TOME XII
Chémeraut * sera arrivé vers vous, de joindre et assembler toutes vos forces pour faire ce qu'il vous dira de ma part : vous sçavez la fiance que j*ay toujours eu en vous ; c'est pourquoy je me promet qu'en cette occasion qui m'est de si grande importance, vous me ferés paroistre, encores davantage que n'avez jamais faict, votre bonne volonté, selon que vous fera plus entendre de ma part le sieur de Chémerault, lequel vous croirés, comme si c'étoit moy mesmes : priant Dieu, Monsieur du Ludde, vous avoir en sa garde.
De Paris, le 1 6 septembre 1 571 . Signé : Charles. Et plus bas : de Neufville^ avec paraphe.
Au dos est écrit : A Monsieur le conte du Lude, etc
224. — 4 novembre 1571. — Lettres patentes du roi Charles IX, au sujet des troubles pour cause de religion, contenant des instructions pour M. du Lude.
Le roy ayant cogneu que la déclaration qu'il a faicte sur les occasions qui se sont naguières présentées en ceste ville de Paris, les mémoyres et instructions de sa volunté qu'il a envoyées de toutes parts aux gouverneurs de ses provinces et lieutenans généraulx en icelles et lettres particulières qu'il leur a escriptes et à ses courts de parlemens et autres ministres et officiers de justice n'ont peu jusques icy empescher le cours des meurdres, pilleryes et saccaigemens qui se sont faicts en la pluspart des villes de ce royaume,, au grand déplaisir de Sa Majesté, a advisé pour le plus singulier remède envoyer tous les dits gouverneurs
juillet 1571, et que ses pouvoirs de gouverneur furent confiés provisoirement à M. de Boisseguin. (Reg. 39 des délibérations de l'ancien échevinage de Poitiers, séance du 27 juillet 1571.) La lettre du 16 septembre 1571 prouve qu'il était de retour.
1. François de Barbezières, écuyer, s^'de Chémerault, guidon, puis lieutenant de la compagnie des gendarmes du roi. (Dict. des familles de l'ancien Poitou, t. I, p. 203-204.)
en chacun de leurs gouvernemens, asseuré que, actendu leur qualité et le pouvoir qu'ils ont de Sa Majesté, ils sçauront bien faire suyvre et observer son intention, de laquelle pour estre plus amplement esclarcis, sa dite Majesté a faict dépescher ses lettres patentes qui leur seront baillées, lesquelles il entend qu'ils facent exactement observer; oultre le contenu desquelles, monsieur du Ludde, chevallier de son ordre, son lieutenant général en Poictou fera venyr devers luyles gentilshommes de la nouvelle oppinion résidans en son gouvernement, leur dira que le vouUoyr et intention du roy est de les conserver eulx, leurs femmes, enfans et famille, les maintenyr en la possession et jouissance de leurs biens, pourveu que de leur part ils vivent paisiblement, rendent à Sa Majesté l'obéissance et fidélité qu'ils luy doivent, ce que faisant le roy aussi les gardera qu'ils ne soyent par voye de justice ny aultrement inquiétez nj molestez en leurs personnes et biens pour raison des choses faictes et passées durant les troubles et devant l'édict de pacifïication faict au mois d'aoust mil cinq cent soixante dix.
Après, les admonestera amiablement de ne persévérer plus longuement en l'erreur des nouvelles opinions et de revenyr à la religion catholicque, se réconciliant à l'Eglise appostolique et romaine, en la doctrine et obéissance de laquelle le roy et ses prédécesseurs et leurs subjects ont tousjours sainctement vescu et ce royaume s'est heureusement conduict et maintenu.
Leur remonstrera les malheurs et calamités qu'on a veues en ce royaulme depuys que ces nouvelles oppinions sont entrées aux esprits des hommes ;
De combien de maulx elles ont été cause, qu'elles ont dévoyé ceulx qui en ont esté imbus du droit chemin qu'avoient tenu leurs ancestres, elles les ont faict séparer premièrement de l'Eglise, en après de leurs plus proches parants.
