‹ LettresChapitre 69 sur 125 · I . Mlle La Motte · texte numérisé non relu

I . Mlle La Motte

lyo Adrienne Le Couvreur.

hier de Junie' avec la fièvre. On ne m'entend pas parler, et cependant ce matin je vais repeter Ino-. Je reviendray tout de suite me coucher. J'ay grand regret que votre santé me prive du plaisir de vous voir. Il semble que ce n'est pas vivre que de ne point voir ses amis, et que la vie est trop courte pour perdre le seul plaisir réel que l'on y trouve. M. le comte de Saxe a été malade aussi. lia été saigné et a eu la fièvre. Il se croit mieux; mais il sort trop tôt et la Galère^ en est cause. Elle est enfin finie, et demain est un grand jour, indépendamment de la matelotte. Tachés de nous voir; mais vêtisses vous bien, et conservés vous. Notre ami Dargental est aussi incommodé. M' de Foncemagne^ est très mal. Que de raisons de tristesse! Bonjour, mon attachement s'accroît par le tems et par mon estime; m^iis il faut se voir pendant que je vis^ Pourquoy sommes-nous si éloignés.^

1. Elle avait joué le rôle de Junie dans Britannicus le mercredi 14 (1,047 'i^'res de recette) avec \t Médecin malgré lui comme « petite pièce » .

2. Ino et Melicerte, tragédie de la Grange-Chancel, remise le samedy 17 décembre 1729. (9 représentations.)

3. M. le comte de Saxe venait d'inventer une nouvelle manœuvre pour les galères. L'épreuve ne réussit qu'à moitié. Le comte obtint un certificat de membres de l'Académie des sciences, et un privilège exclusif pour sa machine.

4. Etienne Laureault de Foncemagne (1694- 1779), érudit, admis en 1722 à l'Académie des inscriptions et belleslettres, et en 1737 à l'Académie française.

5 : Cette lettre est écrite trois mois avant la mort d'Adrienne. Avait-elle comme un pressentiment de sa fin ?

Lettre de Piron à Mademoiselle Le Couvreur.

Mademoiselle,

Je reçois et je lis votre lettre'. Il s'agit d'y répondre, et l'état est violent pour un homme de mon caractère. Elle m'a vivement touché. Soyez assurée que rien n'égale le cas que je fais, comme tout le monde, de vos talens, si ce n'est l'estime que m'inspira toujours votre noble façon de penser. J'espère prouver l'un et l'autre plus d'une fois encore en ma vie. Mais ne réduisons point le témoignage à des sacrifices impossibles. Je n'ay pas imaginédans ma pièce ^ de ces grâces séduisantes qui naissent d'un tendre soupir, d'un coup d'œil fm, d'un silence ou d'un cri bien ménagé, de ces je ne sais quoy triomphants où l'art subtil et la douce nature sont ob'igés de se prêter un secours continuel l'un à l'autre. J'ay conçu des grâces austères, simples, nues, où tout l'art du monde ne sauroit supléer a ce qui peut ne pas aider la nature. Convenons, Mademoiselle, que le visage, la taille et l'organe ont leurs agremens proportionnels et déterminés.

L'engageante Vénus n'a que faire où l'œil attend la superbe Pallas, comme au rebours; et je crois qu'il y a ici^ plus d'égide que de

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