DE N. T. S. P. LE PAPE PIE VII
A tous nos vénérables frères, les patriarches, les primats, archevêques et évêques en grâce et en communion avec le Siège Apostolique.
PIE VII, PAPE
VÉNÉRABLES FRERES
Salut et bénédiction apostolique.
Il vous semble sans doute que nous avons assez longtemps gardé le snence. Deux mois déjà se sont écoulés, qui n'ont pas éié pour nous sans souci ni labeur, depuis que Dieu a imposé à notre infirmité, le lourd fardeau delà direction de son Eglise Nous devons enfin obéir, moins à une coutume qui date des temps les plus reculés, qu'à notre affection pour vous. Formée depuis longtemps dans les rapports de la confraternité, nous la sentons aujourd'hui merveilleusement accrue et parvenue à son comble; aussi rien n'est-il plus doux pour nous et plus agréable que de converser avec vous au moins dans ces lttfres. Ce qui nous y engage puissamment encore et nous y détermine, c'est la nature du devoir particulier et principal de notre charge consigné et exprimé dans ces paroles : « Confirme tes frères. » Car en ces temps si malheureux et si troublés, Satan n'a pas moins désiré « que par le passé nous « cribler tous comme le froment. »
Qui serait d'ailleurs assez aveugle et assez indisposé contre nous pour ne point voir aussi clairement que ce qui tombe sous les yeux, qu'au milieu de tant de difficultés et de circonstances critiques, le Christ a rempli sa promesse « de prier pour Pierre, afin que sa foi ne défaillît « point. » La postérité admirera certainement la sagesse, la grandeur d'âme et la constance de Pie VI. Plaise à Dieu, qu'héritier de sa puissance, nous puissions l'être aussi de son courage : ni la violence des tempèles ni le concours de toutes les infortunes n'ont pu l'abattre, l'ébranler même. N'a-t-il pas fait revivre devant nous ce Martin qui a tant honoré ce Siège, par sa foi à professer et à défendre la vérité, par son invincible courage à supporter les travaux et les souffrances?
fortitudinem nobis retulit civitate et Sede sua crudelissime pulsus, imperio, honore, fortunis omnibus spoliatus, statim ut locum quietis et tranquillitatis aliquem videbatur nactus, demigrare alio compulsus, adfecta quamvis œtate et valetudine esset, ut nec pedibus ingredi posset, in longinquam adeo terram abstractus, quum acerbioris prseterea exilii terror identidem ei proponeretur, quum, nisialicujus fuissetei et pietas liberalitas opitulata non habuisset quo se et paucos, qui se assectarentur, aleret, quum ejus infirmitas et solitudo quotidie tentaretur, nunquam tamen a se ipse discessit, non ulla fuit deceptus fraude, nullo perturbatus metu, nulla spe delinitus, nullis incommodis nec periculis fractus ; nullam ab eo ne litteram qnidem aut vocem exprimere inimici potuerunt, qua3 non documento esset omnibus, Petrum « ad hoc usque tempus et semper in suis successoribus « vivere et judicium exercere, quod nemini dubium, atque omni- « bus adeo aetatibus apprime cognitum esse (1), » auctor valde bonus in concilio Ephesino pronuntiavit.
Quanti vero faciendum illud est, eo quo grati sensu animi memoria repetendum, quod et fuit sane tempore Pii VI mors a Deo donata (sic enim est dicendum potius quam vita erepta), quum nihil jam impedimento esset, quominus de successore illius declarando rite deliberaretur! Recordamini, venerabiles Fratres, quo eramus metu solliciti et suspensi, quum sanctae Romanae Ecclesiae cardinales, et insi suis sedibus ejecti, complures in custodiam tradili, aiiquot ad necem expetiti, permulti mare trajicere summa hieme coacti, rébus nudati suis, egentesque omnes, magno plerique intervallo a se disjuncti, quum viis ab hoste obsessis, nec litterœ illos inter commeare, nec ipsi quo vellent oportuissetque adiré permitterentur ; nunquam profecto videbantur convenire posse, ut Ecclesiœ orbitati succurrerent more institutoque majorum, si quis casus Pium IV perculisset, quem quotidie de vita dimicare audiebamus. Quis tum adflictis ac perditis prope rébus humano solum consilio atque ope nixus id sperare, quod singulari Dei benignitate evenit, fuisset ausus, non ante e vita Pium VI excessurum quam constituta ab ipso pontificiorum post se habendorum comitiorum ratione cuncta fere pacata Italia, comparatis omnibus, cardinales frequentissimi Venetiis praesto essent futuri ad suffragium ferendum in carissimi in Christo filii nostri Francisci Ilungariœ régis apostolici, et Bohemiae régis illustris, ac Romanorum imperatoris electi prœsidio ac tutela ? Agnoscant vel ex his homines, frustra quemquam conari « donum Dei » evertere, quœ est Ecclesia super Petrum,
(1) Actio 1, num. 1 1.
