René de Neuchèze, s"^ de Baptresse. ,ia
faict une despèche générale à tous les gouverneurs de mes provinces et pays et spécialement au dit maréchal de Yieilleville, au sieur de Montluc, conte des Cars, marquis de Maizières, de Jarnac, de Pons et évesque de Poictiers pour les en advertir, en les priant d'avoir l'œil ouvert et se donner garde en Testendue de leurs pouvoirs qu'il ne s'y puisse faire aucunes surprises à mon préjudice et pour rompre et tailler en pièces ceulx qui seront pour s'eslever et qui s'assembleront en armes en plus grand nombre que celluy qui est porté par mes ordonnances, leur mandant et ordonnant qu'ils ayent par ensemble et avecques vous, ainsi que je vous prye aussi de vostre part en avoir avecques eulx, pour tant mieulx obvier aux inconvéniens qui en peuvent advenir, dont le vray moyen est de se jecter sur les dictes assemblées et tailler en pièces (si faire se peult) ceulx qui les feront, toute la bonne et parfaite intelligence qu'il vous sera possible, affm que par le moyen d'icelle il ne se puisse aucune chose remuer en leurs dites charges, ny en la vostre, de laquelle vous ne soyez aussitost advertis pour y pourveoir et remeddier, ainsi que je vous prye, de sorte que ceulx qui auront envye de se remuer n'ayent loisir de se recongnoistre et résouldre de ce qu'ils auront affaire, soit pour faire masse et assemblée, surprendre aucunes villes, faire desgats, ny semblablement sortir d'aucuns de vos dis pouvoirs pour exécutter autres dessaings, qu'ils ne soient mis et taillés en pièces ; et, s'il estoit besoing pour cest effect de vous joindre et assembler avecques vos forces, de ce faire, en la prévoyance toutes fois que pendant cella il ne se puisse rien entreprandre au préjudice de mon service en aucunes de vos charges ; à quoy bien advisez et prudens que vous estes tous, je m'asseure que vous n'y ferez que ce que vous congnoistrez estre pour le bien d'icelluy, chose que je ne vous veulx autrement recommander, saichant l'affection que vous y portez ; mais je désire bien par ceste mesme despesche vous tenir adverty que, tout ainsi que je
veulx et entends que vous couriez sus et taillez en pièces tels remueurs de mesnaige, aussy que mon intention est que ceulx qui se contiendront en leurs maisons modestement, y vivront soubs la liberté permise par mes dits ëdicts sans aucune chose entreprendre ny attempter au contraire, soient maintenus, conservés et gardés sans qu'il leur soit faict, mis ne donné aucun trouble, moleste ny empeschement ; et afïin de leur lever toute excuse et deffîance en laquelle ils seroient ou pourroient estre tombés que Ton les voulsist priver de ceste liberté, je vous prye leur faire souvent et particuUièrement entendre la charge que vous avez de moy de faire exactement observer mes dits édicts ; et parce que je m*asseure que à toutes choses cy dessus, d'autant que vous les pouvez juger importantes à cest estât et couronne, vous y donnerez Tordre nécessaire, je ne vous en feray plus longue lettre à ceste occasion , pryant Dieu, Monsieur le conte, vous avoir en sa sainte et digne garde.
Escript au chasteau de Boullongne, le xx^ jour d'aoust 1 568. Je vous ay ci-devant envoie une forme des sermens que je désirois que vous feissiez faire aux gentilshommes et autres mes subjects, tant catholiques que de la religion prétendue refFormée, et de crainte que vous ne l'ayez receue, je vous en envoie encores autant, vous advisant que je veulx et entends que aux ungs et aux autres de mes dicts subgects vous faictes faire le dit serment, selon les dessus dites formes ; et affîn que vous recevez plus seurement ceste despesche et que au long me faictes entendre de vos nouvelles, je vous envoyé ce gentilhomme présent porteur au quel j'ay donné ceste charge et de vous dire autres choses de ma part concernant mon service, dont je vous prye le croire comme moy mesme. Signé : Charles. Et plus bas : Robertet.
Et la suscription est : A Monsieur le conte du Ludde, chevalier de mon ordre et mon lieutenant général au gouvernement de Poictou.