‹ Lettres adressées à Jean et Guy de Daillon, comtes du Lude, gouverneurs de Poitou de 1543 à 1557 et de 1557 à 1585Chapitre 91 sur 173 · TOMB XII · texte numérisé non relu

TOMB XII

saire , en quoy vous n'obmectrës aucune chose de vostre part de tout ce que vous verres y pouvoir et debvoir estre fait pour conserver Tauctoritë et obéyssance qui m'est deue, priant Dieu, Monsieur le conte, vous tenir en sa saincte garde.

Escript au chasteau de Bouloigne , le xxvij® de juin 1568. Signé : Charles. Et plus bas : Fizes, avec paraphe.

Au dos est écrit: A Monsieur le conte duLudde, etc

145.— 5 juillet 1568. — Lettre du roi Charles IX à M. du Lude.

Monsieur le conte, j'ay esté adverty par une lettre qui a esté prinse que l'on escrivoit au sieur de Sanzay *, que au bas pais de Poictou se font ordinairement sinodes et assemblées en armes, et que le dit païs s'est tellement remply de gens de cheval que l'on ne trouve que trouppes de cinquante et soixante qui, courant le plat païs, vont bruslant les églises et exercent sur mes pauvres subjects tant de maulz et insollances, mesmes à l'endroit des prestres, que l'exercice de la religion catholicque cesse, ou bien, s'il s'y en faict, est en cachette, la vouUant du tout anéantir et semer la leur par infmiz presches qu'ils y ont establyz ^, et es environs de Montaigu, ville qu'ils ont réduite à leur dévotion^ et que mesmes le sieur de Vieille- Vigne ^ que l'on dit estre un des chefs, en a estably par toutes ses terres, en-

1. René de Sanzay, colonel général de l'arrière-ban de France.

2. Voir l'attestation des ravages des huguenots dans le diocèse de Luçon, donnée par le et» du Lude, à Niort, le 10 mars 1568, à Baptiste Tierceîin de la Roche-du-Maine, évêque de Luçon, qui s'était enfui. (Dom Fonteneau, t. XIV, p. 605, et Hist. du Poitou, par Thibaudeau, 1840, t. III, p. 520.) Le roi permit, le 15 août 1568, à cet évoque de se retirer à Poitiers avec son chapitre, par suite des dévastations des protestants à Luçon. Le 18 octobre, Févèque de Poitiers lui permit de célébrer l'otlice dans l'église des Carmes de Poitiers .(Papier rouge du greffe du présidial.)

3. Un des chefs calvinistes du bas Poitou, qui se signala le plus par ses violences et ses persécutions contre les catholiques.

cores qu'il n'y ayl haulte justice ; aussi qu'ilz s'emparent des biens des ecclésiastiques, comme de prieurez et cures dont ils veuUent faire les récoltes, commançant à faire abattre des boys qu'ils contraignent les marchans d'achepter ; brief qu'ils ont telle audace et auctorités par delà qu'ils ont entreprins d'exterminer ceulx de la noblesse et autres qu'ils congnoissent estre affectionnés au bien de mon service, ainsi qu'ils ont commancé à l'endroit du capitaine Signac qu'ilz ont tué et failly à en faire de mesme au cappitaine Baigne * ; et que la désobéissance y est si grande qu'elle n'y a encores telles. De quoy je vousay bien vouUu advertyr, affin que vous mectiez peyne d'en descouvrir la vérité, pour aussi tost le me faire entendre, affin que, si les choses vont de ceste façon par delà, l'on y puisse donner ordre de bonne heure avant qu'elles empirent davantaige. Au demeurant. Monsieur le conte, je vous ramentevray tousjours de tenir la main à l'observation de mon édit de pacification et à faire faire à bon essîent la pugnition des contrevenans à iceluy, de sorte que mes subjects par force ou par amytyé puissent vivre les ungs avecques les autres en paix et amytyé. Priant Dieu, Monsieur le conte, vous avoir en sa garde.

