‹ Lettres adressées à Jean et Guy de Daillon, comtes du Lude, gouverneurs de Poitou de 1543 à 1557 et de 1557 à 1585Chapitre 90 sur 173 · juin 1568.— Instruction du roi pour M. le comte · texte numérisé non relu

juin 1568.— Instruction du roi pour M. le comte

du Lude.

Encores que bien souvent par les despesches ordinaires que Sa Majesté faict en Poictou, monsieur le conte du Ludde, chevallier de Tordre et lieutenant général pour le roy audict pays en Tabsenee de Monsieur le prince de Navarre, soit adverty de l'intention de sadite Majesté, si est ce que pour l'en rendre toujours plus cappable, il luy a semblé qu'il ne seroit que très à propos de l'esclaircir et advertir de ce qu'il a à faire par le contenu en ce présent mémoire et instruction.

Or, sçaichant ledit sieur conte du Ludde combien sa dite Majesté désire et entends que ses subjects vivent en repos et puissent joyr du bénéfice de l'édict de pacification, elle s'asseure qu'il y tient de son costé la main^ suivant plusieurs lettres et dépesches à luy pour cest effect adressées depuis deux mois en ça, dont et de l'ordre qu'il y a donné, sadicte Majesté désire que ledict sieur conte du Lude l'avertisse souvent. Et comme l'un des moyens qui ait semblé pouvoir aultant servir à faire cesser tous troubles et remuements par les provinces, soit de laisser rentrer ceulx de la relligion prétendue refFormée dans leurs maisons, biens et possessions, leur levant par ce moyen

toute couleur , argument et excuse de tenir les champs et s'assembler , sadicte Majesté ne faict doubte que ledict sieur conte du Lude n'ait en cest endroict entièrement satisfaict à son intention assës déclarée et exprimée par ledict édict de pacification et par les dictes dépesches sur ce faictes, en quoy, si il y restoit aucune chose à faire, sadicte Majesté désire y estre par ledict sieur conte du Lude pourveu, faisant, comme dit est, rentrer ceulx de ladicte relligion en leurs dictes maisons avecques toutes fois la prévoyance requise en tel cas, tant pour se rendre icelluy sieur conte du Lude bien asseuré qu'ils ne pourront rien attempter ny entreprendre, que pour les rendre semblablement asseurés de pouvoir en toute seureté et soubs l'observation des édicts de sa ditte Majesté vivre et demeurer paisiblement en leurs dictes maisons.

Et pour le regard de ce dernier poinet, estant l'intention de sa dicte Majesté, très-bonne et très-seincère, bien congnue à tous ses lieutenants généraulx et gouverneurs des provinces qui la sçauront très-bien ensuivre, suivant le commandement qu'ils en ont de sadite Majesté, elle veult croire que ceulx de ladicte relligion se confians du tout en icelle et en la naturelle clémance et bonté de leur prince assez tesmoignée et déclarée par infinis effects et par le devoir et dilligence dont useront ses lieutenants généraulx et gouverneurs à les faire joyr du bénéfice de l'édict, n'auront aucunement différé à se retirer en leurs dictes maisons avec intention d'y demourer et se contenir en toute modestie et repos, et comme dict est, ils seront en ce faisant gardez et maintenus.

Mais quant à l'autre poinct, y ayant beaucoup plus à craindre pour les estranges effects cy-devant advenus ^ il fault que ledict sieur conte du Lude y regarde de près, empeschant de tout son pouvoir par tout ledict gouvernement de Poictou les soudaines eslévations, reprinses

d*armes, saisissements des villes et places fortes que Ton a veu par ey-devant faire à ceulx de ladite relligion avec telle dextérité et soudainneté qu'il a été malaysé de s'en pouvoir garder ; et c'est à quoy maintenant il fault obvier et pourveoir.

Et pour faire entendre audict sieur conte du Lude les choses qui ont semblé à sa dicte Majesté les plus nécessaires à faire en cest endroict^ et qu'elle veult et entend que le dict sieur conte face et exécutte, c'est tout ainsy comme il fera entretenir et observer ledict édict de pacification; aussi fera-il exactement exécutter le désarmement de ceulx qui rentrent dans les villes que sa dicte Majesté luy en a cy-devant escript et mandé de faire par le règlement dressé pour ce faict, et regardera souvent de descouvrir et apprandre ce que ceulx de ladicte relligion traicteront par ensemble, empeschant de tout son pouvoir toutes les allées et venues par les champs qu'ils font ordinairement avec armes, les advertissans de s'en abstenir et se contenir à vivre doulcement, mesmement ceulx de la noblesse dudict pays, leur faisant entendre la charge qu'il a de les conserver, pourveu qu'ils vivent doulcement et n'entreprennent telles choses; voulant semblablement et entendant sa dicte Majesté que ledit sieur conte du Lude leur face de sa part très-exprès commandement et deffence de ne s'armer, ny partir dudict pays, ny s'assembler en icelluy par quelque commandement que ce puisse estre, si ce n'est par l'exprès commandement du roy qu'ils recevront de luy ou de son lieutenant général qui leur fera apparoistre par les lettres de sa dicte Majesté, sur peine à ceulx qui y contreviendront d'estre déclarés rebelles et de la confiscation de leurs biens.

