octobre j564.— Lettre de Charles IX à M. du Lude
Monsieur le conte, je vous ay assés souvent fait entendre, et par lettre et de bouche, combien je désire que mes subjects vivent en repos et pacification, et comme pour les y maintenir, je veulx et entends que mes ëdits et ordonnances soient entretenus, sans permettre qu'ils soient en fagon que ce soit enfraints ne corrompus, ny que aucuns de mes subjects facent chose qui puisse altérer le repos public ; et maintenant ayant esté adverty que en vostre gouvernement de Poictou il y a bien jusquesà douze ou quinze cents gentilshommes armez et prests à s'eslever, je me suis grandement estonné, ou que vous n'avez du commancement regardé le moyen de les empescher et destourner telles assemblées et ports d'armes, ou bien que vous ne m'en avez adverty et de l'occasion pour laquelle ils se sont soubdain eslevés et mis ensemble, vous en ayant bien voullu incontinent faire ceste dépesche, afiin que vous douiez ordre de faire cesser tout cela, et que vous vous jenqueriez de l'occasion qui les incite de prendre ainsy les armes; et si d'avanture ils la voulloient regecter sur ce que mes édicts et ordonnances n'auroient esté entretenuz comme ils dévoient et que aucuns d'eulx eussent esté offencez, dont il n'eustesté faict pugnition, vous ne fauldrez tout aussytost à leur en faire faire raison et à leur faire congnoistre par cella que vous n'avez tant devant les yeulx que l'observation de mes dicts édicts et ordonnances, ainsy que vous sçavez que mon intention est telle ; et quoy qu'il €n soit, je vous prie de faire en sorte que toutes les dites assemblées, monopolles et ports d'armes puissent bientost cesser et de tenir en repos et paciffication tout vostre gouvernement le plus qu'il vous sera possible, actendant que nous y puissions estre, comme nous espérons bientost, d'aultant qu'estant sorty de la Provence, où nous
sommes à présent, nous n*aurons plus que à traverser le Languedoc pour nous rendre jusques à vous. Cependant vous nous advertirés de tout ce qui en est et du remedde que vous aurës donné pour appaiser tout cela, affin de n'en estre plus en peyne ; et en cest endroict je prieray Dieu, Monsieur le Conte, qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.
Escript à Hyers, le dernier jour d'octobre 1564. Signé: Charles. Et plus bas : Robertet.
Au dos est écrit : A Monsieur le comte du Ludde, etc..
128. — 17 décembre 1564. — Lettre de Renée de France ^ à M. du Lude. ^
Monsieur du lude.
Ce m'eust esté grand plaisir de vous veoir passant par Poictiers, et nevousaiant veu, jevous fais entendre de mes nouvelles, et depuis je suis advertie que, à cause des presches que j'ay faict faire audict Poictiers, les magistrats et officiers recherchent ceulx de la relligion, chose qui me seroit à grand déplaisir si à cause de moy ce pauvre peuple en recevoit détriment et fâcherie ; je n'ay rien fait que je ne Taye peu et deu faire, ce que le roy monseigneur et nepveu et la royne ne me l'ayent permis. Je sçay que vous y pourrez bien donner ordre et empescher que nul ne soit molesté, chose de quoy je vous prie, dont avisant que s'il y a poursuite, je m'en ressentiray et prendray la cause et deffence pour eux, et vous prie m'advertir de ce qui en aura esté fait et procedder en cecy comme pour cause mienne ; et ce faisant, je vous feray plaisir de bien bon cueur en ce que je pourray, priant Dieu, Monsieur du Lude, vous avoir en sa saincte et digne garde.
De Montargis, ce 17® décembre 1564. Signé : La bien vôtre, Renée de France *.
Au dos est écrit ; A Monsieur du Lude, chevalier de Tordre, lieutenant général pour le roy, en Poictou.
129. — 19 décembre 1564. — Mandement du comte du Lude aux juges et officiers de Luçon.
