‹ Lettres apostoliques de Pie IX, Gregoire XVI, Pie VIIChapitre 23 sur 50 · RUE DES GRANDS AUGUSTINS · texte numérisé non relu

RUE DES GRANDS AUGUSTINS

SS. PII PP. IX

EPISTOLA ENCYGLICA

Venerabilibus Fratribus Patriarchis. Primatibus. Archiepiscopis, et Episcopis iiniversisgratiam et communionem Apostolicœ Sedis habentibus,

PIUS PP. IX

Venerabiles Fratres.

Salutem et Apostolicam Benedictionem.

Quanta cura ac pastorali vigilantia Romani Pontifices praedecessores nostri exsequentes demandatum sibi ab ipso Christo Domino in persona beatissimi Pétri Apostolorum Principis officium, munusquepascendi agnos et oves, nunquam intermiserint universum Dominicum gregem sedulo enutrire verbis fidei, ac salutari doctrina imbuere, eumque ab venenatis pascuis arcere, omnibus quidem ac vobis praesertim compertum exploratum que est, venerabiles Fratres. Et sane iidem decessores nostri augustae catholicae religionis, veritas ac justitise assertores et vindices, de animarum salute maxime solliciti nihil potius unquam habuere, quam sapientissimis suis Litteris et Constitutionibus retegere et damnare omnes haereses et errores, qui divinœ Fidei nostrse, catholicœ Ecclesi33 doctrinœ, morum honestati, ac sempiternœ hominum saluti adversi, graves fréquenter excitarunt tempestates,etchristianamcivilemquerempublicammiserandum in modum funestarunt. Quocirca iidem decessores nostri Apostolica fortitudine continenter obstiteruntnefariisiniquorum hominum moiitionibus, qui despumantes tanquam lluctus feri maris confusiones suas, ac libertatem promittentes. cum servi sint corruptionis, fallacibus suis opinionibus, etperniciosissimis scriptis catholicœ religionis civilisque societatis fnndamenta convellere, omnemque virtutem ac justitiam de medio tollere, omniumque animos mentesque depravare, et incautos imperitamque praesertim juventutem a recta morum disciplina avertere, eamque miserabiliter corrumpere, in erroris laqueos

DE SA SAINTETÉ PIE IX

A tous nos vénérables Frères, les Patriarches, les Primats, les Archevêques et Euêques en grâce et en communion avec le Siège Apostolique.

PIE IX, PAPE

VÉNÉRABLES FRERES

Salut et Bénédiction Apostolique.

Tous ont appris, tous savent, et vous mieux que personne, vénérables Frères, avec quelle sollicitude, avec quelle vigilance pastorale les Pontifes Romains nos prédécesseurs ont rempli la charge et le devoir qui leur a été confié par Jésus-Christ lui-même, dans la personne du Bienheureux Pierre, Prince des Apôtres, de paître les agneaux et les brebis : jamais ils n'ont cessé de nourrir fidèlement des paroles de la foi et de la doctrine du salut tout le troupeau du Seigneur et de le détourner des pâturages empoisonnés. En effet, gardiens et vengeurs de l'auguste religion catholique, de la vérité et de la justice, ces mêmes prédécesseurs, pleins de sollicitude pour le salut des âmes, n'ont jamais rien eu plus à cœur que de découvrir et de condamner, par leurs Lettres et Constitutions pleines de sagesse, toutes les hérésies et toutes les erreurs ; car, contraires à notre divine foi, à la doctrine de l'Eglise catholique, à l'honnêteté des mœurs et au salut éternel des hommes, ces erreurs ont excité souvent de violentes tempêtes, et appelé sur l'Eglise et sur la société civile de déplorables calamités. C'est pourquoi nos mêmes prédécesseurs s'opposèrent constamment, avec une vigueur tout apostolique, aux coupables machinations de ces méchants, qui, semblables aux flots de la mer en furie, jetant l'écume de leurs hontes et promettant la liberté, bien qu'esclaves de la corruption, se sont efforcés par de fausses maximes et par de pernicieux écrits, d'arracher les fondements de l'ordre religieux et de l'ordre social, de faire disparaître du monde toute vertu et toute justice, de dépraver les cœurs et les esprits, de soustraire à la règle des mœurs les imprudents, surtout la jeunesse inexpérimentée, qu'ils ont

inducere ac tandem ab Ecclesiae catholicae sinu avellere conati sunt.

Jam vero, uti vobis, venerabiles Fratres, apprime notum est, nos vix dum arcano divinae Providentiae consilio nullis certe nostris meritis ad hanc Petri cathedram evecti fuimus, cum videremus summo animi nostri dolore horribilem sane procellam tôt pravis opinionibus excitatam, et gravissima ac nunquam satis lugenda damna, quae in christianum populum ex tôt erroribus redundant, pro Apostolici nostri ministerii officio illustria praedecessorum nostrorum vestigia sectantes. nostram extulimus vocem, acpluribus in vulguseditisencyclicis Epistolis et Allocutionibus in Consistorio habitis, aliisque Apostolicis Litteris praecipuos tristissimae nostrae aetatis errores damnavimus, eximiamque vestram episcopalem vigilantiam excitavimus, et universos catholicae Ecclesiae nobis carissimos filios etiam atque etiam monuimus et exhortati sumus; ut tam dirae contagia pestis omnino horrerent et devitarent. Ac praesertim nostra prima encyclica Epistola die 9 novembris anno 1846 vobis scripta, binisque Allocutionibus, quarum altéra die 9 decembris 185-4, altéra vero 9 junii anno 1862 in Consistorio a nobis habita fuit, monstrosa opinionum portenta damnavimus quae hac potissimum aetate cum maximo animarum damno et civilis ipsius societatis detrimento dominantur, quaeque non solum catholicae Ecclesiae, ejusque salutari doctrinae ac venerandis juribus, verum etiam sempiternae naturali legi a Deo in omnium cordibus insculptae, rectaeque rationi maxime adversantur, et ex quibus alii prope omnes originem habent errores.

