‹ LettresChapitre 42 sur 125 · Le Cid, a. I", se. v · texte numérisé non relu

Le Cid, a. I", se. v

120 Adrienne Le Couvreur.

jouer un roUe pour Mlle Gautier ' avec qui je me serois fait une affaire si je l'avois refusée pour la deuxième fois, et je suis engagée à souper avec une amie à qui je ne puis donner aucun chagrin, parce qu'elle n'est presque occupée que de moy. Adieu, soyés demain aussi aimable que je suis persuadée que vous pouvés l'être et venés de bonne heure. Ne dites rien de cette partie qu'elle ne soit faite. Je vous en diray le pourquoy.

A Monsieur d'A...

A Fontainebleau, ce... (août 1724.)

Je suis assés bien logée, aux chauve-souris près. Il y en avoit hier une demi-douzaine dans ma chambre qui ne vouloient point s'en aller, et il fallut absolument se résoudre à en garder deux toute la nuit, car nous ne sçavions plus que faire pour les chasser. On m'a dit aujourd'huy qu'il falloit mettre la lumière au milieu de la chambre et avec des épées les enfiler, car il y en a tous les soirs pendant l'été. Voilà donc quelle sera mon occupation tous les soirs. Ce combat me paroît assés triste, je ne sçais même où prendre des épées,

I. Comédienne, qui était folie de son camarade Quinault. Retirée en 1723 ; religieuse à Lyon en 172$.

car, encore une fois, je suis icy plus étrangère que je ne la serois en Portugal , et plus triste quejenesçaurois vous l'exprimer. Je n'ay nulle nouvelle de l'abbé, il est enyvré de Pontoise, à ce qu'on m'a dit, et du redoublement d'amitié de M. de B... '. Si vous luy écrives, faites luy des reproches de ma part. Je voudrois bien avoir de la tapisserie pour travailler. Voilà où j'en suis. Je vous ay envoyé le billet de Mad. de la F... par M. de la S... P... Vous pourrés le recevoir mardi ou mercredi. Je ne puis que vous dire sur cet argent. Consultés le Docteur. En tout cas, j'en seray quite pour essuyer les diminutions, s'il y en a; mais il me semble que l'on n'en parle plus. Si vous parties, et que vous ne voulussiés pas le garder, envoyés le moy par G... qui doit partir le 6 de septembre. Adieu, mon cher ami, ma lettre est bien longue et bien sotte; mais je m'ennuye- et tout s'en ressent. Mes complimens à B... Il n'a pas voulu me venir dire adieu non plus, ni même m'envoyer du vinaigre qu'il m'avoit promis. Il n'est point du tout un joli t'homme. Ecrives moy tous les jours si vous pouvés; mais cet heureux teras là n'est plus, et par malheur je ne suis pas en droit de m'en plaindre. Adieu, je ne puis vous quitter. '

i.'M. de Bouillon, qui avait une maison de campagne à Pontoise.

2. Voir une lettre de Mlle Quinault à Piron, datée « de nos désagréables déserts de Fontainebleau » .

122 Adrienne Le Couvreur.

Au même.

A Fontainebleau, ce mercredi, 13 (septembre 1724).

Vous ne me parlés que d'une de mes lettres, et vous en devés avoir reçu trois sans celle cy. D'ailleurs vous avés dij voir dans toutes celles que j'ay écrites à nos amis, que je n'avois qu'un cri après vous, et qu'assurément j'avois grand besoin de consolation. Vous avés beau dire, vous avés avec moy un tort irréparable, et si je n'avois l'équité de me ressouvenir des miens, je ferois présentement un beau train; mais le malheur ne m'aigrit point contre mes amis, et j'ay été trop frappée de la crainte de vous avoir perdu, pour ne me pas livrer à la joye de vous retrouver. Si vous me trompés, c'est votre affaire; je prends vos protestations pour vrayes,et je veux vous réduire par ma crédulité et ma reconnaissance, à l'obligation de les continuer. Vous reviendrés peut-être ensuite à agir de bonne foy; mais, mon cher ami, quel langage, et pour vous et pour moy! Quel supplice de douter de vous ! Respectés la confiance, l'estime, la vénération, et tous les sentimens que j'ay pour vous, plus que pour personne au monde, et forcés cette paresse, car je veux bien me flatter que ce n'est que cela, faites vous un devoir de ne me point abandonner, et daignés soulager la tristesse

