juin 1561. — Lettre du roi Charles IX à M. du Lude
Monsieur du Ludde,pour ce que j 'ay este adverty que, tant en ma ville de Poictiers qu'es environs, il se faict de grandes émotions pour le faict de la relligion, estans les ungs si divises des aultres et tellement aliennës et oppiniastres qu'il ne s'en attend qu'une prochaine ëlëvation, il m'a semble qu'il estoit très-requis et nécessaire pour le bien de mon service et pour y donner l'ordre qui est requis et nécessaire, de vous y en aller incontinant, d'aultant que tenant le lieu que vous faictes et estant assisté comme vous serez de beaucoup de la noblesse, vous y pourries mieulx pourveoir que nul aultre; et pour ce je vous prye estant sur les lieux, de parler aux ungs et aux aultres et les prier pour le bien de mon service, de vivre en paix sans me forcer et contraindre d'user de rigueur envers eulx, leur faisant bien entendre que, si ils persévèrent en cette obstination, je seray contrainct d'y mettre la main à bon essient et les chastier si rigoureusement, qu'ils se repentiront de m'en avoir donné occasion ; et si estant sur les lieulx, vous voyez les choses si éloignées de raison que, ny votre présence, ny votre paroUe n'y puisse proffitter, et qu'ils feust besoing pour les réprimer d'avoir des forces pour chastier les sédi-
lieux et coulpables, vous avez deux ou trois compaignyes de gensdarmerye en vostre gouvernement que vous ferés incontinant approcher de vous, affin qu'avec cela et les gens de bien qui vous assisteront, vous puissiés avoir moyen de faire pugnir indifféremment de quelque relligion qu'ils soient tous ceulx qui apporteront sédition et voudront troubler le repos publique; et d'aultant que j'ay entendu que le curé de Chirez * continue les sermons à Poictiers, maulgré Tévesque dudict Poictiers, d'où sort et procède une partye de tous ces troubles, je veulx et entends que vous luy faciès faire commandement et defFenses expresses de par moy de ne plus prescher, à peyne de la vie, l'asseurant que, si après ceste deffense faicte, il continue, je l'envoyeray chercher en quelque lieu qu'il soit pour le faire pugnir comme rebelle et désobéissant à mes commandemens et ordonnances ; le surplus est remys à vostre prudence et discrétion pour donner tel ordre que vous jugerés (estant sur les lieulx) estre bon et utille pour le bien de mon service, dont je vous prie m'advertir quand vous serés sur les lieulx, et je prieray Dieu, Monsieur du Ludde, vous avoir en sa saincte et digne garde.
Escript à Saint-Germain-des-Préz lez Paris, le 29 juin 1 561 . Signé : Charles. Et plus bas : Robertet, avec paraphe.
Au dos est écrit : A Monsieur le conte du Ludde, cappitaine de cinquante lances de mes ordonnances, et mon lieutenant général au gouvernement de Poictou en l'absence du rov de Navarre *.
1. Pierre Després, s' de la Cour de Chiré, curé de Chiré, se fit ministre protestant. Il fut tué plus tard en 1 570, à Mouzeuil en bas Poitou, lors de la prise de cette bourgade par Puygaillard. {Hist. des protestants du Poitou, par M. Lièvre, I, 90; III, 311. — Hist. des troubles, parla Popelinière, p. 443.)
2. Il est utile de rapprocher de cette lettre : l» une lettre du c*» du Lude à la reine, datée de Poitiers le 19 avril 1561, relative aux gens de guerre qu'il doit garder; 2» une autre lettre du c** du Lude à la reine, de Poitiers le 11 mai 1561, relative au prêche de Chiré, où se tient une grande assemblée au grand scandale du peuple qui en murmure fort. {Arch. hist. de la Saintonge et de l'Aunis, IV, 290.)
70. — â9 juin 1561 . — Lettre de la reine Catherine de Médicis à M. duLiide*.
Monsieur du Ludde, le roy Monsieur mon fils vous escript Tadvis qu'il a des émotions qui adviennent journellement à Poictiers et ez environs pour le faict de la relligion, où il est requis et nécessaire pour le bien de son service que vous rendiez le plus tost que vous pourrez ', aiïin que pour le lieu que vous tenez, estant sur les lieulx, vous advisiez d*y donner Tordre et provision qu'il sera de besoing. Je m'asseure que pour la fidellité que vous portez au service du roy mon dit fils, et pour la nécessité et importance dont vous congnoissez estre telles choses, vous y employerez de façon qu'il ne tiendra pas à vous que le tout n'aille à vostre contentement et satisfaction, dont je vous prye, comme je faicts Nostre Seigneur, vous avoir, Monsieur du Ludde, en sa saincte et digne garde.
De Saint-Germain-des-Prés - lés Paris, ce 29^ jour de juing 1 561 . Signé : Cateroe. Et plus bas : Robertet.
La suscription : A Monsieur le conte du Ludde, cappitaine de cinquante lances des ordonnances du roy Monsieur mon fils et son lieutenant au gouvernement de Poictou, en l'absence de mon frère le roy de Navarre ^.