Etsi autem haud omiserimus potissimos hujusmodi errores saepe proscribere et reprobare, tamen catholicae Ecclesiae causa animarumque salus nobis divinitus commissa, atque ipsius humanae societatis bonum omnino postulant, ut iterum pastoralem vestram sollicitudinenr excitemus ad alias pravas profligandas opiniones, quae ex eisdem erroribus veluti ex fontibus erumpunt. Quae falsae ac perversae opiniones eo magis detestandae sunt, quod eo potissimum spectant, ut impediatur et amoveatur salutaris illa vis, quam catholica Ecclesia ex divini sui Auctoris inhtitutione etmandato libère exercere débet usque adconsummationem saeculi, non minus erga singulos homines, quam erga nationes, populos summosque eorum principes, utque de medio tollatur mutua illa inter Sacerdotium et Imperium consiliorum societas et concordia, quae rei tum sacrae tum civili fausta semper extitit ac salutaris (Gregor. XVI. Epist. encyc!. Mirari, 15 aug. 1832).

Etenim probe noscitis venerabiles Fratres, hoc tempore non

voulu corrompre misérablement pour la jeter dans les filets de l'erreur et enfin l'arracher du sein de l'Eglise catholique.

Déjà, vous le savez très bien, vénérables Frères, sitôt que, par le secret conseil de la Providence et sans aucun mérite de notre part, nous fûmes élevé à la chaire de Pierre, voyant, le cœur navré de douleur, l'horrible tempête soulevée par tant de doctrines perverses, les maux immenses et souverainement déplorables attirés sur le peuple chrétien par tant d'erreurs, nous avons élevé la voix, suivant le devoir de notre ministère apostolique et les illustres exemples de nos prédécesseurs ; et dans plusieurs Encycliques publiées par nous, dans des Allocutions prononcées en Consistoire et dans d'autres écrits apostoliques, nous avons condamné les principales erreurs de notre triste époque; nous avons, en même temps, excité votre admirable vigilance épiscopale ; nous avons averti et exhorté sans relâche tous les enfants de l'Eglise catholique, nos fils bien-aimés, d'avoir en profonde horreur et d'éviter la contagion de cette peste cruelle. En particulier dans notre première Encyclique du 9 novembre 1846, à vous adressée, et dans deux Allocutions, dont l'une du 9 décembre 1854, et l'autre du 9 juin 1862, prononcées en Consistoire, nous avons condamné les monstrueuses erreurs qui dominent surtout aujourd'hui, au grand malheur des âmes et au détriment de la société civile elle-même, et qui, sources de presque toutes les autres, ne s'élèvent pas seulement contre l'Eglise catholique, contre ses salutaires doctrines et ses droits sacrés, mais aussi contre l'éternelle loi de la nature gravée par Dieu même dans tous les cœurs et contre la droite raison.

Nous n'avons donc négligé ni de proscrire souvent ni de réprimer ces erreurs principales; cependant la cause de l'Eglise catholique, le salut des âmes divinement confiées à notre sollicitude, le bien même de la société humaine demandent impérieusement que nous excitions de nouveau votre sollicitude à condamner d'autres opinions, sorties des mêmes erreurs comme de leur source. Ces opinions fausses et perverses doivent être d'autant plus détestées que leur but principal est d'enchaîner et d'écarter cette force salutaire dont l'Eglise catholique, en vertu de l'institution et du commandement de son divin Fondateur, doit faire usage jusqu'à la consommation des siècles, non moins à l'égard des particuliers qu'à l'égard des nations, des peuples et de leurs souverains ; ces fausses opinions veulent aussi détruire l'union et la concorde mutuelle du sacerdoce et de l'empire, toujours si salutaire à l'Eglise et à l'Etat.

En effet, il vous est parfaitement connu, vénérables Frères, qu'aujour-

paucos reperiri, qui, civili consortio impium absurdumque naturalismi, ut vocant. principium applicantes, audent docere, « optimam societatis publicae rationem, civilemque progressum omnino requirere, ut humana societas constituatur et gubernetur. nullo habito ad religionem respectu, ac si ea non existeret, vel saltem nullo facto veram inter falsasque religiones discrimine ». Atque contra sacrarum Litterarum, Ecclesiae, sanctorumque Patrum doctrinam asserere non dubitant, « optimam esse conditionem societatis, in qua imperio non agnoscitur officium coercendi sancitis pœnis violatores catholicae religionis, nisi quatenus pax publica postulet ».

Exqua omnino falsa socialis regiminis idea haud timenterroneam illam fovere opinionem catholicae Ecclesiae, animarumque saluti maxime exitialem, a rec. mem. Gregorio XVI praedecessore nostro deliramentum appellatam (Gregor. XVI Epist. encycl. Mirari, 15 aug. 1832), nimirum « libertatem conscientiae et cultuum esse proprium cujuscumque hominis jus, quod lege proclamari et asseri débet in omni recte constituta societate, et jus civibus inesse ad omnimodam libertatem nulla vel ecclesiastica, vel civili auctoritate coarctandant, quo suos conceptus quoscumque sive voce, sive typis, sive alia ratione palam pubiiceque manifestare ac declarare valeant ». Dum vero id temere affirmant, haud cogitant et considérant, quod libertatem perditionis (S. Aug., Epist. 105, al. 166) prœdicant, et quod « si humanis persuasionibus semper disceptare sit liberum, nunquam déesse poterunt, qui veritati audeant resultare, et de humanae sapientiae loquacitate confidere, cum hanc nocentissimam vanitatem quantum debeat fides et sapientia christiana vitare, ex ipsa Domini nostri Jesu Christi institutione cosnoscat (S. Léo Epist. 164, al. 133,| 2, edit. Bail.).