étonnante où je suis. L'ennuy que tout le monde respire icy et la solitude, ne sont pas les seuls sujets de chagrin que j'aye, sans entrer dans des détails impossibles à vous expliquer par mes lettres. Songes seulement que je suis malheureuse. Vous dites que tous mes amis ne sont point à Paris. Cela se peut; mais il n'y en a aucun icy", et ce n'est pas là ce qui m'afflige le plus. Ma situation est singulière autant qu'insupportable, et je puis vous assurer que j'ay grand besoin de consolation, et que je n'en puis recevoir de plus sensible que celle que vous voudrés bien me donner. Je suis très fâchée que votre lait vous empêche de venir; mais je le serois davantage que vous n'en prissiés pas, puisqu'il est nécessaire à votre santé. J'espère que, peutêtre avant le tems que vous me mandés pouvoir partir, on nous aura renvoyés à Paris. Au peu de cas que l'on fait de nous icy-, cela devroit déjà être fait; mais nous sommes toujours dans l'incertitude et dans l'inaction, et moy dans la douleur. M. votre frère m'a dit qu'il s'en iroit bientôt parce qu'il s'ennuye. Le Docteur doit rester 1 5 jours : il crie beaucoup contre moy, et prétend que je ne vivray pas trois mois; mais j'ay éprouvé que l'on ne meurt pas de tristesse. D'ailleurs, il faut espérer que le terns changera mon

1 . Maurice de Saxe était à Fontainebleau le surlendemain 1 5 septembre.

2. En 1724, le Roi séjourna à Fontainebleau du 23 août au 30 novembre; la Comédie, depuis le 26 août. Pour ces 98 jours, Adrienne toucha une indemnité de 980 livres.

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état. Tout ce que je desirerois présentement, ce seroit d'être auprès de vous. Tous vos conseils et votre vûë, me donneroient du courage, et surtout, je voudrois quitter ce pays cy. PourquoyR... ne me parle-t-il point de vous dans sa lettre ."^ Est-ce que vous sériés brouillés.^ Je lui avois écrit de vous engager à m'écrire, et dans les deux lettres que j'ay reçues de luy, il ne dit pas un seul mot de vous.

L'abbé est toujours avec M. de B... et je crois, comme vous, que cela n'est pas sans mistere. Il a écrit au Docteur qu'il vouloit à l'avenir s'occuper de son salut, et à L... qu'il' se divertit beaucoup où il est. Le Docteur parle souvent de notre projet de retraite, et compte sur l'abbé dans la suite; mais il nous donne encore trois ans, et je trouve que c'est beaucoup. Je n'ay nul employ pour l'argent de Mad. de la F... Je vous prie de le garder quand vous l'aurés reçu. Le Docteur m'a dit qu'il se chargeoit de le placer. Vous n'avés pas été faire la visite que vous aviés voulu me promettre que vous fériés; mais j'en ay des nouvelles, et même une lettre. Celuy qui me l'a envoyée, a déjà été trois fois la voir. Ce pauvre homme redouble ses soins et ses bontés, quand on veut que... je n'ose achever. Mais quoi qu'il arrive, je ne manqueray point à ce que je luy dois, tant que je vivray. Voila un des sujets qui me tourmentent ; mais ce n'est pas tout, et tout cela est accompagné de circonstances si singulières, que vous ne les sçauriés deviner et peut-être que vous auriés de la peine

