BOURET
Ce 24 aoust 1730.
Cette lettre ne paraît pas avoir obtenu d'autre réponse qu'un nouvel interrogatoire, celui du 30 août 1730, dans lequel Bouret, changeant brusquement de système, convient que utrès mal à propos, il a chargé » par ses précédentes déclarations Mme la duchesse a de Bouillon des faits graves qui y sont énoncés; Il qu'il lui en demande pardon et la supplie très hum- « blement de vouloir bien lui pardonner ' -r .
Quatre jours après, dans un cinquième et dernier interrogatoire (3 septembre 1730), Bouret, à bout de force et de patience, se dédit encore de toutes ses déclarations précédentes et continue à demander pardon.
Cette rétractation formelle semble la rançon de sa délivrance. On ne prit même pas la peine de lui demander dans quel but et par quels motifs il avait inventé ces prétendus mensonges, soutenus jusque-là avec tant de persévérance. Il est visible qu'on lui a dicté cette réponse unique : - Faux, supposé et inventé » en lui promettant sa grâce.
Ce ne fut cependant que le 3 juin de l'année suivante 1731, après vingt mois de détention et quand Adrienne était bien oubliée déjà, que le malheureux
I. « l! fut arrêté pour avoir accusé Mme la duchesse de Bouillon d'avoir voulu empoisonner Mlle Le Couvreur : il a avoué qu'il avait inventé cette calomnie pour se procurer une entrée chez Mlle Le Couvreur. » (Note de Duval, premier commis de la lieutenance de police. Archives de la Bastille.)
ÉTUDE BIOGRAPHIQ^UE. ^9
Bouret fut mis en liberté par ordre du cardinal de Fleury et de M. de Maurepas '.
On ignore ce qu'il devint et à quelle époque il mourut, emportant avec lui dans la tombe le secret de cette mystérieuse affaire, dont on ne saura jamais la vérité.
Pour nous, dont l'opinion est faite à ce sujet, nous laisserons au lecteur le soin de conclure : il a sous les yeux les pièces du procès 2; qu'il pèse et juge,
1. L'ordre de sortie, du 2 juin 173 1, est contresigné Maurepas. (Archives de la Bastille.)
Le même jour, Hérault avait écrit à M. de Maurepas :
« Paris, 2 juin 173 1.
<i J'ai eu l'honneur de parler à M. le cardinal de Fleury de l'affaire de l'abbé Bouret, qui fut conduit à Saint-Lazare par ordre du Roi du 23 janvier 1750 et ensuite transféré à la Bastille par un autre ordre du r' mai de l'année dernière. Son Eminence a bien voulu lui accorder sa liberté. Ainsi je vous supplie d'avoir pour agréable de vouloir bien en expédier l'ordre. » (Archives de la Bastille.)
2. Je regrette de n'avoir pu prendre connaissance de douze pièces du dossier Pixérécourt, ainsi désignées par le catalogue de novembre 1849, page 41 :
— N" 278 3. U.i mémoire sur l'abbé Bouret.
4. Un rapport autographe et signé de C.-J. Geoffroy, de l'Académie des sciences, sur la nature des pilules saisies sur Bouret. (30 juillet 1729.) ^ . Une copie du rapport des médecins chargés de faire l'autopsie du cadavre d'A. Le Couvreur, en date du 21 mars 1730.
6. Une lettre de M. de Maurepas, du 21 mars 1730, signée, relative à la mort de Mlle Le Couvreur et aux mesures à prendre pour sa sépulture. (Cette lettre, adressée au lieutenant de police, ordonnait qu'elle fût enterrée de nuit, pour éviter le scandale.)