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'est une lourde tâche de parler d'Adrienne Le Couvreur après l'admirable notice que lui a consacrée Sainte-Beuve il y a plus de quarante ans, et à laquelle je ne saurais ajouter riend'essenmaître critique a, dans cette vue d'ensemble, excellemment résumé tout ce qu'il importe de savoir sur la femme et la tragédienne.

Mais, présentant pour la première fois au public le recueil, si souvent annoncé et par conséquent attendu, des lettres d'Adrienne Le Couvreur, je ne puis me dérober à l'usage de la préface-introduction, qui est comme un commentaire anticipé du texte publié; le lecteur de cette correspondance désirera pénétrer dans l'intimité de l'épistolière, et j'ai la bonne fortune de pouvoir ajouter au portrait tout littéraire de Sainte-Beuve quelques faits nouveaux, certains détails peu connus, plusieurs documents inédits relatifs à la fortune et aux goûts de la tragédienne, à l'histoire de son cœur, aux treize années qui lui ont fait une page impérissable dans les annales du Théâtre-Français, à sa fin mystérieuse et au

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refus de sépulture, deux énigmes dont on ne pénétrera jamais complètement le secret.

Je voudrais donc donner ici, — complétant et rectifiant sur quelques points l'abbé d'Allainval, son premier panégyriste, Lemazurier, l'un de mes prédécesseurs aux Archives de la Comédie française, Sainte-Beuve lui-même et mon regretté maître Régnier, — une biographie exacte d'Adrienne Le Couvreur, sans la surfaire, mais sans la dénigrer. C'est un éloge, et non pas un réquisitoire, que je prétends écrire. A quoi bon le récit de la vie d'une grande artiste, s'il doit la diminuer aux yeux de la postérité.^

Le biographe d'une femme célèbre doit, avant tout, aimer son modèle, et je ne crains pas d'affirmer qu'en deux siècles et demi, du Cid à la Fille de Roland, de la créatrice de Chimène à Mlle Sarah-Bernhardt, aucune figure de tragédienne ne fut plus touchante, plus noble, plus digne d'admiration et de respect — je dirais plus pure si nous n'étions pas au théâtre, temple profane du « diable au corps » .

La sévère histoire pourrait flétrir d'un mot la Champmeslé, la Desmares, la Du Clos, la Gaussin, la Clairon, la Dumesnil, la Raucourt; j'en passe, et des moins dignes. Seule entre ses égales, Adrienne Le Couvreur me paraît avoir porté au théâtre les vertus de la femme supérieure, une âme droite, élevée, sérieuse, tendre et raisonnable à la fois'.

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