1. Cette lettre a été publiée dans la collection des lettres de Catherine de Médicis, imprimées dans les Documents inédits sur l'histoire de France, p. 208.
2. M. du Lude ne se rendit à Poitiers pour y faire sa résidence qu'à la fin de décembre 1561 (Reg. des délib. de l'ancien corps de ville de Poitiers. Reg. 38, séance du 29 décembre 1561). Cependant nous avons vu qu'il était à Poitiers aux mois d'avril et mai 1561 (voir la lettre précédente, note).
3. Peu de temps après, le 22 septembre 1561, le maréchal de Cossé- Brissac écrivait de Tours au roi Charles IX que, suivant ses ordres, il se dirigeait à Poitiers avec son régiment (Arch. historiques de laSaintonge et de l'Aunis, IV, 290). — Il y a une autre lettre de Catherine de Médicis, qui est curieuse pour l'histoire de Poitiers. Elle est adressée à François Aubert, s' d'Aventon, président du présidial de Poitiers, et datée de Saint-Germain-en-Laye, du 2 septembre 1561. La reine,
répondant à une lettre du susdit président, en date du 13 août 1561, par laquelle il lui faisait connaître le vif mécontentement des protestants de la ville contre Fédit de juillet 1561, lui recommande de se borner à lire l'édit en séance, sans le faire publier à son de trompe, et de ne pas être trop sévère sur son observation. {Lettres de Catherine de Médicis, dans les Doc. inéd. sur l'hist. de France, p. 233.) Voici la lettre du président du présidial :
« Madame, vous avez peu entendre par cy devant, tant par monsieur de Montpezat, seneschal de Poictou, que par ce que vous ay escript avec les autres officiers, Testât onquel estoit ceste ville et les entreprinses que ceulx de la nouvelle religion ont faicte pour les presches qui se font troys foys la sepmaine depuys la feste de Panthecouste, et jusques à présent autre ne s'est faicte contre Tauctorité du roy. Depuys, Madame, ces jours le ministre de ceste ville m'est venu remonstrer qu'il avoit entendu que j'avoys délibéré au premier jour, faire publyer l'esdict dernier touchant le faict de la religion, que les fidelles se mescontentoyent fort du contenu en icelluy, qu'ilz n'entendoient le garder et entretenir, et me admonestoit sur toute chose de ne le faire publier, aultrement il ne pourroit empescher les fidelles de faire une sédition et folle entreprinse comme gens désespérez. Disoit oultre. Madame, que je excederoys le commandement au roy de faire la dite publication parce qu'il n'est mandé de ce faire, sinon aux cours de parlement et que en faisant la lecture et publication en la dite court elle n'a ordonné d'office ou à la requeste de monsieur le procureur général du roy que la dite publication se feroit aux sièges royaulx des provinces, comme véritablement il n'est aussy mandé. Davantaige disoit le dit ministre qu'il estoit asseuré que le dit esdict n'avoit esté et ne seroit publié en aucune ville d'entre cy et Paris et autres pays. Sur ce. Madame, je luy ay faict response que je adviseroys de faire mon debvoir pour conserver Fauctorité du roy et garder ses édicts ausquelx il doibt obéyr, sans luy faire autre response. Touteffoys, Madame, voyant que par plusieurs de ceste ville, gens de bien et de bonne vye, je estoys pressé de faire la dicte publication pour n'entreprandre chose qui tumbast au préjudice du roy et du publicq, craignant qu'il advint quelque sédition qui seroit difficile à pacifier, j'ay assemblé des plus notables de la dicte ville et gens de tousestatz, par l'advis desquelx j'ay différé la publication du dit édict et trouvé qu'il estoit expédient pour la conséquence de cest affaire de vous en escripre et au roi de Navarre, afin, Madame, qu'il plaise au roy et à Votre Majesté commander si le dict édict sera publyé ou non, tenant pour chose asseurée que la dicte publication faicte ilz ne laisseront à continuer leur entreprinse, et se double fort que si tost
u'ilz verront que l'yver s'approchera ils se saisiront d'ung temple.
e scay, Madame, que le mieulx que les officiers du roy et les gens de bien peuvent faire pour le service de Sa Majesté c'est de contenir le peuple en toute obéissance, sans user de force et rigueur, de peur de sédition, et s'il n'y a force es villes capitalles de ce royaulme à peine les édicts seront gardez, vous suppliant très humblement, Madame, faire entendre aux oiïiciers du roy et à moy votre volunté et ce qu'il vous plaira y estre faict le plus tost que possible sera, craignant que la longueur de cest affaire engendrast division et chose de plus grand conséquence entre les subjectz du roy.
« Madame, je prye Dieu vous donner en sancté très bonne, longue et heureuse vye. A Poictiers ce xiije jour d'aougst 1561.
« Votre très humble et très obéissant serviteur, Françoys Aubert, président à Poictiers. A la royne. (F. Français 15,875, f» 124.)