Et quoniam ubi a civili societate fuit amota religio,, ac repudiata divinae revelationis doctrina et auctoritas, vel ipsa germana justitiae humanique juris notio tenebris obscuratur et amittitur, atque in verae justitiae legitimique juris locum materialis substituitur vis,, inde liquet cur nonnulli certissimis sanae rationis principiis penitus neglectis posthabitisque audeant, « voluntatem populi publica, quam dicunt, opinione vel alia ratione manifestatam constituere supremam legem ab omni divino humanoque jure solutam, et in ordine politico facta consummata, eo ipso quod consummata sunt, vim juris habere ». Verum ecquis non videt planeque sentit, hominum societatem religionis ac verae justitiae vinculis solutam nullum aliud profecto propositum habere posse, nisi scopum comparandi cumulandique opes, nullamque aliam in suis actionibus legem sequi, nisi indomitam

d'hui il ne manque pas d'hommes qui appliquent à la société civile l'impie et absurde principe du Naturalisme, comme ils l'appellent : ils osent enseigner que la « perfection des gouvernements et le progrès civil exigent absolument que la société humaine soit constituée et gouvernée sans plus tenir de compte de la religion, que si elle n'existait pas, ou du moins sans faire aucune différence entre la vraie religion et les fausses ». De plus, contrairement à la doctrine de l'Ecriture, de l'Eglise et des saints Pères, ils ne craignent pas d'affirmer que « le meilleur gouvernement est celui où l'on ne reconnaît pas au pouvoir l'obligation de réprimer, par la sanction des peines, les violateurs de la religion catholique, si ce n'est lorsque la tranquillité publique le demande ».

En conséquence de cette idée absolument fausse du gouvernement social, ils n'hésitent pas à favoriser cette opinion erronée, on ne peut plus fatale à l'Eglise catholique et au salut des âmes, et que notre prédécesseur d'heureuse mémoire, Grégoire XVI, appelait un délire, savoir que « la liberté de conscience et des cultes est un droit propre à chaque homme; qu'il doit être proclamé et assuré dans tout Etat bien constitué; et que les citoyens ont droit à la pleine liberté de manifester hautement et publiquement leurs opinions, quelles qu'elles soient, par la parole, par l'impression ou autrement, sans que l'autorité ecclésiastique ou civile puisse le limiter ». Or, en soutenant ces affirmations téméraires, ils ne pensent pas, ils ne considèrent pas qu'ils prêchent une liberté de perdition, et que, oc s'il est toujours permis aux opinions humaines d'entrer en conflit, il ne manquera jamais d'hommes qui oseront résister à la vérité et mettre leur confiance dans le verbiage de la sagesse humaine, vanité extrêmement nuisible que la foi et la sagesse chrétienne doivent soigneusement éviter, conformément à l'enseignement de Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même.

Quand la religion est bannie de la société civile, la doctrine et l'autorité de la révélation divine sont rejetées, la vraie notion de la justice et du droit humain s'obscurcit, se perd, et la force matérielle prend la place de la justice et du vrai droit. On voit donc clairement pourquoi certains hommes, ne tenant aucun compte des principes les plus certains de la saine raison, osent publier « que la volonté du peuple manifestée par ce qu'ils appellent l'opinion publique ou de telle autre manière, constitue la loi suprême, indépendante de tout droit divin et humain ; et que, dans l'ordre politique, les faits accomplis, par cela même qu'ils sont accomplis, ont la valeur du droit ». Mais qui ne voit, qui ne sent très bien qu'une société soustraite aux lois de la religion et de la vraie justice ne peut avoir d'autre but que d'amasser, d'accumuler des richesses, et dans tous ses actes d'autre loi que l'indomptable désir de satisfaire

b LETTRE ENCYCLIQUE DE PIE IX

animi cupiditatem inserviendi propriis voluptatibus et commodis? Eapropter hujusmodi homines acerbo sane odio insectantur Iteligiosas Familias, quamvis de re christiana, civili, ac litteraria summopere méritas, et blaterant easdem nullam habere legitimam existendi rationem, atque ita haereticorum commentis plaudunt. Nam ut sapientissime rec. mem. Pius VI decessor noster docebat, « regularium abolitio laedit statum publicae professionis consiliorum evangelicorum, laedit vivendi rationem in Ecclesia commendatam tanquam Apostolicae doctrinae consentaneam, laedit ipsos insignes fundatores, quos super altaribus veneramur, qui nonnisi a Deo inspirati eas constituerunt societates » (Epist. ad card. de la Rochefoucault, 1 nrartii 1771). Atque etiam impie pronunciant, auferendam esse dvibus Ecclesiae facultatem, « qua eleemosynas christianae caritatis causa palam erogare valeant », ac de medio tollendam legem, « quacertis aliquibus diebus opéra servilia propter Dei cultum prohibentur », fallacissime praetexentes, commemoratam facultatem et legem optimae publicae œconomiae principiis obsistere.

