‹ Lettres adressées à Jean et Guy de Daillon, comtes du Lude, gouverneurs de Poitou de 1543 à 1557 et de 1557 à 1585Chapitre 166 sur 173 · Charles IX mourut le 30 mai, au bois de Vincennes · texte numérisé non relu

Charles IX mourut le 30 mai, au bois de Vincennes

qu'elle a esté sa dernière volunté sur radministration des affaires de ceste couronne, ce qu'il a voullu encores confirmer par ses lettres patentes. Depuis , il a pieu à Dieu l'appeller à soy ; et, combien que la perte que j'ay faicte en luy de la personne qui m'estoit naturellement la plus chère et recommandée m'attriste et aggrave tellement de douleur que je ne désire riens plus que de remectre et quicter tous affaires pour chercher quelque transquilité de vie, néantmoins vaincue de l'instante prière qu'il m'a faicte par ses derniers propos d'embrasser cet office, au bien du roy de Pologne mon fils, son légitime successeur et héritier et de ceste dicte couronne, à la quelle je recongnois estre tenue de tout ce que Dieu m'a départy, j'ay esté contrainte me charger encores de la dicte administration et de la régence qu'il m'a commise, actendant l'arrivée par deçà de mon dict fils, le roy de Pologne^ qui sera, comme j'espère dedans peu de temps, ayant donné ordre de l'advertir incontinant de ce désastre. Je m'asseure que chacun a peu cognoistre le désir que j'ay tousjours eu au repos de cest estât : pour à quoy parvenir, jen'ay voullu pardonner à aucunne peyne, mesmes au danger de ma propre personne, comme l'on cognoistra encores mieulx par l'ordre que j'espère donner à toutes choses, durant son absence, avecq telle modération et par le bon conseil de ceulx qui y tiennent les premiers lieux, comme vous , que je me veulx promectre que Dieu fera la grâce à ce dict royaume d'y establir quelque bon repos, vous priant, pour la dévotion et affection que vous avés tousjours eu au bien et conservation d'icelluy, voulloir tenir la main, là part où vous estes, d'obvier à toutes entreprises qui se pourroient faire pour troubler la tranquilité publique ; admonestant ceulx de la noblesse et des autres estats de continuer et persévérer au devoir qu'ils ont tousjours constamment rendu à leurs roys et souverains, dont ils sont si recommandables par toutes nations* Vous soavez que l'intention du feu roy, mon

dict sieur et fils, a toujours este de conserver tous ceùfe qui se disposeroient à vivre doucement soubs le bénélice de ses loix et ëdicts, comme je sçay que telle est la volunté de son successeur, ce que je désire que vous façiez observer et affin de convier un chacun à rechercher et procurer èe qui regarde la réunion en son entier de ce royaume; comme aussy vous vous ayderez de la force et auctorité que vous avés en main contre tous ceulx qui s'oublieront de tant que de décliner l'obéissance dont ils seront tenus, de manière qu'ils soient chastiés et pugnis , et les bons conservés comme ils méritent. Priant Dieu, Monsieur le conte, vous avoir en sa saincte garde.

Escript au chasteau de Vincennes, le premier jour de juin 1574.

Monsieur le conte, je vous prie escripre au Roy, monsieur mon fils, et luy faire entendre la bonne dévotion et affection que avez à son service et de luy garder la mèsme fidélité que avez faict à ses prédécesseurs , m'envoyant vostre lettre que je luy feray tenir incontinant. Et afïin que vous soyez certain d'où est procédée la maladye du Roy, mon dit sieur et fils, pour en oster tout le scrupuUe que l'on en pourroit avoir conceu au contraire, je vous ay bien voulu advertyr que ce a esté une grosse fièvre continue causée d'une inflamation de poulmons que l'on estime luy estre proceddée des viollents exercices qu'il â faicts, et aiant esté ouvert après sa mort, l'on a trouvé toutes les autres partyes de son corps aussy saynes et entières qui se puissent veoir en homme bien composé, et est à présupposer que sans le sus dict viollent exercice il estoit pour vivre fort longuement, ce dont je vous ay bien vouUu advertir, et par mesmes moi en vous dire que je désire que vous prenniez garde qu'il ne sorte personne de vostre gou» vernement pour aller hors ce royaume que vous ne les congnoissiez bien, que ce ne soient gens qui puissent négotier ou faire quelque chose contre le service du Roy, mon

dit sieur et fils, ou s'ils vont par voye de la poste qu'ils n'ayent passeport signé de moy; désirant aussy que vous m'advertissiez de ceulx qui entreront en ce dict royaume de vostre costé , me désignant la qualité des personnes , sans toutes fois les arrester ny leur faire autre empeschements. Signé : Caterine. Et plus bas : Fizes.

