‹ Lettres adressées à Jean et Guy de Daillon, comtes du Lude, gouverneurs de Poitou de 1543 à 1557 et de 1557 à 1585Chapitre 172 sur 173 · Jean de La Haye · texte numérisé non relu

Jean de La Haye

les subjects rebelles de Sa Majesté qui tiennent le party et faction du dit lieutenant vinsent à s'en emparer et y faire une retraicte au préjudice du service d'icelle Majesté, qui ne seroit de peu d'importance; pour à quoy pourveoir, nous avons ad visé de commettre et depputer quelque gentilhomme catholicque, affectionné audit service pour garder et conserver ledit chasteau des Coustaulx soubs l'obéissance de Sa dicte Majesté ; et ne pouvant, à nostre advis, faire meilleure élection que de vous, sçavoir vous faisons que nous à plain confians de vostre personne, sens, suffisance, vaillance, dextérité, expérience au fait des armes et bonne diligence, vous avons à ceste cause commis et depputté, commettons et depputons par ces présentes, en vertu du pouvoir qu'il a pieu à Sa dicte Majesté nous donner, pour vous mettre dedans ledit chasteau des Coustaulx avec puissance de pouveoyr appeller, lever et prendre avecques vous tel nombre de soldats catholicques des mieulx aguerris et expérimentés que vous pourrez recouvrer, que vous verrez et congnoistrez estre nécessaire pour la garde, deffence et conservation de ladite place en l'obéissance d'icelle Majesté et empescher que lesdits rebelles ne s'en puissent emparer et prévaloyr au préjudice dudit service. De ce faire vous avons donné et donnons par ces présentes plain pouvoir, auctorité, puissance, commission et mandement spécial; mandons et commandons à tous les justiciers, officiers et subjects du roy mon dit seigneur qu'à vous en ce faisant soit obéy.

Donné à Chinon, le xj® jour de juillet mil cinq cens soixante quatorze. Signé : Loys de Bourbon. Par mon dit seigneur le duc, pair et lieutenant général : Lamoureux.

288. — 15 juillet 1574. — Lettre du duc de Montpensier à M. du

Lude.

Mon cousin, encore que je n'aye pas eu opinion que la

treuve dont vous me parlés par vos lettres de runzieme de ce moys que je viens de recepvoir tout à ceste heure, apportast rien de bien au service du roy mon seigneur, ny de soulagement à ses subjects, ce néantmoins je Tay faict inviolablement garder, de sorte qu'il n'y a huguenot en ses quartiers qui se peust justement plaindre qu'on y ait contrevenu en la moindre partye quelconque. Toutesfoys ils ont de leur part et en tant d'endroicts faict le contraire que je le trouverois bien fort estrange, sinon que je sçay de longue main qu'ils sont coustumiers de ne nous tenir non plus la foy qu'ils ont faict jusques icy à Dieu et à leur roy, car despuis et durant la dicte treuve, ils ont surpris le Blanc et Cyvray, pillé Mézieres et Chasteauneuf, failly une entreprise sur Sainct Maixent * et pris, à ce que vous m'escrivés, douze de vos soldats de Chisé * et voulloient en oultre tailler en pièces le cappitaine Chesnaye et sa compaignye, s'il n'eust esté en bonne garde, mais Dieu a voulu que La Source qui estoit de la partye y soit demeuré pour payer le traistre et lasche tour dont il a usé envers monsieur de la Ménardière ^ : je ne sçay si, soubs umbre d'ung tel coquin, La Noue et ses complices vouldroient se venger à l'encontre de ceulx qui sont prisonniers pour le soustien de la querelle de leur roy et deffence de leur pays; mais je suis bien résolu, s'ils en viennent là, il ne demourera hostaige de la Rochelle ne homme qui tombe entre mes mains soustenant leur party qui ne m'en face la raison, ce que je veulx bien

1. Saint-Maixent manqua d'être surpris, le ier juillet 1574, par le s»" de Chouppes, chef des protestants à Lusignan. [Journal de le Riche, p. 18-2.)

