6 novembre 1567. — Lettre de Charles IX à M. du Lude
Monsieur le Conte, je vous envoyé une ordonnance et des lettres patentes que j'ai faict ce jourd'huy publier en ceste ville de Paris, et envoyé tout aussitost les présentes et signiffier par Tun de mes héraults à ceux qui ont prins les armes contre moy estant à Saint Denys, et d*aultant que je désire que tous mes subjects, tant d'une religion que d'aultre, aient cognoissance du contenu en icelles, afin que ceulx qui voudront joyr de la grâce qui leur est présentée ils y soient receus, satisfaisant à ce qui est ordonné, et les aultres déclerés rebelles et procédé contre eulx par les poynes et punytion qu'ils méritent, je vous prye de les faire publier par tout vostre gouvernement, qu'est tout ce que je vous escripray pour le présent que de prier le Créateur, Monsieur le conte, qu'il vous ayt en sa saincte garde.
Escript à Paris, le vj° jour de novembre [1567]. Signé : Charles. Et plus bas : Fizes.
La suscription : A Monsieur le conte du Lude, etc..
138. — 26 novembre 1567. — Lettre de Charles IX à M. du Lude.
Monsieur du Lude, par les dernières que je vous ay escriptes, vous aurés entendu la victoire que Dieu m'avoyt donnée sur ceulx qui ont prins les armes contre moy, et que sans la nuict qui nous sépara, que j'en avoys la fin telle que j'eusse sceu désirer. Depuis, ce qui est resté d'eux est deslogé de Saint Denys en grand effroy, de craincte que
je les renvoyasse visiter, tellement que s'étans eslôignés, j'ay été contrainct d*envoyer après eulx mon frère lé duc d'Anjou que j*ay créé mon lieutenant général, aVecques toutes les forces que j'avoys icy près de moy qui font une bien belle et grande armée, estant demeuré icy pour pourveoir à ce qui sera de besoing aux autres choses, soit pour advertir les gouverneurs de mes pays et provinces à continuer de faire leur debvoir et pour donner ordre à ce qui sera nécessaire de deçà. Et pourtant, je vous prie^ Monsieur du Lude, de ne vous endormir de vostre costé et mettre peyne, employant ce qui sera de vostre moyen et puissance pour chastier et courir sus à ce qui se présentera par delà, qui portera les armes contre mon Estât et pillera et sacaigera mon pais et pauvre peuple, Taiant entendu qu'il y a grande quantité de coureurs et volleurs à Tentour de ma ville de Poictiers, qui ruynent tous les gens de bien, pillent et sacaigent mes bons et loyaux subjects, de sorte qu'il n'y a personne qui puisse demeurer en sa maison en seureté, aller et venir par ledit pais, qui ne soit en danger de sa vie ; et à ceste cause je vous prie, si ainsi est, de regarder à faire le plus de forces qu'il vous sera possible avecques tous vos bons amys et mes vrays serviteurs pour vous gecter en campaigne, résister et pourveoir ausdits coureurs, les mectans en pièces, s'il vous est possible, et de telle sorte que mon pais en puisse estre dellivré. Et pour ce faire, je trouveroys à propos et désire que l'évesque de Poictiers* demeure dedans ladite ville pendant que vous irez dehors, pour la maintenir et garder en vostre absence, affin qu'il n'en advienne aucun inconvénient, laissant auprès de luy le sieur de la Messelière *, qui est homme
1. Charles de Pérusse des Cars, évêque de Poitiers depuis 1564.
2. François Frottier, s»" de la Messelière et de Melzéart, capitaine dô l'arrière-ban de Poitou, suivit le cte du Lude dans son expédition en bas Poitou, à la fin de novembre 1567.
expérimenté et d'entendement, pour luy aider et de conseil et toute autre chose pour la conservation de ladite ville de Poicliers, vous assurant que vous ne me sçauriez faire service plus à propos maintenant^, ne qui me soit plus agréable que de nectoyer mon pauvre pays et mes bons subjects de telle vermyne et que en temps si malheureux ils soient soulaigés et gardez au mieulx que l'on poura des opressions des malveillans. Et sur l'espérance que j'ay que vous n'oublyrez à me contenter et satisfaire de ce que je désire que vous exécuterez , je ne la vous feray plus longue, priant Dieu, monsieur du Lude, qu'il vous ayt en sa garde.