Se sont aussy esloignez du service de leur roy, voyre de Tobéissance et fidelliléqu'ilz luy doibvent, comme Ton a veu depuys ce règne,
Que, jaçoit que les autheurs et chefs de eeste part ayent voulu couvrir leurs actions ôm tiltre de religion ou de conscience^ toutesfoys les œuvres et efFects ont assez monstre que le nom de religion n'estoyt qu'ung masque pour couvrir toutes machinations et désobéissance, et soubs ce prétexte assembler, suborner etgaignergens, les adstraindre et par serment faire jurer en la cause soubs ce titre de religion, et par telle voye les distraire de la naturelle affection qu'ils doibvent à leur roy, conséquemment de son obéissance , estant assez notoire que, quelque commandement que ayt peu faire le roy à ceulx de la nouvelle oppinion, ils ne luy ont obéy depuis son règne, sinon aultant qu'il playsoit à leurs chefs ; au contraire quand leurs dits chefs ont commandé prendre les armes, s'eslever, s'emparer des villes, brusler les églises, piller et saccaiger, brief de troubler tout le royaulme, le remplyr de feu et de sang, ceulx qui s'estoient ainsy desvouez à les suivre oblioient toute loyaulté, tout debvoyr de bons subjects pour obéyr et exécuter leurs commandemens. Lesquelles choses, sy les dits gentilshommes veuillent bien considérer, ils jugeront facillement combien seroyt leur condition malheureuse et misérable, s'ils percévéroient plus longuement en leur erreur.
Car ils peuvent bien d'eulx mesmes estimer que le roy enseigné par l'expérience de tant de dangers dont il a pieu à Dieu préserver luy et son Estât, ayant esprouvé les malheurs et calamités que ce royaulme a souffertes par les entreprinses des chefs de ceste cause, leurs adhérents et complices, ne seservira jamays voluntiers ny ne se fera d'un
gentilhomme son subject qui tiendra oppinion en la religion aultre que catholicque, en laquelle ainsy que le roy (suivant ses prédécesseurs) veult vivre et mourir. Il veult
aussy pour oster toutes deffiances entre ses subjects, pour esteindre la source de discorde et séditions, que tous ceulx, principallement les gentilshommes, desquels il se sert ez lieux plus honnorables, qui désireront estre de luy recogneuz pour bons et loyaulx subjects, qui vouldront avoyr sa bonne grâce et estre de luy employés es charges de son service, selon leurs degrés et qualités, facent profession et vivent doresnavant en mesme religion que la sienne.
Ayant esprouvé que jamais les discordes et guerres civilles ne cesseront en ung Estât où il y aura diversité de religion et qu'il est impossible à ung roy maintenyr en un mesme royaulme ceste répugnance de relligion, qu'il ne perde la bienveillance et obéissance de ses subjects ;
Voyre que ceulx qui seront de la religion répugnante à la sienne ne désirent en leur cueur changement de roy et d'Estat ;
Par les raisons susdites et autres que le dit seigneur du Ludde pourra amener à mesmes fm, s'efforcera de persuader à la noblesse et autres personnes qualifiées de la ditte nouvelle oppinion de retourner d'eulx mesmes et de leur franche volunté à la religion catholicque et de abjurer la nouvelle sans actendre plus exprès édicts et commandemens du roy; car, en quelque sorte que ce soyt, le dit seigneur est résolu faire vivre ses subjects en sa religion et ne permettre jamais ny tollérer, quelques choses qui puisse advenyr, qu'il y ayt autre forme ny exercice de religion en son royaulme que de la catholicque.
Les baillifs et séneschaulx qui ne sont de la qualité requisse passeront procuration pour résigner dedans ung mois leurs offices à gentilz hommes cappables et de la qualité portée parl'édict sur ce faict, qui les pourront tenyr et exercer ; et, à faulte de ce faire, nous les déclairons dès maintenant comme lors privés de leurs offices, et affin qu'ils n'ayent occasion de coulleur de remise et excuse, nous entendons et leur permettons qu'ils puissent résigner
leurs dits estais sans pour ce nous payer aucune finance.
Tous baillifz et séneschaulx résideront en leurs baillages et séneschaussëes sur peyne de privation', et, où ils ne pourroient ce faire pour autres empeschemens, seront tenus de résigner, ce que nous entendons pareillement qu'ils feront sans payer finance.