Guy de Daillon, comte du Lude, chevalier de Tordre du roy, gouverneur et lieutenant général pour Sa Majesté en ses pays et conté de Poictou, cappitaine de cinquante hommes d'armes des ordonnances dudit seigneur, et séneschal d'Anjou, aux juges et officiers de Lusson, salut. Sur les plaintes et remonstrances qui nous ont esté faictes, estant en ce lieu de Lusson, de la contravention faicte aux édits du roy, tant par le seigneur de Sainte-Gemme ^ qu'autres dudit lieu de Lusson et d'ailleurs du pays d'autour, en l'exercice de la religion prétendue refFormée ; sur quoy et après nous estre deuement informés des dites contraventions, nous avons ordonné et ordonnons par ces présentes que le dit sieur de Sainte- Jame comparoistra le 20® janvier prochain en la ville de Poictiers, par-devant nous, ou en nostre absence, par devant les gens tenans le siège présidial audit lieu, ausquels la cognoissance des contraventions faictes aux édits du roy est attribuée, pour apporter son fiefs et adveus par escript avec les noms et surnoms de ses subjectscoucheans etlevans en son dit fief, icelly veoir déclarer confisqué et acquis au roy, si faire ce doibt, et au surplus estre reiglé, ainsi qu'il appartiendra ; luy avons faictet faisons cependant deffenses de tout exercice de ladite religion prétendue refFormée, sinon
1. Renée de France, 2« fille de Louis XII, épouse d'Hercule II, duc de Ferrare, veuve depuis 1560, possédait les duchés de Chartres et de Montargis. Elle protégeait hautement le calvinisme.
2. Lancelot du Bouchet, s»" de Sainte-Gemme, qui avait commandé à Poitiers en 1562, pour le parti calviniste.
en tant qu'il lui est permis, sur peyned'estre privé dubëneffiee des édiets par lesquels il prétend le dit exercice lui estre permys, et de plus grande peyne, si elle y eschet; pour ce est-il que nous vous mandons et commectons par ces présentes icelles faire signifier au dit seigneur de Saint-Jame par le premier sergent royal sur ce requis, auquel mandons luy donner l'assignation et faire les deffenses susdites dont vous nous certifierez audit jour, sur peine de nous en prendre à vous en vos privés noms ; ensemble vous mandons informer bien dilligemment et secrètement des dites contraventions qui se sont faictes et aultres qui se pourront faire cy-après contre lesdits édits duroy, et Tinformation faicte, l'apporter ou l'envoyer closes et scellées par devers nous ou lesdits gens tenans ledit siège présidial audit Poictiers, pour icelles veues et communiquées au procureur du roy, y estre pourveu comme de raison. De ce faire vous avons, en vertu du pouvoir à nous donné par le dit seigneur, donné et donnons plain pouvoir, puissance, commission et mandement spécial par ces présentes ausquelles avons faict mettre nostre scel et signées de nostre main.
Donné à Lusson, le dix-neufiesmejour de décembre 1 564, (avec le sceau des armes dudit seigneur comte du Lude *).
130. — 1565. — Remontrances pour le pays de Poictou faictes au roy par le sieur comte du Lude, gouverneur et son lieutenant général audit pays, en l'absence de Monseigneur le prince de Navarre.
Plusieurs au pays de Poictou, soubs umbre des jugements contre eux donnés par les juges du dit pays pour les
1. Le 11 décembre précédent, c'est-à-dire peu de jours auparavant, le cte du Lude était a Saint-Maixent avec ses cent arcjuebusiers à cheval et sa gendarmerie, le lieutenant général de la sénéchaussée, le procureur du roi et le prévôt des maréchaux. Il y fit le procès des séaitieux. {Journal de Michel le Riche, p. 89, 90.) Ainsi il exécutait Tordre que lui avait donné Charles IX par sa lettre du 25 août précédent. Le 7 janvier 1565, M. du Lude était de retour à Poitiers et faisait condamner au bannissement le ministre d'Azay, près Saint- Maixent, pour avoir contrevenu au dernier édit. (Mic/iei le Riche, p. 90.)
séditions par eux commises et depuys remises par 1 edict de pacification, font et s*efForcent chacun jour faire des plainctes contre les dicts juges, taschant rabaisser leur autorité et réputation pour les intimider et par tel moyen parvenir à leurs fins qui sont de pernicieuse conséquence. A ceste cause, plaira au roy ne recepvoir sans grande congnoissance de cause telles plainctes et icelles renvoyer au dict gouverneur ou l'en advertir pour rendre Sa Majesté certaine de la vérité du faict.
