GOUVERNEUR DU POITOU DE 1537 A
65. — 30 août 4557. — Lettres patentes du roi Henri II, accordant l'office de sénéchal d'Anjou à Guy de Daillon, comte du Lude *.
Henry, par la grâce de Dieu, roy de France, à tous ceulx qui ces présentes lettres verront, salut. Sçavoir faisons que nous, ayans esgards aux bons, grands et recommandables services que feu nostre cousin le comte du Ludde, en son vivant chevalier de nostre ordre, gouverneur et nostre lieutenant général en Poictou et nostre lieutenant au gouvernement de Guienne en Tabscnce de nostre très-cher et très-amé frère le roy de Navarre, nous a de son vivant faicts au faict de nos guerres, et à ceulx que nostre amé et féal Guy de Daillon, son fils aisné, à présent comte du
1. Jean de Daillon, comte du Lude, gouverneur du Poitou, de la Rochelle et Aunis, et lieutenant général en Guyenne, étant mort à Bordeaux le 21 août 1557, son fils Guy lui succéda dans ces diverses charges, aussi bien que dans celle de sénéchal d'Anjou. Cependant les lettres de commission de lieutenant général au gouvernement de Poitou ne furent données par le roi à Guy de Daillon que le 10 août 1560. Le 10 juin précédent, le roi avait donné des lettres de gouverneur du Poitou au roi de Navarre, Antoine de Bourbon (Papier rouge du greffe du présidial de Poitiers, 1559-1573, manuscrit de la bibliothèque de la Cour de cassation). Le Poitou, uni d'abord au gouvernement général de Guyenne, fut donc érigé en 1560 en gouvernement particulier, et les pouvoirs du comte du Lude se trouvèrent restreints a cette province.
Ludde nous a pareillement, à l'imitation de son dit père, faiets au faiet de nos dites guerres et aultrement et espérons qu'il fera et continuera de bien enmyeulx cy-après à ieelluy; pour ces causes et pour la bonne et entière confiance que nous avons de sa personne et de ses sens, suffisance, loyauté, preudhommie et bonne dilligence, avons donné et octroyé, donnons et octroyons par ces présentes l'office de nostre séneschal d'Anjou que souUoit par cy-devant tenir et exercer nostre dit cousin le conte du Ludde, son père, vacant à présent par son trespas, pour ledit estât et office avoir, tenir dores en avant, exercer et en joyr et user par ledit comte du Ludde aux honneurs, auctoritez, prérogatives, prééminences, franchises, libertés, pouvoirs, gaiges, droits et offices et esmolumens acoustumés et qui y appartiennent, et tels et semblables que les avoit etprenoit de son vivant nostre dit cousin le conte du Ludde, son père, tant qu'il nous plaira. Si donnons en mandement par ces dites présentes à nos amés et féaulx conseillers les gens tenans nostre court de Parlement de Paris que, prins et reçeu dudit comte du Ludde le serment en tel cas requis et accoustumé, icelluy reçoivent, mectent et instituent de par nous en possession et saisine dudit estât et office et d'icelluy des honneurs, auctorités, prérogatives, gaiges, prééminances , franchises , libertés , pouvoirs , droits , profficts et esmolumens dessus dits, le facent, souffrent et laissent joyr et user plainement, paisiblement et à luy obéir et entendre de tous ceulx et ainsi qu'il appartiendra ez choses touchans et concernans ledit estât et office. Mandons en oultre à nostre amé et féal conseiller trésorier de France et général de nos finances en la charge et généralité de Touraine, que, par celluy ou ceulx de mes receveurs qui les gaiges et droits audit estât et office apartenant a accoustumé de payer, il face iceulx audit comte du Ludde paier, bailler, délivrer comptant doresnavant par chacun an, aux termes et en la manière accoustumée et
par raportant ces dites présentes ou vidimus d'icelles faiet soubs le seel royal pour une fois seuUement et quittance d*icelluy conte du Luddesur ce suffisante. Nous voulons les dis gaiges et droicts et tout ce que payé, baillé et délivré luy aura esté à ceste cause estre passé et alloué ez comptes et rabatu de la recette de celluy ou ceulx de nos receveurs qui paies les auront par nos amés et féaulx les gens de nos comptes ausquels nous mandons ainsi le faire sans difficulté, car tel est nostre plaisir. En tesmoing de ce, nous avons faict mectre nostre scel à ces dites présentes.
Donné à Paris le xxx® jour d'aoust, Tan de grâce mil cinq cens cinquante- sept, et de nostre règne le unzième. Par le roy, signé : Clausse.
