POST TAM DIUTURNAS », 29 AVRIL
avons remarque en premier lieu que, dans la constitution mentionnée, la religion catholique est entièrement passée sous silence, et qu'il n'y est pas même fait mention du Dieu tout-puissant par qui régnent les rois, par qui les princes commandent.
Vous comprendrez facilement, vénérable Frère, ce qu'une telle omission a dû nous faire éprouver de peine, de chagrin, d'amertume, à nous que Jésus-Christ, le Fils de Dieu, Notre-Seigncur, a chargé du suprême gouvernement de la société chrétienne. Et comment ne serions nous pas désolé? Cette religion catholique établie en France dès les premiers siècles de l'Eglise, scellée dans ce royaume même par le sang de tant de glorieux martyrs, professée par la très grande partie du peuple français, à laquelle ce même peuple a gardé avec courage et constance un invincible attachement à travers les calamités, les persécutions et les périls des dernières années, celte religion enfin que la race à laquelle appartient le roi désigné professe elle-même, et qu'elle a toujours défendue avec tant de zèle, non seulement elle n'est pas déclarée la seule ayant droit dans toute la France à l'appui des lois et de l'autorité du gouvernement, mais elle est entièrement omise dans l'acte même du rétablissement de la monarchie !
Un nouveau sujet de peine, dont notre cœur est encore plus vivement affligé, et qui, nous l'avouons, nous cause un tourment, un accablement et une angoisse extrêmes, c'est le 22e article de la constitution. Non seulement on y permet la liberté des cultes et de conscience, pour nous servir des termes mêmes de l'article, mais on promet appui et protection à cette liberté, et en outre aux ministres de ce qu'on nomme les cultes. Il n'est certes pas besoin de longs discours, nous adressant à un évêque tel que vous, pour vous faire reconnaître clairement de quelle mortelle blessure la religion catholique en France se trouve frappée par cet article. Par cela même qu'on établit la liberté de tous les cultes sans distinction, on confond la vérité avec l'erreur, et l'on met au rang des sectes hérétiques et même de la perfidie judaïque, l'Epouse sainte et immaculée du Christ, l'Eglise hors de laquelle il ne peut y avoir de salut. En outre, en promettant faveur et appui aux sectes des hérétiques et à leurs ministres, on tolère et on favorise non seulement leurs personnes, mais encore leurs erreurs. C'est implicitement la désastreuse et à jamais déplorable hérésie que saint Augustin mentionne en ces termes : « Elle affirme que tous a les hérétiques sont dans la bonne voie et disent vrai. Absurdité si « monstrueuse que je ne puis croire qu'une secte la professe réellement. »
Notre étonnement et notre douleur n'ont pas été moindres quand nous avons lu le 23e article de la constitution, qui maintient et permet la liberté de la presse, liberté qui menace la foi et les mœurs des plus
Z-i'à LETTRE APOSTOLIQUE DE PIE VII
!Tim temporum experientia doceret : plane enim constat, hac potissimum via depravatos primum populorum mores, turbas, rebellior.esque conllatas. Gravissima h/sec mala in tanta hominum corruptela timenda adhuc essent, si, quod Deus avertat, libéra cnilibet quœ magis placeant typis mandandi potestas permitterelur.
Xeque vero non alias de nova constitutione regni dolendi causas habemus, in articulis prœsertim vi. xxiv et xxv. Singillatim quidem tibi eas exponere prsetermittimus, eo quod facile fraternitatem tuam quo ejusmodi articuli spectent perspecturam minime dubitamus.
In tanta quidem ac tam justa perturbatione animi nostri, ea spes nos solatur, fore, ut propositae constitutionis articulis, qnos mémo ravi mus, designatus rex minime subscribat, id siquidem ab avita pietate atque a religionis studio, quo incensum esse non dubitamus, nobis certissime pollicemur. At quoniam, si in fidei et animarum periculo taceremus, nostrum certissime proderemus ministerium, has ad te, venerabilis Frater, cujus fidei et sacerdotalis roboris non dubia argumenta habemus, dare intérim litteras constituimus, non modo ut exploratum sit improbari vebementissime a nobis ea quœ hucusque tibi exposuimus, etquidquid contra catholicam religionem proponi fortasse posset; verum etiam, ut collatis quoque, cum aliis gallicanarum Ecclesiarum praesulibus quos tibi adjungere judicaveris, conciliis studiisque, des operam ut tam gravia mala quœ, nisi citissime propulsentur, Ecclesiœ in Galliis imminent, avertantur, legesque illae, décréta, aliœque gubernii sanctiones, de quibus, ut probe scis, superioribus annis conqueri nunquam destitimus, quseque adhuc vigent, removeantur.
