Ou Chàteauvert, comédienne de province
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d'euantaille de trente sol la piesce. Je luy ait dit que tu auois bien des commission que je doutois fort que tu fisse auec, que Ion ne tauois point lâché despesce, mais elle na point compris ce que cella uouloit dire et ma répondu seullement quelle te rendrois largent sitôt que tu serois ariué. De cela tu feras tout ce que tu uoudras, certainnement il ne m'importe gueres que tu la satisfasse ou non. Adieu, mon cher amy, je tembrasse du plus tendre de mon cœur et te jure une fidélité à toute épreuue. Je te recommande au nom de Dieu de faire bien des amitiés de ma part a la de Nesle' et d'aller uoir madame Desmarais-.
(Pas de signature.)
,4 Clavei
(Strasbourg, septembre 1712.)
Je ne scay gueres ce que je dois penser de uotre négligence, mon cher Monsieur, dans un temps ou tout est propre à m'alarmer. Je suis dans une situation qui me donne tout le
I. Actrice de la Comédie-Française depuis 1708; morte le 22 décembre 1713- C'était l'aînée des filles de Quinault, Françoise, née le 16 mai 1688.
2/ Probablement Mlle Desmarais, comédienne de province qui depuis vingt ans faisait les délices de Lyon. En 1752, elle avait la direction de la Comédie de cette ville, qui lui valait 20,000 francs de rente.
temps de refléchir a mes affaires. Il semble que je deurois êtres la personne du monde la plus tranquille et c'est cepandant tout le contraire; car je doute que l'on puisse être plus agitée que je la suis sans pouuoir toutefois déclarer mon trouble a nul autre qu'a uous. Vous- seul pouuez calmer toutes mes inquiétudes. Que dis- e, uous seuLf^ Non, il ne seroit pas en notre pouuoir de les finir toutes a présent. Il n'est que le temps qui puisse me consoler, ou m'atliger encor plus que je ne la suis. En atendant pourtant je chercherés chés uous tout ce qui poura me faire oublier ce que je crains présentement. Mes craintes ne sont pourtant pas toutes fondée sur ce que uous pouriez penser. Vous en jugerés quelque jour quand je trouuerés l'occasion de uous les faire connoîtres. En attendant, soyés toujours persuadé que je uous aime pour uous même sans (cent) fois plus que pour moy. Le temps uous prouuera, mon cher Clauel, ce que je uous jure aujourd'huy. Ayez toujours pour moy les sentimens que j'auray pour uous toute ma uie, et je seray contente, car je borne là toute mon ambition.
Au reste je uous diray que tout dépends de la conduite. Vous pouuez me uoir auant qui soit deux jours comme a l'ordinaire sans que personne ipuisse trouuer a redire et sans pourtant uous engager plus que uous ne l'estes. Car au bout du compte on ne uous forcera jammais de faire ce que uous ne uoudrez pas. Moy même auec toute l'inclination que j'ay pour uous je seroisau desespoirsyuousfaisiez quelque chose
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pour moy avec répugnance. Songes y bien, uous ettes encore maîtres. Figurez uous que je n'ay rien et que je dois baucoup, que uous trouuerez plus d'auantage ailleurs. Je n'ay pour moy que la jeunesse et la bonne uolontés, mais celan'acomode pas les affaires. Je uous parle sans fard comme uous uoyez, et je uous dis ingénument ce qui peut uous faire songer à moy comme ce qui uous en doit détourner. Uoilà une occasion de prendre uotre party. N'ayésnul considération. Ce sera en auoir que de me déclarer uos sentimens au juste.
