‹ Lettres adressées à Jean et Guy de Daillon, comtes du Lude, gouverneurs de Poitou de 1543 à 1557 et de 1557 à 1585Chapitre 58 sur 173 · Champigny-sur- Vende (Indre-et-Loire · texte numérisé non relu

Champigny-sur- Vende (Indre-et-Loire

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ceste heure à la lettre que la royne, madame ma mère, vous escript présentement *, synon que je vous envoyé la commission nécessaire pour la levée des deniers du payement et soulde des gens de guerre ordonnez pour la conservation des villes, chasteaulx et plat pays de Poictou; je vous prye prendre garde que les rebelles ne exécute quelque chose de mauvais et que le peuple ne s'eslève, vous advisant quant à la continuation pour ceste année du don cy-devant faict aux habitans de Poictiers des deniers provenans de Tassiette de six deniers pour livre qui se lève en la généralité de Poictou, c'est chose que j*ay esté bien contant leur octroyer et dont envoyant par deçà les pièces de leur premier don, il leur sera expédyé les lettres de la continuation d*icelluy pour ceste dite année ; et en tant que touche la commission que vous estes d'advis estre adressée à celluy qui vous semblera à propos pour ouyr les comptes de ceulx qui ont mangé les deniers de la levée et ont faict cy-devant le payement des garnisons, je vous déclaire qu'il fault qu'ils apportent leurs comptes par deçà devers les intendans de mes finances qui les en auront bientost dépeschez, et dont pour ceste cause vous advertirez les comptables des dits deniers pour en dresser sommairement leurs comptes et s'en venir avec iceulx devers lesdits intendans des finances

pour en estre expédiez, priant Dieu, Monsieur le conte ,

ce que désirez.

Escript à Bloys, le iij* jour de may 1 562. Signé : Charles. Et plus bas : Robertet, avec paraphe.

Au dos est écrit : A Monsieur le conte du Lude, chevallier de mon ordre, gouverneur et mon lieutenant général en Poictou.

1. La lettre à laquelle il est fait ici allusion ne figure pas dans la collection des lettres de Catherine de Médicis, publiées dans les Doc. inéd. sur l'hist. de France.

76. — 6 mai 1562. — Lettre de Louis de Bourbon, duc de Montpensier, à M. du Lude.

Mon cousin, je suys bien ayse du bon debvoir que font eeulx des villes de vostre gouvernement et demourer en Tobéyssance du roy, et marry que eeulx du plat pays n'ont pris exemple là-dessus. Toutesfoys, je ne fais point de doubte que vous n'y ayez pourveu de ceste heure et que ladite Majesté ne vous ayt instruiet de la façon dont vous vous y debvez conduyre; elle me commande empescher et rompre les trouppes qui passeront par mon gouvernement pour aller à Orléans et essayer à faire réduire les villes qui se sont révoltées, par toutes les voyes et manières que le pourray. Aussi suys-je bien dellibéré, s'en présentant l'occasion, de n'y rien oblier et vous faire plaisir en tout où je pourray d'aussi bon cueur que je me vois recommander à vostre bonne grâce et supplier Nostre Seigneur vous donner, mon cousin, ce que désirez.

De Chinon, ce 6^ jour de may 1 562. Voustre bon cousin et meilleur amy. Signé : Loysde Bourbon.

La suscription : A mon cousin , Monsieur le comte du Lude, capitaine de cinquante hommes d'armes et gouverneur de Poictou.

77. — 13 mai 1562. — Lettre de l'église réformée de Poitiers à M. du Lude.

Monseigneur, par la lectre que avez rescripte au sire Beaucé *, qu'il nous a communicquée, et encores par ce que monsieur de la Frézellière vostre lieutenant pour recepvoir l'arrière-ban nous a remonstré de vostre part, nous avons

1. Jean Beaussé, l'un des soixante-quinze bourgeois du corps de ville de Poitiers, était un des principaux adhérents de la prétendue réforme.

