Chroniques FontenaUiennes, p
moins nombreuses. On en possède soixante-quatre, écrites du 27 avril 1543 au 7 juin 1557. Une douzaine d'entre elles, de 1548 et 1549, contiennent des renseignements particulièrement nouveaux pour le Poitou, la Saintonge et l'Angoumois, même le Bordelais, théâtre des troubles de la gabelle. Les autres, sauf quelques-unes spéciales aux affaires de la province et de la ville de la Rochelle, ont un intérêt plus général. Une lettre de François P^, du 22 mai 1544, est relative aux premières assemblées des luthériens dans le pays Rochelais. La plupart, à partir de 1549, donnent des détails curieux sur les guerres avec les Anglais et l'empereur Charles-Quint. Le roi Henri II raconte ses victoires dans le Boulonnais et le siège de Boulogne, en 1549. Montmorency donne des nouvelles intéressantes de la guerre en Italie et en Allemagne, en 1551, 1552 et 1553. La défense et la perte de Thé"rouanne en 1553 sont racontées par Henri II, qui donne ensuite des détails sur sa campagne en Flandre contre Charles- Quint et sur la conquête d'une partie de l'île de Corse. Une lettre de Henri II, du 10 juin 1555, relative au don des rois de France de guérir les écrouelles, présente des particularités très curieuses. On trouve dans beaucoup de lettres, durant cette période, des renseignements concernant la marine, les armements en course et la piraterie sur les côtes du Poitou et de la Saintonge. Deux lettres non adressées à M. du Lude figurent néanmoins dans sa correspondance, parce qu'elles touchent à certains détails de son administration dans la province. L'une, du 31 août 1548, est une instruction du roi pour le sieur de Sansac ; l'autre, du 25 juin 1549, est adressée par le roi aux trois Etats de Guyenne.
Le nombre des lettres reçues par Guy de Daillon, successeur de son père en 1560, est beaucoup plus considérable, et encore est-il certain que nous ne les connaissons pas toutes. Cela ne doit pas surprendre si l'on songe à la longueur de son administration en Poitou, qui dura 25 ans, et à la gravité exceptionnelle de ces interminables troubles religieux et politiques qui lui créèrent, comme aux autres gouverneurs, des difficultés sans cesse renaisnantes. Les lettres conservées par les copies de dom Housseau, et que nous publions à la suite des précédentes, s'élèvent au chiffre de 360. Elles ont une importance capitale pour l'histoire. Si, d'une part, leur intérêt historique au point de vue poitevin est unique et
incontestable, d'autre part, les révélations ou éclaircissements qu'elles apportent sur l'histoire générale de la France ont une valeur véritable que tous les érudits apprécieront. En les lisant attentivement, on suit avec le plus vif intérêt les modifications de la pensée royale et de la politique du gouvernement durant cette période si agitée. On se forme une idée exacte de ce qu'était alors le gouvernement des provinces, et l'on se rend compte de la prudence et de la fermeté dont il fallait que les gouverneurs fussent doués pour contenir et diriger les esprits turbulents de leurs administrés. Celui du Poitou se distingua assurément entre tous les autres ; sa correspondance le prouve. Son habileté fut d'autant plus remarquable qu'il fut souvent dépourvu de moyens suffisants dans l'exercice de ses fonctions, et qu'il avait affaire à une population rebelle et presque indomptable, surtout celle du bas Poitou. La lecture de ces intéressantes lettres est seule capable de donner une idée suffisante des grandes qualités qu'il déploya pour maintenir l'ordre si souvent troublé. On voit les événements les plus graves se dérouler peu à peu, racontés au jour le jour par les acteurs eux-mêmes, et on suit le gouverneur continuellement aux prises avec des difficultés de toutes sortes, dont il ne réussit pas toujours à triompher, mais qui ne l'empêchent jamais de faire son devoir.
