‹ Lettres apostoliques des S.S. Léon XIII (volume 2)Chapitre 12 sur 94 · FAT · texte numérisé non relu

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difficile, en effet, de préciser avec justesse les droits et les devoirs qui doivent à la fois commander la richesse et le prolétariat, le capital et le travail. D'autre part, le problème n’est pas sans danger, parce que, tropsouvent, des hommes turbulents etastucieux cherchent à en dénaturer le sens et en profitent pour exciter les multitudes et

fomenter des troubles. Quoi qu'il en soit, Nous sommes persuadé, .

et tout le monde en convient, qu'il faut, par des mesures promptes et efficaces, venir en aide aux hommes des classes inférieures, attendu qu'ils sont pour la plupart dans une situation d’infortune et de misère imméritée.

Le dernier siècle a détruit, sans rien leur substituer, les corpo-

rations anciennes, qui étaient pour eux une protection; tout prin-.

cipe et tout sentiment religieux ont disparu des lois et des institutions publiques, et ainsi, peu à peu, les travailleurs isolés et sans défense se sont vus avec le temps livrés à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité d’une concurrence effrénée. Une usure dévorante est venue ajouter encore au mal. Condamnée à plusieurs reprises par le jugement de l'Eglise, elle n’a cessé d’être pratiquée sous une autre forme par des hommes avides de gain, d’une insatiable cupidité. A tout cela il faut ajouter le monopole du travail et des effets de commerce devenus le partage d’un petit nombre de

riches et d'opulents, qui imposent ainsi un joug presque servile à

l'infinie multitude des prolétaires.

Les socialistes, pour guérir ce mal, poussent à la haine jalouse des pauvres contre ceux qui possèdent, et prétendent que toute propriété de biens privés doit être supprimée, que les biens d’un chacun doivent être communs à tous et que leur administration doit revenir aux municipalités ou à l'Etat. Moyennant cette translation des propriétés et cette égale répartition entre les citoyens des richesses et de leurs commodités, ils se flattent de porter un remède efficace aux maux présents. Mais pareille théorie, loin d’être capable de mettre fin au conflit, ferait tort à l’ouvrier si elle était mise en pratique. D'ailleurs, elle est souverainement injuste, en ce qu’elle viole les droits légitimes des propriétaires, qu’elle dénature les fonctions

de l'Etat et tend à bouleverser de fond en comble l'édifice social.

De fait, comme il est facile de le comprendre, la raison intrinsèque du travail entrepris par quiconque exerce un art lucratif, le but immédiat visé par le travailleur, c’est de conquérir un bien qu'il possèdera en propre et comme lui appartenant; car, s’il met à la disposition d’autrui ses forces et son industrie, ce n’est pas évidemment pour un motif autre, sinon pour obtenir de quoi pourvoir à son entretien et aux besoins.de la vie, et il attend de son travail non seulement les droits au salaire, mais encore un droit strict etrigoureux d'en user comme bon lui semblera. Si donc, en réduisant ses dépenses, il est arrivé à faire quelques épargnes, et si, pour s’en assurer la conservation, il les a par exemple réalisées dans un champ, il est de toute évidence que ce champ n’est pas autre chose que le salaire transformé : le fonds ainsi acquis sera la propriété de l'artisan, au même titre que la rémunération même de son travail. Mais qui ne voit que c’est précisément en cela que consiste le droit

« RERUM NOVARUM », 16 Mar 1891 et

vel moventium vel solidarum consistit. In eo igitur quod bona

privatorum transferre Socialistæ ad commune nituntur, omnium

mercenariorum faciunt conditionem deteriorem, quippe quos, collocandæ mercedis libertate sublata, hoc ipso augendæ rei familiaris uülitatumque sibi comoarandarum spe el facultate despoliant.

