai reçu votre, n® 5, pas par un convoi de grande vitesse. Je suppose qu'il a eu un de ces coups de vent dont le journal nous parle tous les matins. Il parait que la Méditerranée fait des siennes cette année. Je vous envie le soleil et la chaleur dont vous jouissez. Ici, c'est toujours pluie ou brouillard, quelquefois humidité chaude, plus souvent humidité froide, toujours aussi désagréable que possible. Paris est toujours complètement vide. Je passe mes soirées à lire et quelquefois à dormir. Avant-hier, j'ai voulu entendre de la musique et je suis allé aux Italiens. On jouait le Barbier. Cette musique , qui est la plus gaie qu'on ait jamais écrite, était exécutée par des gens qui avaient tous l'air de revenir d'un enterrement.

Mademoiselle Âlboni, qui jou^t Rosine, chantait admirablement, avec l'expression d'une serinette. Oardoni chantait comme un homme comme il faut, qui craint d'avoir Tair d'un acteur. Il me semble que, si j'avais été Rossini, je les aurais tous battus. Il n'y avait que le Basile, dont je ne me rappelle plus le nom, qui ait chanté comme s'il comprenait les paroles. — Vous m'avez promis une description exacte et circonstanciée de quantités de choses intéressantes que je ne puis voir. Grâce aux privilèges de votre sexe, vous pouvez entrer dans les harems et causer avec les femmes. Je voudrais savoir comment elles sont habillées, ce qu'elles font, ce qu'elles disent, ce qu'elles pensent de vous. Vous m'avez aussi parlé de danses. Je suppose que c'est plus intéressant que ce qu'on voit aux bals de Paris; mais il me faudrait une description un peu détaillée. Avez-vous compris le sens de ce que vous voyez? Vous savez que tout ce qui se rapporte à l'histoire de l'humanité est plein d'intérêt pour moi. Pourquoi n'écririez-vous pas sur un papier ce que vous voyez et ce que TOUS entendez ?

ie ne sais s'il y aura du Compiëgne cette année.

On me dit que l'impératrice, que je n'ai pas vue, est toujours horriblement désolée. Elle m'a envoyé une belle photographie de la duchesse d'Albe, faite plus de vingt-quatre heures après sa mort. Elle a l'air de dormir tranquillement. Sa mort a été trèsdouce. Elle a ri du patois valencien de sa femme de chambre cinq minutes avant d'expirer. Je n'ai pas de nouvelles directes de madame de Montijo depuis son départ. Je crains bien que la pauvre femme ne résiste pas à ce coup-là. — Je suis dans de grandes intrigues académiques. Il ne s'agit pas de l'Académie française, mais de celle des beaux-arts. J'ai un ami qui est candidat préféré, mais Sa Majesté lui a fait dire de se retirer devant M. Ifaussmann, le préfet. C'est une place d'académicien libre. L'Académie se fâche et veut nommer mon ami malgré lui. Je l'y encourage de toutes mes forces, et je voudrais pouvoir dire à Tempereur le tort qu'il se fait en se mêlant de ce qui ne le regarde pas. J'espère que j'en viendrai à bout et que le grand colosse sera black-boulé de la bonne façon. — Les affaires d'Italie sont bien amusantes, et ce qu'on en dit parmi le peu d'honnêtes gens qui sont ici est encore plus

drôle. On commense c. t-cu: srrrve: qu^:'-iu«>-uij5 des martyr» de Casie:i!i2rûc £:. rt* .«^i'L . L^ U'i parlent pas trop iiè^ :>t Lamirr^K;)- . qi. l a:.rait pas été aus?. ii^rojqii^ t^u'n^ iist^eut:!!: annoncé. J'ai tu t>?i j'.rar; uat>fc«.^ i^. «nii^ cl ui jeune martyr ik dii-nu:: aii.- t^u- ^ ^î^di: jaijiSc prendre. Elie m't d:: qur hî^ fï'nuuii....^ «ixcu-ru; été abominabi^ pojr sein i>ev^i.. je u- <iii-mjuai< à quelque cho&ïr o^ ;:rîTiJDM:. i ri|:uj«:.-\uut. ïuolsieur, que, ciuq itsiiiiii'i^ âpre? avoi^ tfi^ loii prisonnier, le pau\Te ^arçL»:. n avai: â«:*jc. piu:^ «a montre. Une mouir^ q- ciias&K: eL or. quejeAoi avais donnée I h

Adieu» ciiéreaime: 4:*ciivc«-ujoi aouveui. liiï^smoi œ que vou^ laiies. iît^aucou].. ot ÙHULÎisr.

'^ '- Paris, 24 octobre 186i>.