Plusieurs des lettres adressées à Guy de Daillon, comte du Lude, ont été publiées dans divers recueils. Nous l'avons indiqué en les reproduisant de nouveau. Mais l'immense majorité est inédite. On remarquera les recommandations envoyées au gouverneur par le roi et quelques grands personnages à l'occasion des troubles qui livrèrent Poitiers aux huguenots en 1562. Les lettres qui suivent la paix d'Amboise, en mars 1563, montrent les difficultés que le pouvoir éprouva pour apaiser les esprits et faire cesser les violences, surtout en bas Poitou. On eut aussi quelque peine à faire publier la paix à Poitiers . Monsieur du Lude demanda à conserver quelques forces militaires près de lui (mai 1563), pour faire observer l'édit de pacification. Les esprits, en effet, étaient loin d'être calmés. Un ministre huguenot, ancien curé de Chiré, continuait à prêcher dans sa cure, contrairement à l'édit. Le roi ordonna au gouverneur d'y mettre ordre et envoya des commissaires spéciaux en Poitou, le 17 juin 1563, pour faire observer la
pacification. Il lui enjoignit également, le 24 juin, d'opérer un désarmement général de tous les habitants. Puis il lui envoya le récit de la reprise du Havre sur les Anglais (30 juillet). Une ordonnance est publiée et envoyée à M. du Lude, avec injonction de maintenir rigoureusement la paix (18 août). Malgré cela, les troubles et séditions continuant en Poitou, de la part des huguenots principalement, le roi mande au gouverneur de lever une compagnie aux frais de la province (20 octobre). D'autre part, l'église réformée de Poitiers lui fait réclamer par le jeune roi de Navarre un local pour les prêches dans l'un des faubourgs (9 janvier 1564).
En présence de l'agitation croissante de la noblesse huguenote du Poitou, des assemblées illicites qu'elle provoque et des brigandages et meurtres qui en sont la conséquence, le roi invite continuellement M. du Lude à faire observer rigoureusement l'édit et à punir les coupables (février et mars 1564). M. du Lude se transporte dans ce but à Fontenay. Après la paix avec l'Angleterre, qu'il lui notifie avec des instructions (15 avril 1564), le roi lui enjoint de parcourir son gouvernement avec un prévôt et des forces militaires, afin de réprimer les désordres qui continuent (25 août). La reine Catherine de Médicis et le roi, s'étonnantdu peu de résultats qu'il a obtenus, insistent de nouveau très vivement (16 et 31 octobre). Le gouverneur était souvent impuissant ou paralysé dans ses efforts par la protection que de hauts personnages accordaient à la nouvelle doctrine. Ainsi il reçoit de Renée de France, le 17 décembre 1564, une lettre demandant la cessation des poursuites commencées à Poitiers contre les prêches qu'elle y avait elle-même organisés. Cependant il ordonne, le 19 décembre, aux magistrats de Luçon d'informer contre le sieur de Sainte-Gemme et de l'ajourner devant le présidial pour contraventions aux édits. En 1565, il envoyait au roi un curieux mémoire dévoilant le triste état du pays, conseillant quelques remèdes et demandant des instructions. Au mois de septembre, il avait une entrevue à Mauzé avec le roi, qui l'y avait mandé le 15, en revenant de son voyage du Midi.
Il y a là une lacune dans la correspondance, qui ne reprend que le 8 septembre 1567. Ce jour-là, le prince de Condé écrit au gouverneur, lui demandant de procurer aux huguenots de Poitiers un
local pour l'exercice de leur religion. Bientôt la guerre éclate ouvertement. Les huguenots du Poitou se réunissent à Lusignan et autour de Poitiers. Le roi, en informant M. du Lude de la tentative faite contre lui à Meaux, lui ordonne de mettre les places de son gouvernement en état de défense et d'y convoquer l'arrièreban (28 septembre 1567). M. du Lude obéit. Le roi lui envoie des instructions pour le paiement des gens de guerre (25 octobre). Puis il lui annonce sa victoire à Saint-Denis (2 novembre) et lui ordonne de poursuivre à outrance les huguenots qui ont pris les armes en Poitou, en épargnant et protégeant toutefois ceux qui se tiennent paisibles, conformément à l'édit (4 novembre). Il l'invite en outre à s'entendre avec le s'" de Jarnac pour s'assurer de la Rochelle, qui s'agite fortement. Le 26 novembre, il lui ordonne encore de poursuivre les rebelles, en laissant pour la garde de Poitiers l'évêque de cette ville et le s*" de la Messelière. Mais le gouverneur était déjà parti avec ce dernier pour le bas Poitou, où il fit une campagne assez heureuse, durant le mois de décembre. A son retour, il envoya au roi un précieux mémoire dans lequel il exposait en huit articles les divers moyens qu'il jugeait nécessaires d'employer pour maintenir l'ordre en Poitou. Le roi fit inscrire sa décision sous chacun des articles, le l®'' janvier 1568. Quelques jours après, le gouverneur arrivait à Niort, d'où il s'efforçait de pourvoir à tout. En mars et avril, il tenta deux attaques inutiles sur Marans.
