‹ Lettres adressées à Jean et Guy de Daillon, comtes du Lude, gouverneurs de Poitou de 1543 à 1557 et de 1557 à 1585Chapitre 149 sur 173 · novembre 1572. — Lettre de Charles IX à M. du Lude · texte numérisé non relu

novembre 1572. — Lettre de Charles IX à M. du Lude

Monsieur le conte, si tost que je feus hyer party de Paris pour en estre absent trois ou quatre jours, quelques séditieux firent courir ung bruit parmy le peuple que Ton devoit tuer tous ceulx, tant qui estoient soubsonnez estre de la nouvelle opinion, que les autres qui l'avoient abjurée, de manière que cela avoit faict naistre une telle rumeur dedans la ville que, sans le bon ordre qui y feust donné par les gens de bien mes bons et fidelles serviteurs^ la chose eust passé plus avant. Mais Dieu mercy, il n'y a eu ung seul homme d'offensé, comme je viens d'estre adverty tout prér sentement, estans sur le poinct de m'en retourner en la dicte ville, si ceste rumeur eut continué, pour chastier tels séditieux et moy mesmes y pourveoir. Et, d'autant qu'il est à craindre que tel bruit soit porté plus loing et comme toutes choses sont subjectes à estre prises plustost en mauvaise part qu'autrement, que l'on ne pense que l'exécution s'en soit ensuivie, ce que, je ne doubte pas, aura donné une telle alarme partout que chacun aura pensé que le tout se face par mon auctorité et par là pris occasion aux ungs de mener les mains et courir sus à ceulx qui sont ou ont esté de ceste dite nouvelle opinion et aux autres par désespoir habandonner leurs maisons pour fuir ceste fureur, je vous fais ceste lettre par laquelle serez informé à la vérité comme le tout a passé, vous priant le faire entendre à toute la noblesse de vostre gouvernement, mesme le faire publier en toutes les principales villes et endroicts d'icelluy, affin que personne n'en prétende cause d'ignorance, faire pugnir

et très rigoureusement chastier eeulx qui^ soubs ce prétexte ny autrement, s'ingéreront de entreprandre aucune chose au préjudice de ceulx qui ont esté de la nouvelle opinion, suivant les déclarations que je vous ai envoiées et si souvent réitérées de mon intention, de manière que ung chacun cognoisse combien je suis esloigné de semblables exécutions et que ceulx qui seront entrés en doubte et subçon pour ceste occasion soient rasseurés ; faisant bien sonner à toute ceste noblesse qu'il se découvre que ceulx, les quels ont publié tels bruicts et les font courir et porter par toutes les provinces de mon royaume, le font en intention de les faire entrer en désespoir, afin de renforcer la partie de ceulx qui sont soubslevés contre mes commandemens, ainsi qu'il se verra par le peu d'effect qui s'en est ensuivy en ma dite ville de Paris, lequel je désire estre semblable en vostre gouvernement par le bon ordre que y donnerez, duquel vous me donnerez advis par vostre première : priant Dieu, Monsieur le conte, de vous avoir en sa garde.

Escript à Paris, le xx^ jour de novembre, l'an 1 572. Signé : Charles. Et plus bas : de Neuf ville.

Et la suscription est : A Monsieur le conte du Ludde, etc. ..

247. — 24 novembre 1372. — Lettre de Charles IX à M. du Lude.

Monsieur le conte, je vous ay assez de fois escript et semblablement aux sieurs de Biron et Strossy le desplaisir que j'avois des pill cries et insolences qui se faisoient par delà. Prévoians le mal qui en est advenu auquel il seroit après très difTicille remédier, j'ay le plus tost qu'il m'a esté possible envoie aus dis sieurs de Biron et Strossy argent pour le paiement des compaignies des gens de pied, par ce que je me suis bien asseuré n'y avoir autre moien de les régler pour s'en servir et ayder, estant le dit argent de présent par delà, comme je suis certain qu'il y est arrivé. Je