Chère amie, j'ai reçu votre leiiie du 15. J'ai tardéà vous répondre parce que j'ai fait uiieexcur- OOD à la campagne, chez mon cousin, où je me

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promenais le jour et jouais au trictrac le soir. Bftfin, j'ai été très-paresseux. Je vous remercie des descriptions que vous me donnez, qui auraient cependant besoin d*un commentaire perpétuel et d'illustrations, particulièrement en ce qui con^ ceme les danses des natives; d'après ce que vous me dites, cela doit ressembler un peu aux danses des gitanas de Grenade. Il est probable que les intentions sont les mêmes et que les Moresques représentent les mêmes choses. Je ne doute pas qu'un Arabe du Sahara qui verrait valser à Paris ne conclût, et avec beaucoup de vraisemblance» que les Françaises jouent aussi la pantomime. Quand on va au fond des choses, on arrive toujours aux mêmes idées premières. Vous l'avez vu lorsque vous étudiiez la mythologie avec moi. Je n'admets pas du tout la timidité de vos explications. Vous avez assez d'euphémismes à votre disposition pour me tout dire , et ce que vous en faites n'est que pour qu'on vous prie. — Allons, exécutez-vous dans votre prochaine lettre. Je vous dirai que je deviens tous les jours plus souffrant. Je commence à en prendre mon parti, mais c'est ennuyeux de se sentir vieillir et mourir petit

à petit. — Vous me demandez des explications sur le brouillamini actuel. Yous n'êtes pas dégoûtée I Malheureusement, personne n'y comprend rien.

Lisez le Constitutionnel d'aujourd'hui. Il y a un article intéressant et inspiré de la Guéronnière. Il dit en substance : « Je ne puis pas approuver qu'on attaque les gens gui ne vous font rien ; mais, d'un autre côté, je ne m'intéresse nullement à ceux qu'on dépouille, et je ne veux pas qu'on les aide autrement que par des conseils. » Hier, je «uîs allé à Saint-Cloud, où j'ai déjeuné en tête-àtête presque avec l'empereur, l'impératrice, et « Monsieur fils » , comme on dit à Lyon ; tous en très-bonne santé et bonne humeur. J'ai longtemps «auséavec l'empereur, surtout d'histoire ancienne et de César. Il m'étonne par la facilité avec laquelle il comprend les choses d'érudition, dont il n'a pris le goût qu'assez récemment. L'impératrice m'a raconté des anecdotes assez curieuses de son voyage en Corse ; l'évêque lui a parlé d'un bandit nommé Bosio, dont l'histoire a l'air d'avoir été copiée sur Colomba, C'est un fort honnête garçon, que les conseils d'une femme ont poussé à commettre deux ou trois petits meurtres. On

court après lui depuis quelques mois, mais inutilement ; on a mis en prison des femmes et des enfants soupçonnés de lui porter à manger, mais impossible de mettre la main dessus. Personne ne sait où il est. Sa Majesté, qui a lu le roman que vous savez, s'est intéressée à cet homme et a dit qu'elle serait bien aise qu'on lui donnât les moyens de sortir de l'Ile et d'aller en Afrique où ailleurs, où il pourrait devenir un bon soldat et un honnête homme. « Ah! madame, dit Tévêque, me permettez-vous.de lui faire dire cela? — Comment, monseigneur, vous savez donc où il est? » Règle générale : le plus mauvais garnement, en Corse, est toujours apparenté au plus honnête homme. Ce qui les a beaucoup surpris, c'est qu'on leur a demandé un nombre prodigieux de grâces, mais pas un sou; aussi l'impératrice est revenue fort enthousiasmée.

L'entrevue de Varsovie est un fiasco; l'empereur d'Autriche s*y est invité^ et il a trouvé la politesse qu'on a à Tégard des indiscrets. Rien de sérieux ne s'y est fait. La prétention de l'empereur d'Autriche était d'établir que, si l'Autriche avait le danger de la Hongrie, la Russie avait la Pologne;

â UNE INCONNUE. i»

& quoi Gortcbakof répond : a Yous avez onze millions de Hongrois, et vous êtes trois millions d'Allemands. Nous sommes quarante millions de Russes, et nous n'avons besoin de personne pour mettre à la raison six millions de Polonais. Par conséquent, point d'assurance mutuelle, n II me semble que, du côté de l'Angleterre, il y a apaisement, et il serait possible, probable même, qu'elle nous fit quelques avances pour suivre une même politique à l'égard de l'Italie. Si cela arrivait, je pense qu'une guerre serait impossible, à moins toutefois que Garibaldi ne s'en prit à la Vénétie ; mais les Italiens sont plus prudents qu'on ne croit. On m'écrit de Naples que le gâchis y est à son comble, et que l'on y attend les Piémontais avec la même impatience que nous avions, en 1848, de voir arriver à Paris les troupes de ligne. C'est après l'ordre qu'on soupire et on ne le voit qu'avec Victor-Emmanuel. Garibaldi et Alexandre Dumas ont, d'ailleurs, fort bien préparé les esprits, de même qu'une pluie glacée prépare à un dîner chaud. Adieu, chère amie; je pense me mettre bientôt en route pour Cannes. A Marseille, où je serai vers le milieu de novembre,

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