congneu que n'avez trouvé bon dont les portes se sont redressées en ceste ville, jugeant que e'estoit pour remeetre les armes entre les mains du populaire, chose dangereuse ou temps qui s'offre, ce qui nous a donné la hardiesse de vous faire entendre la forme qui y a esté tenue et la cause pour laquelle cella a esté faict, c'est que des gens d'ordonnance vivans sans paier et faisans excès au pauvre peuple tournoient par les villaiges prochains de ceste ville à si petites journées que on heust plustot jugé leur desseing estre d'entrer en ceste ville pour faire telles oppressions en icelle, que d'aller au service du roy et parce que tout le peuple commençoit à en murmurer, disant oultre qu'il s'étoit droissé quelques compaignyes de gens de pied qui les suyvoient, l'on heust craincte que cella feust ou servist de prétexte au commung pour faire ung desbauchement, lequel sans difficulté feust advenu si le dit peuple heust rescenty sur soy telles incommodités. Et pour ad ce obvier, on s'addroissa aux magistrats par l'auctorité desqueulx ont esté ordonnées les dites portes *, et des depputés commis qui ont tousjours mis à chascune porte gens de la maison commune et autres de quallité pour tenir en bride le peuple, ce qui a tant bien succédé, grâces à Dieu, qu'il n'y a heu, n'a et n'y aura, aydant Dieu, aulcune sédition ne mescontentement. Ainsle peuple jusques à présent s'est mainctenu en paix et amityé et fera cy-après, s'il vous plaist tant nous favoriser qu'il ne vienne forces en ceste dicte ville auxquelles nostre peuple rude n'est accoustumé, par ce Monseigneur, nous vous supplions très-humblement faire par vostre auctorité que nous ne soyons

chargés de gendarmerie, affin que nostre soit

gouverné par son magistrat ordinaire, et soubs icelluy

1. La garde des portes de Poitiers par les échevins et bourgeois avait été ordonnée et réorganisée en vertu de la délibération du Mois et Cent, du 5 mai 1562 (reg. 38).

vivre en paix sans sédition ne esmutte, et que jusques à la fin nous soions trouvés tels que nous sommes jusques icy, sçavoir est très-humbles et obéissants subjects du roy en la crainte de nostreDieu lequel à cest endroiet nous supplions, Monseigneur, vous donner en bonne santé et longue vie sa grâce, présentans aux vostres nos très-humbles et affectionnées recommendations et tout le service que verrez estre en nostre pouvoir pour l'honneur de Dieu, du roy nostre naturel seigneur et du roïaume.

A Poictiers, ce xiij* may 1562. Vos très-humbles et affectionnés serviteurs, Geulx de l'Eglise refformée de Poictiers * .

Et la suscription : « A Monseigneur, Monseigneur le conte du Lude, à Meigné ^. »

78. — 22 juin 1562. — Lettre de Louis de Bourbon, duc de Montpensier, à M. du Lude.

Mon cousin, vous verrez, par le double d'une lettre que j'ay reçeue à ce matin que je vous envoyé. Testât auquel sont les affaires de nostre armée et entendrez de vostre gentilhomme présent porteur la délibération où je suys de partir bientost de ceste ville si vous voulez me venir

1. Il faut rapprocher de cette lettre: 1» la lettre du prince de Condé à la ville de Poitiers, du 20 mai 1562, annonçant aux habitants qu'il leur envoie le s*- de Sainte-Gemme pour y commander; 2° la lettre de Charles IX à la ville de Poitiers, du 23 mai 1562, relative à la garde et conservation du château de Poitiers ; 3° la lettre des maire et échevins de Poitiers au comte du Lude, du 24 mai 1562, concernant l'arrivée du sr de Sainte-Gemme (Arch. hist. du Poitou, t. IV, p. 334-337) ; 4° la lettre du prince de Condé aux habitants de Poitiers, du 28 mai 1562, leur recommandant d'obéir au s»" de Sainte-Gemme [Id, 337).

2. Le comte du Lude, intimidé par les violences des séditieux qui conspiraient pour livrer Poitiers aux huguenots, ce qui eut lieu en effet le 26 mai, avait abandonné cette ville pour se retirer à Magné,

Eres Niort, qui lui appartenait, puis à Niort, où il rassembla l'arrièrean de Poitou. {Journal de Michel le Riche, p. 85. — Dom Fonteneau, t. II. Déposition des témoins, etc., en 1562.)

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attendre à Monstreulbellay. Oultre que c'est une belle ville bien logeable et de grande commodité, vous n'y serez pas trois jours sans me veoir, et si vous mettray en lieu où nous ferons quelque chose dont le roy aura occasion de contantement. L'affection que j'ay d'estre aydé de vous en si saincte querelle me faict vous tenir ce langage, et aussi que je ne veoy pas occasion de demoureràBressuyre,puysque le chasteau n'est en vostre puissance et que vous n'avez artillerye, pour le forcer ; j'ay quelques canons que je fais marcher où ce dit porteur vous dira, qui vous doibt bien assurer que je ne seray pas longuement sans le suyvre*. Cependant, je me veois bien fort recommander à vostre bonne grâce et supplier Nostre Seigneur vous donner, Mon cousin, ce que désirez.

D'Angers, ce lundy 2T jour de juing 1 562. Voustre affectionné cousin et meilleur amy. Signé : Loys de Bourbon.

La suscription : « A Monsieur le comte du Ludde, mon cousin, chevalier de l'ordre du roy Monseigneur. »

79. — 13 juillet 1562. — Lettre du duc de Montpensier à M. du Lude.

