‹ LettresChapitre 105 sur 125 · L. RiCCOBONI · texte numérisé non relu

L. RiCCOBONI

{Dell' Arte i\jppi\jsenLUiva.)

1 . Cette Epiire, publiée par d'Allainval dans sa Lettre à Mi lord***, parut d'abord dans le A/errure de décembre 1725 (p. 1129); réimprimée en 1724 à la suite delà Ligue on Henri le Grand (p. 193), elle figure au tome I" des Œuvres de Voltaire, édition d'Amsterdam, Ledet, 1732, pp. 253-54, dans le Censeur hebdomadaire de 1760 et dans le Choix des Mercures et autres journaux (t. LXX, 1762).

2. Chant treizième du Vice puni ^ poème héroi-comique publié en 1723.

276 Adrienne Le Couvreur.

Voici de ce passage la traduction que donne d'Allainval :

tt La charmante Le Couvreur est ia seule qui ne suive pas la route où tous ses camarades courent ensemble, et à bride abattue; s'il arrive qu'elle pleure ou qu'elle se plaigne, sans épouvanter comme eux par des hurlements, elle remue tellement le cœur qu'on est obligé de s'attendrir avec elle, et l'on est charmé de voir que les plus grands partisans de la déclamation font chorus avec les autres pour la louer. 1 (Lettre à Mj'lord--*, p. jj.)

ÉPITRE A m"" le couvreur '

à propos de la dispute qui s'est élevée depuis quelque temps au sujet de la déclamation des D"" Du Clos et Le Couvreur.

Enfin le vrai triomphe et la fureur tragique Fait place sur la scène au tendre, au pathétique. C'est vous qui des douceurs de la simplicité Nous avez fait connaître et sentir la beauté ; C'est vous qui, méprisant le prestige vulgaire, Avez su vous former un nouvel art de plaire, Vous dont les sons flatteurs, ignorés jusqu'alors. Des passions de l'âme expriment les transports. Avant que vous vinssiez, par Melpomène instruite. D'un heureux naturel nous montrer le mérite. Tel était de Paris le fol entêtement.

On donnait tout à l'art et rien au sentiment. Et le théâtre en proie à des déclamatrices

I . Cette Epître est imprimée dans les Mémoires historiques et critiques, feuille bimensuelle, de D. F. Camusat, r ç février 1722 (Amsterdam, chez J.-F. Bernard), p. 17 à 20, sous le nom de M. de Beauchamp, auteur de ia traduction en vers des Epîtres d'Héloïse et d'Abclard. D'Allainval l'a reproduite dans sa Lettre à Milord '" .

Appendices. 277

N'ofirait aux spectateurs que de froides actrices.

Un murmure confus s'élève contre moi,

Je porte le dégoût plus loin que je ne doi.

Le Théâtre-Français, en modèles fertile,

En sujets excellents ne fut jamais stérile.

Rappelez-vous... de quoi prétend-on me blâmer?

Je ne conteste pas qu'on n'ait su déclamer.

Mais parvient-on au cœur par une voix forcée

Qui ne rend de l'auteur le sens ni la pensée ?

Je ne m'en cache pas, il faut pour me flatter

M'émouvoir, m'attendrir et non m'épouvanter.

Je veux qu'on parle au cœur, et non pas aux oreilles,

Sans cela le Théâtre est pour moi sans merveilles,

Le plus pompeux récit est froid à me glacer.

Un mot succède à l'autre et le vient effacer.

Faut-il donc, pour toucher, des clameurs glapissantes,

Des gestes convulsifs, des écarts de Bacchantes.^

Croit-on que je suis sourd? de grâce, calmez-vous;

Vous ne respirez plus, à quoi bon ce courroux?

Est-ce ainsi que s'exprime une jeune princesse

Que la crainte saisit, qu'agite la tristesse?

Quand par un seul regard qui déplut à l'Amour

L imprudente Psyché le perdit sans retour,

Quand livrée au oouvoir de sa fière rivale

Malheureuse elle errait sur la rive infernale,

De ses tendres regards le charme et la douceur

De la Reine des morts adoucirent le cœur.