Neque contenti amovere religionem a publica societate, volunt religionem ipsam a privatis etiam arcere familiis. Etenim funestissimum Communismi et Socialismi docentes ac profitentes errorem asserunt « societatem domesticam seu familiam totam suée existentiae rationem a jure dumtaxat civili mutuari ; proindeque ex lege tantum civili dimanare ac pendere jura omnia parentum in filios, cum primis vero jus institutionis educationisque curand&e » . Quibus impiis opinionibus machinationibusque in id prœcipue intendunt fallacissimi isti homines, ut salutifera catholicae Ecclesiae doctrina ac vis a juventutis institutione et educatione prorsus eliminetur, ac teneri flexibilesque juvenum animi perniciosis quibusque erroribus vitiisque misère inficiantur acdepraventur. Siquidem omnes, qui remtum sacram tum publicam perturbare, ac rectum societatis ordinem evertere, et jura omnia divina et humana delere sunt conati, omnia nefaria sua consilia, studia et operam in improvidam praesertim juventutem decipiendam ac depravandam, ut supra innuimus, semper contulerunt, omnemque spem in ipsius juventutis corruptela collocarunt. Quocirca nunquam cessant utrumque clerum. ex quo, veluti certissima historiée monumenta splendide testantur, tôt magna in christianam, civilem et litterariam rempublicam commoda redundarunt, quibuscumque infandis modis divexare, et edicere ipsum clerum « utpote vero utilique scientiae etcivilitatisprogressuiinimicum, ad omni juventutis instituendee educandœque cura et officio esse amovendum ».

At vero alii, instaurantes prava ac toties damnata novatorum

ses passions et de se procurer des jouissances? Voilà pourquoi les hommes de ce caractère poursuivent d'une haine cruelle les ordres religieux, sans avoir égard aux immenses services rendus par eux, à la religion, à la société et aux lettres; pourquoi ils déblatèrent contre eux en disant qu'ils n'ont aucune raison légitime d'exister : ils font écho aux calomnies des hérétiques. En effet, comme l'enseignait avec tant de vérité Pie VI, notre prédécesseur d'heureuse mémoire, a l'abolition des ordres religieux blesse l'état qui fait profession publique de suivre les conseils évangéliques ; elle blesse une manière de vivre recommandée par l'Eglise comme conforme à la doctrine des Apôtres; elle blesse, enfin, les illustres fondateurs d'ordres qui ne les ont établis que par l'inspiration de Dieu ». Ils vont plus loin, et dans leur impiété ils prononcent qu'il faut ôter aux citoyens et à l'Eglise la faculté « de donner publiquement l'aumône » et abolir la loi qui, à certains jours fériés, « défend les œuvres serviles pour vaquer au culte divin ». Tout cela sous le faux prétexte que cette faculté et cette loi sont en opposition avec les principes de la véritable économie publique.

Non contents de bannir la religion de la société, ils veulent l'exclure de la famille. Enseignant et professant la funeste erreur du communisme et du socialisme, ils affirment que a la société domestique ou la famille emprunte toute sa raison d'être du droit purement civil , et, en conséquence, que de la loi civile découlent et dépendent tous les droits des parents sur les enfants, même le droit d'instruction et d'éducation ». Pour ces hommes de mensonge, le but principal de ces maximes impics et de ces machinations est de soustraire complètement à la salutaire doctrine et à l'influence de l'Eglise l'instruction et l'éducation de la jeunesse, afin de souiller et de dépraver par les erreurs les plus pernicieuses et par toute sorte de vices, l'âme tendre et flexible des jeunes gens. En effet, tous ceux qui ont entrepris de bouleverser l'ordre religieux et l'ordre social, et d'anéantir toutes les lois divines et humaines, ont toujours fait conspirer leurs conseils coupables, leur activité et leurs efforts à tromper et à dépraver surtout la jeunesse, ainsi que nous l'avons rappelé plus haut, parce qu'ils mettent toute leur espérance dans la corruption des générations nouvelles. Voilà pourquoi le clergé régulier et séculier, malgré les plus indubitables et les plus illustres témoignages rendus par l'histoire à ses immenses services dans l'ordre religieux, civil et littéraire, est de leur part l'objet d'atroces et incessantes persécutions; et pourquoi ils disent que « le clergé étant ennemi du véritable et utile progrès dans la science et la civilisation, il faut lui ôter l'instruction et l'éducation de la jeunesse ».

Il en est d'autres qui, renouvelant les erreurs funestes et tant de fois

commenta, insigni impudentia audent Ecclesiae et hujus Apostolicœ Sedis supremam auctoritatem a Christo Domino ei tributam civilis auctoritatis arbitrio subjicere^ et omniaejusdem Ecclesiae et Sedis jura denegare circa ea quse ad exteriorem ordinem pertinent. Xamque ipsos minime pudet affirmare « Ecclesiae leges non obligare in conscientia, nisi- cum promulgantur a civili potestate ; acta et décréta Romanorum Pontificum ad religionem et Ecclesiam spectantia indigere sanctione et approbatione, vel minimum assensu potestatis civilis : constitutiones Apostolicas (Clément. XII, « Ineminenti » ; Benedict. XIV, « Providas Romanorum » ; Pii VII, « Ecclesiam » ; Leonis XII, « Quo graviora »), quibus damnatur clandestines societates, sive in eis exigatur, sive non exigatur juramentum de secreto servando, earumque asseclee et fautores anathemate mulctantur, nullam habere vim in illis orbis regionibus ubi ejusmodi aggregationes tolerantur a civili gubernio ; excommunicationem a Goncilio Tridentino et Romanis Pontificibus latam in eos, qui jura possessionesque Ecclesiae invadunt et usurpant, niti confusione ordinis spiritualis, ordinisque civilis ac politici, ad mundanum dumtaxat bonum prosequendum ; Ecclesiam nihil debere decernere, quod obstringere possit fidelium conscientias in ordine ad usum rerum temporalium : Ecclesiae jus non competere violatores legum suarum pœnis temporalibus coercendi ; conforme esse sacrée theologiae, jurisque publici principiis, bonorum proprietatem, quee ab Ecclesia, a Familiis religiosis aliisque locis piis possidentur. civili gubernio asserere et vindicare ». Xeque erubescunt palam publiceque profiteri heereticorum effatum et principium, ex quo tôt perversse oriuntur sententiee atque errores. Dictitant enim « Ecclesiasticam potescatem non esse jure divino distinctam et independentem a potestate civili, neque ejusmodi distinctionem et independentiam servari posse, quin ab Ecclesia invadanturet usurpentur essentialia jura potestatis civilis ».