Et s'il advenoit d'aventure cy-après que aucuns de la dicte relligion se voulsissent tant oublier que de reprandre les armes et pour cest effect s'assembler en ung instant, comme ils ont faicts autres fois^ ledit sieur conte du Lude

regardera promptement de l'empescher avec toutes les forces, tant de cheval, que de pied qu'il mettra soudainnement ensemble ; et pour ce que peult estre il ne pourroit lors si promptement qu'il seroit besoing assembler la gendarmerye, sa dicte Majesté désire que dès à présent il face la description par le menu de toute la noblesse du pays et gouvernement de Poictou, et pour cest efFect se pourra ayder des rooUes qui sont es bailliaiges et séneschaucées pour sçavoir ceulx qui seront subjects au ban et arrière-ban, et fera le semblable de tous les aultres bons subjects du dict païs dont il se pourra servir et prévalloir pour empescher que ceulx de la dicte relligion ne puissent reprandre les armes, ny sortir hors dudict pays pour se joindre avec leurs chefs ; et soudain que ledict sieur du Lude en verroit aulcuns assemblés en armes pour cest efFect, sa dicte Majesté entend qu'il leur courre sus, en quelque petit nombre qu'ils soient et puissent estre et les taille en pièces, sans leur donner le loisir de se fortifier aucunnement, s'aydant à ceste fm de tous moyens, soit du son de tocqsaint, assemblées de communes et aultres bonnes provisions et remèdes dont sa dicte Majesté s'asseure que ledict sieur conte du Ludde sçaura trèsbien user et sera prévoyant à tenir net le plat pays de son dict gouvernement ; aussy pour le regard des villes et places fortes d'icelluy, se gardera de toute surprise, et après avoir faict la dicte description en advertira sa dicte Majesté, afTin qu'elle voye et congnoisse de quelles forces dudict pays, oultre celles qui sont à sa soulde en icelluy, pourroit faire estât en ung besoin.

Faict à Paris, le 14^ jour de juin, l'an mil cinq cent soixante-huit. Signé : Charles. Et plus bas : Fizes, avec paraphe.

Au dos est escrit : Mémoire et instruction pour Monsieur le conte du Lude.

144. — 27 juin 1568. — Lettre du roi Charles IX à M. du Lude.

Monsieur le conte, je vous eseripvis dernièrement et vous feiz bien au long entendre, par l'instruction que je vous envoyay, mon intention et ce que je dësiroys que vous feissiez principallement en vostre charge au temps ou nous sommes, mesmement touchant Tentreténement de mon dernier ëdit de paciffication et Tordre que je voullois que vous tinssiez, tant à laisser rentrer ceulx de la religion prétendue refformée dans les villes, que en y entrant les faire désarmer, suivant le reiglement que je vous en ay cy-devant envoyé, et que vous eussiés à prendre dilligemment garde à ce que les dits de la religion prétendue refformée traicteront et négotieront par ensemble, donnant ordre d'empescher leurs allées et venues, et qu'ils ne s'armassent, ne partissent du pays sinon par mon commandement, et que, s'ilz le voulloient faire, que vous les eussiez à empescher avec les forces de gens de guerre que vous avés, mesmes de la noblesse du pays et autres que vous verriés y pouvoir estre employés et dont vous en feriez une description pour les garder de se joingdre avec leurs chefs, et, avant qu'ils fussent grosses troupes, les combatre et leur courir sus ; et à présent désirant sçavoir si aucune des dites choses sera advenue en vostre gouvernement et en quel estât y sont mes affaires, je vous ay bien voullu faire ce mot de lettre pour vous prier que ne faillez à m'advertir incontinent de tout ce qui y est survenu depuis mes dites lettres, ce que font ceulx de la dite religion prétendue refformée, s'ilz s'arment et assemblent, quels sont leurs desseings, ce qu'ils négotient, et l'ordre que vous aurez donné pour y obvier et les empescher ; mais estant les choses es termes où elles sont à présent, il est besoing que vous faictes toute dilligence pour m'advertyr bien au long de leurs depportemens, pour après y mettre tel ordre et provision qu'il sera néces-

Page 1