2. Chizé était occupé par les catholiques depuis le 3 mai 1574. {Journal de le Riche, p. 168.)

3. Il est fait allusion dans ce passage au meurtre de François Bigot, chev. de l'ordre, sr de la Ménardière-Grignon et de la Gillardrie, qui fut tué sur le pont du château de la Forêt-sur-Sèvre, en parlementant avec les huguenots, au commencement de mai 1574. [Chronique de Pierre Brisson, p. 266, et Journal de Généraux , p. 118.)

que vous leur faciès entendre, puis qu'ils sont si oultre cuidés que d'user des menasses dont vous me réserviés à rencontre des catholiques et bons serviteurs deleurroy : j'ay eu certaines nouvelles par un courrier clerc de M. de Villeroy qui me vint hier trouver de la part de la royne, que Sa Majesté partit de Vienne en Austriche le 29 du moys passé et que l'Empereur, après l'y avoir receu fort honnorablement, le faisoit conduire par ses enfans jusques sur les terres de l'archiduc Ferdinand, son frère, qui de sa part l'accompaigne jusques sur Testât des Vénitiens qui desjà se sont préparés pour luy faire tout l'honneur qu'il leur sera possible : il debvoit arriver le 8" de ce mois en leur ville et de là, sans y séjourner beaucoup, s'acheminer par deçà par les Grisons ou par les terres de Testât de Milan; vous pouvez juger par là que nous l'aurons en ce royaume dedans la fin de ce moys pour le plus tard. Je supplie Dieu que ce soyt avecques autant d'heur pour luy et de contentement pour ses subjects, comme je le désire, et qu'il vous donne, mon cousin, l'accomplissement de vos désirs.

De Chinon, ce 1 5® de juillet 1 574.

Mon cousin, mes forces commencent si bien à s'assembler^ que j'espère approcher bientost plus près de vous, qui me faict vous prier me tenir souvent adverty des nouvelles de nos ennemys et de vous accompaigner le mieulx que vous pourrés : j'ay grand regret de quoy votre santé vous tient si longuement attaché et que par ce moyen nous ne puissions nous veoir aussy souvent qu'il seroit bien besoin g pour le service de notre prince. Je supplie Dieu vous vouleoir bientost envoyer une aussi bonne santé que je souhaitte la mienne. Votre affectionné cousin et meilleur amy. Signé : Loysde Bourbon.

Au dos est écrit : A mon cousin Monsieur le conte du Ludde, etc..

289. — 18 juillet 1574. — Lettre de Catherine de Médicis à M. du

Lude.

Monsieur diiLudde, j'ay veuparvostre lettre du 10" de ce moys que vous avez receu les miennes du 27* du passé par les mains de ceulx de la nouvelle opinion et que je vous mande paricelles que le Roy, monsieur mon fils, sera le 25° du présent en Lorraine. C'est chose que je ne vous ay jamais escripte et qui a esté changée malicieusement par ceulx de la dite opinion, mais bien vous ay adverty que il arriveroit en ce royaume dedans le dit temps, comme j'espère avec Tayde de Dieu qu'il sera à Lyon, ayant prins, comme j'ay tousjours estimé qu'il feroit, son chemyn par ritalye. J'en receu hier des lettres du 6® escriptes à trois journées de Venise : il estoit en très bonne santé. Dieu mercy, et très bien accompaigné. J'ay pareillement receu les lettres de l'ambassadeur d'Espaigne el ferez fort bien de m'envoyer tousjours ce qui vous tumbera entre les mains. Vous aurez, depuis vostre lettre escripte, sceu mon intention sur le faict de la trêve et le renfort que j'ay envoyé à mon cousin le duc de Montpensier pour luy donner moyen de se remectre en campaigne, qui sera cause que je ne vous en feray autre redicte par la présente. Priant Dieu vous avoir. Monsieur du Lude, en sa saincte et digne garde.

Escript à Paris le 1 8° jour de juillet 1 574. Signé : Cate- RiNE. Et plus bas : de Neufville.

290. — 27 juillet 1574. - Lettre du duc de Montpensier à M. du

Lude.

Mon cousin, j'ay receu ung merveilleux desplaisir d'entendre par vostre lettre la trahison dont les huguenots de Sainct-Maixent ont usé pour mettre les rebelles et ennemys

du Roy monseigneur en leur ville * et le meschant et lâche tour qu'ils ont faict à leur gouverneur^ après tant de peyne qu'il a eue pour les conserver ; mais je n'ay jamais guères mieulx espéré de la dicte ville ne de toutes les autres où les dicts huguenots font la principalle force, et quant les gouverneurs et officiers se fyent ou plustost abusent en leurs paroUes et promesses qui ne furent et ne seront jamais autres que plaines d'infideUité. Par quoy, je vous prye, mon cousin et tous les aultres qui ont à commander sur telle manière de gens, de n'avoir aucune asseurance en eulx non plus et encores moings, s'il se peut faire, que s'ils estoient ouvertement déclarés ennemys. Ces seuUes considérations me font bien penser que vous aurez besoing d'estre un peu mieulx accompagné que vous n'estes, et font que de très boncueurje vous ayderoys voluntiers de quelque cavalerye , comme vous m'en requerés , sinon qu'estant sur le point de faire marcher mon artillerye et toutes mes troupes, il m'est nécessaire de me tenir accompagné de tout ce que je puis avoir de gens de cheval, car desjà je me serois dadvantaige avancé, si j'avoys ce que j'en attends quy me vienne peu à peu; mais j'espère estre bientost en lieu pour asseurer le pays à ma debvotion et empescher les entreprises de nos ennemys. J'eusse essayé de donner quelque faveur aux catholicques qui s'estoient retirés dans le chasteau de Sainct-Maixent, sinon que j'ay presque aussitost sceu qu'ils l'avoient habandonné, comme j'ay esté adverty de leur malheur et désastre duquel je les plains infynyment, louant Dieu toutes foys de ce qu'ils n'ont pas estes si maltraictés comme on disoit et que je