a DIU SATIS », 15 MAI 1800 251
Cruellement expulsé de Rome et de son Siège, privé du commandement, des honneurs, et dépouillé de tous ses biens, sitôt que Pie VI paraissait avoir rencontré un lieu de repos et de tranquillité, il était contraint d'émigrer encore, malgré son grand âge et l'épuisement de sa santé; infirme au point de ne pouvoir marcher, il lui fallait aller dans des contrées lointaines; et quoiqu'il lût placé à chaque instant sous la menace d'un exil encore plus dur; quoiqu'il eût été dans l'impuissance de suffire à ses besoins et à ceux des quelques personnes de sa suite, si la piété et la générosité de quelqu'un n'était venue à son secours; quoiqu'on profitât chaque jour de sa faiblesse et de son isolement pour le tenter, jamais sa constance ne se démentit; il ne se laissa ni surprendre par la ruse, ni ébranler par les menaces, ni fléchir par les promesses, ni abattre par les souffrances ou les dangers ; ses adversaires ne purent produire de lui une seule lettre, une seule parole qui ne lût pour tous la preuve « qu'aujourd'hui et toujours Pierre vit et exerce l'autorité « dans ses successeurs ; » c'est ce qu'un grand orateur proclamait dans le concile d'Ephèse « comme un fait certain aux yeux de tous et dans tous les âges. »
Mais ce qui doit faire au plus haut point l'objet de notre admiration et de notre reconnaissance, c'est que Dieu accorda à Pie VI le bienfait de la mort plutôt qu'il ne le ravit à l'existence, au moment même où cessait tout obstacle au choix régulier de son successeur. Rappelez-vous, vénérables Frères, quelles étaient nos craintes, nos sollicitudes et nos angoisses, quand les cardinaux de la sainte Eglise romaine, expulsés, eux aussi, de leurs sièges, étaient la plupart jetés en prison, quelques autres poursuivis et menacés de mort, beaucoup forcés de passer la mer en plein hiver, sans aucune ressource, tous dans le besoin, séparés souvent par de grandes distances ; quand l'ennemi occupant toutes les issues, ils ne pouvaient ni communiquer par lettres, ni se rendre selon leurs désirs où les appelait le devoir : alors certainement il ne semblait pas possible qu'ils se réunissent afin de pourvoir au veuvage de l'Eglise selon la règle et les institutions de nos pères, dans le cas où quelqu'accident serait survenu à Pie VI, dont nous savions la vie continuellement en danger. Eh bien ! au milieu de ces afflictions et dans une situation presque désespérée, qui eût pu, en ne s'appuyant que sur les conseils et les ressources de la sagesse humaine, prévoir, ce que pourtant préparait l'admirable et divine Providence, que Pie VI ne mourrait qu'après avoir réglé la manière d'élire le futur Pontife, qu'après la pacification presque complète de l'Italie et qu'au moment où tout étant disposé, les cardinaux se rencontreraient en grand nombre à Venise pour donner leur suffrage, sous l'égide et sous la protection de notre très cher fils en Jésus-Christ, François, roi apostolique de Hongrie, illustre roi de Bohème, élu empereur des Romains? Ah! que les hommes reconnaissent, à ces traits, que l'on tente en vain de renverser « la maison de Dieu, » c'est-à-dire l'Eglise
veritate, non solum nomine petram, aedificatam, contra « quam « portœ inferi non praevalebunt (1), fundata enim est super « petram 2). »
>"emo unquam religionis Christianae hostis fuit, quin bellum eodem tempore nefarium cum Pétri cathedra gesserit, qua stante, illa cadere et labare nequeat : cujus pontificum « ordina- « tione et successione, » uti denunciat aperte omnibus sanctus Ireneeus, « ea, quae est ab Apostolis in Ecclesia traditio et veri- « tatis preeconatio, pervenit usque ad nos, et est plenissima « haec ostensio, unam et eamdem vivificatricem fidem esse, « quae in Ecclesia ab Apostolis usque nunc sit conservata et trace dita in veritate (3). »
Hac prorsus via grassati etiam sunt, qui nostra aetate nescio quam pestem ac labem falsae philosophiae supponere contenderunt ei philosophiae (sic enim christianam doctrinam rectissime appellant graeci praesertim Patres), quam Dei Filius œternaipsa sapientia e cœlo detulit atque hominibus impertivit. Àtqui « scriptum est; » pulchre omnino in eos Pauli ista jactantur : « Perdam sapientiam sapientium,etprudentiam prudentium re- « probabo. Ubi sapiens, ubi scriba, ubi inquisitor hujus saeculi? « Nonne stultam fecit Deus sapientiam hujus mundi (4)? »
Quae sane eo Jibentius commemoramus, venerabiles Fratres, quod inde animus mirum in modum recreetur, et erigatur, et inflammetur ad nullum defugiendum laborem, nullam dimicationem pro Christi Ecclesia, quam is nobis, non solum non optantibus, sed ne cogitantibus quidem, quin multum reformidantibus, regendam, tuendam, ornandam, amplificandam tradidit et commendavit : qui certe « idoneos nos faciet ministros novi testa- « menti, uti sublimitas sit virtutisDei, et non ex nobis (5). »
Quamobrem vestram nunc excito in commonitione sinceram mentem, venerabiles Fratres, quos hœc nimirum cura etsollicitudo pro sua quemque parte tangit, ut conspiretis nobiscum, ut vestrum in id studium, diligentiam, operam conferatis. Quod Christus precatus a Pâtre suo est, nunquam ex animo efiluat : « Pater sancte, serva eos in nomine tuo, ut sint unum sicut et « nos... ; non pro eis (Apostolis scilicet- rogo tantum, sed et pro « eis, qui credituri sunt per verbum eorum in me, ut omnes « unum sint, sicut tu Pater in me, et ego in te, ut et ipsi in nobis « unum sint (<6j. » Nostrum est maxime officium ejusmodi unitatem firmiter tenere et vindicare, ut Cyprianus aJmonet {de
(1) Matth., vu, -2i. — (2) Matth., xvi, 18. — (3) Adv. hœies. lih. m, cap 3. — a; I Corinth., i, 19, 20. — (5J 11 Cor., ni, G. — \Q>) Joan.» xvn, ii, 20, 21.