veulx croire qxie l'on aura faict faire monstre aus dis gens •de pied, q^a*ils auront été resserrez et donné ordre de les faire vivre avecqaes polices, en somme Ton n*aura plus d'excuse de les chastier s'ils se desbandent et continuent licentieusement à piller le monde ; à quoy de vostre part, je vous prie tenir la main, faisant entretenir et observer à l'endroict de ceulx de la dite nouvelle opinion les déclarations que je vous ay envolées et les commandements que je vous ay si souvent réitérés et lesquels il me desplaist grandement veoir si peu suivis. Puisque vous estimez ceulx qui font profession de ceste nouvelle opinion estre tellement opiniastres et chatouilleux que, si on leur parloit de se despartir de ceste fantaisie et vivre catholicquement, ils habandonneroient leurs maisons et se randroient dedans la Rochelle, je suis bien d'advis qu'il ne leur en soit riens dict ; aussi je ne vous mandois expressément leur en parler de ma part , mais sentir comme de vous mesmes dextrement leur intention, et, selon que les trouverriez disposés, les admonester de leur salus : ce néantmoings , il sera meilleur dillaier pour quelque temps, puisque vous es^ timez que cela seroit pour plustost nuire à mon intention et fortiffier ceulx qui se sont soubslevés, que faire le contraire, ne voullans qu'ils y soient contraincts ny forcés, ains qu'ils soient conservez et maintenus en toute seureté en leurs maisons pour y vivre, selon que je leur ay permis et qu'il est expressément porté par les dites déclarations, lesquelles je vous prie de rechef, sur tant que désirez mè contenter, faire garder et observer, sans qu'il soit permis à nul, soubs prétexte tel qu'il soit, aller au contraire; estimans que ce seroit le plus beau moien pour affoiblir les Rochelois et autres qui se sont soubslevez, car chastians rigoureusement ceulx qui vont pillant et rançonnant les dis de la nouvelle opinion, les ungs qui sont encores en leurs maisons s'i cognoissans en seureté et repos n'en partiroient H s'i contieftdroient dôulcèment et plusieurs des autres qui

se sont par désespoir et contraincte rangez de ce party là s'en retireroient très volontiers : en qaoy, comme en toutes autres choses concernans mon service et Texpugnation de la dite ville de la Rochelle, j*auray à singulier plaisir que vous aiez avecques le sieur de Biron, et hiy avecques vous, toute bonne intelligence et correspondance, etmesmeâ que vous exécutiez Tentreprinse que vous me mandez avoir en mains : oultre ce que je vous ay mandé pour la résidence des évesques et bénéficiers, j'ay particullierement escript aus dis évesques en faire leur devoir, sinon qu'il sera pourveu en kur place. Vous me manderez ceulx qui n'ayront obéy, affin que je cognoisse les autres. Priant Dieu, Monsieur le conte, vous avoir en sa saincte garde.

Escript à la Houssaye, le xxiiij^ jour de novembre 1572. Signé : Charles. Et plus bas : de Neufville.

Et la suscription est : A Monsieur le conte du Ludde, etc..

248. — 1" décembre 1572. — Commission de Charles IX à M. delà. Haye, lieutenant général de la sénéchaussée de Poitou. ^[

Charles, par la grâce de Dieu, roy de France, à nostre amé et féal conseiller et lieutenant général à Poicliers, Monsieur de la Haye, salut. Parceque nostre intention est de faire faire une chaisne de fer qui soit très forte et de la longueur de deux mil pas et plus pour nous en servir, ainsy qu'avons advisé pour nostre service, et que sommes tant asseurés de votre affection, fidellité, sens et capacité que vous pourrez nous servir en eest endroïèt, comme il est requis et désirons. Pour ces causes et aultres à ce nous mouvans , vous avons commis et député , commectons et depputons par ces présentes, vous donnant pouvoir et mandement spécial de nous faire faire diligemment , secrètement et bien icelle chaisne de fer de la dite longueur, et ce par les plus seurs, meilleurs et expérimentés

maîtres et ouvriers que vous pourrez mectre en besongne et en plusieurs et divers endroicts, de sorte qu'ieelle chaisne soit au plustost parachevée, en mandant à tous qu'il appartiendra de vous obéyr et entendre en ce que dessus, comme à nous mesme, voullans que, en cas de refFus ou dellay, ils y soient eontraincts par toutes voyes requises pour TefFect de nostre service, car tel est nostre plaisir.

Donné à Paris, le premier jour de décembre Tan de grâce mil cinq cens soixante douze et de nostre règne le douziesme. Par le roy, monseigneur duc d'Anjou son frère et lieutenant général présent. Signé : de Neuf ville.

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