1. La ville de Saint-Maixent avait été surprise par le s»" de Saint- Gelais, dans la nuit du 22 juillet. {Journal de le Riche, p. 185, et Journal de Généroux, p. 123. — Chronique de Brisson, p. 278.)

2. Gabriel Thibault, s'^ de la Carte, gouverneur de Saint-Maixent, dont les huguenots tuèrent le fils lors de la surprise de la ville. (Idem.)

pensois. Or, après m'estre afFectueiisement recommandé à vostre bonne grâce, je le supplye vous donner, mon cousin, l'accomplissement de vos bons désirs.

De Saulmur, ce 27* jour de juillet 1 574. Signé : Vostre plus affectionné et meilleur amy, Loys de Bourbon.

Au dos est écrit : A mon cousin, Monsieur le conte du Lude, etc.

291 . — 28 juillet 1574. — Lettre du duc de Moiitpensier à M. du

Lude.

Mon cousin, je vous feis hyer si ample response aux deux précédentes lettres que vous m'avez escriptes que ce ne seroit que redicte de reprendre les poincts de la vostre que j'ay receue par ce porteur, estant du mesme sujet que les premières; seullement vous diray-jeque, si j'eusse esté secouru de ce qui m'a esté promis de la court, je serois desjà si prest de vous que vous ne seryez en peine de me demander si souvant de la cavallerye, et espéroys bien aussi reserrer nos ennemis de façon qu'ils ne feroient pas tant de courses et entreprises, comme ils font ; mais il y a tant de longueur en tout ce qui despend de ce costé là que c'est tousjours à recommancer. Toutes foys je fays mon compte de ne demeurer plus guères de temps sans m'achemyner vers vos quartiers * avec bonne intention de ne m'en retourner sans y laisser un peu plus d'assurance et de liberté aux catholicques qu'ils n'en ont eu depuis le commencement de ceste dernière eslévalion, moyennant l'ayde de Dieu lequel, après m'estre recommandé à vostre bonne

4. En effet, le duc de Montpensier ne tarda pas à arriver en Poitou avec une armée royale. Il mit le siège devant Lusignan au commencement d'octobre 4574. Le 40 de ce mois, il envoya de son camp au sénéchal de Poitou et au présidial de Poitiers, l'ordre de saisir les biens des calvinistes dans tout le ressort, pour faire face aux frais de la guerre. ("A ?'c/i. de la Vienne, série F.)

grâce, je supplye vous donner, mon cousin, Taccomplissement de vos bons désirs.

De Saulmur, ce xxviij® jour de juillet 1 574. Voslre plus affectionné cousin et meilleur amy. Signé : Loys de Bourbon.

Et la suscription : A mon cousin. Monsieur le conte du Lude, etc..

292. — 31 juillet 1574. — Lettre de Catherine de Médicis à M. du

Lude.

Monsieur le conte, j*ay veu par vos lettres du 22" jour de ce présent moys et entendu de ce porteur Testât auquel sont les affaires de delà et le peu de forces et moyens que vous avés d'y exécuter ce que vous congnoissés qui seroit nécessaire pour le bien des affaires et service du Roy, monsieur mon fils, et empescher les entreprises de la Noue et ceulx de son party qui ont encores naguerres surprins la ville de Saint-Maixant ; à quoy je vous diray que mon cousin le duc de Montpensier est après à redresser Tarmée de Poictou plus belle et plus forte que paravant, suivant ce que je luy ay cy- devant escript et les moyens que je luy en ay donné, avec laquelle il vous aydera et secourra de ce que vous aurés besoing pour faire de vostre costë ce qui sera du service du Roy, mondit sieur et fils, comme je luy mande encores présentement par le dict porteur; et de sa part je m'asseure qu'il exploictera et employera si bien la dicte armée qu'il remettra le pays de Poictou en meilleur estât qu'il n'est pour le présent et en chassera ceulx qui l'occupent contre l'auctorité du Roy, mon dict sieur et fils et la naturelle obéissance qu'ils luy doibvent, vous pryant, lorsque vostre santé le pourra porter, luy ayder en cella et y mettre toute la peyne qu'il vous sera possible. Quant aux trente soldats que demandés pour vostre garde comme