Qu*il est bien nécessaire avoir et entretenir dans le chasteau de Poictiers, ville capitalle du pays, le cappitaine qui y est de présent estably par le sieur de Montpezat * , avee dix soldats pour le moins, pour tousjours ; et, attendant que. le temps sera plus pacificqueet paisible, contenir en craincte ceulx qui se vouldroyent esmouvoyr. Plaira au roy sur ce adviser, donner moyen au dit capitayne se entretenir, et à ceste fin soit mandé au recepveur ordinaire pour recepvoir les six deniers pour livre, levés sur le pays, desquels le dit cappitaine et ses soldats ont tousjours depuis ces troubles esté payés, leur continuer le payement à la raison, sçavoir, le dit cappitaine de 30 liv., et chacun des dicts soldats dix livres tournois par moys, soubs l'ordonnance du dit sieur conte du Lude ; et à ceste fin en estre expédiées lettres 4' ce nécessaires addressantes au dit recepveur estant à présent et qui sera cy après en charge.
Et d'aultant qu'au dit pays de Poictou y a fort gi?andnombre de prestres, religieux, mesmes des abbés, prieurs; et curés qui se sont mariés et renoncé à la profession de leur religion,
Plaira au roy commander ce qu'il luy plaist que Ton face du revenu des bénéfices, si gens de telle qualil)é sont tolé-. ^ 1 ïiji j}c'?\iÀ^ ivt ij ii'iiiilq
1. Melchior des Prez, sr de Montpezat et du Fou, sénéoh^il de Poitou, fils de Antoine des Prez, sr de Montpezat, sénéchal de Poitou, et de Lyete du Fou. Il avait épousé, en 1560, Henriette de Savoie.
râbles au pays et s'il trouvera bon qu'on les face pugnir du supplice de mort ou envoyer aux gallères et faire régir leurs biens soubs la main du roy, par commissayre.
Au pays, y a plusieurs gentilshommes qui d'eulx mesmes s'auctorisent faire faire dans les églises de leur paroisse exercice de la religion réformée, quelque ordonnance qu'il y ait au contraire, et mesmes sont si impudents qu'ils osent bien en faire des déclarations et protestations en plein jugement et en demandent acte aux juges et greffiers.
Plaira au roy sur ce commander au dit gouverneur quelle punition il fera sentir à ceulx qu'il trouvera estre de ceste qualité, et s'il trouvera bon les menacer de razer leurs maisons, s'ils ne se déportent de telle façon de vivre ; et s'ils ne s'en déportent et laissent les ecclésiastiques en paix et jouir de leurs biens sans aulcun trouble, après les en avoir advertis, de quelle rigueur il plaist à Sa Majesté que l'on use en leurs endroicts, et en bailler au dit sieur gouverneur son intention par écrit.
En la sénéchaucée de Fontenay le Comte a esté ordonné ung lieu es faulxbourgs de la dicte ville pour faire exercice de la religion nouvelle, depuys l'establissement duquel lieu le sénéchal du dit lieu seroit déceddé *,par le moyen du quel la dite séneschaucée et état de séneschal sont demeurés supprimés, en considération de laquelle séneschaucée le dit establissement avoit esté fait, et que n'y ayant plus séneschaucée ny séneschal, par conséquent qu'il n'y devoit plus avoir establissement ny lieu ouvert pour les presches, ce que plusieurs des habitans tant de la ville que du pays ont remonstré au dit gouverneur, sur quoy avant que leur avoir faict autre response, leur a promis en faire remonstrance au Roy et sçavoir sur ce son intention, laquelle il plaira à sa Majesté lui faire entendre.
1. Michel Tiraqueau, sénéchal de Fontenay, fils du célèbre jurisconsulte André Tiraqueau, mourut en 1565. {Dict. des familles de l'ancien Poitou, t. II.)
Aussy il plaira à sa dite Majesté avoir esgard que la dite ville de Fontenay luy est de grande importance, tant pour les foires ordinaires dont Tesmolument luy est de grand revenu, que de la recepte des dits deniers des tailles prineipalles du pays et Tung des plus beaux sièges de Poietou ; pour ceste raison qu'il est bien nécessaire d'y pourveoir d'ung homme pour y exercer la jurisdiction au lieu du dit feu séneschal et qui soit de grave et grande auctorité, versé et entendu en lettres et qui ne soyt du païs, d'autant que le peuple de là autour est fort peu respectueux aux officiers et gens de leur nation * .
131. — 15 septembre 1565. — Lettre de Charles IX à M. du Lude.