De BouUongne, le cinquième jour de juillet 1 568. Signé : Charles. Et plus bas : de Neufville, avec paraphe.

Et au dos est écrit : A Monsieur le conte du Ludde, etc.

146. — 5 juillet 1568. — Lettre du roi Charles IX à M. du Lude.

Monsieur le conte, sur les remonstrances qui m'ont estes faictes par ceulx de mon pays de Poictou, que estant la plus

1. Capitaine d'une des compagnies qui opéraient en Poitou sous M. du Lude. Au mois de mai 15G8, cette compagnie était en garnison à Parthenay. {Journal de Généraux^ p. 24.)

part de la noblesse du dit païs de la relligion a attiré à soy une grande partye du commung peuple qui semble chacun jour par leurs actions avoir envye de remuer quelque chose, se munissant d^armes et faisant plusieurs assemblées de ministres où ils ont faict dresser certains règlemens de police et estât des chefs; de quoy m'estant tousjours reposé de cela sur vous, je vous prie d'y prendre de si près garde qu'ils n'aient moyen de lever la teste et de faire renaistre nouveaulx maulx, aussy tenir la main que, suivant mes édicts, que les ministres de ma justice qui sont ordinairement par eulx empeschés et exceddés en l'exercice de leurs charges ne le soient à l'advenir, et faire pugnir et chastier à bon essient ceulz qui en seront trouvés chargés, tant que l'exemple serve à nourrir les aultres en telle crainte; et pour le regard des forces que le dit pais désire estre entretenu es châteaux de Poictiers, villes de Partenay, Fontenay, Saint-Maixent, Niort, Meslay, Chauvigny, Montagu, Thiffauges et Bresseuyre, j'ay remis cela à vous qui estans sur les lieux, vous pouvez mieulx considérer et juger ce qui est nécessaire que moy qui ne veulx néantmoings, veu les grandes charges qu'ont supportés mes pauvres subjects durant ces derniers troubles, qu'il se face aucunne despense superflue, ains seullement où se verra la nécessité apparente et le bien de mon service grandement le requérir. Quant au restablissement du presche à Luzignan, après avoir bien considéré leurs dittes resmontrances ^ , que quant bien je l'aurois transféré du dit Luzignan en un autre lieu, telle exercice ne s'y en tindra, y ayant de longue main prins sa raigne, ce seroit en ce faisant le leur multiplier et

1. Ces remontrances sont très probablement celles cjue Boyceau, au nom des protestants de Poitiers, adressa, à cette époque, à la reine Catherine de Médicis. Ils se plaignent de ce que Lusignan soit le seul lieu où il leur soit permis de célébrer leur culte et demandent qu'un autre lieu leur soit assigné dans ce but à Saint-Sernin de Poitiers, ou à Biart, ou à BuxeroUe. (Arch. hist. de la Saintonge et de l'Aunis, IV, 309.)

d'un en faire deulx ; j'ay ordonné qu'il se continuera au dit Luzignan, pourquoy doneques qu'ils n'y soient empeschés, et regardés pourveoir tousjours à la seureté et conservation du chasteau en mon obéissance. Au demeurant, Monsieur le conte, j'ay à vous prier que, suivant ce que m'avez dernièrement escript, vous vueilliez ambrasser et vous emploier de cueur et affection à faire entièrement observer mon dernier édict de pacifTication, affm d'oster le cours à tant de misères dont le pauvre peuple n'est encores du tout deslivré, à cause des esprits turbuUans qui sont en vos quartiers, les quels il fault mettre peyne de congnoistre et les faire esclairer tousjours de près, mesmes en leurs assemblées, à ce qu'il ne se passe riens par deçà au préjudice de mon dit service et me mander des nouvelles de tout ce qu'en apprendray et le plus souvent que pourrés. Priant Dieu, Monsieur le conte, vous avoir en sa saincte et digne garde.

Escript à BouUogne, le 5^ jour de juillet 1568. Signé : Charles. Et plus bas : de Neufville, avec paraphe.

Au dos est écrit : A Monsieur le conte du Ludde, etc

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