août 1572. — Lettre de Charles IX à M. du Lude
Monsieur du Ludde, ayant advisé que soubs couleur et occasion de la mort dernièrement advenue de Tadmiral et de ses adhérans et complices, aucuns gentilshommes et aultres mes subjects faisans profession de la religion prétendue refFormée se pourroient eslever et assembler pour tascher de faire ou entreprendre quelque chose au préjudice du repos et tranquillité que j'ay tousjours désiré en mon royaulme, estant le faict de la dite mort, des Guise, et donner à entendre pour aultre cause qu'il n'est advenu , j'ay faict la déclaration et ordonnance que présentement je vous envoyé , laquelle je veulx et entends que vous faictes incontinent publier à son de trompe et par affiches, par tous les lieux et endroicts de vostre dit gouvernement acoustumés à faire cris et proclamations,, à ce qu'elle soit notiffiée à ung chacun; et, encores que j'ay e tousjours voulu estre observateur de mon édict de paciffication,
toulesfois voians les troubles et séditions qui se pourroient eslever parmy mes subjects à Toccasion de la mort sus dite, tant dudit amyral que de ceux qui Taccompagnoient, je désire et vous prie faire faire defFenses particulières aux principaulx de la dite religion prétendue refformée en vostre gouvernement qu'ils n'ayent à faire aucune assemblée, ny presches en leurs maisons, ny ailleurs, affm d'ôter tout doubte et soubçon que pour ce Ton en pourroil concevoir ; semblablemeut en advertir ceulx des villes de vostre dit gouvernement que vous jugerez estre à faire, à ce qu'ils ayent en cest endroict à suyvre mon intention, mais qu'ils se retirent en leurs maisons pour y vivre doulcement, comme il est permis par le bénéfice de mon dit édict de paciffîcation et ils seront conservez soubs ma protection et sauvegarde; aultrement, là ou ils ne se vouldroient retirer après l'advertissement que vous leur en aurez faict, vous leur courez et ferez courir sus et les taillez en pièces comme ennemys de ma couronne. Au surplus, quelque commandement verbal que j'aye peu faire à ceulx que j'ay envoyés, tant devers vous, que aultres gouverneurs et mes lieutenans généraulx et officiers, lorsque j'avoys juste cause de maltirer et craindre quelque sinistre événement, ayant sceu la conspiration que faisoit à rencontre de moy ledit amyral, j'ay révocqué et révocque tout cela. Au reste. Monsieur du Ludde, affin que, si vous avez affaire de forces du cousté de delà vous en soyez secouru promptement^ je vous envoyé six commissions en blanc pour douze cens hommes, non pour les lever à ceste heure, mais pour faire élection des cappitaines, lesquels en attendant ladite levée s'asseurent de leurs gens pour, quant l'occasion s'offrira et la nécessité le y requerra, les avoir tous prests et asseurés à servir et les emploier promptement, sans en faire aucun bruit jusques à ce qu'ils ayent sur ce commandement de moy ou de vous, sur la discrétion de qui je remects la dite levée, Et, pour ce que je sçay
bien que vous ne pouvez pas tousjours demeurer dans ma ville de Poictiers, ainsy que voslre présence y est bien requise pour mon service et le bien de la dite ville, au moyen de quoy il est bien nécessaire pour Timportance d'icelle qu'il y demeure quelqu'un, j'ay choisy le sieur de Boisseguyn pour y commander en vostre absence, vous priant quant vous en partirez le laisser dedans la dite ville et donner ordre qu'il y soit obéy en vostre dite absence, ainsy qu'il est requis, par ceulx de la dite ville, en ce qu'il leur commandera et ordonnera pour mon dit service, m'asseurant qu'il s'acquitera bien et dignement de ceste charge ; priant Dieu, Monsieur du Ludde, qu'il vous ayt en sa saincte garde.
Escript à Paris, le xxviij^ jour d'aoust 1572. Signé : Charles. Et plus bas : de Neuf ville.
Et la suscription est : A Monsieur le conte du Ludde, etc.