Atque silentio preeterire non possumus eorum audaciam, qui sanam non sustinentes doctrinam contendunt « illis Apostolicee Sedis judiciis et decretis, quorum objectum ad bonum générale Ecclesiae, ejusdemque jura, ac disciplinam spectare declaratur, dummodo fidei morumque dogmata non attingat, posse assensum et obedientiam detrectari absque peccato, et absque ulla catholicae professionis jactura ». Quod quidem quantopere adversetur catholico dogmati plenae potestatis Romano Pontifici ab ipso Cbristo Domino divinitus collatae universalem pascendi, regendi, et gubernandi Ecclesiam, nemo est qui non clare aperteque videat et intelligat.

In tanta igitur depravatarum opinionum perversitate, nos

t QUANTA CURA », 8 DÉCEMBRE 1864 1 1

condamnées des novateurs, ont l'insigne impudence de dire que la suprême autorité donnée à l'Eglise et à ce Siège apostolique par Noire- Seigneur Jésus-Christ est soumise à l'autorité civile; de nier aussi tous les droits de cette même Eglise et de ce même Siège à l'égard de l'ordre extérieur. Dans le fait, ils ne rougissent pas d'affirmer que a les lois de l'Eglise n'obligent pas en conscience, a moins qu'elles ne soient promulguées par le pouvoir civil ; que les actes et décrets des Pontifes Romains relatifs à la religion et à l'Eglise ont besoin de la sanction et de l'approbation, ou tout au moins de l'assentiment du pouvoir civil; que les constitutions apostoliques, portant condamnation des sociétés secrètes, soit qu'on y exige ou non le serment de garder le secret, et frappant d'anathèmes leurs adeptes et leurs fauteurs, n'ont aucune force dans les pays où le gouvernement civil tolère ces sortes d'agrégations ; que l'excommunication fulminée par le Concile de TreiUe et par les Pontifes Romains contre les envahisseurs et les usurpateurs des droits et des possessions de l'Eglise repose sur une confusion de l'ordre spirituel et de l'ordre civil et politique, et n'a pour but que des intérêts mondains; que l'Eglise ne doit rien décréter qui puisse lier la conscience des fidèles relativement à l'usage des biens temporels; qu'elle n'a pas le droit de réprimer .par des peines temporelles les violateurs de ses lois; qu'il est conforme aux principes de la théologie et du droit public de conférer et de maintenir au gouvernement civil la propriété des biens possédés par l'Eglise, par les Congrégations religieuses et par les autres lieux pies ». Ils n'ont pas honte de professer hautement et publiquement les axiomes et les principes des hérétiques, source de mille erreurs et de funestes maximes. Ils répètent, en effet, que « la puissance ecclésiastique n'est pas, de droit divin, distincte et indépendante de la puissance civile; que cette distinction et cette indépendance ne peuvent existe»1 sans que l'Eglise envahisse et usurpe les droits essentiels de la puissance civile ».

Nous ne pouvons plus passer sous silence l'audace de ceux qui, ne supportant pas la saine doctrine, prétendent que « pour les jugements du Siège apostolique et ses décrets dont l'objet déclaré est le bien général de l'Eglise, ses droits et la discipline, dès qu'ils ne touchent pas aux dogmes de la foi et des mœurs, on peut refuser de s'y conformer et de s'y soumettre sans péché et sans aucun détriment pour la profession du catholicisme ». Combien une pareille prétention est contraire au dogme catholique de la pleine autorité, divinement donnée par Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même au Pontife Romain, de paître, de régir. et de gouverner l'Eglise universelle! Il n'est personne qui ne le voie clairement et qui ne le comprenne.

Donc, au milieu de cette perversité d'opinions dépravées, pénétré du

Apostolici nostri officii probe memores, acde sanctissima nostra religione, de sana doctrina et animarum salute nobis divinitus commissa, ac de ipsius humanae societatis bono maxime solliciti, Apostolicam nostram vocem iterum extollere existimavimus. Itaque omnes et singulas pravas opiniones ac doctrinas singillatim hisce Litteris commemoratas auctoritate nostra Apostolica reprobamus, proscribimus atque damnamus, easque ab omnibus catholicae Ecclesiae filiis, veluti reprobatas, proscriptas atque damnatas omnino haberi volumus et mandamus.

Ac preeter ea optime scitis, venerabiles Fratres, hisce temporibus omnis veritatis justitiœque osores, et acerrimos nostrae religionis hostes, per pestiferos libros, libellos, et ephemerides toto terrarum orbe dispersas populis illudentes, ac malitiose mentientes, alias impias quasque disseminare doctrinas. Neque ignoratis, bac etiam nostra œtate nonnullos reperiri., quisatanae spiritu permoti et incitati eo impietatis devenerunt, ut Dominatorem Dominum nostrum Jesum Christum negare, ejusque Divinitatem scelerata procacitate oppugnare non paveant. Hic vero haud possumus, quin maximis meritisque laudibus vos efferamus, venerabiles Fratres, qui episcopalem vestram vocem contra tantam impietatem omni zelo attollere minime omisistis.

