août 1568. — Lettre de Charles IX à M. du Lude
Monsieur le conte, j'ay reçeu vos lettres des 8* et 1 1 * de ce mois, dont y en a troys du dit M^, Avecques celles du dit 8®, j'ay reçeu les pacquets dont estoient saisis ces pauvres gens, qui ont esté tués venant d'Espaigne ; mais quelque quantité qu'il y en ayt, aucuns néantmoings sont demourés derrière, estans mesmement ceulx qui m'estoient addressés, voilés et emportés et d'autres qui ne se retrouvent poinct les quels je vous prye mectre peyne de recouvrer ; et s'il estoit possible d'attrapper ceulx qui ont commis ce malheureux acte, ce seroit bien le plus grand plaisir que je puisse recevoir, ne doublant poinct que, comme vous dictes, les postes ne soient de la partye ; pour à quoy pourveoir et remédier, aussi est allé sur les lieux le conterolleur du Mas ; mais, d'aultant qu'il est menasse, à ce que j'entends, il est
besoing que vous Tassistiez en ce que vous pourrez et luy donner main forte pour mettre à exécution ce qu'il en aura faict, deppartant le long des chemins pour la seureté d'iceulx (ainsi que je vous ay cy devant escript) quelques forces, en sorte que semblables inconvéniens se puissent doresnavant évitter par là. Parcelles du 11® j*ay veu que vous avez receu la forme des sermens que je désire que facent tant les gentilshommes que autres de la religion prétendue refFormée, ce que je vous prye d'advancer au plustost, et aussi la description que je vous ay mandé faire de personnes propres à porter armes, le roolle des quelles sitost que vous l'aurez faict, je vous prye de m'envoyer, tenant mes subjects de là en la plus grande union et meilleure intelligence par ensemble que vous pourez ; mais comme vous dictes, la saison ne le peult quasi pas permectre, en quoy je sçay bien que la sincère administration de justice seroit bien requise et que pour rexercice d'icelle feussent commis personnaiges gens de bien et non affectionnés à party quelconque ; mais puisque jà les officiers y sont establis, ils ne s'en peuvent oster sinon par forfaicture, et pour ce, Monsieur le conte, je vous prye les advertir de leur devoir ; et, s'ils ne le font à l'heure, je y pourvoiray de sorte qu'ils recongnoistront leur faulte ; et pour le regard de la Rochelle, je suis bien marry du retardement qu'il y a et encores plus de la cause d'icelluy ; mais à ceste heure, que mon cousin le maréchal de Vieille ville est guarry, j'espère que bientost l'on leur fera recongnoistre leur faulte à bon escient. Cependant, Monsieur le conte, je vous prye, suivant ce que vous ay escript, mettre autant de forces ensemble que vous pourrez, soient de ma gendarmerie ou autres et avecques icelles courir sus à ceulx qui en sortiront et vouldront faire les mauvais, comme jà ils ont commancé de faire et avons depuis peu de temps eu advis qu'ils veulent continuer, de façon que, si on ne les a par force, encores moings les pourrons-nous
avoir par amy tyë ; et d'aultant qu'ils se vantent partout à haulte voix qu'ils ne redoutent chose quelconque^ pour veu qu'ils facent leurs vandanges , il s'en fault approcher au plustost que l'on pourra et les faire pour eulx, si faire se peult, sans qu'ils s'en mectent en peine et entrent en ceste despense de laquelle je seray bien ayse de les souUager.
Par autre lettre du 1 1 , j'ay sceu l'arrivée près de vous du sieur de Bateresse * et comme il y a amené une partye de sa compaignye et l'autre partye qu'il faict assembler, de quoy il est besoing que vous le solicitiez, et pour le regard du payement de ce qui luy est deu, il y sera dans peu de temps comme aux autres satisfaits entièrement, estant jà l'argent prest ; et quant à l'advis que vous me donnez pour faire congnoistre à ceulx qui seront pour secourir la Rochelle, leurs faultes et oubliances, je le trouve très bon ; vous advisant que, lorsqu'ils se seront déclarés, je ne me deslibéreré pas d'en moings faire ; et pour ce, fault serrer les dis Rochellois de plus près que l'on pourra et les matter de sorte que je puisse estre le maistre. Or, comme je vous ay dit cy devant, estant mon dit cousin le maréchal de Vieilleville en santé, il s'acheminera incontinant de delà, et d'aultant que je luy faict entendre sur toutes choses mon intention, vous l'apprendrez plus avant de luy, l'assistant et aydant en ce que vous pourez et qu'il aura besoing de vous pour le bien de mon dit service et Texéculion de cest affaire. Et au surplus, pour ce que j'ay infinis ad vis de plusieurs assemblées, allées et venues, amas et ports d'armes qui se font ordinairement sans mon sceu et commandement en plusieurs endroicts de mon royaume par aucuns de mes subjects mal affectionnés à mon dit service, chose qui (comme il faut croire) ne tend pas à la conservation du repos que je désire veoir fermement estably par tout mon estât, mais plus tost pour l'interrompre et empescher, j'ay