bAtie sur Pierre; que Piene est véritablement digne du nom qu'il porte et que l'Eglise étant ainsi fondée sur la pierre « les portes de l'enfer ne « prévaudront point contre elle. »
Jamais la religion chrétienne n'a eu d'ennemi qui n'ait en même temps déclaré à la chaire de Pierre une guerre sacrilège; car tant que celte chaire est debout, la religion ne peut ni tomber ni chanceler. « C'est par l'ordination et la succession de ses pontifes, comme saint « Irénéc le proclame solennellement devant tout l'univers, que la tradi- « tion répandue par les Apôtres dans l'Eglise, et la prédication de la « vérité sont parvenues jusqu'à nous; c'est ce qui prouve évidemment « que la même foi vivifiante a été conservée et transmise avec pureté « dans l'Eglise depuis les Apôtres jusqu'à nous. »
A ce moyen ont eu recours aussi ces hommes qui de nos jours ont opposé je ne sais quelle horreur et quelle infection de philosophie menteuse, à cette philosophie (car sous ce nom les Pères grecs surtout ont désigné la doctrine chrétienne avec une profonde justesse), que le Fils de Dieu, l'éternelle sagesse, est venu du ciel révéler à la terre. Maison peut leur appliquer merveilleusement ces paroles de saint Paul : a 11 est écrit : Je « confondrai la sagesse des sages, je réprouverai la prudence des pru- « dents. Où sont les sages, les docteurs et les savants du siècle? Dieu n'a « t-il pas convaincu de folie la sagesse de ce monde? »
Nous aimons d'autant plus, vénérables Frères, à vous rappeler tous ces souvenirs, que nous y trouvons un merveilleux motif de consolation, d'encouragement et de zèle pour ne reculer devant aucun labeur, aucun combat, en faveur de l'Eglise du Christ que lui-même nous a confiée. Sans aucune prévision, sans aucun désir de notre part et malgré nos frayeurs, il nous a chargé de la gouverner et de la défendre, d'en augmenter la gloire et d'en étendre l'empire. Il saura donc certainement « faire de nous de dignes ministres de la nouvelle alliance, de telle sorte « sorte que notre grandeur vienne de la vertu de Dieu et non de « nous. »
C'est pourquoi, vénérables Frères, vous qui avez chacun une part de ce soin et de cette sollicitude, je fais appel à vos sentiments dévoués; travaillez avec nous, consacrez à la même œuvre votre zèle, voire activité, vos forces. Ne perdez jamais de vue la prière du Christ à son Père: « Père saint, conservez-les pour votre nom, afin qu'ils soient un comme « nous. Ce n'est pas seulement pour eux (c'est-à-dire pour les Apôtres) « que je vous prie, mais pour ceux qui croiront un jour en moi par la « vertu de leur parole, pour que tous soient un comme vous en moi, « mon Père, et moi en vous, et qu'ils soient eux-mêmes un en nous. » C'est sur nous principalement que pèse le devoir d'établir et de maintenir fermement cette unité, suivant l'avis de Cyprien De l'unité de l'Eglise,
unitate Ecclesiœ), quam intuens ac demirans « credat mundus, quia tu me misisti (1); » quod pergit orare Christus.
Quamobrem Christi ipsius, qui nobis adest, nec a nostro unquam latere discedit, nosque confirmât Mis verbis : « Non tur-- « betur cor vestrum neque formidet; creditis in Deum, et in « me crédite (2), » ejus auxilio. ioquam, freti, communi studio et alacritate ad communem salutem incumbamus. Urbes, oppida, agri, civitates, provinciee, régna, nationes per tôt annos jam clivexatas, afflictae., miseras, ac perditas solatium aliquod et remedium efflagitant: quod non aliunde quidem est, quam a Christi doctrina quasrendum sperandumque. N'as qui ab illa alieno adhuc sunt animo, eos possumus confidentia majore nunc Augustini vocibus Jacessere : « Dent exercitum talem « quales doctrina Christi esse milites jussit, dent taies province ciales, taies maritos, taies conjuges, taies parentes, taies « filios, taies dominos, taies servos, taies reges, taies judices, « denique debitorum ipsius fisci redditores et exactores, quales « esse prsecipit doctrina chistiana, » quod cum efiîcere nequeant, « non dubitent eam confiteri, magnam, si obtemperetur, salutem « esse Reipublicœ (3). »
^ostri ergo muneris et offîcii est, venerabiles Fratres, hominibus, gentibus laborantibus succurrere, mala, quorum cogitatio lacrymas commovet^ quœque premunt, quœque impendent, ab omnium cervicibus depellere : nam « dédit Christus « pastores et doctores ad consummationem sanctorum, in opus « ministerii, in œdificationem corporis Christi : donec occur- « ramus omnes in unitatem fidei et agnitionis Filii Dei (4). » A qua opéra navanda si quid forte quemquam nostrum deterreat, aut impediat, aut retardet, quo se tlagitio ille ac scelere adstringet?