Et à côté : Guydo de Daillon receptus fuit ad officium de quo in alto cavetur et solitum prestitit juramentum Parisius in parlamento xxvj® februarii, anno Domini millesimo quingen' tesimo quinquagesimo septimo. Du Tillet. — Et encore : Aujourd'huy lundi ij* jour de mars 1557, les présentes lettres de don ont estes leues et publiées en jugement, la court et jurisdiction présidialle, plects et assises royàulx de la séneschaussée d'Anjou à Angers tenans, et avons
enjoinct à nostre greffier les enregistrer es de la
court de cans, pour y avoir recours. Donné au siège présidial d'Angers par devant nous les gens tenans le siège présidial et establis par le roy, nostre sire, et prononcé par nous, Guillaume Lesrat, président, soubs le seing de nostre greffier, les dis jour et an. Signé : de Venier.
66. — 6 octobre 1560. — Lettre du roi François II à M. du Lude *.
Monsieur du Ludde, pour ce que je suis adverty qu'il se doibt faire une grande assemblée de séditieulx et rebelles
1. Il y a, comme on le voit, une lacune dans la correspondance, de 1557 à 1560. Signalons, pour essayer de la combler, quelques lettres
à Poictiers et ez environs où ils doibvent faire la masse des gens qu'ils veuUent mettre ensemble, j'ay commandé à mon cousin le mareschal de Termes de marcher droict là avec toutes les forces qu'il a et telles qu'il assemblera encores pour leur rompre leurs desseings ; et pour ce je vous prye d'advertir toute la noblesse du païs que vous congnoissez m'estre fidelle et l'assembler, pour avec icelle vous en venir trouver ledit mareschal^ et luy obéir en ce qu'il vous ordonnera pour mon service, ainsi que je me promects de vostre fidélité et bonne voulunté, et surtout je vous prye de donner ordre d'estre bien adverty de ce qui se faict par eulx pour en donner avis d'heure à aultre audit mareschal, affin qu'il soit d'aultant mieulx adverty de ce qu'il aura à faire, priant Dieu, Monsieur du Ludde, vous avoir en sa saincte et digne garde.
De Saint-Germain-en-Laye, le 6® jour d'octobre 1560. Signé : Frangoys. Et plus bas : Robertet.
concernant les premiers mouvements du protestantisme en Poitou : 1» Lettre de la ville de Poitiers au connétable, au sujet des prédicateurs protestants, qui sont tous étrangers, et du trouble qu'ils viennent de causer à Poitiers, du 31 mars 1559 {Arch. hist. de la Saintonge et de l'Aunis, IV, 309) ; 2» Lettre du roi Henri II à la ville de Poitiers, du 3 avril 1559; 3° Réponse de la ville de Poitiers au roi, du 8 avril 1559; 4» Lettre de Henri II à la ville de Poitiers, du 8 avril 1559 ; 5** Lettre d'Antoine de Bourbon, roi de Navarre, gouverneur de Guyenne, à la ville de Poitiers, datée de Lusignan le 12 mai 1559 ; 6** Lettre du roi François II à la ville de Poitiers, du 17 mars 1560 {Arch. hist. du Poitou, t. IV, 320-324); 7» Lettre du comte du Lude au roi, en faveur de la ville de Poitiers, qui a eu à souffrir des guerres civiles, Poitiers, 17 août 1560 (A rc^. hist. de la Saintonge et de TAunis, IV, 288). Au mois de novembre 1559, le roi François II, la reine sa mère et la cour, firent un voyage à Chàtellerault, dont il n'est parlé nulle part, et qui fut motivé sans doute par les premières agitations du protestantisme en ce pays. Une députation de la ville de Poitiers, conduite par le président du présidial, Aubert, vint y trouver le roi, et en obtint, le 22 novembre, le pardon de ceux qui avaient pris part à la sédition de Poitiers dont il est question dans les lettres citées dans cette note. Cependant le pardon fut refusé aux prédicants huguenots. Quelques jours après, le 26 novembre, vingt-sept prisonniers furent élargis à Poitiers, en vertu de cette mesure. (Journal manuscrit de J. de Brilhac, collect. de la Soc. des Arch. du Poitou.)
1. Le maréchal de Termes était à Poitiers le 19 octobre et en repartit pour Limoges le 24 novembre avec son armée. (Journal deJ.de Brilhao.)
