‹ Lettres adressées à Jean et Guy de Daillon, comtes du Lude, gouverneurs de Poitou de 1543 à 1557 et de 1557 à 1585Chapitre 93 sur 173 · juillet i568. — Lettre de Charles IX à M. du Lude · texte numérisé non relu

juillet i568. — Lettre de Charles IX à M. du Lude

Monsieur le conte, je vous ay naguères escrit et bien au long déclaré mon intention sur ce qu'il estoil besoing et que je désirois estre par vous faict pour mon service, l'entretènement et observation de mon dernier édict de paciffication, repos et tranquillité de mes subjects, par l'instruction que je vous en ay cy-devant envoyée, par laquelle je vous ay nommément mandé que vous eussiez à faire description au vray, par vostre gouvernement et par chacun des bailliages es tan s en iceluy, de tous les gentilshommes et autres mes bons et loyaux serviteurs et subjects, desquels je puisse faire estât de me pouvoir servir, tant de cheval que de pied, et les employer promptement si l'occasion se présentoit. Toutesfois, pour ce que vous ne m'avés encores faict entendre comme il y a esté par vous pourveu et que, pour l'importance dont cela est pour mon service, je désire qu'il y soit par vous satisfaict au plutost que faire ce pourra , je vous ay faict cette recharge pour vous dire que vous faictes en toute diligence ladite description par tous les bailliages de vostre dit gouvernement et de l'estendue d'iceluy, selon et en ensuivant le contenu en ladite instruction, et me l'envoier et faire tenir là part que je seray le plus tost qu'il vous sera possible. Et d'aultant que je suis adverty que en plusieurs endroicts de mon royaume il se parle de traicter une association entre mes subjects lesquels s'incitent les ungs les autres à y entrer, je vous prye donner ordre et empesclier qu'il ne s'en face aulcune, pour quelque cause que ce soit; mais tenés le plus qu'il vous sera possible tous mes dits subjects unis en désir et affection de me rendre le devoir et obéissance dont ils me sont tenus naturellement et par

l'exprès commandement qu'ils en ont de Dieu; car je ne veulx point de lien plus estroict ou plus grande et expresse obligation que celle qui est de luy ordonnée. Et pour ce que plusieurs de mes subjects estans de la relligion prétendue refFormée, tant nobles que aultres, se plaignent ordinairement qu'on ne les veult pas laisser rentrer en leurs maisons, ne joir de leurs biens et du bénéfice dudit édict, voullant pour le faire congnoistre comme je veulx et entends les prandretous soubsma protection, espérant qu'ils ne vouldront oublier aucune chose de leur devoir envers moy et m'en rendre l'obéissance qu'ils me doivent, je vous envoyé deux formes du serment que je veulx que vous leur faictes faire et signer, dont l'une servira pour les dits gentilshommes et l'autre pour ceulx qui sont de plus basse qualité, habitans des villes et autres lieux en vostre dit gouvernement, voullant qu'il me soit par vous envoie incontinent le roolle de ceulx qui auront faict ledit serment et signé, et par mesme moien vous m'advertirez de ceulx qui auront estes reffusant de ce faire, affm que je congnoisse par là ceulx qui me seront les plus affectionnés et dont je pourray tirer service; et pour ce que je désire sçavoir comme-vous aurez satisfaict à mon voulloir en cest endroict, je vous prie m'advertir le plus tost que vous pourrez de tout ce qui aura esté par vous satisfait pour le regard dudit service, du nombre et de la qualité de ceulx qui l'auront preste et signé ; priant Dieu, Monsieur le conte, vous avoir en sa saincte garde.

Escript au château de Boullongne, le dernier jour de juillet 1568. Signé : Charles. Et plus bas : Fizes, avec paraphe.

Au dos est écrit : A Monsieur le conte du Ludde, etc....*.

1. Quelques jours auparavant, le 26 juillet 1568, le cte du Lude avait écrit au roi Charles IX pour lui rendre compte de la prise de Taillebourg par les protestants et de leur tentative manquée sur Saint-Jean-d Angély. La lettre est datée de Niort, 26 juillet 1568. {Arch. hist. de la Saintonge et de l'Aunis, IV, 295.)

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