Itaque hisce nostris Litteris vos iterum amantissime alloquimur, qui in sollicitudinis nostrse partem vocati summo nobis inter maximas nostras acerbitates solatio, lastitiae, et consolationi estispropteregregiam, quapra3statis,religionem,pietatem. ac propter mirum illum amorem, fidem, et observantiam, qua nobis et huic Apostolicae Sedi concordissimis animis obstricti gravissimum episcopale vestrum ministerium strenue ac sedulo implere contenditis. Etenim ab eximio vestro pastorali zelo expectamus, ut assumentes gladium spiritus, quod est verbum Dei, et confortati in gratia Domini nostri Jesu Christi, velitis ingeminatis studiis quotidie magis prospicere, ut fidèles curae vestrae concrediti « abstineant ab herbis noxiis, quas Jésus Christus, non colit, quia non sunt plantatio Patris » (S. Ignatius M., ad Philadeph. 3). Atque eisdem fidelibus inculcare nunquam desinite, omnem veram felicitatem in homines ex augusta nostra religione, ejusque doctrina et exercitio redundare, ac beatum esse populum, cujus Dominus Deus ejus (Psal. 143). Docete n catholicae Fidei fundamento régna subsistere (S. Caelest., epist. 22 ad Synod. Ephes. apud Const. p. 1200), et nihil tam mortiferum, tam praeceps ad casum, tam expositum ad omnia pericula, si hoc solum nobis putantes posse sufficere, quod liberum arbitrium, cum nasceremur, accepimus, ultra jam a Domino nihil quœramus, id est, Auctoris nostri obliti, ejus potentiam,

devoir de notre charge apostolique, et plein de sollicitude pour notre sainte religion, pour la saine doctrine, pour le salut des âmes qui nous est confié d'en haut et pour le bien même de la société humaine, nous avons cru devoir élever de nouveau notre voix. En conséquence, nous réprouvons par notre autorité apostolique, nous proscrivons, nous condamnons, nous voulons et ordonnons que tous les enfants de l'Eglise catholique tiennent pour réprouvées, proscrites et condamnées, toutes et chacune des mauvaises opinions et doctrines signalées en détail dans les présentes Lettres.

Outre tout cela, vous savez très bien, vénérables Frères, que les adversaires de toute vérité et de toute justice, que les ennemis acharnés de notre sainte religion, au moyen de livres empoisonnés, de brochures et de journaux répandus aux quatre coins du monde, trompent aujourd'hui les peuples, mentent sciemment et disséminent toute autre espèce de doctrines impies. Vous n'ignorez pas non plus qu'à notre époque il en est qui, poussés et excités par l'esprit de Satan, en sont venus à ce degré d'iniquité de nier le dominateur suprême, Jésus-Christ Notre-Seigneur, et de ne pas trembler d'attaquer sa divinité avec la plus criminelle impudence. Nous ne pouvons ici, vénérables Frères, nous empêcher de vous donner les louanges les plus grandes et les mieux méritées pour le zèle avec lequel vous avez eu soin d'élever votre voix épiscopale contre une si grande impiété.

C'est pourquoi, dans les Lettres présentes, nous nous adressons encore une fois à vous avec amour, à vous qui, appelés à partager notre sollicitude, êtes pour nous, au milieu de nos grandes douleurs, un sujet de consolation, de joie et d'encouragement, par votre religion, par votre piété, par cet amour, cette foi et ce dévouement admirables avec lesquels vous vous efforcez d'accomplir virilement et soigneusement la charge si grave de votre ministère épiscopal, en union intime et cordiale avec nous et avec ce Siège apostolique. En effet, nous attendons de votre excellent zèle pastoral que, prenant le glaive de l'esprit, qui est la parole de Dieu, et fortifiés dans la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, vous vous attachiez chaque jour davantage à faire en sorte que, par vos soins redoublés, les fidèles confiés à votre garde « s'abstiennent des mauvaises herbes que Jésus-Christ ne. cultive point, parce qu'elles n'ont pas été plantées par son Père ». Ne cessez jamais d'inculquer à ces mêmes fidèles que toute vraie félicité découle pour les hommes de notre auguste religion, de sa doctrine et de sa pratique, et qu'heureux est le peuple dont Dieu est le Seigneur. Enseignez « que les royaumes reposent sur le fondement de la foi, et qu'il n'y a rien de si mortel, rien qui nous expose autant à la chute et à tous les dangers, que de croire qu'il nous suffit du libre arbitre que nous avons reçu en naissant, sans plus avoir autre

ut nos ostendamus liberos, adjuremus » (S. Innocent. I, epist. 29 ad Episc. conc. Carthag., apud Const., p. 891).

Atque etiam ne omittatis docere « regiam potestatem non ad solum mundi regimen, sed maxime ad Ecclesiae praesidium esse collatam (S. Léo, Epist. 156 al. 125), et nihil esse quod civitatum principibus et regibus majori fructui gloriaeque esse possit, quam si, ut sapientissimus fortissimusque alter praedecessor noster S. Félix Zenoni imperatori perscribebat, Ecclesiam catholicam... sinant uti legibus suis, nec libertati ejus quemquam permittant obsistere... Certum est enim, hoc rébus suis esse salutare, ut, cum de causis Dei agatur, juxtaipsiusconstitutum, regiam voluntatem sacerdotibus Christi studeant subdere, non prseferre » (Pius VII, Epist. Encycl. Diu satis 15 maii 1800).