La suscription : A Monsieur le conte du Ludde, capitaine de cinquante hommes de mes ordonnances et mon lieutenant en mes païs et conté de Poictou en Tabsence de mon oncle le rov de Navarre*.
i. Cette lettre a été publiée par le Cabinet historique, t. XIX, première partie, p. 49. Il est utile de rapprocher de cette lettre trois autres pièces publiées par le même recueil (t. XIX, p. 54) : 1" Requête du 23 octobre 1560, présentée au roi par ceux de la religion prétendue réformée de Châtellerault, pour avoir libre exercice de leur religion et n'être pas persécutés; signé : Maroteau; 2" Lettre de M. de Montpezat, gouverneur de Châtellerault, au cardinal de Lorraine, lui envoyant la précédente requête, datée du Fou, le 23 octobre 1560; 3<* Réponse de la reine, mère du roi, à la lettre de M. de Montpezat. Il y a aussi une autre lettre de M. de Montpezat au cardinal de Lorraine, du 12 octobre 1560, relative à l'affaire de Châtellerault {Lettres de Catherine de Médicis, t. I, p. 151, dans les Doc. inéd.). Le 19 octobre 1560, M. du Lude se trouvait à Poitiers lors du passage du roi de Navarre, du prince de Condé, du maréchal de Thermes et du cardinal d'Armagnac, qui se rendaient aux Etats généraux d'Orléans. {Hist. du Poitou, par Thibaudeau, éd. 1840, t. II, p. 310.) La veille, 18 octobre, le roi de Navarre , par une lettre datée de Lusignan et adressée à la reinemère, protestait de sa fidélité. En effet, la cour se défiait beaucoup des princes de Bourbon, protecteurs des huguenots, et elle avait envoyé à Poitiers Montpezat et le maréchal de Thermes, pour observer leurs mouvements et les arrêter en cas de révolte ouverte. Montpezat, outrepassant maladroitement ses instructions, leur ferma les portes de Poitiers, mais le maréchal de Thermes y accourut pour les recevoir avec honneur, le 19 octobre, et leur permettre de poursuivre leur route vers Orléans, où ils étaient arrives le 27 octobre. {Hist. des ducs de Guise, par de Bouille, t. II, 96, 98, 102. — Hist. des princes de Condé, par le duc d'Aumale, t. I, 83, 87.) Après leur départ, le s>" de Montpezat (Melchior des Prez, si" du Fou) prit possession solennelle de son office de sénéchal de Poitou au palais de Poitiers , le 26 octobre 1560. Deux jours après, le 28, les trois ordres de la province se réunissaient au même lieu, pour nommer des députés aux Etats généraux. (Journal de J. de Brilhac.) Les huguenots continuèrent leurs manœuvres et leur propagande avec d'autant plus d'activité qu'elles demeuraient souvent impunies. Coucy de Burie, commandant pour le roi à Bordeaux, avertissait la reine-mère en 1560, vers l'époque où François II écrivait au et» du Lude la lettre transcrite ci-dessus, « (jue Théodore de Bèze et un nommé Campaigne, fort savant, avoient été trouvés à une journée par deçà de Poictiers ». De son côté, le cte du Lude, écrivant au duc de Guise à la même époque, « ne veult faillir à l'avertir du mauvais ordre de la justice de Nyort, lesquelz ont un homme en leurs prisons qui vendoit publiquement des placards diffamatoires contre le roy et ceux qui sont le plus près de sa personne, et n'en font aucune justice, dont le mayre se plaint fort ». {Hist, des ducs de Guise, par de Bouille, II, 96, 98.)
67. — 5 décembre 1560. — Lettre de Louis de Bourbon, duc de Montpensier, à M. le comte du Lude.
Monsieur du Lude, ayant reçeu commandement du roy de faire desloger la compaignye de Monsieur de Gonnor* de mon gouvernement où elle est en garnison pour la faire tirer là part où vous serez, j*ai incontinent donné ordre à l'y faire achemyner et commis à M. de la Chevrelière la charge de prendre garde et soing de la faire vivre par les chemins et lieux où elle passera, doulcement, sans fouUe ny oppression du pauvre peuple et en payant, selon les ordonnances dudit seigneur et m'asseurant que vous aurez receu son commandement pour recevoir ladicte compaignie et ledit sieur de la Chevrelière s'acquitera si bien de la charge que je luy ay commise en la conduicte de la dicte compaignie que la majesté dudit seigneur s'en contentera, je voys en cest endroit me recommander bien fort à vostre bonne grâce, suppliant Nostre Seigneur vous donner, Monsieur du Lude, bien bonne vye.
D'Angiers, le v® jour de décembre 1560. Vostre plus affectionné meilleur amy. Signé : Loys de Bourbon.
La suscription : A Monsieur le conte du Lude, gouverneur et lieutenant général pour le roy en Poictou.
68. — 14 février 1861. — Lettre du roi Charles IX à M. du Lude.
Monsieur du Ludde, je suis adverty que le roy de Portugal * mon bon frère envoyé devers moy le grand commandeur de Crist, qui est son parant et personnage de telle qualité que je désire qu'il soit bien receu et honoré par
1 . Artus de Cossé, s' de Gonnord et de Secondigny, lieutenant de cent hommes d'armes en i 550, maréchal de France en 1567.