gouverneur et à vostre plat d'ordinaire que m'eseripvez le pays estre d'accord de vous bailler, ainsy qu'il est porté par Testât que le dict porteur m'en a présenté avecques une requeste de vostre part, j'ay considéré que ceste dépense seroit à si grande charge au peuple, oultre les foulles et oppressions qu'il reçoit des gens de guerre qui sont par delà, qu'il ne le pourroit aucunnement supporter, aussy que ce seroit une très grande conséquence, occasion pour quoyje ne puis vous satisfaire en cella, comme j'eusse bien désiré; et pour ce que vous entendrez plus particulièrement de ce dict porteur mon intention sur ce qu'il m'a dict de vostre part, je ne vous feray la présente plus longue que pour prier Dieu, Monsieur le conte, vous avoir en sa sainte et digne garde.

Escript à Paris, le dernier jour de juillet 1 574.

Monsieur le conte, depuis ceste lettre escripte, La Cornière présent porteur m'a faict entendre votre indisposition et la requeste que me faict de vous donner congé pour quelques jours, afin de vous guérir, ce que je vous accorde bien volontiers ; mais je vous prye avant partyr de mectre à Niort quelqu'un suffisant pour bien garder et maintenir en l'obéissance du Roy, monsieur mon fils, le dict Niort, et donner ordre qu'il n'y puisse en vostre absence advenir aucun changement au préjudice du service de mon dict sieur et fils, suivant ce que j 'escript à mon cousin le duc de Montpensier qui pourvoyera d'y envoyer des forces, ainssy que luy etvous verrez qu'il sera nécessaire; vous priant aussi de vous employer en tout ce que vous pourrés pour assister et favoriser aux entreprinses et délibérations que fera par delà mondit cousin pour le service de mondict sieur et fils. Signé : CATHERmE, et Pinart, avec paraphe.

Au dos est écrit : A monsieur le conte duLude, etc..

293. — 7 août 1574. — Lettre de Catherine de Médicis à M, Ail

Lude. , . .

Monsieur le conte, j'espère partir lundy procliain pour aller jusques à Lyon au devant du Roy, monsieur rnon fils, dont je vous ay bien voullu advertir et quand vous prier de demeurer tousjours en vostre charge, estant à présent aultantou plus besoing qu'il fut oncques, que vous y soyés pour y continuer le bon debvoir que vous y avés tousjours faict, lequel je n'oublyeray jamais de faire entendre à mon dict sieur et fils, m'asseurant qu'il vous en sçaura tout le bon gré que sçaurës désirer, estimera bien fort le fidèle service que vous y avés faict, le grand soing qu'avés eu depuis la mort du feu Roy, monsieur mon fils, et la continuation que y ferés avecques toute l'affection et vigillance qui se peult attendre d'ung bon et digne serviteur tel que vous estes, ayant si bien l'œil à toutes choses qu'il ne puisse advenir aucun changement en l'estendue de vostre charge et que chacun s'y comportant comme il doibt, y soit maintenu à repos, ainsy que je vous ay cy-devant escript ; désirant que vous continués à me mander journellement tout ce qui se passera en votre charge jusques à l'arrivée de mon dict sieur et fils, de laquelle vous serés aussitost adverty. Cependant je pryeDieu, Monsieur le conte, vous avoir en sa saincte et digne garde.

Escript à Paris, le 7* jour d'aoust 1 574.

Monsieur le conte, je vous prye donner ordre, comme je vous ay cy-devant escript plusieurs fois, que, s'il y a des gens à pied ou qui s'y en trouve cy après allant par les champs en l'estendue de vostre gouvernement, de les faire prendre et pugnir exemplairement ou leur courre sus, suivant la dernière ordonnance que je vous ay envoyée ; car il n'y a à présent une seuUe enseigne de gens de pied qui ne soit en sa garnison ; s'il s'en trouve aux champs, ce sont

gens ramassés pour piller le peuple et pour mal faire, et c'est pourquoy il ne les fault pas espargner. Signé : Cate- RiNE. Et plus bas : Pinart, avec paraphe.

Au dos est écrit : A monsieur le conte du Lude, etc., ou, en son absence, à celluy qui commande au dict païs de Poictou.

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