avril 15ol. — Lettre de René de Laval à M. du Lude
Monsieur, nous sommes en ce lieu, il y a deux jours, là où messire le eonnestable de Guise dresse le camp, et desjà sont les lansquenets et nos gens de pied françoys assemblés, et ne reste plus que la gendarmerye que nous attendons aujourd'huy et demain pour tout le jour affin de marcher sadmedy droict à Metz où ceulx de la ville se fortiffient et y ont mis force gens de pied et de cheval, qui me faict dire que nous pourrons avoir là du passe-temps * . Je ne sçay encores où nous marcherons de là, car les choses sont tenues si secrètes que ne faisons que en deviner. Nous eusmes hier nouvelles certaines que le duc de Maienne est en campaigne avec xxix mille hommes et neuf mille chevaulx et marche droict où est l'empereur; aussy, nous avons sceu que la reyne de Hongrie lève grand nombre de chevallerye et de gens de pied en ce pays de Flandres ; toutesfois, il n*y en a encores riens en pays. Monsieur de Guy se part demain pour retourner quérir le roy; toutesfoys je ne sçay quant il nous pourra venir trouver à l'occasion des piteuses nouvelles que nous avons entendues de la reyne qui est en extrémité de maladie jusques à n'y avoir plus d'espérance de santé. Cependant, je ne fauldray, ayant le moyen, à vous mander tout ce qui surviendra par deçà. Au demeurant, j'envoie. Monsieur, à Lacourbe de Brée ung certifficat de ma monstre que j'ay faicte de sa part quant elle se fera, pour le présenter aux commissaires et conte* rolleur et si escripts audit Lacourbe qu'il retire mon argent du trésorier, pour ce que j'en suys tousjours en arrière avec luy et mal payé, vous suppliant bien humblement luy vouloir commander de le bailler audit Lacourbe et vous diray davantaige que, si n'eust esté que je craignoys que le
1. Metz, ville libre et neutre, fut surprise et occupée par le connétable de Montmorency, le 10 avril 1551.
trouvassiez maulvois , que le roy m'eust accordé dix hommes d'armes de nostre compaignye pour mener avec moy, mais cela et aussi que le plus souvent vous estes en petitte compaygnie m'en a empeschë, et ce qui m'a fait entreprendre ce voiaige, c'est pour veoir et apprendre tousjours quelque chose pour veoir à l'advenir meilleur moyen de faire service au roy et à vous que je supplie me départir de vos nouvelles et me tenir tousjours en vostre
bonne grâce de laquelle je présente mes bien humbles
suppliant le Créateur vous donner, Monsieur, en parfaite sancté longue et heureuse vie.
De Thoul, le vii^ de avril 1 551 , vostre humble et obéissant cousin, signé : René de Laval.
La suscription : A Monsieur le conte du Lude, chevalier de l'ordre du roy et son lieutenant général en Guyenne, en l'absence du roy de Navarre, à Bordeaux.
36. — 14 septembre 1551. — Lettre de Montmorency à M. du Lude.
Monsieur le conte, j'ay veu par vos lettres du 7^ l'ordre qu'avez donné pour arrester à la Rochelle et aultres ports et lieux de par delà, tous les subgects de l'Empereur et les vaisseaulx et biens qui s'y trouveroient à eulx appartenans, ainsi que le roy le vous avoit escript, aussi qu'on avoit
arresté à Bordeaulx quelque quantité de
qu'aucuns marchans de Tholose y avoient fait venir pour envoyer en Espaigne, ce que ledit seigneur a trouvé trèsbon et ne veult qu'on leur donne congé de faire ledit voiaige, d'autant que la guerre est de présent ouverte entre luy et ledit empereur. Au demourant, il vous escript que vous trouvez gens qui veuillent advictailler, équipper et armer le gallion que ceulx dudit Bordeaulx ont faict faire pour aller à la guerre contre les subgects dudit empereur et que faciez entendre à tous ses subgects qu'ils s'équippent
et arment pour faire le semblable. Je vous advertis aussi des prinses faictes tant par le prieur de Cappoue que par le sieur de la Garde, et de ce que là mon cousin le mareschal de Brissac a conquis en Piedmont ; et pour ce que pour le présent je ne sçauroys que dire davantaige, je feray fin, en priant Dieu, Monsieur le conte, vous donner ce que plus désirez.