Tous archevesques et évesques résideront sur leurs bénéfices, et ceulx qui, par vieillesse ou autre indisposition de personnes, ne pourroient prescher et annoncer la parolle de Dieu et eulx mesmes édiffier leur peuple et faire les autres fonctions appartenantes à leurs charge et dignité, seront tenus de prendre et choisyr ung coadjucteur pour les soullager et s'employer au debvoir de leur charge, auquel coadjucteur ils assigneront pension honneste et raisonnable, telle qu'elle sera advisée, selon les fruicts et revenu du bénéfice. Les curés pareillement résideront sur leurs bénéfices ou seront admonestés de les résigner à autres qui résideront en personnes et feront le debvoir de leur charge. Les arcevesques et évesques s'informeront de ceux qui tiennent abbayes, prieurez, cures et autres bénéfices qui sont en leurs diocèses, de quelle qualité ils sont et le debvoyr qu'ils rendent en l'administration de leurs bénéfices, dont ils feront procès-verbal qu'ils mettront es mains des gouverneurs qui les envoyeront puys après à Sa Majesté pour y pourveoyr, ainsy qu'il advisera estre besoing, feront résider actuellement les curés es lieux de leurs cures, ou pourvoiront en icelles d'autres personnes capables selon les dispositions canonicques. Signé : Charles. Et plus bas : de Neuf VILLE, avec paraphe.
Entre lesquelles signatures est écrit : Fait à Paris, le iiij" jour de novembre 1 571 .
225. — 4 novembre 1571. — Lettre de Catherine de Médicis à M. du Lude.
Monsieur du Ludde, le roy monsieur mon fils vous eseript bien au long *, faisant responce aux vôtres dernières, par où vous congnoistrez ce qu'il l'avoyt meu à vous eseripre les syennes sur ce que l'on nous avoyt rapporté qu'aucuns de ceulx delà nouvelle oppinion s'estoient comme par désespoir retirés dans la Rochelle, et est très satisfaict de ce que luy en avez escript pour l'asseurer qu'il n'estoit ryens de ce qui luy en avoit esté dit ; car, comme la chose luy estoit de très grand importance, il en avoyt receu un très grand desplaisir dont vos dites lettres l'ont mys hors. Vous verrez la résoUution qu'il a prinse de n'espargner les Rochelloys et comme bientost mon fils le duc d'Anjou doibt partir pour exécuter son intention. Cependant, Monsieur du Ludde, vous suyvrez ce qu'il vous mande, selon l'affection quejesçay vous portez à son service, ayant tousjours avec le sieur de Byron ^ entière et bonne intelligence, comme il est très nécessaire en cest occasion. Priant Dieu, Monsieur du Ludde, vous avoir en sa sainte garde.
Escript à Paris, le 4® jour de novembre 1 571 . Signé : Caterine. Et plus bas : de Neufville.
La suscription : A Monsieur le conte du Ludde, etc..
1. Peu de jours après, le 8 novembre 1571, le roi se trouvait au Lude, c'est-à-dire au château même du gouverneur de Poitou. Il y signa un brevet permettant au s»" de la Frézellière, lieutenant de la compagnie de M. du Lude, et au sr de la Roussière, guidon de la même compagnie, de porter arquebuses et pistoUes, pour la sûreté de leurs personnes, en Poitou et ailleurs, nonobstant les ordonnances à ce contraires. (Papier rouge du greffe du présidial de Poitiers.)
2. Armand Gontaut de Biron, grand maître de l'artillerie, venait d'être nommé gouverneur delà Rochelle, dont la cour redoutait, non sans raison, l'hostilité. Biron, attaché à la cour, ne prit pas possession de son gouvernement et y envoya Beaupuy en qualité de lieutenant. (Hist. de la Rochelle, par Arcère, t. I, p. 394 J
226. — 12 décembre 1571. — Lettre de Charles IX à M. du Lude.
Monsieur duLudde, désirant soulager mes subjeets le plus qu'il me sera possible et leur donner moyen de se rédimer de la pauvreté en laquelle ils ont esté réduicts par les guerres et callamités passées, j'ay faict expédier deux de mes lettres patentes, les unes pour les descharger de la creue des quatre sols pour livre à raison du principal de la taille et en faire cesser la levée, les aultres pour révocquer toutes commissions extraordinaires en vertu desquelles mes dits subjeets sont travaillés, ainsy que vous verrez par le double imprimé que je vous envoyé de mes dittes lettres, les quelles j'ay envoiées en mes cours de parlement, chambre des comptes, cours des aydes, trésoriers de France et généraulx de mes finances, baillifs, séneschaulx et elleus sur le faict de mes aydes et tailles, pour les faire publier et observer, dont j'ay bien voulu vous advertir et vous prier de tenir la main à l'exécution et observation du contenu en icelles mes dittes lettres ; faisant entendre et congnoistre à chacun que le plus grand désir que j'aye est de souUager mon dict peuple, et vous me ferez service agréable ; priant Dieu, Monsieur du Ludde, qu'il vous ait en sa garde.
