‹ Lettres adressées à Jean et Guy de Daillon, comtes du Lude, gouverneurs de Poitou de 1543 à 1557 et de 1557 à 1585Chapitre 22 sur 173 · janvier 1549. — Lettre d'Antoine de Bourbon à M. du · texte numérisé non relu

janvier 1549. — Lettre d'Antoine de Bourbon à M. du

Lude.

Monsieur du Ludde,

Arrivant hier au soir en ceste ville de Bazas, les évesques, chanoines et chapitre de l'église cathédrale de saint Jehan de Bazas, ensemble les jurats, manans et habitans d'icelle ville m'ont supplié vous vouUoir escripre la présente en leur faveur et vous prier, Monsieur du Ludde, puisque

vous leur avez tant faict de bien, de leur permectre sonner une petite cloche en ladicte église, et aussy que, comme ils m'ont dict, ils ne sont comprins en l'arrest donné par monsieur le Connestable en la ville de Bordeaulx pour les offenses qu'ils ont commises contre le roy, leur voulloir donner permission semblable de sonner le demeurant comme ils avoient auparavant de tout temps acoustumé, affni que le saint service divin soit tousjours en icelle église entretenu, vous asseurant. Monsieur du Ludde, que icelles ay trouvez en cest endroict entièrement dédiés. Et vous me ferez, ce faisant, bien grant plaisir que recongnoistray à l'endroict que me vouldrez employer d'aussi bon cœur que je prye Dieu vous donner bonne vie et longue.

De Bazas , le xxviij^ jour de janvier 1 549. Vostre bon cousin et amy. Signé ; Antoine.

Et la suscription : « A Monsieur du Ludde, gouverneur et lieutenant pour le roy, en la ville de Bordeaulx * . »

24. — 2 avril 1S49. — Lettre du roi Henri II au comte du Lude, sur les communes insurgées du Bordelais.

Monsieur le Comte, J'ay esté adverty que aucuns de ma ville de Bourdeaulx *, mesme de ceulx qui estoient venus par delà, se sont retirés auprès de l'empereur, où ils veuUent faire quelques menées , à ceste cause vous regarderés par tous les moyens que vous pourrés, si vous sçaurés descouvrir ceulx

1. Cette lettre a été publiée dans la correspondance d'Antoine de Bourbon et de Jeanne d Albret, par le Mis de Rochambeau, 1877, p. 20.

2. M. du Lude était, en effet, à cette époque, à Bordeaux. C'est ce que constate une lettre du s' de Barbezières, gouverneur de Taillebourg, au vicomte de Thouars, du l^r avril 1549. Elle nous apprend en même temps que le s^ de Sansac était alors lieutenant pour le roi en Angoumois, Saintonge, Poitou et la Rochelle. (Lettres missives du xvi" siècle , tirées des archives du duc de la Trémouille , par MM. Marchegay et Imbert, dans les Mém. de la Soc. de Statist. des Deux-Sèvres, t. XIX, 1881.)

qui ont faict cette entreprinse, et avec quelle particippation, communication et intelligence, pour incontinent me faire entendre ce que vous en trouvères. Et cependant j'ay escript à mon ambassadeur estant auprès du dict empereur, qu'il preigne garde s'il se pourra congnoistre aucuns desdits poursuivants de Bourdeaulx et entendre de leurs dictes menées; vous advisant au demourant, que l'on m'a dict qu'on tient propos au dict Bourdaulx que les députés qui me vinrrent dernièrement trouver à Sainct-Denys m'avoient demandé pardon qu'ils ne peurent obtenir de moy; mais tant s'en fault que cella soit véritable que au lieu d'implorer grâce et miséricorde de leurs faultes et erreurs, ils me vinrent publiquement proposer une justiffication pour mectre le tort devers moy; et s'ils eussent faict comme ils debvoient , ils n'estoient par advanture pas hors d'espérance d'obtenir de moy mes dictes grâce et pardon , dont j'ay accoustumé d'user envers mes subjects plustost que de rigueur de justice, ce que vous pourrés faire entendre partout où verres que besoing sera afin qu'ils congnoissent la faulte de leurs dicts députés. Et sur ce, je prye Dieu, Monsieur le conte, qu'il vous ayt en sa garde.