à les croire. Ne me dites rien sur la déraison de cette idée, je la sens dans toute son étendue, et, encore une fois, je rempliray mon devoir à cet égard quoiqu'il en arrive, et, selon les apparences, il arrivera ce que vous verriés avec joye, si vous n'étiés pas changé, et aussi raisonnable que vous m'avés dû trouver injuste. Je vous demande en grâce de brûler cette lettre, et de me mander si vous avés eu cette attention. Adieu, mon cher ami, on est bien étonnant et bien foible en ce monde. Je vous l'ay dit mille fois, il n'y a que l'amitié qui y doive attacher, et l'on ne la sçaurait trop respecter. Au nom de Dieu ayés en pour moy, et donnés moy souvent de vos nouvelles. Faites mes compliments à R... si vous n'êtes pas broiiillés. Je ne sçais pourquoy cette idée m'est venue, car cela me surprendroit beaucoup, et me facheroit davantage. Encore une fois, brûlés cette lettre et m'écrives.

On vient de me dire que nous resterons icy».

Lettre de Mlle Le Couvreur à M' le Chevalier de Beringhen.

A Bercy, le 9 aoust 1725.

A Bercy, sur la fin du jour, Faisant des châteaux en Espagne,

1 . La Comédie ne quitta, en effet, Fontainebleau que le 30 novembre.

126 Adrienne Le Couvreur.

Je pensois à votre campagne, Et par conséquent à l'amour :

Quand je crûs voir ce Dieu paroitre, Avec son flambeau dans les airs, Qui sembloit ne plus reconnoitre Ces lieux qu'il a rendu déserts.

Il parcourt, plein d'impatience, D'un bout à l'autre, le château ; Il rit, en voyant le silence, L'inaction et l'indolence.

Et dit : le spectacle est nouveau.

Eh quoy, les grâces sont cachées, Et les ris sont muets et sourds!

Aurait-on crû leurs troupes détachées.

Dans la saison des plus beaux jours ?

— Ne connois-tu pas ton ouvrage.

Perfide, luy dis-je à mon tour?

Si tu voulois, sur ce rivage, On verroit une belle image De tout ce qui brille en ta cour.

On y verroit à l'assemblage De ces vertus du premier âge La volupté jointe en ce jour ; Bachus, dont tu fais la disgrâce, Avec Cornus y prendroit place.

Et chacun y seroit content.

— Il m'interrompit, pour me dire :

Je m'en vais sur le champ écrire Au commandeur de Beringhen.

Que dires vous de cette folie, Monsieur 'f Voila ce que c'est que de faire des châteaux en Espagne, et de se laisser aller à ses visions. Celle-cy vous prouve au moins combien on est occupé de vous, et ce sont des vérités auxquelles vous ne devés pas refuser grâce, malgré leur expression. Je mourois d'envie de

vous écrire, et votre ami Guillaume ' devoit m'en procurer l'occasion, c'est à dire, que nous devions vous écrire ensemble, mais il a pris des rats qui l'ont éloigné de moy. Je n'ay pas osé faire cette proposition à d'autres, et je vous écris de mon chef, sans l'avoir dit à personne. Je n'en aurois pas fait mistere, sans la fantaisie qui m'a prise de vous envoyer ces mauvais vers, auxquels vous devés plus d'indulgence que personne. Revenés donc, et ramenés nous lajoyeet les plaisirs. N'en prenés pas trop où vous êtes, cela seroit malhonnête à vous. Gardés moy le secret et m'accordes un peu de part dans votre amitié. Adieu vous dis, n'allés pas avoir mauvaise opinion de moy, parce que je vous écris des vers, c'est la première fois de ma vie qu'il m'est arrivé d'en faire, ou du moins de les montrer, et quoique vous ayiez traduit Virgile, et que vous soyés bien capable de m'en envoyer d'excellents, je vous en dispense absolument, et ne vous demande qu'un mot qui m'apprenne comment vous vous portés , quand vous reviendrés, et si les rats de votre ami ne me feront point de tort auprès de vous.