Escript à Paris, le xxvj^ jour de novembre 1 567. Signé : Charles. Et plus bas : Deneuf ville, avec paraphe.
Au dos est écrit : A Monsieur le conte du Ludde, etc. *.
139. — 22 décembre 1567. — Lettre de Charles IX à M. du Lude.
Monsieur le conte, scaichant le bon ordre que l'évesque de Cisteron a ordinairement faict durant les premiers troubles et les présents à contenir son abbaye de Saint- Savyn avec la ville de Saint-Savyn en nostre obéissance, sans qu'il y soit advenu aucun désordre, ne aultre insolance, ne qu'il ait esté besoing que j'y aye faict aucune despence pour la garder, ne y envoyer aucunnes garnisons , j'ay accordé et continué à laditte abbaye, ville et chastellenye
1. Le cte du Lude, en exécution des ordres du roi, se mita la poursuite des séditieux qui couraient en armes la province. A la fin de novembre et au commencement de décembre 1567 , il poursuivit à Mareuil et à Talmont une troupe de calvinistes commandés par Cacaudière, qui s'enfuirent à Marans. [Chronique du Lançon, p. 95, 96. — • Journal de Denis Généroux, p. 12.) Du 20 décembre 1567 au 3 janvier 1568, le cte du Lude fut a Parthenay avec une partie de ses troupes. (Généroux, p. 13.) Pendant ce temps-là, une de seg compagnies était à Fontenay. [Chronique du Langon, p. 96.)
du dit Saint-Savyn mes lettres de sauvegarde et exemption de loger en icelles aucuns gens de guerre, soit pour passaige ou garnison , dont je vous ay bien vouUu advertir par la présente, affin que les faisant de vostre costë joyr du béneffice de la ditte exemption, vous n'y envoyés ne souffres aller ou passer aulcuns d'iceulx gens de guerre en quelque sorte que ce soyt, et vous ferés en cela chose qui me sera très-agréable, priant Dieu qu'il vous ayt, Monsieur le conte, en sa saincte et digne garde.
Escript à Paris, le 22^ jour de décembre 1 567. Signé : Charles. Et plus bas : Robertet, avec paraphe.
Au dos est écrit : A Monsieur le conte du Ludde, etc..
140. — 1*' janvier lë68. — Mémoire de M. du Lude au roi sur les affaires du Poitou, et réponses du roi.
S'ensuict ce qui sembleroit estre bon et requis pour la conservation et estât du pays de Poictou dont le sieur conte du Ludde a adverty les Majestés pour y parvenir.
Premièrement, que les forces extraordinairement ordonnées pour la conservation et estât du dit pays, dont la commission n'estoit que pour deulx mois, soient continuées ; pour ce faire, envoyer commission.
Envoyera le dit sieur conte estât au vray des dittes forces et à quelle somme monte le payement d' icelles par moys, et puis luy sera envoyée la ditte commission.
Et parce aussy que les trois moys du service de l'arrière ban expirés, soient envolées lettres de continuation de la compagnye du dit arrière ban en estât de clievaulx légiers, et plaise aus dites Majestés adviser et donner des deniers pour leur solde ailleurs que sur le peuple qui ne sçauroit encores porter ceste dépense avecques les dittes extraordinaires des aultres gens de guerre, tant de cheval que de pied.
Le roy estant chargé de tant d'autres despenses forcées ne
peult envoyer commission pour continuer le dit arrière ban en estât de chevaulx légiers, ny ordonner aulcuns deniers pour leur payement. Et fault que le sieur conte du Ludde employé envers les gentils hommes et générallement et particuliaire^ ment touttes les bonnes et doulces remonstrances et parolles dont il se pourra adviser pour les retenir au service de Sa Majesté, tant que l'occasion durera.