Sed si semper, venerabiles Fratres, nunc potissimum intantis Ecclesiae civilisque societatis calamitatibus, in tanta adversariorum contra rem catholicam et hanc Apostolicam Sedem conspiratione tantaque errorum congerie, necesse omnino est, ut adeamus cum fiducia ad thronum gratiee, ut misericordiam consequamur, et gratiam inveniamus in auxilio opportuno. Quocirca omnium fidelium pietatem excitare existimavimus, ut una nobiscum vobisque clementissimum luminum et misericordiarum Patrem ferventissimis humillimisqueprecibus sine intermissione orent et obsecrent, et in plenitudine fidei semper confugiant ad Dominum nostrum Jesum Christum, qui redemit nos Deo in sanguine suo, ejusque dulcissimum Cor flagrantîssimae erga nos caritatis victimam enixe jugiterque exorent, ut amoris sui vinculis omnia ad seipsum trahat, utque omnes nomines sanctissimo suo amore inflammati secundum Cor ejus ambulent digne Deo per omnia placentes, in omni bono opère fructifiantes. Cum autem sine dubio gratiores sint Deo hominum preces, si animis ad omni labe puris ad ipsum accédant, idcirco cœlestes Ecclesiae thesauros dispensationi nostrae commissos Ghristifidelibus Apostolica liberalitate reserare censuimus, ut iidem fidèles ad veram pietatem vehementius incensi, ac per Pœnitentiae sacramentum a peccatorum maculis expiati, fidentius suas preces ad Deum effundant, ejusque misericordiam et gratiam consequantur.

Hisce igitur Litteris auctoritate nostra Apostolica omnibus et singulis utriusque sexus catholici orbis tidelibus plenariam Indulgentiam ad instar Jubilaei concedimus intra unius tantum mensis spatium usque ad totum futurum annum 1865 et non ultra, a vobis, venerabiles Fratres, aliisque legitimis locorum Ordinariis statuendum, eodem prorsus modo et forma, qua ab initio supremi nostri Pontificatus concessimus per Apostolicas nostras Litteras in forma Brevis die 20 mensis novembris anno

c QUANTA CURA », 8 DÉCEMBRE 1864 15

chose à demander à Dieu; c'est-à-dire qu'oubliant notre Auteur nous osions renier sa puissance pour nous montrer libres ».

Ne négligez pas non plus d'enseigner « que la puissance royale n'est pas uniquement conférée pour le gouvernement de ce monde, mais pardessus tout pour la protection de l'Eglise, et que rien ne peut être plus avantageux ni plus glorieux pour les chefs des Etats et les rois que de se conformer à ces paroles que notre sage et courageux prédécesseur saint Félix écrivait à l'empereur Zenon : « Qu'ils laissent l'Eglise catholique se gouverner par ses propres lois, et ne permettent à personne de mettre obstacle 5 sa liberté.. 11 est certain, en effet, qu'il est de leur intérêt, toutes les fois qu'il s'agit des affaires de Dieu, de suivre avec soin l'ordre qu'il a prescrit, et de subordonner, au lieu d'imposer, leur volonté royale aux prêtres du Christ. »

Mais si toujours, vénérables Frères, nous devons nous adresser avec confiance au Trône de la grâce pour en obtenir miséricorde et secours en temps opportun, nous devons le faire surtout maintenant, au milieu de si grandes calamités de l'Eglise et de la société civile, en présence d'une si vaste conspiration des ennemis et un si grand amas d'erreurs contre la société catholique et ce saint Siège apostolique. Nous avons donc jugé utile d'exciter la piété de tous les fidèles à s'unir à nous et à vous, pour ne cesser d'invoquer, de supplier par les prières les plus ferventes et les plus humbles le Père très clément des lumières et des miséricordes ; pour recourir toujours dans la plénitude de leur foi à Notre- Seigneur Jésus-Christ, qui nous a rachetés pour Dieu par sen sang; pour demander instamment et continuellement à son très doux Cœur, victime de sa brûlante charité pour nous, d'entraîner tout à lui par les liens de son amour, et de faire que, embrasés de son très saint amour, tous les hommes marchent dignement selon ce Cœur divin, agréables à Dieu en toutes choses, et portant des fruits en toutes sortes de bonnes œuvres. Or, comme les prières des mortels sont plus agréables à Dieu quand ils viennent à lui avec des cœurs purs de toute souillure, nous avons résolu d'ouvrir aux fidèles chrétiens, avec une libéralité Apostolique, les trésors célestes de l'Eglise confiés à notre dispensation, afin que, excités plus vivement à la vraie piété et purifiés de leurs péchés par le Sacrement de Pénitence, ils répandent avec plus de confiance leurs prières devant Dieu et obtiennent sa grâce et sa miséricorde.

En conséquence, nous accordons, par la teneur des présentes Lettres, en vertu de notre autorité Apostolique, à tous et à chaque fidèle de l'un et l'autre sexe de l'univers catholique, une Indulgence plénière en forme de Jubilé, à gagner dans l'espace d'un mois seulement, durant toute l'année prochaine de 1865, et non au delà : ce mois sera désigné par vous, vénérables Frères, et par les autres Ordinaires légitimes. L'Indulgence sera gagnée de la même manière que nous avons indiquée, au commencement de notre pontificat, par nos Lettres Apostoliques en

184(j< datas; et ad universum episcopalem vestrum Ordinem missas, quarum initium Arcano divinœ Providentiœ consilio. et cum omnibus eisdem facultatibus, quae per ipsas Litteras a nobis datas fuerunt. Volumus tamen, ut ea omnia serventur, quae in commemoratis Litteris prœscriptasuntetea excipiantur, quae excepta esse declaravimus. Atque id concedimus, non obstantibus in contrarium facientibus quibuscumque, etiam speciali et individua mentione ac derogatione dignis. Ut autem omnis dubitatio et difficultas amoveatur, earumdem Litterarum exemplar ad vos perferri jussimus.