A'os itaque„ venerabiles Fratres, oramus primum omnium et obsecramus, hortamur et monemus, atque adeo vobis mandamus, ut nihil vigilantiœ, nihil diligentias, nihil curas, nihil plane laboris prœtermittatis, quo « depositum custodiatis » doctrinœ Christi, ad quod perdendum nostis, quanta conjuratio, et a quibus facta sit. Ne quem ante in clerum adsciscatis, ne cui omnino <( dispensationem » credatis « mysteriorum Uei, » ne quem confessiones audire aut conciones habere patiamini, ne cui curationem aut munus quodeumque deferatis, quam sedulo expendatis, et excutiatis, lenteque « probetis spiritusutrum ex Deo sint 5) ». Quandoquidem utinam non usu didicerimus, quam hœc œtas
(1) Joan., xvii, 21. — (2) Joan., xiv, 1. — (3) Lib. 83, Quaest. (4j Ephes., iv, 12. — (5) Joan., iv, 1. —
oc DIU SATIS », 15 MAI 1800 255
afin qu'à cette vue « le monde » étonné « croie que c'est vous qui m'avez « envoyé, j> comme dit le Christ dans la suite de sa prière.
Appuyons-nous donc sur le secours du Christ qui nous assiste, se tient sans cesse à nos côtés, et nous fortifie en nous disant : « Que votre cœur ne se trouble point; ne « craignez rien, vous croyez en Dieu, croyez « aussi en moi. » Appliquons-nous dans une communauté de zèle et d'ardeur a procurer le salut de tous. Les cités, les villes, les bourgs, les communes, les provinces, les royaumes et les nations, après tant d'années de ravages, d'afflictions, de misères et de bouleversements, demandent à grands cris quelque soulagement et le remède à leurs maux. Ce remède ne peut venir et on ne doit l'attendre que de la seule doctrine du Christ. Maintenant surtout nous pourrons adresser avec plus de confiance et d'un air triomphant ces paroles de saint Augustin à ceux qui en sont encore éloignés : « Qu'on nous donne des soldats et des citoyens, des maris et « des épouses, des parents et des enfants, des maîtres et des serviteurs, € des rois, des juges, enfin des débiteurs et des receveurs du fisc, tels « que les veut la doctrine chrétienne, » et si l'on est dans l'impossibilité de le faire « qu'on avoue sans détour, que la fidélité à cette doctrine a serait, pour l'Etat, une grande prospérité. »
Il est donc du devoir de notre charge, vénérables Frères, de porter secours aux citoyens et aux nations en souffrance, de détourner de toutes les têtes, les maux qui les accablent dans le présent ou les menacent pour l'avenir, et dont la seule pensée provoque nos larmes. Car le Christ o. a a établi des pasteurs et des docteurs afin qu'ils travaillent à la perfection « des saints, aux fonctions de leur ministère, à l'édification du corps de « Jésus-Christ jusqu'à ce que nous nous rencontrions tous dans l'unité a d'une même foi et de la connaissance du Fils de Dieu. » De quel crime, de quel forfait ne se rendrait point coupable celui d'entre nous qui se laisserait intimider, détourner ou retarder dans l'exécution de cette œuvre?
Aussi, vous surtout, vénérables Frères, nous vous prions, nous vous conjurons, nous vous exhortons, nous vous avertissons, nous vous commandons même, de ne rien négliger sous le rapport de la vigilance, de l'activité, de la sollicitude et du travail, pour conserver le dépôt de la doctrine du Christ. Combien, hélas! et avec quelle fureur on travaille à la dissiper ! N'admettez personne dans les rangs du clergé, ne confiez à personne a la dispensation des mystères de Dieu, » le ministère de la confession ou de la prédication, ni charge d'âme, ni emploi quelconque, avant d'avoir soigneusement examiné, contrôlé et mûrement éprouvé « si l'esprit vient de Dieu ». Plût au ciel que notre expérience nous per-
magnam « pseudo-apostolorum » copiam effuderit, « qui sunt «• operarii subdoli transfigurantes se in Apostolos Christi, » a quibus, nisi prospiciamus, ne, « sicut serpens Evam seduxit « astutia sua, ita corrumpentur sensus fidelium, et excident a « simplicitate, quse est in Christo (1). »
Atque « universo quidem gregi, in quos vos Spiritus sanctus « posuit episcopos attendere (2) » vos oportet. Sed omnium maxime paterni amoris benevolentiasque vestrae vigilantiam, studium, industriam, operam pueri sibi et adolescentes deposcunt quos cum exemplo suo nobis, tum oratione Cbristus tam vehementer commendavit (3), quorum in teneris animis inficiendis et corrumpendisomnescontenderuntnervos, quires privatas et publicas evertere, divina et humana jura omnia permiscere sunt moliti, spem in eo maximam nefaria cogitata perfîciendi* collocantes. îs'eque hos enim fugit, mollis cerse instar illos esse, qui tractari facile et in quamlibet partem flecti etfingi possint : quam vero formam semel susceperint, eam, quum aetate progressi obduruerint, pertinacissime retinent, aliamque respuunt; ex quo tritum illud omnium sermone e divinis Litteris proverbium : « Adolescens juxta viam suam, etiam cum senuerit, non recedet ab ea (4). » Noliteergo committere, venerabiles Fratres, « ut filii hujus sœculi prudentiores « quam filii lucis in genera- « tione sua sint (5). » Quibus viris regendi in seminariis et collegiis tradantur pueri et adolescentes; quibus disciplinis imbuantur ; qui deligantur in lyceis magistri, quœ scholae habeantur, etiam atque etiam considerate, pervestigate sedulo, odoramini, lustrate omnia : excludite, arcete « rapaces lupos, non parcentes » innocentium agnorum gregi, ac, si quo forte irrepserint, eos inde extrudite, exterminate protinus « secundum potestatem, « quam dédit vobis Dominus in œdificationem (6'i. »
Quœ sane potestas vel in ea, quae capitalior sit, exscindenda peste, librorum scilicet, ut a nobis tota expromatur, postulat ipsa etiam Ecclesiœ salus, reipablicœ, principum, mortalium omnium, quam vita nostra multo cariorem et potiorem habere debemus. Quo de argumento copiose apud vos et accurate egit fel. rec. prœdecessor noster Glemens XIII in suis apostolicis Litteris in forma Brevis ad vos die xxv nov. anno mdcclxvi datis. •Neque illos modo libros extorquendos de hominum manibus, delendos penitus et comburendos dicimus, quibus aperte doctrina Christi oppugnatur ; sed etiam, ac multo magis omnium
(1) II Cor., xi, 3.