Sur ces entrefaites, la paix de Longjumeau ayant été signée, le roi adressa à M. du Lude une instruction fort intéressante, lui traçant la conduite qu'il avait à tenir pour le maintien de la paix et de l'ordre public dans son gouvernement (14 juin 1568). Le 27 juin, il lui demande quels effets ont produits les prescriptions qu'il lui a envoyées. Ils n'étaient point satisfaisants, surtout en bas Poitou, où les huguenots continuaient leurs violences et s'étaient même emparé de Montaigu. Le roi s'en plaint vivement et prescrit au gouverneur de faire observer rigoureusement l'édit de pacification (5 juillet 1568). Par une autre lettre du même jour, il l'invite à surveiller de près la noblesse huguenote du pays qui se remue sans cesse, et il autorise le prêche à Lusignan, tout en recommandant de bien veiller à la garde du château. Le 31 juillet, le gouverneur reçoit de nouvelles instructions sur l'état des sujets
fidèles capables de porter les armes qu'il doit dresser dans chaque bailliage et sur le serment à exiger des protestants. Il y est fait allusion à la Ligue naissante. Au mois d'août, le roi lui recommande de réunir ses forces pour arrêter les huguenots de Saintonge qui ont pris les armes. Le 15 août, parlant de la Ligue que les catholiques ont essayé d'organiser, il engage M. du Lude à obtenir d'eux un serment qui unisse leurs intérêts à ceux de la royauté, et dont le résultat sera le même que celui qu'ils ont cherché. Le roi revient, le 20 août, sur la nécessité du serment à exiger des catholiques et des huguenots. Il recommande au gouverneur de surveiller de très près les environs de la Rochelle qui est en pleine révolte et de ne souffrir aucune prise d'armes dans son gouvernement.
Les huguenots s'étant insurgés de nouveau, le roi fait savoir à M. du Lude qu'il a nommé le duc d'Anjou , son frère, lieutenant général de son armée, et lui ordonne de se joindre à lui (30 août 1568). Mais il lui recommande en même temps de protéger tous ceux qui observeront fidèlement la paix. D'un autre côté, il lui envoie des instructions sévères pour la répression des rebelles (1" septembre). Le 4 septembre, de nouvelles instructions très détaillées et fort curieuses lui sont adressées sur la saisie des biens des huguenots insurgés, sur la surveillance des suspects, la protection à accorder aux gens paisibles, la suspension des officiers royaux appartenant à la nouvelle religion, les devoirs des maires chargés de maintenir l'ordre, et enfin sur la nomination de gouverneurs militaires dans chaque ville. Poussé à bout par les excès des huguenots, le roi envoya bientôt, le 6 octobre 1568, à tous les gouverneurs de provinces un édit bien plus sévère, interdisant formellement la nouvelle religion.
Après l'arrivée de l'armée royale en Poitou, à la fin d'octobre, commence une longue série de lettres échangées entre le duc d'Anjou qui la commandait et le gouverneur de Poitou, auquel le roi avait ordonné de masser toutes ses forces. Elles traitent exclusivement des opérations militaires. Les deux armées catholique et protestante manœuvrent et escarmouchent autour de Poitiers et dans le Loudunais, en novembre et décembre. On suit leurs mouvements dans ces lettres. M. du Lude y coopère et s'empare de Mire-
beau sur les huguenots par ordre du duc d'Anjou, du 9 décembre 1568. Le duc avec son armée se retire quelque temps vers Chinon, d'où il mande au gouverneur de réunir un grand magasin de vivres à Poitiers (11 janvier 1569), de pourvoir à la défense de cette ville, ainsi qu'à celle de Mirebeau et de Lusignan (14 et 17 janvier). H lui recommande de surveiller les mouvements de l'armée huguenote et de saisir ses espions (17 et 19 janvier). Celleci s'étant retirée vers Niort, il lui ordonne de faire tous ses efforts pour l'observer et pénétrer ses desseins (21 et 23 janvier). L'activité et le zèle de M. du Lude sont admirables. Il ne craint pas de garantir personnellement un emprunt de 50,000 livres pour le service du roi, qui lui témoigne, dans une lettre du 25 janvier, sa gratitude et sa reconnaissance.