On ne l'entendit point dans les Royaumes sombres

Par de lugubres cris épouvanter les ombres.

Je ne suis point sensible à de fausses douleurs,

Et ce n'est qu'en pleurant qu'on m'arrache des pleurs '.

La Nature et le cœur toujours d'intelligence

Veulent que tout soit simple, et l'excès les offense.

Je suis par des fureurs moins ému que surpris.

Je veux du pathétique, et n'entends que des cris.

I. Horace, Arspoet., v. 102-3. Boileau, Art poétique, ch. 111, V. 142.

278 ADRiENNt: Le Couvreur.

Je ris quand je te vois, insensée Hermione,

Rappeler en criant l'ingrat qui t'abandonne.

Non, ce n'est point ainsi qu'on ramène un amant,

Il faut plus de tendresse et moins d'emportement.

Je sais que la douleur a peine à se contraindre.

Mais qui se plaint si haut ne paraît guère à plaindra;.

Mon cœur n'est point de fer, il connaît l'amitié,

Le dépit, le soupçon, l'amour et la pitié.

De peine et de plaisir il est trop susceptible.

Je serais plus heureu.v .si j'étais moins sensible.

Cependant avant vous je ne sentis jamais

Ces langueurs, ces transports et ces troubles secrets; .

Douces émotions d'une âme pénétrée,

Vous seules de mon cœur avez trouvé l'entrée...

Mais que fais-je! pour prix d'avoir charmé mes sens,

N'ai-je à vous présenter que des vers languissants?

Quel tribut! je vous dois un hommage plus tendre,

C'est en vous écoutant que j'irai vous le rendre.

De Beauchamp.

FR.\GMEN'I

Lorsque le Dieu qui préside à la scène Vit qu'on fuyait l'autel de Melpomène, Que Lelio séduisait les esprits, Que Rome enfin triomphait dans Paris, Et, par un sort moins juste que bizarre, Flaminia l'emportait sur Desmare,

I. Ce morceau figure, sans nom d'auteur, au,x pages 40 j- 405 d'un Recueil de poésies satiriques et des plus galantes tirées et choisies des meilleurs auteurs (t. Il), in-4" de $36 pages provenant de la bibliothèque de M. Bonnier de la Mosson, dont le nom et les armes sont frappés sur les plats. Ce manuscrit appartient aujourd'hui à mon ami et coadjuteur M. Jules Couet, qui a bien voulu m'abaudonner la primeur de ce fragment très probablement inédit.

Appendices. 279

Ce Dieu jura d'abolir tant d'abus.

Il assembla Minerve avec Vénus.

Ces Déités pour le bien de la F'rance

Cette fois-là furent d'intelligence

Et toutefois formèrent de leurs mains

Une beauté digne de leurs desseins.

De Champmelez elle unit tous les charmes

Et des Nmons l'esprit et l'agrément,

La vérité, le goût, le sentiment.

Sa tendre voix nous arrache des larmes ;

Ses yeu.K touchants font naître nos ardeurs.

Elle parut, et ses appas vainqueurs,

Malgré Verdun et le grand Longepierre,

Eurent bientôt charmé la ville entière.

Aimable objet qui régnes sur nos cœurs,

Toy dont le goiît, dont la grâce divine

Ajoute encor des beautés à Racine,

Dieux! quand pourrai-je, ô charmante Philis,

Associer mes travaux à ta gloire.

Et voir mes vers, dans ta bouche embellis.

Ainsi que toy régner dans la mémoire ?

Si je me vois indigne de tes soins,

Loin de tes yeux je te loiiray du moins.

Mais la louange est plutôt le partage

Du demi-Dieu qre dans plus d'un employ

La FVance entière admire comme toy,

Et qu'à tes loix le tendre Amour engage.

A m"' le couvreur

en lui envoyant pour ctrennes une belle frarniture de lltK

Recevez, charmante Adrienne, Recevez ce manteau de lit :

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