Monsieur du Lude, pour ce que j'ay affaire de vous en chose qui importe à mon service, ne faillez, incontinant la présente receue, de monter à cheval pour me venir trouver lundy prochain à Mozay où j'arriveray le mesme jour, et m'asseurant que vous m'aymés trop pour y faire faulte, je ne vous feray ceste-cy plus longue que pour prier Dieu, Monsieur du Lude, qu'il vous ayt en sa saincte garde.
Escript à la Rochelle, le xv^ jour de septembre 1565. Signé : Charles. Et plus bas : Robertet, avec paraphe.
Au dos est escrit : A Monsieur du Ludde, etc *.
1. L'office de sénéchal de Fontenay demeura supprimé après la mort de Michel Tiraqueau jusqu'en 1576. (Hist. du Poitou, t. II, p. 249.) M. du Lude avait placé comme gouverneur à Fontenay le s' de la Marcousse, lieutenant de sa compagnie. Celui-ci y passa un marché le 3 mars 1565, pour l'équipement de 1,000 hommes de pied et 200 cavaliers. (Poitou et Vendée, par M. Fillon, et Hist. de Fontenay, par le même.)
2. Du 19 décembre 1564 au 15 septembre 1565, si l'on en excepte les demandes d'instructions envoyées au roi par M. du Lude, pièce importante qui doit se placer entre ces deux dates, il y a une lacune dans la correspondance. Signalons, pour essayer de la combler, une instruction du comte du Lude, au sujet du meurtre du capitaine Gittonnyère en Poitou, de l'instruction criminelle envoyée au roi^
138. — 8 septembre 1567. — Lettre du prince de Condé à M. du Lude.
Monsieur du Lude, eeulx de la ville de Poitiers se sont retirés par devers le roy et ont présenté requeste à son conseil, affîn que, suivant Tédict de la paix, ils puissent avoir ung lieu pour faire l'exercice de la religion réformée qu'ils tiennent, et pour ce qu'ils ont esté renvoies par devers les commissaires ordonnés pour donner reiglement à tels affaires et exécuter sur ce l'intention de Sa Majesté, ausquels il est enjoinct de communiquer avecques le gouverneur ou lieutenant général du pais, je vous en ay bien voulu en leur faveur escrire ceste lettre, et par icelle bien affectueusement vous prier moienner de tout vostre pouvoir le soulaigement de ce pauvre peuple, et puisqu'il n'y a ville en toute la séneschaussée de Poictou que Poictiers seule, accommoder aux faulxbourgs d'icelle, en sorte qu'ils puissent aysément et en seureté joir d'ung tel bénéfice, actendu que Sa Majesté leur en permect la liberté, et par mesme moien leur faire cognoistre combien ma juste prière aura eu de pouvoir en vostre endroict, qui me fera, je vous asseure, ung tel plaisir que pour le recongnoistre en ung autre quant l'occasion s'en présentera, je m'y emploieray tousjours aussi voluntiers que de bon cueur je prie le Créateur vous donner, Monsieur du Lude, avecques sa très-saincte grâce, ce que plus désirez.
Escript à Gaillon, le 8® jour de septembre 1 567. Vostre entièrement bien bon amy. Signé : Loys de Bourbon.
La suscription : A Monsieur du Lude, etc
et de la mort du capitaine la Motte, tué en allant, par ordre dudit cte du Lude, arrêter La Rocheboulongne et ses complices à Poitiers. Champchévrier, 2 avril 4565. (Arch. de la Saintonge et de l'Aunis^ IV, 292.) — Peu de jours après cette lettre du 15 septembre 1565, le 19 du même mois, le roi venant de la Rochelle arriva à Mauzé, passa à Fontenay, Niort, et traversa tout le centre du Poitou. {Hist. du Poitou, t. IL)
133. — 28 septembre 1567. — Lettre de Charles IX à M. du Lude.
