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Charleville

à ne point laisser rallentir vos sentimens pour moy. Je sçauray concilier tout. Je veux que l'on vous aime, que vous le rendiés, et que vous ne cessiés jamais d'être mon ami. Je n'ay point accoutumé d'en perdre de votre espèce.

Lettre à M'

Je vous soupçonnois réellement d'être trop foible pour vous exposer à la nécessité de me repondre, et c'est ce qui m'a empêché de vous écrire. Je suis très foible aussi moy même, et à tout moment preste à m'evanouïr. La personne de Charleville' a mis le feu aux quatre coins de sa chambre après s'être réfugié dans la cheminée qu'il avoit bouchée d'une couverture, et s'ê.re grimpé sur une chaise pour n'être pas suffoqué de fumée, il avoit ouvert la fenêtre et fait son paquet pour se sauver au milieu du désordre. L'allarme a été grande parce que c'étoit la nuit. Les portes ont été consommées, le lit et tout ce qu'on avoit fait porter dans cette chambre; et celuy qui prétendoit s'échaper, a été retiré à moitié étouffé. Vous jugés bien de l'embaras de ceux qui s'en étoient chargés, et des murmures des

I . Son père, devenu fou, et enfermé à Charleville. (Note de 1735.)

132 Adrienne Le Couvreur.

autres. Il s'agit d'une transplantation; voilà le cruel, car il faut employer des gens dont le cœur et l'esprit ne sont pas tournés comme il faut, et c'est toujours remuer et renouvel- 1er le premier de tous mes maux. J'avoûë que je ne suis pas sans de vives inquiétudes sur le reste. J'ay reçu des nouvelles plus détaillées qui me font comprendre le péril plus grand que je ne l'avois pensé d'abord. Ce n'est point à la chasse, et ce que l'on m'en mande est singulier. Adieu, rétablisses vous, plaignes moy. Dès que nous pourrons, j'auray l'honneur de vous voir.

Lettre à M' ...

La vérité et la franchise sont de puissantes ressources, et je suis bien aise de vous pouvoir convaincre du cas que je fais de l'amitié. Je veux vous voir incessamment. Je vous feray avertir du jour, si vous me le permettes. En attendant plaignes moy quelques fois. J'ay devant les yeux deux terribles images. J'ay reçu des nouvelles plus détaillées. Cette blessure ' est très dangereuse et ne vient point de la chasse. On a agité longtems si l'on couperoit la cuisse, et l'on craint encore un dépôt

I, De M. le comte de Saxe, (Note de 1735.)

et les suites. Le reste, je n'ose le confier au papier et ne sçais comment vous le faire deviner. Ressouvenés vous de quelqu'un' qui est enfermé. Songes qu'il a mis le feu aux quatre coins de sa chambre, aux allarmes de toute une ville, et l'esclandre et aux suites ; car ce quelqu'un n'est ni mort ni sauvé. Adieu, je sçais trop par expérience que l'on ne meurt point de chagrin; mais je sens combien la consolation m'est et me peut être nécessaire. Bonjour, Monsieur, je compte sur vous quoi que l'on puisse dire, et je vous supplie de croire que rien ne pourra jamais altérer mon estime, ma reconnoissance, et mon amitié pour vous.

Billet à Monsieur...

Ce jeudi, à six heures du matin.

Vous voulés bien que je vous remercie, Monsieur, et que je m'acquite. Je pars pour Versailles dans une heure, j'en reviendray ce soir. C'est avec un grand regret que je me détermine à ce voyage, ou plustot que je m'y laisse entraîner. Je suis extrêmement triste parce que j'ay des amis en grand danger. Je vous prie de ne m'engager dans aucune par-

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