Verum, quod majus est, remedium proponunt cum justitia -aperte pugnans, quia possidere res privatim ut suas, jus ést

homini a natura datum. — Revera hac etiaminre maxime inter hominem et genus interest animantium ceterarum. Non enim se

ipsæ regunt belluæ, sed reguntur gubernanturque duplici naturæ instinctu : qui tum custodiunt experrectam in eis facultatem agendi, viresque opportune evolvunt, tum etiam singulos earum motus exsuscitant iidem et determinant. Altero instinctu ad se

vitamque tuendam, altero ad conservationem generis ducuntur ui. Utrumque vero commode assequuntur earum rerum usu

quæ adsunt, quæque præsentes sunt; nec sane progredi longius possent, quia solo sensu moventur rebusque singularibus sensu perceptis. — Longe alia hominis natura. Inest in eo tota simul ac perfecta vis naturæ animantis, ideoque tributum ex hac parte homini est, certe non minus quam generi animantium Omni, ut rerum corporearum fruatur bonis. Sed natura animans quantumvis cumulate possessa, tantum abest ut naturam circumscribat humanam, ut mulito sit humana natura inferior, et ad parendum huic obediendumque nata. Quod eminet atque excellit in nobis, quod homini tribuit ut homo sit, et a belluis differat genere toto, mens seu ratio est. Et ob hanc causam quod solum hoc animal est rationis particeps, bona homini tribuere necesse est non utenda solum, quod est omnium animantium commune, sed stabili perpetuoque jure possidenda, neque ea duntaxat quæ usu consumuntur, sed etiam quæ, nobis utentibus, permanent.

Quod magis etiam apparet, si hominum ‘in se natura altius

spectetur. — Homo enim cum innumerabilia ratiore comprehendat, rebusque præsentibus adjungat atque annectat futuras,

cumque actionum suarum sit ipse dominus, propterea sub lege æterna, sub potestate omnia providentissime gubernantis Dei, se ipse gubernat providentia consilii sui: quamobrem in ejus est potestale res eligere quas ad consulendum sibi non modo in præsens, sed etiam in reliquum tempus, maxime judicet idoneas. Ex quo consequitur ut in homine esse non modo terrenorum

fructuum, sed ipsius terræ dominatum oporteat, quia e terræ

fetu sibi res suppeditari videt ad futurum tempus necessarias. Habent cujusque hominis necessitates velut perpetuos reditans, ita ut hodie expletæ, in crastinum nova imperent. Igitur rem quamdam debet homini nalura dedisse stabilem perpetuoque

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de propriété mobilière et immobilière ? Ainsi, cette conversion de la propriété privée en propriété collective, tant préconisée par le socialisme, n'aurait d’autre effet que de rendre la situation des ouvriers plus précaire, en leur retirant la libre disposition de leur salaire et en leur enlevant par le fait même tout espoir et toute possibilité d'agrandir leur patrimoine et d'améliorer leur situation.

Mais, et ceci paraît plus grave encore, le remède proposé est en opposition flagrante avec la Justice, car la propriété privée et personnelle est pour l'homme le droit naturel. Il y a, en effet, sous ce rapport, une très grande différence entre l’homme et les animaux dénués de raison. Ceux-ci ne se gouvernent pas eux-mêmes ; ils sont dirigés et gouvernés par la nature, moyennant un double instinct, qui, d'une part, tient leur activité constamment en éveil et en développe les forces ; de l’autre, provoque tout à la fois et circonscrit chacun de leurs mouvements. Un premier instinct les porte à la conservation et à la défense de leur vie propre, un second à la propagation de l'espèce ; et ce double résultat, ils l’obtiennent aisément par l'usage des choses présentes et mises à leur portée. Ils seraient d’ailleurs incapables de tendre au delà, puisqu'ils ne sont mus que par les sens et par chaque objet particulier que les sens perçoivent. — Bien autre est la nature humaine. En l’homme, d'abord, réside dans la perfection toute la vertu de la nature sensitive et, dès lors, il lui revient, non moins qu’à celle-ci, de jouir des objets physiques et corporels. Mais la vie sensitive, même possédée dans toute sa plénitude, non seulement n’embrasse pas toute la nature humaine, mais lui est bien inférieure et faite pour lui obéir