(2) Act.. xx, 28. — (3) Matth , xix ; Marc, x; Luc, xvmi. (4)Prov.,xxii, 6. — (5) Luc, xvi, 8. — (G) Act., xx, 29; II Cor., vin,10
« DIlï SATIS », 15 MAI 1800 257
mît d'ignorer la multitude « des faux apôtres » engendrés de nos jours, a artisans de ruses, transfigurés en apôtres du Christ! » Si nous n'y pourvoyons ils corrompront sûrement les esprits des fidèles, « de même c que le serpent séduisit Eve par ses artifices, et les feront déchoir de la o simplicité qui est selon le Christ. »
Il faut sans doute que vous soyez attentifs « à tout le troupeau sur « lequel le Saint-Esprit vous a donné la surveillance. » Mais la vigilance, le zèle, l'industrie, l'activité ae votre amour paternel et de votre bienveillance sont dus principalement à ces enfants, à ces jeunes gens que le Christ nous a recommandés avec tant d'instances par ses exemples, et par ses discours, et dont se sont attachés à pervertir et à corrompre les tendres esprits, de toutes leurs forces et dans l'espérance de réaliser ainsi plus sûrement leurs coupables projets, ces conspirateurs, ennemis de tcrut bien public et privé, qui tendent à confondre toute notion des droits divins et humains. Ils savent bien que comme une cire molle qui se manie facilement, que l'on plie en tous sens, et qui peut recevoir toute empreinte, ces jeunes gens garderont, avec les progrès de l'âge, celle qu'ils auront une fois reçue et refuseront de se prêter à toute autre ; de là ce proverbe des livres sacrés que l'on retrouve dans toutes les bouches : « Le jeune homme suit sa première voie; dans sa a vieillesse même il ne la quittera point. » Gardez-vous donc de permettre, vénérables Frères, que les enfants du siècle soient plus prudents dans la conduite de leurs affaires que les enfants de lumière! Considérez sans cesse, recherchez avec soin, pressentez, examinez, à quels supérieurs vous devez confier le soin des enfants et de la 'eunessedans les séminaires et les collèges; quelles matières il faut enseigner, quels maîtres il faut donner aux lycées, quelles écoles il faut ouvrir. Excluez, repoussez «. les loups rapaces qui n'épargneraient point » le troupeau de ces agneaux innocents, et si quelques-uns d'eu\ s'y glissent, chassez-les, expulsez-les immédiatement « selon la puissance que le Seigneur vous a donnée pour « l'édification. »
C'est surtout pour arrêter le fléau qui fait le plus de ravages, la contagion des mauvais livres, que nous devons déployer toute cette puissance. Ainsi le réclame de nous le salut de l'Eglise et de l'Etat, des princes et de tous les mortels, qui doit nous être plus cher et plus précieux que notre propre vie. Notre prédécesseur, Clément XIII, d'heureuse mémoire, vous a déjà longuement et exactement entretenus de ce sujet dans ses lettres apostoliques, en forme de Bref, datées du 25 novembre 1766. Nous ne disons pas qu'il faille arracher aux mains des hommes, détruire entièrement et brûler seulement les livres qui combattent ouverrement la doctrine du Christ; nous voulons aussi qu'on détourne
sunt mentes atque oculi ab iis prohibendi, qui occultius illud atqne ex insidiis faciunt. Ad quos internoscendos « tractatu « longo, ut Cyprianus inquit (1), et arguments opus non est: « probatio est ad fidem facilis compendio veritatis : » loquitur Dominus ad Petrum : « Pasce oves meas (2) ». Id pabuli ergo genus oves Christi salutare sibi ducere, id amplecti, eo se alere debent, quo Pétri illas vox et auctoritas immiserit ; unde vero hsee avocet ac deterreat, id noxium plane ac pestiferum existimare, ab eo vehementissime abhorrere, nec ulla capi specie pervertique illecebra. Qui non ita semorigeros prœbeant, in ovibus Christi certe numerandi non sunt. Qua in causa, venerabiles Fratres, non possumus connivere, nec tacere, nec remissius agere : nisi enim heec tanta cogitandi, loquendi, scribendi, legendique licentia coerceatur et reprimatur, hoc malo, quo tamdiu aftli— ctamur, relevati tantisper videbimur sapientissimorum et fortissimorum regum et ducum consilio et copiis : ast, ejus stirpe et semine non sublato et extincto (perhorresco equidem dicere, verum est dicendum), serpet illud latius, et roborabitur, orbemque terrarum totum complectetur, nec ei posthac delendo aut propulsando militum legiones, excubioe, vigiliœ, munitiones urbium, propugnacula imperiorum sufftcient.