« Rogemus, venerabiles Fratres, de intimo corde et de tota mente misericordiam Dei, quia et ipse addidit dicens : « Miseriez cordiam autem meam non dispergam ab eis. » Petamus et accipiemus, et si accipiendi mora et tarditas fuerit quoniam graviter offendimus, pulsemus, quia et pulsanti aperietur, si modo puisent ostium preces, gemitus, et lacrymae nostrœ, quibus insistere et immorari, oportet, et si sit unanimis oratio...; unusquisque oret Deum non pro se tantum sed pro omnibus fratribus, sicut Dominus orare nos docuit» (S. Cyprian. Epis. 11). Quod vero facilius Deus nostris, vestrisque, et omnium fidelium precibus, votisque annuat, cum omni fiducia deprecatricem apud eum adhibeamus Immaculatam sanctissimamque Deiparam Virginem Mariam, quas cunctas haereses interemit in universo mundo , quseque omnium nostrum amantissima Mater « tota

suavis est ac plena misericordiae omnibus sese exora-

bilem, omnibus clementissimam praebet, omnium nécessitâtes amplissimo quodam miseratur afïectu ». (S. Bernard. Serm. de duodecim prserogativis B. M. V. ex verbis Apocalyp.), atque utpote Regina adstans a dextris unigeniti Filii sui Domini nostri Jesu Ghristi in vestitu deaurato circumamicta varietate nihil est, quod ab eo impetrare non valeat. Suffragia quoque petamus beatissimi Pétri, Apostolorum Principis, etcoapostoli ejusPauli, omniumque Sanctorum cœlitum, qui facti jam amici Dei pervenerunt ad cœlestia régna, et coronati possident palmam, ac de sua immortalitate securi, de nostra sunt salute solliciti.

Denique cœlestium omnium donorum copiam vobis a Deo ex animo adprecantes, singularis nostrae in vos caritatis pignus, Apostolicam Benedictionem ex intimo corde profectam vobis ipsis, venerabiles Fratres, cunctisque Clericis, Laicisque fidelibus curae vestrae commissis peramanter impertimus.

Datum Romœ apud S. Petrum die vm decembris anno mdccclxiv, decimo a Dogmatica definitione Immaculatae Conceptionis Deiparae Virginis Mariœ, Pontificatus nostri anno decimo nono.

PIUS PP. IX

forme de Bref du 20 novembre 1846, envoyées à tous les Evêques de l'univers, et commençant par ces mots : Arcano divinœ Providentiœ consilio, et avec tous les mêmes pouvoirs accordés par nous dans ces Lettres. Nous voulons cependant que toutes les prescriptions contenues dans les susdites Lettres soient observées, et qu'il ne soit dérogé à aucune des exceptions que nous avons faites. Nous accordons cela, nonobstant toutes dispositions contraires, même celle qui serait digne d'une mention spéciale et individuelle et d'une dérogation. Et, pour écarter tout doute et toute difficulté, nous avons ordonné qu'un exemplaire de ces Lettres vous fût remis.

« Prions, vénérables Frères, prions du fond du cœur et de toutes les forces de notre esprit la miséricorde de Dieu, parce qu'il a lui-même ajouté : Je n'éloignerai pas d'eux ma miséricorde. Demandons, et nous recevrons ; et, si l'effet de nos demandes se fait attendre parce que nous avons grièvement péché, frappons ; car il sera ouvert à celui qui frappe, pourvu que ce qui frappe la porte, ce soient les prières, les gémissements et les larmes, dans lesquels nous devons insister et persévérer, et pourvu que la prière soit unanime...; que chacun prie Dieu non seulement pour lui-même, mais pour tous ses frères, comme le Seigneur nous a enseigné à prier. » Et, afin que Dieu exauce plus facilement nos prières et nos vœux, les vôtres et ceux de tous les fidèles, prenons en toute confiance pour avocate auprès de lui l'Immaculée et très sainte Mère de Dieu, la Vierge Marie. Elle a détruit toutes les hérésies dans le monde entier ; Mère très aimante de nous tous, « elle est toute suave..., et pleine de miséricorde..., elle se montre accessible à toutes les prières et, très clémente pour tous, elle embrasse tous nos besoins avec une immense affection et une tendre pitié ». Debout, en sa qualité de Reine, à la droite de son Fils unique Notre-Seigneur Jésus-Christ, ornée d'un vêtement d'or et de parures diverses, il n'est rien qu'elle ne puisse obtenir de lui. Demandons encore les suffrages du bienheureux Pierre, Prince des Apôtres, et de Paul, son compagnon dans l'apostolat ; ceux aussi de tous les Saints du ciel, ces amis de Dieu qui possèdent déjà le royaume céleste, la couronne et la palme, et qui, désormais sûrs de leur immortalité, restent pleins de sollicitude pour notre salut.

Enfin, implorant pour vous, auprès de Dieu et de tout notre cœur, l'abondance de tous les dons célestes, nous donnons du fond du cœur et avec amour, comme gage de notre particulière affection, notre Bénédiction Apostolique, à vous, vénérables Frères, et à tous les fidèles, clercs et laïques, confiés à vos soins.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 8 décembre de l'année 1864, dixième année depuis la Définition dogmatique de l'Immaculée-Gonception de la Vierge Marie, Mère de Dieu,

Et de Notre Pontificat la dix-neuvième.

PIE IX, PAPE

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