Le duc d'Anjou reprend Toffensive et envoie une avant-garde à Chauvigny, informant M. du Lude de ses desseins (28 janvier). Il quitte Chinon et marche par Pressigny, la Guerche, la Roche- Pozay et Confolens, écrivant sans cesse au gouverneur de Poitou, qui l'avise également de tout (février). Lusignan ayant manqué d'être surpris par les huguenots, il lui recommande la plus grande vigilance à Poitiers, Chauvigny, Mirebeau, Loudun, Châtellerault (14 et 18 février). Le 12 mars, il lui ordonne d'enlever Couhé à l'ennemi. Le lendemain il gagnait la bataille de Jarnac. M. du Lude profite de l'éloignement momentané de l'armée huguenote pour s'emparer, sur l'ordre du duc d'Anjou, de diverses places. Saint-Maixent et Melle sont repris (mars et mai 1566). Le duc le presse de fortifier Poitiers, et le gouverneur s'en occupe avec activité (mai). M. du Lude lui envoie un état des troupes qu'il a sous ses ordres en Poitou et le duc d'Anjou ordonnance leur solde le 2 juin. Il entreprend ensuite le siège de Niort le 21 juin. Le duc l'avise de la marche de l'ennemi (30 juin). Malgré tous ses efforts et son courage, le gouverneur est obligé de lever le siège le 2 juillet, et envoie son rapport au duc, qui lui écrit pour l'encourager, l'exciter au maintien de la discipline et ordonner divers mouvements de troupes (7 juillet). Obligé de se jeter dans Poitiers sérieusement menacé par Coligny, le gouverneur y soutint un siège glorieux.
L'ennemi fatigué ayant décampé, le duc d'Anjou chargea M. du Lude de ravitailler la capitale du Poitou, épuisée par sa longue
résistance (14 septembre 1569). Le duc, qui était alors en Touraine, rentra en Poitou et battit l'armée huguenote à Moncontour le 3 octobre. Tout en la poursuivant dans sa retraite, il écrivait au gouverneur, qui était resté à Poitiers, de se saisir des petites places voisines (7 octobre). Puis il lui ordonna d'aller au secoure de Puygaillard qui assiégeait Marans (30 octobre.) M. du Lude obéit et s'empara de Marans le 20 novembre. Le roi, qui assiégeait alors Saint- Jean-d'Angélj avec son frère, changea le capitaine de Fontenay, qui était suspect (14 décembre). Il pourvut ensuite à l'organisation et à l'entretien des garnisons, notamment de celle de Marans. Il écrivit, ainsi que le duc d'Anjou, plusieurs lettres à M. du Lude, relatives à cette matière (26 janvier, 8^ 9, 18 février 1570). Le gouverneur venait à peine de quitter la province, à la fin de février, que Marans retomba au pouvoir des huguenots. Durant cette absence, il fut remplacé par le s'' de Boisséguin. Il rentra en Poitou sur un ordre du roi, di 21 juin, pour secourir le s^ de Puygaillard, battu près de Luçon. Le prince dauphin d'Auvergne y fut également envoyé. Une trêve ayant été proposée, le roi chargea le gouverneur de Poitou de la négocier avec Jeanne d'Albret, qui était alors à la Kochelle, tout en s'efforçant de secourir Saintes assiégée (26 juillet 1570).
Après la conclusion de la paix de Saint-Germain, le roi écrivit à M. du Lude de faire cesser les hostilités et de publier le traité (4 et 14 août). Cette publication ayant été faite, le gouverneur envoya au roi un mémoire en onze articles concernant les mesures à prendre pour la sûreté de la province. Le roi le lui renvoya avec ses décisions au pied de chaque article (30 août). Il lui ordonna ensuite de licencier une partie des troupes et de maintenir la paix (3 septembre), ce qui n'était pas toujours en son pouvoir, car Jeanne d'Albret lui écrivit le 4 septembre, se plaignant de ce que l'édit avait été violé par la garnison de Parthenay. Le gouverneur se trouvait alors à Niort. Il se rendit de là à Coulonges, d'où il adressa au roi un curieux rapport sur l'état de la province. Le tableau qu'il en trace est sombre. H se plaint de l'esprit séditieux et violent qui y règne. Les gentilshommes surtout commettent toutes sortes d'excès contre les catholiques. Il constate l'insuffisance et la faiblesse des officiers de justice et demande une augmentation de forces militaires, afin d'être en mesure de réprimer de
tels désordres (22 septembre 1570). De leur côté, les huguenots accablaient le roi de leurs plaintes, et le gouverneur recevait l'ordre de faire observer les prescriptions de l'édit qui leur étaient favorables (26 septembre).