Mon cousin, la présente despesche sera pour vous ad vertir d'une malheureuse conspiration et en treprinse que aucuns de mes subjects ont dressée de présent contre moy et mon estât, s'estant eslevés en armes et assemblez en plusieurs lieux et endroicts de mon royaume et s'estant saisis d'aucunes de mes villes et mesmement de Montereau Faultyonne, de sorte que continuant en tels et si malheureux desportemens^ il est tout certain que en plusieurs et divers endroicts de mon royaume où ils n'ont pas faulte de moyens et d'intelligence, ce feu courra incontinant et s'essayeront d'en faire de mesmes *. Et d'autant que j'ay assés congneu par expériance durant les derniers troubles combien la prinse de beaucoup de mes bonnes villes m'a apporté de dommage ; àceste cause et pour évitterque à ceste seconde fois le mesmes n'advienne, je vous prie bien fort, mon cousin, que incontinant la présente receue, vous donniez ordre et pourveoyés au mieulx qu'il vous sera possible à la seureté et conservation des places de votre gouvernement et de sorte qu'il n'en puisse advenir aucun inconvénient, leur faisant pour cest effect reprendre les armes et faire garde aux portes de leurs dittes villes ; et au demourant, affin de rompre tout à ung coup les dessus dits desseings et que je puisse (comme la raison le veult), estre le plus fort partout, je vous prie, mon cousin, que au mesmes instants, vous
1. Les calvinistes du Poitou se soulevèrent, en effet, et se réunirent près de Poitiers, aux mois de septembre et d'octobre. Plusieurs se dirigèrent vers Paris. Les Grands Jours convoqués à Poitiers pour le 9 septembre 1567 furent interrompus. {Chronique du Langon, p. 93.) Lecte du Lude, qui était à Poitiers, écrivit, le 7 octobre 1567, à M. de la Trimouille pour l'avertir que les calvinistes se réunissaient à Lusignanet aux environs, et pour lui ordonner, en vertu des ordres du roi, de combattre tous ceux qui avaient pris les armes. (Lettres mis-' sives du xvi^ siècle, tirées des arch. du duc de la Trémouille, par MM. Marchegay et Imbert, dans les Mém. de la Soc, de statist, des Deux-Sèvres, t. XIX, 1881, p. 205.)
faciezpar tous les lieux etendroicts de vostre gouvernement assembler les arrière bans * et tous mes bons et loyaulx subjects gentilshommes et autres, pour vous assister et estre auprès de vous, affin de rompre aveeq iceulx et telles autres forces que vous pourrez mettre ensemble de ma gendarmerye estant de présent en garnison en vostre diet gouvernement, tous eeulx que vous sçaurez et entendrez s'estre armez et eslevés de leur auctoritë et sans avoir eu commandement de moy ou de vous de ce faire et qui seront participans de laditte conspiration et entreprinse, pourvoyeant par vous tant à la conservation desdittes villes que à celle de la campaigne, de sorte que vous en demouriés le maistre et que je puisse estre partout vostre dit gouvernement recogneu et obéy, comme je doy et que je m'asseure vous sçaurez très-bien faire, qui me gardera vous en dire aultre chose, priant Dieu, mon cousin, vous avoir en sa saincte garde.
Escript à Meaulx, le 28^ jour de septembre 1 567.
P.-S. — Mon cousin, depuis vous avoir faict escripre la présente, et comme je la vouUois signer, j'ay esté adverty que ceulx qui se sont eslevés marchoient droict contre moy pour me venir enfermer dans Meaulx où avecques moy estoient logés mes Suisses. Ce que voyant, je me suis résolu de monter à cheval et emmener avecques moy les dits Suisses pour me mettre dans ceste ville de Paris, chose qui m'a si bien et heureusement succédé que. Dieu mercy, je y suis de présent comme aussy sont les dits Suisses, lesquels aussi ils ont essayés d'entamer et les combattre ; mais
1. M. du Lude fit, en effet, réunir l'arrière-ban à Poitiers, par ordre du 28 septembre; mais les gentilshommes calvinistes qui faisaient la guerre au roi ne s'y rendirent point. {Chronique du Lançon, p. 94.) Le roi, par lettres du 17 novembre 1567, octroya à René de Sanzay, chev., s*" dudit lieu et de Saint-Marsault^ la charge de colonel et capitaine général des bans et arrière-bans de France, que tenait le feu S' de la Jaille, aux gages de 2,400 liv. par an. (Papier rouge du greffe du présidial de Poitiers.)
ils se sont si mal trouvés qu'ils n'en ont rapportes que la honte, dont je vous ay bien vouUu advertir, affin que, si suivant leur coustume, ils faisoient courir leurs bruits accoutumés de y avoir eu quelque advantaige, vous puissiés certifier à tous mes bons et loyaulx subjects qu'il n'en est riens. C'est de Paris, le dit 28* jour de septembre 1567. Signé : Charles. Et plus bas : Robertet.
Au dos estescrit : A mon cousin, le conte duLude, etc..