Escript à Chantilly, le 2^ jour d'avril 1 548 (1 549). Signé : Henry. Et plus bas : du TmER, avec paraphe.

Au dos est écrit : « A Monsieur le conte du Lude, mon lieutenant au gouvernement de Guyenne, en l'absence de mon oncle le roy de Navarre. »

25. — 9 avril J549. — Lettre du roi Henrill au comte du Lude, portant ordre de préparer le passage de dom Constantin de Portugal.

Monsieur le Conte,

Ayant été adverty comme le roy de Portugal que j'avoye

envoie prier et d'estre para in de mon fils le

duc d'Orléans, a fait élection de la personne du sieur dom

Constantin de Portugal, son parent, pour faire pour luy cest office et tenir en son nom sur fons mon dit fils, et que le dit dom Constantin doibt partir de brief en dilligence avec dix-huit ou vingt ehevaulx de poste , en sorte qu'il pourra estre à Rayonne vers le dix-sept ou dix-huitième de ce mois ; à ceste cause, je vous en ay bien vouUu escrire, comme je faiz aussy à mon oncle le roy de Navarre, affin que là ou vous verriez que mon dit oncle ne fust à présent en lieu à propos pour pourveoir à ce que je luy mande quant au faict du passaige dudit sieur dom Constantin qui est un peu pressé, vous regardez à donner ordre incontinant, que par toutes les bonnes villes, lieux et endroits du gouvernement de Guyenne et Poictou ou il passera pour me venir trouver, il soit avec ses gens bien et honorablement recueilly, receu et traicté de tout ce qui luy fauldra, et que les magistrats et principaulx habitants des dites villes l'allent visiter en son logeis, pour luy faire présent de leurs vins, fruicts et autres commoditéz qu'ils auront avec toutes les plus honnestes offres dont ils pourront adviser * ; et surtout ordonnez et mandez que par toutes les postes , il soit pourveu de dix-huit ou vingt bons ehevaulx de poste, pour porter luy et son train, car je serois bien marry qu'il y trouvast faulte. Je vous ay au demourant escript il y a deux jours, del'Isle-Adam, et ayant dellibéré en mon conseil sur aucuns poincts qui restent à résouldre en vos précédentes lettres, je vous mandreay de mes nouvelles, pryant Dieu, Monsieur le conte, qu'il vous ayt en sa sainte garde.

Escript à Saint-Germain-en-Laye, le ix* jour d'avril 1548 (1549). Signé : Henry. Et plus bas : DuTmER, avec paraphe.

A costé est écrit : « Je vous prie, Monsieur le conte, vous

1. Le cte du Lude écrivit, le 14 avril suivant, à la ville de Poitiers, pour l'inviter à recevoir dom Constantin de Portugal avec le plus d'honneur possible. {Arch. hist. du Poitou, t. IV, p. 315.)

trouver devant du dit sieur dom Constantin, hors ma ville de Bordeaux, avec bonne et honneste troupe , et la faites loger en quelque honneste et apparante maison du dit Bordeaux. »

Au dos est écrit : ce A Monsieur le conte du Lude, capitaine de cinquante hommes d'armes de mes ordonnances, et mon lieutenant général au gouvernement de Guyenne, en Tabsence de mon oncle le roy de Navarre. »

26. — 10 avril 1549. — Permission au comte du Lude d'exporter cent tonneaux de blé en Portugal, en échange de chevaux espagnols.

Henry, par la grâce de Dieu , roy de France , à tous nos lieutenans, gouverneurs, admiraux, vis-admiraux, baillifs, séneschaux, prévosts et aultres nos justiciers, officiers et subgects, salut et dilection. Nostre amé et féal le conte du Ludde, nostre lieutenant général en Poictou, en Tabsence de nostre très-cher et très-amé oncle le roy de Navarre, nous a fait dire et remonstrer que le roy de Portugal nostre très-cher et très-amé bon frère, cousin et allyé, luy a donné congé et permission de tirer de ses pays quelques chevaulx d'Espaigne qu'il a délibéré envoyer querre de brief par ung sien navire sur lequel il désyroit faire charger jusques à cent tonneaux de bleds pour mener audit Portugal, affîn d'en secourir les subgects de nostre dit bon frère, en considéracion de la grâce qu'il luy faict de tirer lesdis chevaux, ce qu'il n'oseroit ny vouldroit faire sans qu'il nous plaise le luy permettre, humblement nous requérant sur ce luy impartir nostre grâce et lettres à ce convenables. Pour ce estil que nous inclinans à la requeste dudit conte du Ludde, lequel nous désirons en tous et chacuns ses affaires bien et favorablement traicter, à icelluy pour ces causes et autres à ce nous mouvans, avons permys et octroie, permettons