Et parce que la ville de Nyort et aultres se veullent exempter de la contribution dudit extraordinaire, plaise ausdites Majestés ne faire telle descharge, parce que les deniers ne se pourroient lever sur le reste du peuple ; et si sur ce on faict quelque remonstrance , les renvoyer par devant celluy qui a faict la taxe pour faire rapport de la vérité de leurs remonstrances.
Le roy entend que toutes les villes et lieulx qui sont en son pays de Poictou soient contribuables au payement des forces qui y sont pour la conservation d'icelle.
D'envoyer commission particullière et expresse audit sieur conte pour aller oster et rompre les forces qui sont à Couhé appartenants aux sieurs de Varac ' , passaige de la Guyenne de grande importance.
Estant le dit Couhé au dedans et en Vestendue du gouver^ nement du dit sieur conte du Ludde^ semble nestre besoing de commission particullière, mais que sans icelle il y peult aller et es aultres lieux dudit gouvernement et rompre les forces qui se trouveront, ce que Sa Majesté luy enjoint et commande.
Plaira aussy aus dittes Majestés commander que l'on aille à Marans, isle forte qui est du gouvernement de la Rochelle, où se sont retirés partye des sedditieux de Poictou.
Trouve bon Sa Majesté et commande au dit sieur conte aller audit Marans pour là y faire randre l'obéissance qui luy est deue, mais non sans en advertir premièrement le sieur de
1. Joachim de Saint-Georges, sr de Couhé et Vérac, fils de Gabriel.
Jarnac, gouverneur de la Rochelle, pour ce que la ditte isle est en Vestendue de sa charge, avec lequel sa ditte Majesté veult qu'il ayt en ceste entreprinse la bonne intelligence que doih" vent avoir par ensemble tous bons serviteurs de cette couronne.
Plaise aussy a us dittes Majestés ad viser des emprisonnements et prinses des catholiques sur les grands chemins, allans et venans pour leurs affaires, et pour empescher et retarder TefFect de cette prinse, faire édict portant permission à tous juges et gouverneurs que, si il se trouve plus que aulcun catholique soit pris et arresté prisonnier à Orléans ou aultre part, que l'on s'en puisse revancher sur aultres huguenots.
Sa ditte Majesté trouve très bon que, si quelques ungs, marchans ou aultres, catholicques, soient prins et arrestés prisonniers, soit à Orléans ou aultres endroicts, que l'on puisse user de représailles et en revanche en arrester et prendre de ceulx de la relligion nouvelle qui se trouveront porter les armes contre sa dicte Majesté.
Plaira aussy pourveoir à Testât de la justice, d'aultant que la pluspart des juges du pays de Poictou sont de la relligion nouvelle, la dissimulation de connivance des quels ont donnés jusques icy le principal lieu aulx eslévations et troubles qui sont aujourd'huy, ainsy qu'il est advenu à Fontenay où les juges ont interdict et deffendu les armes aulx catholiques, les mectant entre les mains de ceulx qui sont de la ditte relligion nouvelle, qui est cause que l'obéissance n'y est pas rendue à sa ditte Majesté, ainsy qu'il appartient.
Le roy, considérant le mal que peult apporter la sinistre et mauvaise administration de la justice et que les offices de judicateure soient maniées par juges estans de la ditte relligion nouvelle, a déclaré qu'il veult et ordonne que ses officiers préposés en la justice soient de sa relligion catholicque et que ceulx qui y seront contraires et d'icelle relligion nouvelle, résignent et se défacent de leurs estats et offices dedans Pasques pro-
chainnêÈ pour tout délay, entre les mains de personnes capa^blés de Vexercice dHceulx qui soient gens de bien catholicques et que la quarte partye de l'argent qui proviendra de la vente ou composition des dits offices soit et appartienne à sa ditte Majesté,
Plaira aussy adviser à Testât de soliciteur en Poictou dont le dit sieur conte a escript et envoyé mémoire particulier à la royne.
Le roy ne peult corriger ny commettre à Vexercice de cest estât aucun personnaige, deppendant cella de la charge des advocats et procureurs de Sa Majesté estans es sièges du dit pays, les quels il veult estre adverty de leur debvoir,
Faict à Paris, le premier jour de janvier 1568. Signé : Charles. Et plus bas : de Neufville, avec paraphe *.