‹ Lettres apostoliques des S.S. Léon XIII (volume 2)Chapitre 11 sur 94 · DEN. T. S. P. LÉON XIII DE LA CONDITION DES OUVRIERS · texte numérisé non relu

DEN. T. S. P. LÉON XIII DE LA CONDITION DES OUVRIERS

A tous Nos Vénérables Frères, les Patriarches, Primats, Archevéques, Evéques du monde catholique en communion avec le Siège Apostolique.

Vénérables Frères, Salut et Bénédiction Apostolique.

La soif d'innovations qui, depuis longtemps, s’est emparée des sociétés et les tient dans une agitation fiévreuse devait, tôt ou tard, passer des régions de la politique dans la sphère voisine de l’économie sociale. — Et, en effet, ces progrès incessants de l’industrie, ces routes nouvelles que les arts se sont ouvertes, l’altération des rapports entre les ouvriers et les patrons, l’affluence de la richesse dans les mains du petit nombre, à côté de l’indigence de la multitude, l'opinion enfin plus grande que les ouvriers ont conçue d’euxmêmes, et leur union plus compacte, tout cela, sans parler de la corruption des mœurs, a eu pour résultat final un redoutable conflit. Partout, les esprits sont en suspens et dans une anxieuse attente, ce qui suffit à lui seul pour prouver combien de graves intérêts sont ici engagés. Cette situation préoccupe et exerce à la fois le génie des doctes, la prudence des sages, les délibérations des réunions populaires, la perspicacité des législateurs et les conseils des gouvernants, et:il n’est pas de cause qui saisisse en ce moment l'esprit humain avec autant de véhémence. — C’est pourquoi, Vénérables Frères, ce que, pour le bien de l'Eglise et le salut com-

mun des hommes, Nous avons fait ailleurs par nos Lettres sur la

souveraineté politique, la liberté humaine, la constitution chrétienne dés Etats et sur d’autres sujets analogues, afin de réfuter, selon qu'il Nous semblait opportun, les opinions erronées et fallacieuses, Nous jugeons devoir le réitérer aujourd’hui et pour les mêmes motifs, en Vous entretenant de la condition des ouvriers.

Ce sujet, Nous l’avons, suivant l’occasion, effleuré plusieurs fois; mais la conscience de Notre charge apostolique Nous fait un devoir de le traiter dans ces Lettres plus explicitement et avec plus d’ampleur, afin de mettre en évidence les principes d’une solution conforme à la justice et à l'équité.

Le problème n'est pas aisé à résoudre, ni exempt de péril. IL est

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ad expediendum difficilis. nec vacua periculo. Arduum siquidem

metiri jura et officia, quibus locupletes et proletarios, eos qui rem, et eos qui operam conferant, inter se oportet contineri. Periculosa vero contentio, quippe quæ ab hominibus turbulentis

et callidis ad pervertendum judicium veri concitandamque sedi-.

tiose multitudinem passim detorquetur. Utcumque sit, plane

videmus, quod consentiunt universi, infimæ sortis hominibus

celeriter esse atque opportune consulendum, cum pars maxima

in misera calamitosaque fortuna indigne versentur. Nam vete-

ribus artificum collegiis superiore sæculo deletis, nulloque in eorum locum suffecto præsidio, cum 1ipsa instituta legesque publicæ avitam religionem exuissent, sensim factum est ut opifices inhumanilati dominorum effrenatæque compelitorum cupiditati solitarios atque indefensos tempus tradiderit. — Malum auxit usura Vorax, quæ non semel Ecclesiæ judicio damnata, tamen ab hominibus avidis et quæstuosis per aliam speciem exercetur eadem : huc accedunt et conductio operum et rerum omnium commercia fere in paucorum ‘redacta potestatem, ila ut opulenti ac prædivites perpauci propre servile jugum infinitæ proletarorium multitudini imposuerint.

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Ad hujus sanationem mali Socialistæ quidem, Sollicitata egentium in locupletes, invidia, evertere privatas bonorum posses-.

siones contendunt oportere, earumque loco cCommunia universis . singulorum bona facere, procurantibus viris qui aut mumicipio præsint, aut totam rempublicam gerant. Ejusmodi tralatione bonorum a privalis ad commune, mederi se posse præsenti malo arbitrantur, res et commoda inter cives æquabiliter partiendo. Sed est adeo eorum ratio ad contentionem dirimendam inepta, ut ipsum opificum genus afficiat incommodo : eademque prælerea est valde injusta, quia vim possessoribus legitimis

affert, pervertit officia reipublicæ, penitusque miscet civitates. Sane, quod facile est pervidere, ipsius operæ, quam susci-.

piunt qui in arte aliqua quæstuosa versantur, hæc per se causa est, atque hic finis quo proxime spectat artifex, rem sibi quærere privatoque jure possidere uti Suam ac propriam. Is enim si vires, si industriam suam alteri commodat, hanc ob causam commodat ut res adipiscatur ad victum cultumque necessarlas : ideoque ex opera data jus verum perfectumque sibi quærit non modo exigendæ mercedis, sed et collocandæ uti velit. Ergo si tenuitate sumptuum quicquam ipse comparsit, fructumque par- Cimoniæ suæ, quo tutior esse custodia possit, in prædio collocavit, profecto prædium istiusmodi nihil est aliud, quam merces ipsa aliam induta speciem : proptereaque coemptus sic opifici fundus tam est in ejus potestate futurus, -quam parta labore merces. Sed in hoc plane, ut facile intelligitur, rerum dominium

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