I. M. le comte de Caylus, connu par son mérite et ses talents, et par son goût pour les sciences et les beaux-arts. {Note de 1735.)

128 Adrienne Le Couvreur.

Billet à N...

Je n'ay point de nouvelles, ni d'un côté ni d'un autre; j'en attends des deux endroits qui m'occupent si tristement, avec une impatience qu'il vous est aisé de deviner.

Je suis fort en peine de votre santé. Qui est-ce qui vous voit ? Pourquoy travaillésvous.f' Que ne puis-je vous aller distraire et consoler! C'est dans ces occasions que l'amitié a beau jeu. On ne peut être plus pénétrée que je la suis, ni avec plus de raison de celle de M. D... Il a redoublé de soins, de bontés, et en vérité, c'est pour moy un ami bien cher et bien respectable, il vous doit aller voir aujourd'huy. Mandés moy comment vous êtes, et ne vous occupés que de votre santé ou de quelque chose qui vous amuse. J'ay assés d'envie de vous envoyer des ravauderies à faire copier; mandés moy si cela vous convient. Adieu, monsieur, j'attends du tems qu'il afFoiblira nos peines, et qu'il fortifiera votre amitié pour moy.

Je vous feray part des nouvelles dès que j'en auray.

Lettre à M...

Est-ce là comme vous traités vos amies, Monsieur? Je vous avoûë que ce n'est point ma manière, et que quand après y avoir bien réfléchi, j'ay adopté quelqu'un pour être au nombre de ceux que j'aime, je n'aime point qu'il me néglige ni à le négliger moy même. Il faut se voir dans la vie quand on s'estime, car elle est si courte, et surtout pour nous autres qui avons déjà vécu. Mandés moy donc ce que vous faites et quel jour vous voulés souper chés moy. J'y feray trouver qui il vous plaira de nommer, étant bien assurée que vous ne pouvés pas mal choisir.

Sérieusement, je veux que vous veniés, et au plus tôt. Est-ce là le ton dont vous me parlâtes la dernière fois que je vous vis.^ Je souhaite qu'il vous persuade, et que vous me mettiés encore plus en droit de l'exercer à l'avenir. Voyes ce que c'est que d'avoir affaire à un honnête homme. Si j'en avois autant écrit à un petit maître, je frémirois de crainte et de honte ; mais Dieu mercy, je suis tranquile avec vous. Adieu, venés donc, car je suis triste, et j'ay besoin que tous mes amis me consolent.

Ce lundi matin.

Je n'ay point de nouvelles, et ma santé est assés languissante. J'esperois que la votre seroit meilleure, et je suis très fâchée de ce

I jo Adrienne Le Couvreur.

que vous m'en apprenés. Conservés vous mieux, je vous supplie. J'allois envoyer chés vous et on y auroit déjà été si je n'avois eu mes bonnes gens sauvages ^ qui sont chés moy depuis le matin. Deux de mes amis m'ont assuré qu'ils ont envoyé chés vous et qu'ils doivent y passer. Sitôt que j'auray des nouvelles, je vous en feray part, en vous en demandant des vôtres. Conservés vous, je vous en supplie, et conservés moy votre amitié.

Ce mercredi.

Lettre à M'

Il me paroit bien mal que vous n'ayés pas envoyé sçavoir de mes nouvelles. Monsieur. Le malheur que j'appris dernièrement devant vous, n'est pas le seul qui me soit arrivé. Une autre avanture tragique arrivée à Charll...m'a achevée d'accabler. J'ay été fort mal hier. Je suis encore au lit, et ne sortiray de longtems, tant le chagrin fait d'impression sur moy. J'ay fait partir un exprès pour le premier endroit, je ne sçais encore quel remède je pourray porter au second. Je vous exhorte

1. Probablement des personnes de la campagne, qui étaient venues la voir. Une note de 17 3 j dit : « Ses père et mère. »

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