avril 1574. — Lettre de Charles IX à M. du Lude
Monsieur le conte, vous avez cy devant peu entendre ce qui s'estoit passé de l'entreprise faicte contre moy et mon Estât à Saint Germain en Laye. Depuis ces jours passés, il s'en est découvert encores icy une méchante et malheureuse, laquelle m'ayant été confirmée par plusieurs et divers advis, je feis renforcer mes gardes et entrer dedans l'anclos de ce chasteau ung corps de garde de Suysses. 11 avoit dès lors esté prins quelques prisonniers coulpables delà dicte entreprinse et depuys il en a esté pris encores d'autres, entre lesquels sont La Mole et le comte Coconas qui sont entre les mains des gens de ma court de Parlement pour leur estre
faictsleur procès, s'estans jà, par les interrogatoires que Toiï leur a peu faire et leurs confessions voluntaires, vériffié comme ils ont voulu suborner mes frères, les duc d'Alençon et roy de Navarre et les enlever hors d'auprès de Daoy pour leur faire entreprendre quelque chose au préjudice de mon auctorité et du repos de mon Estât; pour lequel effect ils avoient disposés des chevaulx en certains endroicts et prins unglieu où ils se dévoient rendre; ayant liea à louer Dieu de ce que, par sa grâce, leurmaulvais desseing n'a pu estre exécuté ; et mes dis frères ayans recogneu la maligne intention de ceulx qui les ont voulu ainsi malheureusement séduyre, m'ont déclairé tout ce qu'ils en ont sceu conforme à ce que dessus ; espérant bien que, par la confection des procès qui seront faicts à ceulx qui se trouvent aujourdhuy prisonniers, il se pourra découvrir quelque chose davantaige de ce à quoy tendoit le but de ceste malheureuse entreprise. Cependant je ne veulx oublyer à vous dire que mon cousin le prince de Condé ayant eu quelque frayeur, pour luy avoir esté donné à entendre que je tenois prisonniers nos dits frères, est sorty d'Amyens et s'est retiré du costé des Ardennes, ainsy que je l'ay entendu; mais j'espère que, comme son partement a esté fondé sur ung faulx donné à entendre, quand il sçaura la vérité des choses, comme j'ay donné ordre à luy faire sçavoir, il s'en retournera au dit Amyens pour continuer à pourveoir aux affaires de son gouvernement, selon la charge que je luy en ay donnée et que je luy avois envoyé expressément. Je vous ay bien voulu advertir de ce que dessus ainsi particulièrement, affin que vous n'en demeuriez en peyne sur les bruicts qui en pourront courir et aussy affin que vous ayez tousjours l'œil sur ce qui est de votre charge, ne voullans néantmoins que pour cela ceulx de la nouvelle opinion ny autres qui se contiendront paisiblement en icelle soyent aucunement molestés, ains maintenus et conservez, ainsi que je vousay tousjours mandé estre mon in-
tention. Priant sur ce le Créateur, Monsieur le conte, vous avoir en sa saincte garde.
Escript au Bois de Vincennes, le xv^ jour d'apvril 1 574. Signé : Charles. Et plus bas : Fizes.
Et la suscription est : A Monsieur le conte du Lude, etc..
272. — 20 avril 1574. — Lettre du roi Charles IX à M. du Lude.
Monsieur le conte, je receuz hyerau soir lettres du sieur de Montdoulcet résident pour mes affaires es Pays Bas, par lesquelles il me mande que le xiiij® de ce mois le grand commandeur * et le comte de Ludovic se sont rencontrés avecq leurs forces entre les pays de Gueldres et Cléves et donné bataille, en laquelle Theur a tant favorisé le dit commandeur qu'il est demouré maître du champ, et a le dict conte perdu quinze cent chevaulx, toute son infanterie qui a esté taillé en pièces, et le reste de sa cavalerie mis en routte, luy blessé en l'espauUe et en la cuisse, son frère le conte Jehan prins ou tué et le due Christophe, fils du conte Palatin tué, ayant esté le dit conte forcé défaire sa retraite au dit pays de Cléves ou le dit commandeur le poursuict pour ne perdre le fruict de sa victoire, n'y ayant pas apparence qu'après une si lourde perte le dit conte se puisse remettre en campagne pour ceste année ^ ; dont j'ay bien voulu vous advertir, étant asseuré que ceste nouvelle ne pourra que beaucoup servir au bien et avantage de mes affaires et à la diminution de l'espérance de ceulx de mes subjectsqui se sonteslevéz, lesquels se trouverront descheuz de ce cousté, s'ils en attendoient quelque secours et assis-