Au dos est écrit : A Monsieur le conte duLudde, etc.

279. — 2 juin 1574. — Lettre du duc de Montpensier à M. le comte

du Lude.

Mon cousin * , étant maintenant plus de besoing que jamais à ceulx qui se sont toujours montrés bons et fidelles serviteurs et subjects de ceste couronne et des vrays et légitimes successeurs d'icelle de continuer en ce bon et naturel devoyr, afin de rendre tesmoignage devant Dieu et les hommes de leurloyaulté et obéissance ou ils la doybvent, je n*ay pas voulu, ayant receu advertissement certain qu'il a pieu à Dieu appeller à sa part notre bien et très crestien roy, de convier à ce devoyr tous ceulx que je congnoys marquez de ceste tant louable et honnorable marque ; et pour ce, mon cousin, que vous estes des premiers qui doibvent estre tenus en ce ranc, pour bonne preuve que vous avés faictes jusques icy de votre grande fidélité, il m'a semblé aussy vous devoyr rendre des premiers advertys de ceste tant triste nouvelle, et néantmoins vous prier que la recevant , vous prenés par mesme moyen une bonne et ferme résolution, ainsi que moy et tous les seigneurs de ceste compagnie avons faict de notre part, non seulement de vous employer à maintenir les droits de notre légitime roy absent, mais aussy d'attirer et entretenir en cette

1. M. du Lude se trouvait en ce moment malade à Niort. {Journal de le Riche, p. 174.)

bonne volonté tous ceulx sur lesquels votre puissance et autorité s'estend. En usant ainsi, outre que vous suyvrés le vouloir et commandement de Dieu, vous conserverés en vous l'honneur et bonne réputation en laquelle votre vertu vous a fait marcher jusques icy ; et m'asseurant que vous ne voudrez rien laisser dyminuer de ce point et du zelle que vous et vos prédécesseurs avez toujours porté au service de ceste dite couronne, je ne vous en diray davantage, mais après m'estre recommandé bien affectueusement à votre bonne grâce, je supliray Notre Seigneur vous donner, mon cousin, Taccomplissement de vos bons désirs.

Du camp de Parthenay, le ij® juin 1 574 * . Votre plus affectionné cousin et meilleur amy. Signé : Loys de Bourbon.

Au dos est escrit : A mon cousin, Monsieur le conte du Ludde, etc..

280. — 10 juin 1574. — Lettre de Catherine de Médicis à M. du

Lude 2.

Monsieur le conte, je m'asseure que vous et tous les autres gens de bien qui se sont trouvez au siège de Fontenay n'y ont riens oublyé de tout ce qui se pouvoyt faire au bien du service du Roy, monsieur mon fils, encores que le succès n'en ayt esté si heureux qu'ils eussent désiré, ce qu'il fault imputer à la mauvaise volunté des soldats et non à aultre chose ; et m'asseure que vous et les autres bons serviteurs du Roy, mon dict sieur et fds, ne vouldrez perdre la bonne occasion qui se présente en la division intervenue entre les rebelles pour en tirer le fruict qui se peult dé-

1. Le duc de Montpensier revenait avec son armée du siège de Fontenay, qu'il avait levé le 28 mai, faute de matériel suffisant et en apprenant la maladie du roi.

2. Cette lettre est citée et analysée dans VHist. de Fontenay, par M. Fillon, p. 149, d'après les notes manuscrites de M. de la Fontenellepour les Mém. de du Lude.

sirer * . J'escripts à mon cousin Monsieur le duc de Montpensier donner ordre que son armée ne se rompe, ains estant réduicte à quelque bon nombre de gens de pied qui y sont trop, se rendre maistres de la campagne pour tenir toutes choses en office. En quoy je vous prye continuer le bon devoir que vous avez rendu jusques icyqueje tesmoigneray au Roy, monsieur mon fils, qui, oultre ce, a très bonne congnoissance de vos mérites; priant Dieu, Monsieur le conte, vous avoir en sa sainte garde.

Esorità Paris, le 1 0^ jour de juing 1 574. Signé : Caterine. Et plus bas : de Neufville.

La suscription : A Monsieur le conte du Lude, etc..

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