et lui être assujettie. Ce qui excelle en nous, qui nous fait hommes

et nous distingue essentiellement de la bête, c’est la raison ou l’intelligence, et en vertu de cette prérogative, il faut reconnaître à l’homme, non seulement la faculté générale d’user des choses extérieures, mais en plus, le droit stable et perpétuel de les posséder, tant celles qui se consument par l’usage que celles qui demeurent après nous avoir servi. Une considération plus profonde de la nature

humaine va faire ressortir mieux encore cette vérité. L'homme

embrasse par son intelligence une infinité d'objets, et aux choses présentes, il ajoute et rattache les choses futures; ilest, d'ailleurs, le maître de ses actions ; aussi, sous la direction de la loi éternelle et sous le gouvernement universel de la Providence divine, est-il en quelque sorte à lui-même et sa loi et sa providence. C'est pourquoi il a le droit de choisir les choses qu'il estime les plus aptes, non seulement à pourvoir au présent, mais encore au futur. D'où il suit qu'il doit avoir sous sa domination, non seulement les produits de

la terre, mais encore la terre elle-même qu'il voit appelée à être,. par sa fécondité, sa pourvoyeuse de l'avenir. Les nécessités de

l'homme ont de perpétuels retours: satisfaites aujourd’hui, elles

renaissent demain avec de nouvelles exigences.

Il a donc fallu, pour qu'il püt y faire droit en tout temps, que la nature mît à sa disposition un élément stable et permanent, capable

mansuram, unde perennitas subsidii expectari posset. Atqui …

istiusmodi perennitatem nulla res præstare, nisi cum ubertatibus suis terra, potest.

Neque est cur providentia introducatur nes : est enim . homo, quam respublica, senior : quocirca jus ille suum ad vitam

corpusque tuendum habere natura ante debuit quam civitas ulla coisset. — Quod vero terram Deus universo generi hominum utendam, fruendam dederit, id quidem non potest ullo pacto privatis possessionibus obesse. Deus enim generi hominum donavisse terram in commune dicitur, non quod ejus promiscuum apud omnes dominatum voluerit, sed quia partem nullam cuique assignavit possidendam, industriæ hominum institutisque populorum permissa privatarum possessionum descriptione. — Ceterum utcumque inter privatos distributa, inservire communi Omnium utilitati Lerra non cessat, quoniam nemo est, mortalium, quin alatur eo, quod agri efferunt.. Qui re carent, supplent opera : ita ut vere aflirmari possit, universam comparandi victus cultusque rationem in labore consisiere, quem quis vel in fundo insumat suo, vel in arte aliqua operosa, cujus merces tandem non aliunde, quam a multiplici terræ fetu qu tur, cum eoque permutatur.

Qua ex re rursus efficitur, privatas possessiones plane esse secundum naturam. Res enim eas, quæ ad conservandam vitam maximeque ad perficiendam requiruntur, terra quidem cum magna largitate fundit, sed fundere ex se sine hominum cultu et curatione non posset. Jamvero cum in parandis naturæ bonis industriam mentis viresque corporis homo insumat, hoc 1ps0 applicat ad sese eam naturæ corporeæ partem, quam ipse percoluit, in qua velut formam quamdam personæ suæ impressam reliquit; ut omnino rectum esse oporteat, eam partem ab eo possideri uti suam, nec ullo modo jus ipsius violare cuiquam licere. v

Horum tam perspicua vis est argumentorum, ut mirabile videatur, disentire quosdam exoletarum opinionum restitutores : qui usum quidem soli, variosque prædiorum fructus homini privato concedunt: at possideri ab eo ut domino vel solum, in quo ædificavit, vel prædium quod excoluit, plane jus esse negant. Quod cum negant, fraudatum iri partis suo labore rebus hominem, non videñt. Ager quippe cultoris manu atque arte subactus habitum longe mutat: e silvestri frugifer, ex infe- Cundo ferax efficitur. Quibus autem rebus est melior factus, illæ sic solo inhærent miscenturque penitus, ut maximam partem nullo pacto sint separabiles a solo. Atqui id quemquam potiri

illoque perfrui, in quo.alius desudavit, utrumne justitia patiatur? Quomodo effectæ res causam sequuntur a qua effectæ sunt, sic.

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