Quem nostrum, venerabiles Fratres, non moveat et excitet quod per Ezechielem vatem Deus nobis edicit : « Fili hominis, « speculatorem dedi te domui Israël: et audies de ore meo verce bum, et annuntiabis eis ex me. Si dicente me ad impium: « Morte morieris, non annuntiaveris ei..., ipse impius in iniquité tate sua morietur: sanguinem autem ejus de manu tua requi- « ram (3). » Haec me sententia, fateor. dies noctesque exstimulat ac pungit, nec patietur unquam in meo fungendo munere inertem esse ac timidum; vonisque me non modo adjutorem et fautorem semper, sed prïncipem ac ducem fore polliceor ac spondeo.
Atqui est aliud prœterea a depositum custodiendum » nobis, venerabiles Fratres, magnaque animi firmitudine et constantia tuendutn, sanctissimarum scilicet Ecclesiœ legum, quibus disciplinam suam ipsa, pênes quam nimirum unam ejusmodi sit potestas, constituit, quibus profecto pietasvirtusque floret, quibus Christi Sponsa « terribilis est, ut castrorum acies ordina- « ta (4) », quarum pleraeque etiam, « velut quœdam fundamenta « suntferendis fideijactaponderibus,» ut S.Zozimiprsedecessoris nostri verbis utamur (5). Nihil est, quod civitatum principibus
(i) S. Cypr., de Unit. Ecclesiœ. — (2) Jqan., xxi, lo. — (3) Ezcch., m, 17, 18. — (A) Cant., vi, 3. — (S) Epist., 7.
l'esprit et les yeux de tous les fidèles de ceux surtout qui l'attaquent secrètement et avec artifice. « Pour les discerner, dit saint Cyprien, il « ne faut ni un long examen, ni un raisonnement étudié; le fidèle peut « les reconnaître très facilement dans l'intérêt de la vérité. » Le Seigneur a dit à Pierre : « Pais mes brebis. » Ainsi les pâturages que les brebis du Christ doivent estimer, rechercher et dont elles doivent se nourrir, ce sont ceux où les conduisent la voix et l'autorité de Pierre; quant à ceux dont cette voix les rappelle et les détourne, elles doivent sans hésitation les considérer comme nuisibles et empoisonnés, les fuir avec horreur, sans se laisser entraîner ni séduire par de trompeuses apparences ni des dehors attrayants. Ceux qui n'ont point cette docilité ne peuvent sûrement compte parmi les brebis du Christ. Sur ce sujet, vénérables Frères, nous ne pouvons ni dissimuler, ni nous taire, ni fléchir; si, en effet, l'on n'arrête, si on ne réprime cette licence effrénée dépensées, de paroles, d'écrits et de lectures, nous pourrons, il est vrai, grâce 5 l'habileté et aux armées des rois et des capitaines les plus sages et les plus puissants, paraître tant soit peu soulagés du mal sous lequel nous gémissons depuis si longtemps ; mais la racine n'en étant point extirpée ni le germe détruit (j'ai horreur de le dire, et pourtant je ne puis le taire!), le mal s'étendra, se fortifiera, ravagera tout l'univers, et, plus tard, ni légions, ni garnisons, ni sentinelles, ni remparts de ville, ni barrières d'empires ne suffiront pour l'anéantir ou l'éloigner.
Qui de nous, vénérables Frères, ne se sentirait ému et animé à ces paroles que Dieu nous adresse par le prophète Ezéchiel : « Fils de l'homme, je t'ai donné pour sentinelle à la maison d'Israël. Tu écoute- « ras la parole de ma bouche et lu la leur annonceras de ma part. Si, ce lorsque je dirai à l'impie: Tu seras puni de mort, tu nelelui annonces « pas, l'impie mourra dans son impiété, mais je te redemanderai son « sang. » Cette sentence, je l'avoue, m'excite et m'aiguillonne nuit et jour; elle ne permettra jamais que je m'acquitte avec indolence ou timidité des fonctions de mon ministère, et je promets, j'assure que je ne serai pas seulement votre aide et votre appui, mais aussi votre chef et votre guide.
Nous avons encore, vénérables Frères, un autre dépôt à conserver, à garder avec une grande force d'âme et une invincible constance : c'est celui des lois saintes de l'Eglise. Etablies par elle-même pour former sa discipline, car elle en a seule le pouvoir, ces lois font fleurir infailliblement la piété et la vertu; elles rendent l'épouse du Christ « terrible « comme une armée rangée en bataille; » et, pour emprunter les paroles de notre prédécesseur Zozime, plusieurs d'entre elles sont comme des fondements disposés pour soutenir les constructions de la foi.
