août 1549. — Lettre du roi de Navarre à M. du Lude
Mon cousin, pour les assemblées que les Anglois font tant par mer que par terre, mesmement du cousté de la Picardie, le roy m'a escript ces jours passés qu'il s'en alloit par dellà accompaigné d'une bonne trouppe de gens de guerre de cheval et de pied pour empescher et rompre leurs desseins et doublant ledit seigneur que pour le divertir de son entreprinse ils ne fassent quelques courses en ceste couste de deçà, il m'a mandé pourveoir de sorte aux choses qui seront nécessaires pour la résistance de quiconques les vouldra aflbiblir, que à faulte de ce inconvénient n'en puisse advenir et luy faire entendre mon avis s'il serait bon pour ceste occasion faire demeurer une garnisons de mon gouvernement les compaignies complettes ou la moytié de chacune d'icelles, ensemble de tout ce que sera de besoing pour les quartiers de deçà ; sur quoy j'ay dépesché devers
ledit seigneur en dilligence le seigneur avecques
instructions et mémoires des choses que je me suis peu adviser estre requises pour son service, lui faisant sçavoir que, pour évitter toutes occasions de surprinse, estre grandement nécessaire de mectre dans les villes et forteresses plus commodes à la descente de mer, comme Bourdeaulx et la Rochelle, lieux principaulx où les ennemys se pourroient adresser, ung bon nombre d'hommes d'armes, affm qu'on se puisse tenir asseuré de la force tellement que les habitans desdites villes ou autres qui pourroient avoir intelligence, de quoy le dit sieur se double, n'eussent moyen de l'exécuter ou entreprendre de nouveau et le semblable faire en tous autres lieux de ceste dite couste, sellon leur importance; à quoy mon cousin je vous prie, attendant la vollonté dudit seigneur et à toutes adventures commancer à provoir sans faire semblant de rien et au demeurant adviser à ce que sera nécessaire pour m'en advertir incon-
tinent. Et pour ce que la monstre de la gendarmerie se doibt faire le quinzième du présent et que ledit d'Avère ne pourra estre d'avant Teure de retour au dit temps, je vous prye, mon cousin, faire que les compaignies ne se bougent de leurs garnisons jusques à ce j'aye sceu rintention du roy par ledit Avère; et s'il voudra qu'elles y demeurent complectes où la moityé de chacune d'icelles, de laquelle je vous advertiray. Quant à ce que par vostre dernière lettre m'escripvez des mortes payes du Chasteau- Trompette, je n'en ay aucunement ouy parler, qui me garde de vous en pouvoir faire réponse. Les manans ethabitans de mes terres d'Albret qui, comme d'autres foysje vousay escripts, sont exempts par privillége confirmé par le roy de toutes charges et contributions, m'ont faict entendre que journellement on lesmoUeste ; à cause de ce par quoy je vous prye, mon cousin, jusques à ce que plus amplement je puisse sçavoir la vollonté dudit seigneur là-dessus, ne permettre qu'ils soient plus vexés, les maintenant en leurs libertés et franchises acoustumées. Et ce sera Tendroict où faisans fm à la présente, je prieray le Créateur vous donner, mon cousin, ce que sçavoir désirez.
Escript au Mont- de -Marsan, le iiij* jour d'aoust 1549. Vostre bon cousin. Signé : Henry.
Et la suscription : a A mon cousin. Monsieur du Ludde, lieutenant du roy en Guyenne en mon absence. »
29. — 26 août 1S49. — Ordre du roi Henri II au comte du Lude, de célébrer des réjouissances.
Monsieur le Conte,
J'estime que vous aurez bien sceu Tentreprinse que j'avois faicte de venir en ce pays de Boullonnois, essayer de recouvrer ce que les Anglois me détiennent injustement, et remettre dedans leurs terres mes pauvres subjects
qui en ont esté déchassés où j'ay, avecques la grâce de Dieu et le bon et grand debvoir des princes, seigneurs, gentilshommes et bons souldasts qui m'ont accompagné en ce voyage, tellement exploicté que j'ay remis par force en mon obeyssance le port de Fellacques * avecques le port de la ville d'Ambleteuil ^, qui est une place de telle importance que j'espère, moyennant la grâce de Dieu, recouvrer le surplus et pour ce que sçay que de sa bonté et grande grâce procedde ceste victoire dont il est très -raisonnable qu'il soit par tout mon dit royaume remercyé, je vous prye, mon cousin, donner ordre incontinant la présente receue, et sans faire tirer artillerye ny autre démonstration de joye, que par toutes les principalles villes, lieux et endroits dont vous avez charges, soient faictes processions, humbles et dévots remerciemens à Dieu, de la grâce qu'il a faicte à moy et à mon dit royaume de remectre en mes mains une telle place, à ce que par sa clémence il continue à se monstrer favorable à la poursuite et perfection de ma dicte entreprinse qui redondera à l'augmentation de son service et bien de son Église, priant Dieu, Monsieur le conte, qu'il vous aict en sa saincte garde.
Escript au camp, devant Ambleteuil, le 26' jour d'aoust 1549. Signé : Henry. Et plus bas : Clausse.
La suscription : « A Monsieur le conte du Ludde, mon lieutenant général au gouvernement de Guyenne, en l'absence de mon oncle le roy de Navarre. »
30. — 3 septembre 1549. — Lettre d'Henri II à M. le comte du Lude.
Monsieur le Conte, J'ay receu hier seulement vos lettres du 9™" du moys passé,