Escript à Reims, le 1 2^ jour du mois de décembre 1 571 . Signé : Charles. Et plus bas ; de Neuf ville, avec paraphe.
Au dos est écrit ; A Monsieur le conte du Ludde, etc..
227. — 27 août 1572. — Lettre de Charles IX à M. du Lude, au sujet du massacre de la Saint -Barthélemi *.
Monsieur le conte , j'estime que vous n'estes à sçavoir la
1. Il y a dans cette correspondance une nouvelle lacune, depuis le 12 décembre 1571 jusqu'au 27 août 1572. Nous ne connaissons pour la combler qu'un mandement de M. du Lude, daté de Champchévrier le i^" mai 1572, ordonnant à la ville de Poitiers de délivrer, à titre de prêt, six pièces d'artillerie demandées par le roi. (Reg. 40 des délibérations de l'échev. de Poitiers, séance du 6 mai 1572.)
bléceure du feu sieur de Chaslillon, admirai^ et de quel zelle et affection j'avois mis peyne à la vérification du fait pour en faire faire la justice et pugnition, de laquelle se deffians le dit admirai et ceulx de la nouvelle religion qui estoient forts et en grand nombre en ceste ville, sans avoir la patiance de veoir et congnoistre les effects de mon intention, se deslibëroient, comme je fus adverty le landemain de la dite bléceure, d*en prendre eulx mesmes la vangance, non seulement sur ceulx de la maison de Guyse, mais sur tous ceulx desquels ilz estoient entrez en soubçon ; de manière que, pour prévenir à l'exécution de leur si pernitieuse entreprise , ay esté contrainct de permettre et donner moyen au sieur de Guyse de courir sus au dit admirai qui fut tué et ses adhérans, laquelle exécution fut (à mon très grand regret) acompaignée d'une émotion popullaire en laquelle un grant nombre de ceulx de la dite religion qui estoient en ceste dite ville, furent aussy tuez et massacrez. Et craignant le semblable advenir es autres villes de mon royaume, je vous ay bien voulu rendre cappable de mon intention là dessus, qui est que vous faciez toute dilligence pour donner ordre à la seureté des villes, places et châteaux qui sont en Testendue de vostre charge, et qu'en icelles il ne s'eslève aucune émotion entre les habitans, ne se commette aucun massacre entre eulx, sur peyne delà vye, actendu qu'il n'y avient en ce faict de rupture de mon édit de paciffication, lequel je désire de tout mon pouvoir entretenir, faisant à ces fins faire très exprès commandement à tous mes subjets de vostre gouvernement de demeurer en paix et seureté en leurs maisons, ne prendre les armes pour s'offenser l'un Tautre, vous rendant le plus fort pour les en empescher et me faire obéyr; et d'autant. Monsieur le conte, que je suis adverty que ceulx de la dite religion montent à cheval et se veullent souslever, se donnant des rendez-vous et qu'ils ont intelligence et correspondance avecques leurs semblables des provinces de mon royaume; à quoy, s'il ny est
promptemerit et à bon essient pourveu, ilz se pourroient remectre en trouble, je vous prie que le plustost que vous pourrez, vous assambliez le plus de forces qu'il vous sera possible, tant de vos amys, que de ceulx qui sont à ma solde et service, et courir sus et mettre en pièces ceulx de la dite religion qui prendront les armes, s'assambleront et mettront en trouppe, affm qu'ils ne puissent exécuter leurs entreprises et que par ce moien mes subjets de vostre gouvernement soient conservez en repos soubs Taucthorité de mes édits et ordonnances et notamment de mon dit ëdit de paciffication et defFences de porter armes : priant Dieu, Monsieur le conte, vous avoir en sa garde.
De Paris, le xxvij^jour d'aoust 1572. Signé : Chaules. Et plus bas : de Neuf ville, avec paraphe.
Au dos est écrit : A Monsieur le conte du Ludde, etc.