Rien n'est plus avantageux et plus glorieux pour les chefs des Etats
ac regibus majori fructui gloriœque esse possit, quam si, ut sapientissimus fortissi musqué alter prœdecessor noster S. Félix Zenoni imperatori prescribebat : « Ecclesiam cathob'cam... sice nant uti legibus suis nec libertati ejus quemquam permittant « obsistere... Certum est enim, hoc rébus suis esse salutare, ut, « cum de causis Dei agatur juxta ipsius constitutum, regiam « voluntatem sacerdotibus Ghristi studeant subdere, non prœ- « ferre. »
De bonorum vero Ecclesiae «deposito, quœ qaidem vota sunt, « opes, sacra pecunia, sanctorum substantia, res Dei, » quemadmodum Patres, concilia, divinaeque Litterœ significant ac declaant, ecquidnam vobis, venerabiles Fratres, prœcipiemus, Eccleaa nunc iis spoliata misère ac nudata? Id nempe unum ut detis operam, ut contendatis, quo omnes intelligant ac in animum mducant. quod Aquisgranense olim Concilium brevi hac, et perspicua, acCurataque sententia conclusit : « Quisquis quae « alii fidèles de hœreditate possessionum suarum, ob remedium « animarum suarum, Deo ad honorem, et decorem Ecclesiae « suée, ejusque ministrorum usus, contulerunt, aut abstulerit, « aut auferre pra3sumpserit, procul dubio aliorum data in « animas suas convertit periculum (1). » Non certe « tenacitatis « studio » (nae omni ratione cunctis hoc possumus non minus quam S. Agapitus prœdecessor noster confirmare) «autsaecularis utilitatis causa, » sed divini consideratione judicii (2) ad ea repetenda movemur. quorum jubemur «dispensatores esse fidèles « et prudentes (3). »
Quanquam nullum plane precibus, nec adhortationibus, nec monitis^ nec actionibus nostris relinquent locum christiani reges civitatumque principes, qui se Ecclesiae « nutricios (4) » per Isaiam fuisse dictos, optime tenent, atque esse gloriantur; quorum profecto fides, pietas, eequitas, sapientia, religio tantam spem nobis adfert, tantamque expectationem excitât, ut pro certo habeamus^ curaturos illos reddi protinus «. quœ sunt Dei Deo; » neque commissuros suas personare aures his Dei ipsius vocibus et querelis : « Argentum meum et aurum tulistis, et « desiderabilia mea et pulcherrima (5) : » nec dissimiles Constantini et Caroli Magnorum futuros, quorum praecipue fuit in Ecclesiam nobilitata liberalitas et justitia : quorum etiam alter se professus est « nosse multa régna, et reges eorum propterea « cecidisse, quia Ecclesiam exspoliaverunt; » cujus rei causa
(l) Cap., xxxvn, tom. IV Conc. Harduin., col. 1423. — (2) Ep. 4 ad Cœsar. ep. Arelat. Bull. Rom. tom. XI, f. 59. — (3) Luc, xii, 42. (4) Isai., xlix, 23. — (5) Joël., m, 5.
r\ pour les rois, que de se conformer ii ces paroles adressées à l'empereur Zenon par un autre de nos prédécesseurs, le sage et courageux saint Félix : « Qu'ils laissent l'Eglise catholique se gouverner par ses propres « lois et ne permettent à personne de mettre obstacle à sa liberté. Car il « est indubitable que, lorsqu'il s'agit des choses de Dieu, il est de leur « intérêt de suivre l'ordre qu'il a prescrit et de s'attacher à soumettre, t au lieu d'imposer leur volonté royale aux piètres du Christ. »
Quant au dépôt des biens ecclésiastiques, lesquels, pour nous servir des expressions et i\e<> déclarations des Pères des conciles et des saintes Ecritures, sont réellement « des offrandes faites au Seigneur, les ressources, « le trésor sacré, la subsistance des saints et la propriété de Dieu, » que pouvons-nous vous prescrire, vénérables Frères, au milieu de la spoliation déplorable et du dénûment de l'Eglise? Une seule chose: c'est d'apnliquer vos soins et vos efforts à convaincre et à persuader chacun de ce qu'un concile d'Aix-la-Chapelle a exprimé par cette sentence, aussi courte que claire et précise : « Quiconque ravira ou tentera de ravir ce que « d'autres fidèles, en vue du soulagement de leur âme, auront consacré à « Dieu de leurs propres biens, pour l'honneur et l'ornement de son Eglise a et pour les besoins de ses ministres, celui-là, sans aucun doute, fera « tourner les dons d'autrui au détriment de son âme. » Et nous pourrions le prouver à tous, non moins clairement que notre prédécesseur saint Àgapit : « Ce n'est certes ni l'esprit d'avarice, ni la vue d'aucun « intérêt temporel, » mais la considération des jugements de Dieu qui nous porte à revendiquer ces biens, dont nous devons être « les dispensateurs « fidèles et prudents ».