Mon cousin, le roy de Navarre ^ m'a despesché ung courrier qui me veint trouver hier avec une lectre qu'il m'a escripte ; il en avoyt aussi une à vous que je lui avois commandé vous porter, mais, ad ce que j'ay entendu, il n'a pas pris ce chemyn, c'en est allé ailleurs. A ceste cause, je vous ay bien voullu envoler par ce porteur ladicte lettre

1. Le 25 juin 1562, Catherine de Médicis écrivit à M. le duc de Montpensier de marcher sur Tours, occupé par les protestants. {Let" très de Cath. de Médicis, p. 341.)

2. Antoine de Bourbon était alors à l'armée royale, à Blois. [Lettres d'Antoine de Bourbon, publiées par M. de Rochambeau.)

dudit seigneur roy de Navarre qu'il m'escript, où vous trouverez la substance de tout ce que vous mandoys, ne voullant aussy vous eeller que je viends d'estre adverty que ceulx qui estoient dedans la ville et chasteau de Chinon s'en sont eeste nuigct fouis * . Dieu monstre bien en cella qu'il luy plaist se mectre de nostre partye pour défendre sa cause à la confusion et dommaige de ceulx qui vouUoient ronger et diminuer sa gloire et honneur; je le supplie, après m'estre recommande bien fort à vostre bonne grâce, vous donner, Mon cousin, ce que plus désirez.

De Saumur, ce 13* jour de juillet 1562. Voustre plus affectionné et meilleur amy. Signé ; Loys de Bourbon.

La suscription : « A mon cousin Monsieur le conte du Lude. »

80. — 13 juillet 1562. — Lettre de l'Église réformée de Saumur à celle de Poitiers.

Messieurs, nous avons entendu par monsieur de Marconnay * que vous debvez faire descendre partie de vos forces vers ceste ville pour aller assembler les forces des Eglises là part où il seroit advisé ; toutes foys, nous avons entendu que Monseigneur de la Rochefoucault ' descend à vous à Poictiers pour y dresser les dites les forces, et doubtant que ce ne soit chose asseurée , nous avons rechargé le porteur de donner vers vous pour entendre la vérité du faict, et, s'il est besoing que nous vous aillons trouver audit lieu, mandez le nous, s'il vous plaist.

1. Chassés de Tours le 10 juillet 1562, les calvinistes, ralliés à leurs coreligionnaires de Chinon et de Châtellerault, battaient en retraite vers Poitiers. [Hist. de Touraine, par Chalmel, t. II, p. 361.)

2. Lancelot ou Jean de Marconnay, d'une famille du Mirebalais. (Dic^ des familles de l'ancien Poitou, par Filleau, Beauchet-Filleau et de Chergé, t. II, p. 358, 362.)

3. François, ct« de la Rochefoucauld, prince de Marcillac, beaufrère du prince de Condé.

pour incontinant partir. Si nous pouvons joindre avecques nous les forces de Chinon, Chastellerault et Tliours *, nous serons tousjours les plus forts, nous vous prions au nom de Dieu de nous en advertir, lequel nous supplions par Jësus- Christ, son fils, Nostre Seigneur, qu'il nous veuille tous assister et conserver en ses saine te grâce et bénédiction.

De Lodun, ce xiij^ juillet 1562. Vos humbles frères, les fidèles de l'Eglise de Saumur. Signé : Maurice^ au nom de tous.

Et la suscription : (c A Messieurs, Messieurs de l'Eglise de Poictiers, àPoictiers. »

81. — 13 juillet 1562, — Lettre d'un certain Jeanneau à M. de Sainte -Gemme.

Monsieur mon frère, je vous ay par cy devant escript que le desseing de monseigneur le prince de Condé estoit de dresser ung camp. Je suis en cette ville, attendant de vos nouvelles; je vous prye bien fort m'escripre le lieu où avez délibéré que nous assemblons ; il me sembleroit fort bon estre entre cy et Chastellerault. Mon nombre est de cinq enseignes de gens de pied et de cent cinquante hommes de cheval et de cinq pièces de campaigne ; nos ennemys sont forts en ce pays, et desjà les avons combattus entre icy et Saumur et nous sommes bien frottés. Nous aurions grand besoing de gens de cheval et vous supplye bien fort de nous envoyer pour nous favoriser entre cy et Poictiers, ou aultrement nous aurons bien des affaires, car le nombre de leur cavallerye est grand , et ce faict mérite une bien grande diligence que je vous supplye y faire mectre. Fai-

1. Ces forces calvinistes furent battues quelques jours plus tard, à Saint-Genest d'Amberre, près Vendeuvre , par le ct^ de Yillars et le s^de Touffou et la Roche-Pozay (Roch Chasteigner). (Hist, du Poitou, par Thibaudeau, éd. 4840, t. II, p. 310.)

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