Ce que je uous dis icy n'est point ou par caprice ou par détachement. Je uous aime plus que jamais, mais la raison me force de uous parler ainsy. Au nom de Dieu faites en de même et ne uous metez point en estât de uous reprocher jamais rien sur mon chapitre. Ne me prometés rien que uous ne me uouliez tenir, me deussiez uous prometre de me haïr : il me semble que cela me seroit plus doux que de me uoir trompée. Après tout c'est une manière de m'exprimer car je ne uous crois pas assés ingrat pour me haïr. Je uous le dis encore, mon cher Clauel, j'aime plus uos interest que les miens. Prenés le party qui uous fera le plus de plaisir, je uous connois d'humeur à faire le généreux et a uouloir peutêtre enrichir (sic) sur moy. Mais encore une fois songes y bien. Agisez en honneste homme comme uous leste et suiuez uotre inclination sans uous informer de ce qui poura ariuer. Je prendrés mon party de manières ou d'autres
auec le plus de facilité qui me sera possible, soit que je uous posede ou que ie uous perde. Sy je uous ay j'auray ie deplaissir de ne uous pas rendre aussy heureux que je uousdrois. Mon bonheur me fera peutetre oublier cette peinne... Mais non, quelque chosse qui arjue je me reprocherés toujours de ne uous pas mètre sur le tronne comme je le souhaiterois. Si je uous perd je tacheray au moins que ce ne soit pas tout afait et je me conserueray toujours quelque part dans notre estime. Sy uous ettes heureux j'auray le plaisir de uous le sçavoir et de ne l'auoir pas empêchée, ou sy uous ne l'esté pas se ne sera pas moy du moins qui en seray causse et je tacheray de me consoler de quelque manières que se soit. Mais prenés moy au mot, car je ne me trouuerois peut être de ma uie dans les semtimens où je me trouue et d'ailleurs uous me ferés moins de tort en prenant notre party présentement que dans quelque temps d'ycy. Adieu, mon cher Clauel , je uais uous enuoier cecy le plus uite qui me sera possible, car je sens bien que je pourois me repentir de tout ce que je uous écris. Donnés moy de uos nouuelles quelque party que uous preniés et me croyés toujours uotre fidèle.
(Pas de signature.)
(Vente du 6 juiii 1 89 1 , Catalogue Eug. Charavay, 6 pp. in-4'', petit cachet de cire rouge, rond, représentant un Amour appuyé sur son carquois, et trois coeurs, avec cette devise : « le les qiiite pour vous. » Adjugée 37^ francs à
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M. Eugène Charavay, qui a bien voulu nous permettre de la reproduire in extenso.)
A Monsieur... {d'Argenîal^).
(Juin 17 17.)
Mad. la Duchesse la jeune ' demande à me voir mercredi au Palais Royal, et Mad. la Marquise de Villeroy. J'ay saisi cette occasion pour faire remellre Mitliridate- h ce jour; mais je ne sçais si les autres la saisiront comme moy. J'en attends réponse, et vous en aurés tantôt des nouvelles; j'ay trop dormi. M. de la M...^ est venu m'éveiller à dix heures et demie pour me rassurer sur l'amitié dont on veut que je doute, et que je sois persuadée. Il est resté trois heures auprès de moy et m'a promis de changer. Ah! je suis Apollon. Je veux absolument souper chés vous dimanche ou lundi. Adieu, pardonnes moy mon humeur, je vous pardonne bien autre chose , j'allois dire votre amour, et oublier que vous n'avés
1. Mlle de Conti, Marie-Anne de Bourbon, femme de M. le duc (Louis-Henri de Bourbon), morte le 21 mars 1720.
2. Adrienne Le Couvreur joua Mithridate au Palais-Royal les jeudis 3 et 10 juin 17 17, trois semaines après ses débuts.
j. De la Mésangère?
pour moy que de l'amitié, et que je veux que vous n'ayés que cela.
A Monsieur...
Je suis très fâchée de ne vous point voir; mais je ne puis blâmer votre conduite. J'aplaudiray toujours à la volonté que vous avés de remplir tous vos devoirs. J'avois refusé de diner chés Mad. de L...' dans la seule espérance de diner avec vous; mais la préférence étoit dûë aux personnes à qui vous la donnés, et d'ailleurs, je me flate que ce n'est pas sans peine que vous vous y êtes déterminé. Ce n'est point là ce que j'appelle timidité, ni ce que je voudrois changer en vous. Je vous verray donc tantôt pour la dernière fois.^ Il faut vous armer de courage, et donner à la constance ce que vous oterés à la douleur. Je ne veux point vous voir souffrir, et je désire que vous me soyés longtems attaché. Adieu, je vous attendray avec moins d'impatience que si vous ne me déviés pas quitter pour bien du tems, et je vous verray avec bien moins de plaisir que si j'étois sûre de vivre avec vous toute ma vie.