mai 1563. — Lettre de Charles IX à M. du Lude
Monsieur du Lude, j'ay veu par la dernière lettre que vous m'avez escripte, comme vous estiez après à licentier vos gens de guerre, mais qu'il vous sembloit qu'il estoit nécessaire d'en retenir cent hommes de pied et cinquante chevaulx encores pour quelques moys, jusques à ce que les choses fussent bien paciffiées par vostre gouvernement, pour n'y estre au bas Poictou l'obéissance telle que la désireriez, ce que j'ay trouvé raisonnable pour ung mois ou deux, ensemble l'argent qui sera nécessaire pour leur solde et la façon qu'il faudra tenir pour les lever , dont je vous envoyeray la commission après que vous aurez licentié toutes les aultres forces qui sont par ledit pays, comme de grande despence au peuple et nullement utilles en ceste
saison. Et pour ce que vous dictes ne les pouvoir contanter d'un mois en leur donnant argent, elles seront encores mieulx traictëes qu'elles n'ont esté en la pluspart des lieux de ce royaume dont les gens de guerre ont esté licentiés sans leur bailler riens en beaucoup de lieux, attendu qu'ils ont vescu à discrétion et qu'il ne leur a rien cousté aultre ce qu'ils ont gaigné; à ceste cause, il faut qu'il se contantent d'un moys s'il est possible, sinon et que l'argent fut receu comme le me mandez et la pluspart distribué, que vous les licentiez incontinant leur argent receu et renvoyez avec commandement de ne piller ny saccaiger, retenant seuUement le nombre susdit de cent hommes de pied et cinquante chevaulx pour quelque temps, jusques à ce que nous voyons toutes choses en toute seureté et paciffication. Et quant à ce que me mandez qu'il y a des curez qui font des assemblées, c'est leur mestier s'ils font leur devoir de prescher , et ne les en sçauroit-t-on reprendre, pourveu qu'ils ne preschent chose qui ne soit bonne, et ne fault point qu'ils en abusent ; aussi quant aux abbés tout de mesmes, et ne les sçauroit-t-on empescher de prescher et faire prescher ayant toute justice haulte, moyenne et basse. Mais il n'est pas dict aussi qu'ils puissent empescher que continuant ce mestier-là, qu'on ne pourveoie à leurs abbayes, attendu que cela n'est pas selon l'édict, et en cela je ne vous sçaurois dire aultre chose, si n'est vous prier tenir la main bien roidde à l'entière observation dudict édict, sans fléchir ny favoriser aucune chose qui sera au contraire, attendu que de là deppend le repos de ce royaume, qui sera fm, priant Dieu, Monsieur du Ludde, vous avoir en sa saincte et digne garde.
De Saint-Germain-en-Laye, le xij* jour de may 1 563. Signé : Charles. Et plus bas : Robertet.
Et la suscription est : A Monsieur du Ludde, etc