H y a là dans la correspondance une lacune qui se prolonge jusqu'au mois de septembre 1571. M. du Lude s'était absenté du Poitou dans le cours de cette année. Lorsqu'il y fut de retour, il reçut du roi une longue instruction lui recommandant de ramener par la douceur, s'il était possible, les huguenots^ principalement les gentilshommes de son gouvernement ; de protéger, en vertu du dernier édit, ceux qui se montreraient soumis et paisibles, de veiller à ce que tous les officiers royaux fussent catholiques^ et d'exiger des dignitaires ecclésiastiques et même des curés la résidence dans leurs bénéfices (4 novembre 1571). Le même jour, la reine Catherine de Médicis lui faisait part du mécontentement et du souci que causait à la cour l'attitude de la Rochelle. Un mois après, le roi l'informait d'une diminution d'impôts accordée à ses sujets, l'invitant à annoncer partout cette bonne nouvelle (12 décembre 1571).
La correspondance s'interrompt de nouveau pour ne reprendre qu'au mois d'août 15 72. Un triste événement, la Saint-Barthélémy, venait de se produire. Le roi adresse à ce sujet au gouverneur de Poitou deux lettres datées des 27 et 28 août et une déclaration aussi du 28 août. Ces pièces sont d'un haut intérêt. Le roi expose que la tentative d'assassinat commise contre Coligny ayant excité au plus haut degré la colère des huguenots contre Guise et les siens, il s'est yu contraint de tolérer les meurtres projetés par ces derniers sur la personne de leurs ennemis. Le soulèvement populaire qui accompagna ces crimes, soulèvement auquel on ne s'attendait pas et qui provoqua tant de massacres, l'a profondément affecté. Il ordonne au gouverneur d'empêcher, sous peine de mort, de telles violences dans toute l'étendue de sa province. Il veut que les huguenots paisibles soient mis à l'abri de tout danger, et les invite à s'abstenir par précaution de se réunir aux prêches en ce moment. Du reste, il est décidé au maintien des édits de pacification. Le malheur qui est arrivé à Paris est surtout du fait des Gaise ; toutefois il en prend par sa déclaration toute la responsabilité, affirmant que tout a été fait par son ordre, afin de réprimer la conspiration ourdie par Coligny. Mais il n'a jamais voulu porter
atteinte aux garanties données aux huguenots par ses édits. Il ordonne au contraire de respecter, de défendre ses sujets de la nouvelle religion, s'ils se montrent soumis. Il termine en recommandant à M. du Lude de se tenir prêta réprimer toute rébellion, s'il en éclate ; et comme il ne peut pas sans doute résider toujours à Poitiers, il désigne M. de Boisséguin pour y commander en son absence.
Au moment où partaient ces dépêches, M. du Lude était absent du Poitou. Le roi, en lui annonçant leur envoi, l'invite, par lettre du 3 septembre, à j retourner sans délai pour veiller rigoureusement à l'exécution de ses ordres, en se conformant aune instruction qu'il prépare. En effet, le lendemain 4 septembre, il lui adresse cette instruction dans laquelle il entre dans de longs détails sur les circonstances et la vraie cause de la Saint-Barthélémy, qu'il le charge de bien expliquer à tous les habitants de son gouvernement, afin de calmer l'émotion et de rassurer les huguenots paisibles. Il fait défense aux catholiques, sous peine de mort, de se porter à quelque violence que ce soit contre leurs concitoyens de l'autre religion. Mais il invite ces derniers, par prudence, à suspendre provisoirement leurs prêches. Il déclare de nouveau sa volonté expresse de maintenir les édits, et termine en recommandant au gouverneur de réunir ses forces pour se tenir prêt à réprimer les rébellions ou troubles quelconques qui viendraient à se manifester. Malgré ces ordres formels du roi, des viohiuces furent commises en Poitou contre les huguenots, notamment par le sieur de Montsoreau. Le roi s'empressa d'écrire à celui-ci, le 14 septembre, pour lui manifester son mécontentement et lui enjoindre de réparer le mal qu'il avait fait. Il ordonna le même jour à M. du Lude d'empêcher absolument tous actes de cette nature et de réprimer sévèrement les brigandages qui éclataient de toutes parts, sans négliger cependant la surveillance de certains gentilshommes huguenots qui cherchaient à se révolter. Toutefois la plus grande partie de cette noblesse se montra alors disposée à la soumission, ainsi que M. du Lude le manda au roi, qui lui transmit immédiatement la joie qu'il en ressentait (28 septembre 1572). Deux jours après, le 30 septembre, le roi lui transmettait la volonté où il était de ne plus souffrir aucuns officiers de justice appartenant à la nouvelle religion.