1. Louis Requeseiis , grand commandeur de Tordre de Saint* Jacques en Gastille, gouverneur des Pays-Bas pour TEspagne.
2. Il s'agit ici de la bataille de Moch, gagnée par Sancho d'Avila sur Louis et Henri de Nassau et Christophe de Bavière. {Hist. de la. guerre de Flandre, par Sfcrada, t. II, p. 310, éd. i675.)
tance. Au moyen de quoy, s'ils sont bien conseillés et ont quelque goust de bonne et pacifique volunté, j'estime qu'ils recognoistront leur faulte, et, recevant la grâce que je leur présente de vivre en paix en leurs maisons, ce sera ung moyen de mettre en repos ce royaume, sinon et où ils seroient endurcis en leur mal^ je me délibère de les poursuivre si vifvementpar la force que j'espère que Nostre Seigneur, portant ma juste querelle, m'en donnera yssue favorable. Priant Dieu, Monsieur le conte, vous avoir en sa saincte garde.
Escript au château de Vincennes, le xx* jour d'avril 1 574. Signé : Charles. Et plus bas : Fizes, avec paraphe.
Au dos est écrit : A Monsieur le conte du Lude, etc..
273. — 29 avril 1574. — Lettre du roi Charles IX à M. du Lude.
Monsieur le conte, je suis bien aise que vous ayés vu mon cousin le duc de Montpensier * et que, actendant l'artillerie qu'il fait venir de Nantes pour entreprendre le siège de Fontenay soit arrivée, vous vous soyez acheminé à INyort 2, pour y préparer et advencer ce que vous con« gnoistrez estre à la commodité du dit siège et après y retourner, estant asseuré et que vostre présence n'y sera que très utille et avantageuse, et que le nombre de mes bons serviteurs, tels que vous m'estes, ne sçauroit jamais estre assez grand, là ny aillieurs. Encore que ce ne me soit pas chose nouvelle de cognoistre la bonne volunté que vous avez en ceste occasion à me faire service, l'ayant
1. M. du Lude, qui résidait alors le plus souvent à Niort, avait été probablement à la rencontre du duc de Montpensier à Coulonges, où ce prince passa le 20 avril, marchant au siège de Fontenay avec l'armée royale. {Journal de le Riche, p. 166.)
2. M. du Lude, de retour à Niort, en expulsa, le 21 avril, plusieurs huguenots suspects. (Id. 167.)
tousjours tesmoigné en toutes aultres, toutes fois je ne veulx laisser de vous faire entendre le contentement que j'en ay et la bonne envye qui m'en demoure de vous faire recuillir le fruict que vous méritez. Vous avez entendu comme depuis quelques jours je ne me suis trouvé si parfaictement bien de ma santé que j'eusse désiré, dont je voulus dès lors vous advertir, afin que l'on ne vous feist le mal plus grand qu'il n'estoit. Et, parce que la nuit dernière j'ay eue quelque inquiétude qui a fait que je l'ay trouvée plus fascheuse que les précédantes et que je ne doubte que l'on n'en face incontinant voiler le bruict pour mettre en peine tous mes bons serviteurs et se prévaloir du malheur du temps, afin de vous en délivrer et rendre certain de la vérité, j'ay voulu vous faire encores ce mot pour vous dire que cejourdhuy j'ay esté, par le conseil des médecins, saigné, chose qui m'a tant proufTité et soullagé que j'espère, moyennant la grâce de Dieu, recouvrer bientost ma parfaite santé ; priant sur ce le Créateur, Monsieur le conte , vous avoir en sa saincte garde.
Escript au chasteau de Vincennes, le xxix® jour d'avril 1 574. Signé : Charles. Et plus bas : Fizes, avec paraphe.
A Monsieur le conte du Ludde, etc..