Itaque designato régi te sistas; signifiées ei vehementissimum dolorem quo, post tantas adversitates ac tribulationes hue usqueperlatas, in communi omnium lsetitia animus noster ob prsemissa conficitur atque torquetur; exponas quam gravia catholicœ religioni damna, quanta animabus pericula, quod fidei exitium in Galliis comparetur, si expositae constitutionis articulis assentiretur; omnino nobis persuadere non posse regni sui initinm auspicari sic velle, ut ab infligendo catholicae religioni gravissimo hoc et fere insanabili vulnere ducat exordium; contra Deum ipsum, in cujus potestate omnium sunt jura regnorum, ab eo certissime postulare, ut, quam ei tanto cum bonorum omnium nostroque in primis gaudio restituit potestatem, hanc in Kcclesiœ Dei potissimum columnam atque ornamentum impendat: sperare nos ac vehementer confidere, fore ut, aspirante Deo, vox nostra, te interprète, animum ejus tangat, vestigiaque pre-
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grands périls et d'une ruine certaine. Si quelqu'un pouvait en douter, l'expérience des temps passés suffirait seule pour le lui apprendre. C'est un l'ait pleinement constaté: celte liberté de la presse a été l'instrument principal qui a premièrement dépravé les mœurs des peuples, puis corrompu et renversé leur foi, enfin soulevé les séditions, les troubles, les révoltes. Ces malheureux résultats seraient encoreactudlement à craindre, vu la méchanceté si grande des hommes, si, ce qu'a Dieu ne plaise, on accordait à chacun la liberté d'imprimer tout ce qu'il lui plairait.
D'autres points de la nouvelle constitution du royaume ont été aussi pour nous un sujet d'aflliction ; en particulier les articles 6e, 2ie et 25e. Nous ne vous exposerons pas en détail nos raisons à cet égard. Votre fraternité, nous n'en doutons pas, discernera facilement la tendance de ces articles.
Dans une si grande et si juste affliction de notre àme, une espérance nous console, c'est que le roi désigné ne souscrira pas les articles mentionnés de la nouvelle constitution. La piété héréditaire de ses ancêtres et le zèle pour la religion, dont nous ne doutons pas qu'il ne soit animé, nous en donnent la plus entière confiance.
Mais comme nous ne saurions, sans trahir notre ministère, garder le silence dans un si grand péril de la foi et des âmes, nous avons voulu, vénérable Frère, vous adresser cette lettre, à vous, dont nous connaissons la foi et le courage sacerdotal, pour en avoir eu des preuves non équivoques, non seulement afin qu'il soit bien constaté que nous réprouvons le plus énergiquement possible les articles ci-dessus exposés, et tout ce qu'on viendrait à proposer de contraire à la religion catholique, mais' encore afin que, vous concertant avec les autres évoques delà France que vous jugerez à propos de vous adjoindre, ef. vous aidant de leurs conseils et de leur coopération, vous vous ettorciez ae conjurer le plus promptement possible les grands maux nui menacent l'Eglise en France et de faire abolir ces lois, ces décrets et ces autres ordonnances du gouvernement qui sont encore en vigueur, et dont nous n'avons cessé de nous plaindre, comme vous le savez, pendant les précédentes années.
Allez donc trouver le roi ; faites-lui savoir la profonde affliction dont, après tant de calamités et de tribulations endurées jusqu'aujourd'hui, et au milieu de la joie générale, notre àme se trouve assaillie et accablée à cause des motifs mentionnés. Représentez-lui quel coup funeste pour la religion catholique, quel péril pour les âmes, quelle ruine pour la foi seraient le résultat de son consentement aux articles de ladite constitution. Dites-le-lui de notre part : nous ne pouvons nous persuader qu'il veuille inaugurer son règne en faisant à la religion catholique une blessure si profonde et qui serait presque incurable. Dieu lui-même, aux mains de qui sont les droits de tous les royaumes, et qui vient de lui rendre le pouvoir, au grand contentement de tous les gens de bien, et surtout de notre cœur, exige certainement de lui qu'il fasse servir principalement cette puissance au soutien et à la splendeur de son Eglise. Nous espérons, nous avons la ferme confiance que, Dieu aidant, notre voix, transmise par vous, touchera son cœur, et que, marchant sur les
mens praedecessorum suorum, qui, ob assertam totïe? vindicatamque cathoiicam reîigionem, christianissimorum regum ab hac sancta Sede tituîum meruerunt, quod débet, quod boni omnes expectant, quod nos incensissimo studio flagitamus fidei catholicœ patrocinium suscipiat.
Exere, venerabilis Frater, vires omnes tuas, ac religionis zelum quo fîagras, gratiam qua vales plurimum, eloquentiam qua prœstas, in maximum hoc sanctissimumque opus conféras. Dabitur tibi certe a Domino quid loquaris, nosque etiam tibi auxilium de ^ancto precibus implorare nostris non praetermittimus, qui interea tibi gregique tuae curae commisso apostolicam benedictionem amantissime impertimur.
Datum Cesenae, die xxix aprilis mdcccxiv, pontificatus nostri anno xv,
PIUS PP. Vil.