Novembre 1^72. — Lettre du duc d'Anjou à M. du
Lude.
Monsieur le conte, Ruzë m*a dit les entreprinses que vous avez proposées sur la réduction de la Rochelle en Tobéissance du roy, monseigneur et frère et tellement travailler ceulx qui font contenance de la vouUoir garder contre luy qu'ils feussent contraincts demeurer dans la ville et manger leurs vivres sans plus tirer aucunes commodités de la campaigne, comme ils ont faicts. Depuis, il m'a dit aussy le désir que vous avez de me veoii' par delà pour recevoir l'honneur de renger tels rebelles à l'obéissance qu'ils doyvent à leur roy et de quelle affection vous êtes délibéré d'y employer tous vos moiens, dont je vous remercye de bon cœur, attendant que je mette en œuvre ceste bonne volonté que je me suis tousjours promise de vous, et de laquelle j'essayeray de me revencher en aultre endroict ou vous me vouldrez employer ; cependant, je vous prie, faictes tout ce que vous pourrés pour rendre l'exécution de cette entreprinse à si bon terme que la fin en soit au service du roy, mon dit seigneur et frère, et selon nos espérances, soit par la prinse de Maran, comme Ruzé m'a dict aussy que vous en estiés sur le poinct, ou autre moyen que vous penserés y debvoir estre employé ; vous asseurant que jamais je ne celleray le bon debvoir que vous y aurés faiet, mais qu'il sera tesmoigné et favorisé de moy en tout ce qu'il me sera possible ; et là dessus, après vous avoir prié de m'escrire souvent ce que vous penserés me debvoir estre mandé, Notre Seigneur vous ait, Monsieur le conte, en sa saincte garde.
Escrit à Paris, le de novembre 1572. Signé : Votre
bon amy, Henry.
Au dos est écrit : A Monsieur le conte du Ludde, etc*..
245. — 16 novembre 1572. — Lettre de Charles IX à M. du Lude.
Monsieur du Lude, par ce qu'il peult estre nécessaire tenir l'esquipaige d'artillerye que j 'envoyé par delà pour l'entreprise de la Rochelle, en aucunes villes de vostre gouvernement, je vous prye donner ordre qu'il y soit receu et logé comme il appartient et secourir et ayder de ce que vous pourés le sieur de Biron en Texécution et poursuitte de la dite entreprise. Au surplus, je vous ay par plusieurs fois escript empescher que mes subjects de la nouvelle oppinion ne fussent saccagez ne pillez en vostre gouvernement, ains gardez et conservez de toutte oppression : je veulx croire qu'y faictes ce que pouvez. Toutesfois je suis adverty que l'on ne laisse de leur courir sus, les vexer et tourmenter journellement, de sorte qu'ils sont conlraincts habandonner leurs maisons et familles et par désespoir suivre ceulx qui se sont souslevez contre ma volunté, dont je ne puis estre contant, cognoissant combien je suis mal obéy et mes commandemens peu respectez. Et partant, je vous prye y mettre meilleur ordre, s'il vous est possible, et vous ferés chose qui me sera très agréable. Je prye Dieu^ Monsieur du Lude, qu'il vous tienne en sa sainte garde.
Escript à Paris, le xvj^jour de novembre 1572. Signé : Charles. Et plus bas : de Neufville, avec paraphe.
Entre lesquelles signatures est écrit : Monsieur du Lude, je vous envoyé ung rôle de certains lieulx par lesquels, comme l'oti m'a adverty, passent journellement gens qui vont de la Rochelle en Allemagne et reviennent pour conduire des pratiques et menées au préjudice de mon service ; j'entends qu'ils ne marchent jamais que la nuit ; je vous prie y avoir l'œil, mettre peine de y atraper quelqu'un et vous ferez chose qui me sera très agréable. Il s'y faut porter secrètement et pour cause. J'escripts à mon cousin le sieur Strossy que je sèray bien ayse qu'il employé deux ou troys dès
capitaines auxquels vous avez fait lever des compagnies de gens de pied, si le nombre que je luy ay commandé lever n'est complet.
Au dos est écrit ; A Monsieur le conte du Lude, etc..