Mais les rois chrétiens et les chefs des Etats ne voudront sûrement nous laisser aucun motif de prier, d'exhorter, d'avertir et de réclamer. Ils savent parfaitement qu'Isaïe les a proclames les « nourriciers » de l'Eglise et ils s'en glorifient. Leur foi, leur piété, leur justice, leur sagesse, et leur religion nous donnent tant de gages d'espérance, que nous sommes convaincus qu'ils s'empresseront de rendre « à Dieu ce qui est à Dieu, » et ne s'exposeront pas à entendre retentir à leurs oreilles ces paroles et ces plaintes du Seigneur: «Vous avez ravi mon argent et mon or; ce que j'avais de plus précieux et de plus beau. » Ils voudront ressembler aux grands empereurs Constantin et Charlemagne, qui se sont illustrés par leur libéralité et leur justice envers l'Eglise, et dont l'un a même déclaré « qu'il connaissait beaucoup de royaumes et de rois tombés, pour avoir « dépouillé l'Eglise^. Aussi déclare-t-il hautement à ses enfants et aux
suis liberis, et iis, qui postea rempublicam gèrent, edicit et inculcat : « Quantum valemus et possumus, per Deum et omnia « sanctorum mérita, prohibemus contestamurque, ne taiia fa- « ciant, nec facere volentibus consentiant, sed adjutores et dece fensores Ecclesiarum et cultorum Dei pro viribus existant (1). »
Neque illud in harum litterarum extremo celari vos oportet, venerabiles Fratres, « quoniam tristitia mihi magna est, et « continuus dolor cordi meo (2), » pro filiis meis, qui sunt Gal- ]ia3 populi, cseterique, apud quos idem furor nondum deferbuit. Quid mihi optatius contingeret, quam vitam pro illis profnndere, si eorum salus meo posset interitu reprœsentari ? Non inficiamur, quin prae nobis ferimus, permultum ad nostri luctus acerbitatem minuendam ac leniendam valere invictum animi robur et constantiam, quam complures ex vobis praestitistis. quœ menti observatur quotidie nostrae, quamque omnis generis quidem homines, setatis, ordinis mirifice sunt secuti, qui sane quidvis injuriarum, periculorum, jacturarum, suppliciorum perpeti, mortemque ipsam oppetere maluerunt, prœclarumque id sibi existimarunt, quam illiciti ac nefarii sacramenti labe pollui, ac scelere alligari, atque Sedis Apostolicœ decretis ac sententiis non parère. Noe haud minus est virtus, nostra memoria, quam çrudelitas renovata priscorum temporum. Neque ulla vero uspiam gens est, quam non mea cogitatio, paternusque amor, et cura complectatur, cujus a nobis et a veritate dissidio non valde mœream et discrucier, cuique opitulari non gestiam.
Nobiscum ergo societatem etiam coite precum, ut post diuturnam hanc jactationem « Ecclesia habeat pacem, ut aedifîce- « tur ambulans in timoré Domini, et consolatione sancti Spiri- « tus (3), » nullaque res jam impediat, quin « unum » ex omnibus nationibus « ovile fiât, et unus pastor (4) ». Vobis interea tam bene animatis ac paratis, et, cui prœsidetis, gregi apostolicambenedictionem propensissimavoluntateimpertimur.
Datum Venetiis ex monasterio S. Georgii Majoris, die décima quinta maii millesimo octingentesimo, pontificatus nostri anno primo.
PIUS PP. VII
(1) Ap. Baluz. Capit., 1. I, cap. m. — (2)- Rom., ix, 2. (3) Act., ix, 31. — (4) Jc.n., x, 16.
futurs administrateurs de ses Etats : « Au nom du Seigneur et par les « mérites des saints nous leur défendons de toute notre puissance et au- « torilé, nous leur interdisons de rien faire de semblable, ni d'être les œ complices de pareils attentats: qu'ils soient plutôt, dans la mesure de « leurs forces, les appuis, les défenseurs des églises et des serviteurs de & Dieu. »
Près de terminer cette lettre, je ne dois point vous dissimuler, vénérables Frères, qu'une profonde « tristesse et une douleur continuelle remplissent mon cœur » au sujet de mes enfants, les peuples de la Gaule, et d'autres aussi dont le délire n'est point encore calmé. Ah ! si ma mort pouvait procurer leur salut, qu'y aurait-il pour moi de plus désirable que de sacrifier ma vie pour eux? Nous ne le nions pas, nous le proclamons au contraire devant vous, ce qui contribue singulièrement à adoucir, à tempérer l'amertune de notre douleur, c'est le courage et la constance invincible qu'ont déployés beaucoup d'entre vous et que nous ne cessons d'admirer; noble exemple qu'ont suivi glorieusement des hommes de tout rang, de tout ûge et de toute condition. Car ils ont préféré s'exposer à toute sorte d'injustices, de périls, de sacrifices et de tourments, braver la mort elle-même; ils ont mis là leur gloire, plutôt que de se souiller et de se déshonorer en prêtant un serment coupable et sacrilège, plutôt que de n'obéir pas aux décrets et aux volontés du Saint-Siège. Oui, nos jours ont été témoins du renouvellement des vertus comme des cruautés des premiers âges. Et il n'y a dans l'univers aucune nation que je n'embrasse dans mes pensées, dans mon amour paternel et ma sollicitude ; il n'y en a point dont la séparation d'avec nous et d'avec la vérité ne nous cause des chagrins et des tourments, et à laquelle je n'ambitionne de porter secours.
Formez donc aussi avec nous une conjuration de prières ; obtenons qu'après cette longue tempête « l'Eglise jouisse de la paix, qu'elle pros- « père en marchant dans la crainte du Seigneur et la consolation de « l'Esprit-Saint », que rien ne s'oppose plus à l'union de tous les peuples en un seul troupeau sous un seul pasteur. » Vous cependant qui êtes si bien disposés et préparés si parfaitement, recevez la bénédiction apostolique : nous vous la donnons de tout notre cœur, ainsi qu'au troupeau que vous conduisez.
Donné à Venise, au monastère de Saint-Georges-le-Majeur, le quinzième jour de mai, de l'an mil huit cent, le premier de notre Pontificat.
PIE VII, PAPE