‹ Lettres adressées à Jean et Guy de Daillon, comtes du Lude, gouverneurs de Poitou de 1543 à 1557 et de 1557 à 1585Chapitre 84 sur 173 · août 1564. — Lettre de Charles IX à M. du Lude · texte numérisé non relu

août 1564. — Lettre de Charles IX à M. du Lude

Monsieur du Ludde, pour radvertissement que j*ay de tant de meurtres, déports d'armes et aultres contraventions à mes édicts, qui se eommeetent tous les jours, il m'a semblé qu'il ne s'y pouvoit trouver meilleur remède que faire que vous qui estes gouverneur de Poictou, preniez avecques vous les forces que vous jugerez nécessaires, et qu'avecques icelles vous faciez une promenade par vostre gouvernement aux lieux que vous congnoistrez en avoir plus de besoing *, et que en passant, si les officiers sont mal soigneux ou peu forts pour faire faire punition de telle désobeyssance, que vous les en sollicitiez et teniez la main à l'exécution de la justice, de façon que je puisse veoir une punition et ung exemple de quelcun qui contrevienne à mes édicts, en quoy je veulx que vous gouvernez sans passion et que indifféremment vous faciez punir tous ceulx qui seront contrevenans à mes édicts et ordonnances, car, à ce que je puys entendre, il y en a prou qui détiennent le bien des ecclésiastiques et les occupent par force et ne font nul compte de les rendre, quelque commandement qu'ils en ayent, chose de si maulvois exemple que cela ameyne une infinité de troubles ; et pour ceste cause, je vous prye encores un coup exécuter ce que dessus au premier jour et donner ordre d'aller si bien accompaigné que vous me faciez obéyr. Vous mènerez ung prévost des mareschaulx avecques vous pour faire capture et punition de ceulx qui sont de son gibier, qui mériteront punition, priant Dieu, Monsieur du Ludde, vous avoir en sa saincte et digne garde.

1. Le bas Poitou était surtout le théâtre de pillages et de violences de toutes sortes de la part des calvinistes contre les églises et le clergé. Voir à ce sujet les remontrances faites au roi parTévéque de Luçon, vers le 10 septembre 1565, sur la ruine des églises, les outrages sanglants contre les prêtres et la suppression violente du culte dans beaucoup de paroisses, durant les années 1564 et 1565. (Dom Fonteneau, t. XIV, p. 501.)

De Vallence, le xxv® jour d'aoust 1 564 *. [Et le roi ajouta de sa propre main] : Vous voyez ce que je vous mande, ne faillez de le faire, aultrement je m*an prandrés à vous, car j'ay quinze ans et veux estre obéi. Vous guarderez ceste lettre pour me la monstrer, mes que je vous voie, affin de voir si aurez exécuté ce que je vous commande. Signé : Charles. (Elle n'est pas contresignée.)

Et la suscription est : A Monsieur le conte du Ludde, etc..

125. — 25 août 1564. — Lettre de Catherine de Médicis à M. du Lude.

Monsieur du Ludde, vous entenderez Toccasion de la despesche que vous faict le roy, monsieur mon fds, pour les advis qu'il a continuellement des meurtres, ports d'armes, volleryes, contraventions à ses édicts et aultres tels actes qui se commectent journellement en une infinité d'endroicts de ce royaume, ausquels l'on ne sçauroit trop tost pourveoir ny trop roidement tenir la main ; et pour ceste cause, il est besoing, ainsi qu'il le mande aux aultres gouverneurs, de faire que vous alliez vous promener par le pays, ez lieux que verrez en avoir plus de besoing, avecques les forces que vous estimerez estre nécessaires pour faire obéyrleroy, monsieur mon fils, et faire entretenir ses édicts, vous asseurant que ne luy sçauriez faire service plus agréable que cestuy-là, et n'ayant de quoy vous faire la présente plus longue, je prieray Dieu, Monsieur du Ludde, vous avoir en sa saincte et digne garde.

De Vallence, ce xxv® jour d'aoust 1 564.

1 . M. du Lude se trouvait alors à Poitiers, car, le lendemain 26 août 1564, il y assista à l'entrée solennelle du nouvel évêque, Charles Parusse des Cars, nommé depuis 1560. Ses deux frères, l'abbé de Charroux et le s»" de Briançon, raccompagnaient. {Journal de J. deBriltiac.)

En marge (ce qui suit est écrit de la main de la reine) : Le roj mon fils vous commande de luj mender où est

^^^^^ et si set rendu à la justice, come lui avest

aysté comendé, et yncontinant ne fallë à l'enmener icy et vous sesir de lui pour lui en répondre, car set sa volonté. Signé : Caterine. (Cette lettre n^est point contresignée.)

La suscription : A Monsieur le conte du Ludde, etc

126. — 16 octobre 1564. — Lettre de Catherine de Médicis à M. du Lude.

Monsieur le Conte,

Je m*estonne grandement que ayant eu advertissement de bien grandes assemblées qui se font en vostre gouvernement, vous ne nous en ayez aulcune chose mandé, ne moings donné ordre de les faire cesser ; et pour ce que ce sont choses qui méritent bien que l'on y pourvoye soudainement, afïin d'empescher que plus grands désordres ne puissent advenir, je vous prie que, tout aussitost que vous aurez receu ceste despesche, vous regardez à faire cesser toutes les dites assemblées et à vous enquérir des occasions qui les meuvent d'ainsi prandre les armes. Et, s'ils se veullent couvrir que les édicts et ordonnances du roy, monsieur mon fils; n'ont esté observés, je vous prie de les satisfaire en cela, car vous sçavez que c'est nostre intention, ne souhaittant rien plus que la justice et correction des délinquans et contrevenans à iceulx, d'aultant que c'est le seul moven de faire contenir ung chacun en son devoir; et n'ayant rien à vous dire davantaige, je prie Dieu, Monsieur le conte, qu'il vous ait en sa saincte et digne garde.

Escript à Hyères, le 16' jour d'octobre 1564. Signé : Caterine. Et plus bas : Robertet.

La suscription : A Monsieur le conte du Ludde, etc...

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