et octroyons par ces présentes qu'il puisse et luy loyse faire charger sur son dit navire, ladite quantité de cent tonneaulx de blés pour mener et conduire pour TefFect dessus dit au dit pays de Portugal, sans ce que au moyen des ordonnances prohibitives au contraire luy soit ny aux conducteurs dudit navire faict, mis ou donné aucun destourbier, arrest ny empeschement en quelque manière que ce soit. Si vous mandons, commandons et enjoignons et à chacun de vous en droict soy , et comme à luy appartiendra, que de nos présens congé, permission et octroy vous faictes soufFrer et laissez ledit conte duLuddejoyr et user plainement et paisiblement, cessans et faisans cesser tous empeschemens au contraire lesquels si faicts mys ou donnés luy estoient mectez-les ou faictes mectre incontinant et sans délay à plaine et entière délivrance et au premier estât et deu ; car tel est nostre plaisir, non obstant les dites ordonnances et defFenses à ce contraires.

Donné à Nogent-sur-Seyne, le x® jour d'avril, l'an de grâce mil cinq cens quarante-huict, après Pasques, et de nostre règne le deuxième. Par leroy, le président Bertrand, conseiller dudit seigneur en son conseil privé présent. Signé : Clausse.

27. — 25 juin 1549. — Lettre d'Henri II aux trois États de Guyenne.

De par le roy,

Très-chers et bien amez, ce nous a esté très-grant plaisir d'entendre que aies pris en bonne part les remontrances que notre très-cher et très-amé oncle le roi de Navarre, nostre lieutenant général et gouverneur en Guyenne, vous a faites de par nous, du désir et grande affection que nous avons à vous veoir soullagez de la grand charge, molesté et ennuy que vous apportent et donnent les garnisons des gensdarmes que vous avez accoustumés avoir pour les fournitures des vivres que vous estes contrainct

leur bailler, et comme pourrédimer eesle vexation, vous vous accordés à Taugmentation de la soulde des dicts gensdarmes qu'il vous a proposée au lieu des dictes fournitures, ainsy que ont aussy faits les aullres provinces et pays de notre royaume, chose qui nous a donné très-grand aise et contentement pour le bien et utilité que nous espérons qui en adviendra à tout notre dict royaulme, et le repos qu'en recepvront nos pauvres subjects, le souUaigement desquels nous avons plus en cueur que chose de ce monde n'aiant ceste année présente pour ceste cause, vouUu demander aux villes clauses de notre dit royaulme, la soulde de cinquante mille hommes de pied, mais les en exempter. Encores que nos affaires soient très-grans et pour auxquels subvenir, avons mieulx aymé vendre et engaiger de nostre propre domaine; et pour aultant que nous désirons prendre une bonne et fmalle résolution sur le faict d'icelle augmentation au lieu des dicts fournitoures, nous vous prions depputer troys ou quatre bons personnaiges d'entre vous, lesquels vous envoyrés là part que nous serons, le plus tost que faire ce pourra, pour prendre sur ce conclusion telle qu'il sera advisé en nostre conseil, le plus au soullaigement des dicts pays et subjects qu'il sera possible, ainsy qu'avons voulenté et désirons faire, dont nous espérons que vous rapporterés très-grant contentement.

Donné à Paris, le 25^ jour de juing 1 549. Signé : Henry. Et plus bas : Clausse, avec paraphe.

Au dos est écrit : ce A nos très-chers et bien amez les gens des troys estats de nos pays et duché de Guyenne et des pays et villes estans soubs le gouvernement dudit Guyenne *. »

1. En 1549, les trois Etats de Poitou, de Périgord, de Limousin, de Saintonge et d'Aunis , réunis à Poitiers , offrirent 450,000 livres pour le rachat de la gabelle, ce qui fut accepté par Tédit de septembre 1549. (Hist. d'Aquitaine, par de Verneilh-Puiraseau, t. II, p. 340.)

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