XXVIÎI BIOGRAPHIE DE PIE VII
Cette démarche lui rendit l'affection de Pie VII, et fut d'autant plus importante que l'exemple du cardinal fut suivi par tous les prélats. Cependant, dans le cours de ses délibérations, le concile adopta une décision dictée par l'empereur, en vertu de laquelle, dans le cas où, au bout de six mois, le pape n'aurait pas confirmé un évoque nommé par l'empereur, le droit de confirmation serait dévolu au métropolitain ou au plus ancien évêque de la province. Le concile national adopta avec une obéissance silencieuse ce décret anticanonique; un seul prélat éleva la voix contre le décret : ce fut Gaspard-Maximilien Droste-Vischering. Le concile, espérant amener le pape à son avis, lui envoya cinq cardinaux rouges à Savone, dans le courant de septembre 1811. En effet, ils obtinrent de Pie VII un bref qui autorisait tout ce que le concile national avait arrêté. Les cardinaux espéraient, au retour, les éloges et les récompenses de l'empereur, mais Napoléon rejeta le bref et ne voulut pas se réconcilier avec le "pape, parce qu'il n'aurait plus eu de motif de le retenir en captivité. Pie VII fut laissé tranquille pendant l'hiver; mais, au mois de juin 1812, il reçut l'ordre de venir en France, dans un costume qui empêchât de le reconnaître, et, quoique Pie VII fût tombé malade en route, au point qu'on l'administra, il fut entraîné nuit et jour, et privé des soins et de la commisération qu'on a même pour les malfaiteurs. Quand il fallait s'arrêter pour manger, le pape ne pouvait sortir de la voiture, qu'on mettait sous une remise ou un hangar. Pie VII arriva ainsi à Fontainebleau. Là, il ne fut entouré que de gens dévoués à l'empereur et gardé à vue, jusqu'au moment où l'empereur revint de la malheureuse campagne de Russie. Les sollicitations des cardinaux rouges, les obsessions des personnes qui entouraient le pape, les menaces de l'empereur finirent par briser le courage du Pontife septuagénaire, et il signa, le 23 juin 1813, le nouveau Concordat, qui, lui avait-on affirmé, ne devait avoir qu'une valeur provisoire. Par ce Concordat, le pape renonçait presque à toute influence sur la nomination des évêques; il promettait de résider à l'avenir où l'empereur le désirerait, même au palais archiépiscopal de Paris, avec un traitement de 2 000000 de francs, en renonçant tacitement aux Etats de l'Eglise.
Cependant, Pie VII, troublé à la pensée de cette funeste condescendance, tomba dans une profonde mélancolie, et quelques-uns de ses cardinaux noirs, auxquels on rendit la liberté, notamment Piétro et Pacca, lui firent comprendre le véritable état des choses. Encouragé et relevé par leur forte parole, Pie VII, dans un acte à la fois humble et digne, rétracta et condamna sa faute, et ajouta qu'il préférerait mourir plutôt que de persévérer dans son erreur. Il envoya ce document à l'empereur, le pria d'entrer de nouveau epourparlers, et défendit sévèrement aux métropolitains de confirmer aucun évêque. Napoléon feignit de n'avoir rien reçu, éloigna du pape ses fidèles conseillers, et publia le Concordat, sans toutefois tenir rigoureusement à son exécution.
Au bout de quelque temps, Napoléon chercha à renouer les négociations avec le pape, mais celui-ci ne voulut plus se prêter à des