De Fontainebleau, ce 14® jour de septembre 1551. — Vous ferez grant service au roy, de mectre peine de sçavoir s'il y a poinct à Bordeaulx estrangiers ou aultres qui donnent advertissement aux ennemys, et s'il s'y en trouve aucuns, les faire prendre et chastier comme il appartient. Vostre antyèrement bon amy, signé : Montmorency.
La suscription : (c A Monsieur le conte du Ludde, chevalier de l'ordre et lieutenant général du roy en Guyenne, en l'absence du roy de Navarre. »
37. — 19 septembre 1551. — Lettre de Montmorency à M. du Lude.
Monsieur le conte, j'ay fait entendre au roy ce que m'avez escript par vos lettres du xj® de ce mois, lequel a trouvé bonne la déclaration qu'avez fait faire de ceulx des villes tricomquis qui avoient esté arrestez à la Rochelle et faites acoustrer le navire espaignol naguère arresté à Bordeaulx. Je désire que ceulx de la Guienne s'arment et s'équipent sur mer pour courir sus et faire du pye qu'ilz pourront aux subjects de l'empereur , ainsy que verrez par ses lettres, parquoy service de y tenir la main et faire ce que vous pourez. Je ne veut au reste oublier à vous advertir. Monsieur le conte, comme ceste nuit passée la reyne est accouchée d'un beau fils, lequel et la mère sont en bonne santé. Dieu mercy. D'autre part, nos gens de Piedmont continuent leurs coups et a le sieur de Vassay*,
i. Antoine Grognet, s'^ de Vassé.
avecques soixante-dix hommes d'armes de la bande de mon cousin le maréchal de Brissac et de la sienne, defFaict entre Saint-Damien et Ast, trois cens chevaulx tant Hongres, Boesmiens que Allemans et Italiens que don Ferrand * avoit envoyé audit Ast * pour, en attendant sa venue, commencer à chercher la vangeance des prinses faictes par mon dit cousin le maréchal de Brissac et les gens de bien que le roy a par dellà, et ont esté si bien frottez lesdits Hongres, Bohesmiens et Allemans que tous ceulx qui ont voulu combattre ont esté tués, prins ou bien blessez, de manière qu'il y en a plus de six vingtz de morts et des principaulx de ceulx qui estoient venus en Itallye audavant des roy et reyne de Bohesme pour les accompagner jusques en AUemaigne, lesquels ont ter. . . . notre gendarmerie mieulx et plus hardiement combatant que ne leur promettoit ledit don Ferrand qui vient audit Ast pour la seureté de ce quartier-là et essaier à reprendre, s'il peut, ce qu'avons gaigné surluy ; mais on y a jà si bien pourveu et y a de si gens de bien et si vaillans que j'espère qu'il ne fera pas ce qu'il pense, joinct que d'heure à aultre le roy renforce le Piedmont de gendarmerie et de toutes aultres choses, et estant maintenant Parme assiégée avecques si petite compagnie que celle de don Ferrand y a laissée, le sieur de Termes qui peult estre à ceste heure dedans ladite ville, me mande qu'il espère davant qu'il soit guères donné la chemise blanche à quelqu'une de leurs trouppes, s'ils ne se tiennent bien matin. Faisant sur ce fin, je prie Dieu, Monsieur le conte, qu'il vous donne ce que plus désirés.
De Fontainebleau ce xix^ jour de septembre 1 551 . Votre bon amy, signé : Montmorancy. — Au dos est escrit : A Monsieur le conte du Lude, chevallier de l'ordre et lieutenant général du roy en Guyenne, en l'absence du roy de Navarre.